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Chapitre 2

- J'allais t'appeler.

- Tu ne devineras jamais ce qui est sous mes yeux en ce moment, s'exclama son amie à l'autre bout du fil.

- Une Mercedes-Benz de couleur rouge que ton fiancé a promis de t'offrir. C'était facile à deviner. 

Blair n'avait rien à envier aux fortunés de la région. Elle au moins avait un ami assez amoureux et suffisamment nanti pour la faire vivre ce que nonante-neuf peut cent des femmes passaient toute une vie à souhaiter. Quoique heureuse pour son amie, Calypso ne pouvait s'empêcher de penser au temps précieux qu'il perdait dans la prison qu'était devenu son foyer.

- Mieux encore. Anathème m'a demandée en mariage hier soir autour d'un dîner romantique.

- Non ! Il l'a vraiment fait ? Alors la bague, comment est-ce ? 

- Il va falloir que tu viennes pour la voir, Seigneur ! elle est divinement belle, s'extasia t-elle.

- Tu n'imagines pas combien je suis heureuse pour toi. Toutes mes félicitations. Cela mérite d'être arrosé. 

- Bien-sûr, demain, je ne suis pas de garde. J'aurai donc ma soirée libre. Si tu n'as rien de prévu, Viens au Plazza. 

- Je serai là. À demain soir alors. J'ai encore du mal à croire qu'il a enfin demandé ta main.

- Si cela t'a surpris, et moi donc ? Il faut dire que je ne m'y attendais pas du tout... Enfin ! Je dois te laisser. 

- Oui, bien-sûr.

Enfin sa meilleure amie était fiancée. Elle avait attendu ce moment depuis bien longtemps et devait être sûrement excitée à l'idée de se marier. Elle se rappelait les soirs où Blair venait pleurer et se lamenter chez elle à propos du fait que le mariage ne faisait en aucun cas partie des plans d'Anathème. Blair ne cessait de se répéter que sa relation était vouée à l'échec. Et voilà que ce minus s'était enfin résigné à offrir ce que voulait Blair depuis quatre ans, '' un foyer''. Elle était vraiment heureuse pour elle et espérait que son foyer ne se transforme en un enfer comme le sien. 

En cours de chemin, elle s'arrêta devant un restaurant italien. Elle aperçut sur une pancarte accrochée à l'entrée de la porte qu'ils étaient dans le besoin d'une serveuse. Un sourire se dessina sur ses lèvres tandis qu'elle entrait dans le restaurant dans l'espoir qu'on l'embauche. Une fois à l'intérieur, elle fit remarquer sa présence à un homme rond de forme, d'une expression de visage éveillé. Une coiffe recouvrait la totalité de sa chevelure. Une veste de cuisine blanche couvrait son corps potelé ainsi qu'un tablier qui entourait sa taille. Sa taille élevée et son visage qui arborait une mine serrée lui donnait un air autoritaire.

Il avança à pas vif vers la jeune femme et s'arrêta à un mètre d'elle en la fixant durement. Calypso avala péniblement la salive sous le regard sévère de cet homme. 

- Bonjour ! fit-elle à son plus grand désarroi. 

- è chiuso per ora. Torna Nel pomeriggio, dit-il d'une voix enrouée. 

Ne comprenant rien de ce qu'il racontait, elle se gratta la nuque en le regardant d'un air soucieux. Cet homme ne comprenait pas l'anglais et ce serait pénible pour elle de lui faire la conversation. Vu qu'elle avait besoin urgemment de cet travail, elle regretta amèrement d'avoir négligé cette langue au cours de son cursus universitaire. Elle allait dans un site de traduction. Après avoir pianoté sur les touches de son téléphone portable, elle renfrogna la mine sur les écritures qui pouvaient lui donner la *_peau des fesses_* pour se faire comprendre. '' Tu ne maîtrises même pas les ton. Comment vas-tu t'y prendre ? '', lui criait sa voix intérieure.

Les bras croisés, l'homme attendait qu'elle s'en aille de son restaurant étant donné qu'il lui avait dit qu'ils ouvraient à dix sept heures. Calypso était occupée à lire désespérément les phrases en son for intérieur sans remarquer qu'il s'impatientait. Deux minutes, trois minutes, quinze minutes. Il poussa bruyamment un soupir et tourna les talons pour aller à ses occupations. 

- Attendez ! 

Il se retourna, les mains sur les hanches, les sourcils froncés. 

Elle prit une profonde inspiration. 

- Ho bi.. Bisogno che tu mi assu.. Assuma Come ca.. cameriera, baragouina-t-elle. 

L'homme resta silencieux pendant un moment après le baragouinage de Calypso. Celle-ci avait deviné qu'il n'avait rien compris de ce qu'elle disait. Elle sortit du restaurant et arracha la pancarte pour ensuite retourner à l'intérieur. Elle vient de réaliser que ce qui était écrit dessus était en anglais alors comment se fait-il qu'il ne comprenne pas la langue.

- Serveuse ! Moi vouloir travailler. Compris? fit-elle en pointant du doigt l'écriture sur la pancarte.

Il n'avait jusque là plus dit un mot. Calypso répétait la même phrase plusieurs fois mais celui-ci ne bronchait pas. Fatigué d'avoir fait toutes ces tentatives pour se faire comprendre, elle se laissa tomber sur une chaise. 

- Alors vous aviez terminé ? Chuchota t-il d'une voix paresseuse. 

Calypso n'en croyait pas ses oreilles. Cet homme venait de lui parler en anglais. Quel imbécile ! Il avait donc fait exprès de ne rien comprendre et elle qui s'était ridiculisée en essayant d'articuler les mots en italien. Elle eut envie de l'étrangler. 

- Sans vous manquer de respect Mr, votre attitude est intolérable, dit-elle impassible. Pourquoi m'avez-vous fait croire que vous ne comprenez pas l'anglais. 

- Si je me souviens bien je ne vous ai jamais dit que je ne comprenais pas l'anglais, rétorqua-t-il. 

- Mais, vous m'avez laissé croire que vous ne comprenez pas. 

- C'est vous qui avez voulu le croire. Si vous voulez travailler ici en tant que serveuse, allez voir mon neveu. C'est lui qui est chargé du recrutement. Si vous voulez bien m'excuser j'ai des trucs à faire, dit-il en se retirant. 

Calypso le suivit à la cuisine. Il lui disait d'aller voir son neveu comme si elle avait une idée de là où il pouvait être. 

- Et où puis-je trouver ce neveu ? questiona-t-elle. 

- Le voilà, fit-il remarquer à la jeune femme.

***

Depuis le balcon, Deborah admirait pour une dernière fois l'étendue de son jardin. Cet endroit allait terriblement lui manquer. C'était son coin préféré où elle restait des heures et des heures à entretenir ses rosiers qu'elle allait finalement abandonner pour rentrer dans son pays natal. Diogo s'approcha d'elle avec deux verres de Champagne en main. 

- Tiens ! fit-il en tendant le verre à moitié rempli à la jeune femme. 

- Merci. 

- Trinquons au divorce qu'on a finalement obtenu, dit-il en entrechoquant son verre au sien. 

Deborah but d'un trait son verre et reporta son attention sur le jardin. 

- Tu t'en occuperas bien hein,

lâcha-t-elle sans quitter des yeux le jardin. 

Diogo leva un sourcil en signe d'incompréhension. La jeune femme se retourna en redemandant un autre verre qu'il lui servit. 

- Mes rosiers, rajouta-t-elle brièvement. 

- Ah oui, ne t'en fait pas. Je vais engager un jardinier après ton départ le temps de trouver un acheteur.

- C'est ça. Je parie que tu ne vas même pas te donner la peine. Je suis certaine qu'après mon départ tu vas te débarrasser de ce jardin parce que tu te plains chaque fois qu'il attire les moustiques. 

- De toute façon je comptais la vendre. 

- Je n'arrive toujours pas y croire que tu veuilles la vendre. C'est si difficile pour moi de me faire à l'idée que ce jardin que j'ai dû prendre soin appartiendra à une autre personne.

- Si elle aime la compagnie des moustiques bien-sûr, répondit-il en se servant un autre verre. 

- Et pourquoi veux-tu t'en débarasser ? C'est quand même ton héritage. 

- Elle ne me sert à rien à présent vu qu'on est divorcé. Je ne compte pas rester à Athènes. De plus chaque coin de cette maison regorge de tant de souvenirs désagréables qu'y habiter m'est devenu insupportable

- L'argent que j'obtiendrai pour la vente me servira pour ouvrir des bars et des hôtels. Il faut bien que je gagne ma vie. Je ne veux pas passer toute ma vie à courir après mon frère. Je déteste faire ça. 

- Et où vas-tu t'installer une fois que tu te remarieras ? 

- Ça ne risque pas de se reproduire ma chère. J'ai déjà eu ma dose avec toi. Je ne vais pas me remarier pour revivre ce même calvaire. 

- C'est de ta faute si notre mariage n'a duré que trois mois, clama-t' elle. 

- Pardon ?, fit-il éberlué. 

- Tu as bien entendu. Tu n'as toujours pas oublié cette femme. Au fait tu voulais la fuir en m'épousant.

- Mais de quelle femme parles-tu ?, questionna-t-il le visage crispé. 

- Ton frère sait-il que tu es amoureux de sa femme ? 

- Non mais qu'est-ce que tu me dis là ? Cingla-t-il en laissant tomber son verre qui se brisa au sol. 

La jeune femme sursauta et recula sous le regard meurtrier de son ex-mari. 

- Tu te rends compte de ce que tu racontes ? Questionna-t-il en haussant le ton. 

- Il ne sait rien, conclut-elle.

- Anastasia est la femme de mon frère et je ne ressens rien que de l'amitié pour elle, se justifia-t-il en serrant les poings sous l'effet de la colère. 

- Tu peux faire croire ce mensonge aux autres mais pas à moi Diogo Antonio Callen. Je ne suis pas stupide. Ça crève aux yeux que tu ressens plus que de l'amitié pour elle et ça depuis dix-huit ans. Tu n'as pas supporté qu'elle tombe amoureuse de ton frère et tu as pensé que le meilleur moyen pour ne plus avoir à souffrir en les voyant tous les deux était de te suicider ! malheureusement tu n'es pas resté. Dis-moi que je raconte des histoires, allez vas-y. Ton silence en dit déjà beaucoup, tonna t-elle en le fusillant du regard. 

Diogo lui tourna le dos trop perdu pour affronter la vérité. Il était bouleversé par les paroles de son ex-femme. Elle était au courant. 

La servante de la maison pénétra la salle de séjour avec les valises de Déborah. 

- Vos affaires sont prêtes Mme Callen, la fit-elle savoir. 

- Merci Isabella. Appelle-moi désormais par mon nom de jeune fille. Je ne suis plus l'épouse de Mr Callen. 

- Comme vous voulez Madame, dit-elle en se retirant. 

- Bien, mon chauffeur ne va pas tarder à venir. Je te souhaite une bonne continuation. Adieu Diogo.

Sans un regard en arrière elle prit ses affaires et se dirigea vers la sortie le cœur meurtri par cette séparation. Jamais elle ne cessera de l'aimer et même si sa sœur pensait qu'elle s'en remettrait, cela allait prendre du temps. Elle sortit de la salle la tête haute. Elle avait bien fait de demander le divorce car jamais elle ne pourrait supporter que son mari en aime une autre et non elle. Cette relation devenait toxique pour elle. Après que le chauffeur ait rangé ses affaires dans la malle arrière, elle fit ses adieux à cet endroit qui était sa maison. 

- Madame, votre vol est dans moins de trente minutes, l'informa le chauffeur. 

Elle acquiesça d'un signe de tête. Alors qu'elle s'apprêtait à entrer dans la voiture elle entendit Diogo crier son prénom. Elle se retourna et le vit avancer vers elle les mains dans les poches de son pantalon. 

- Tu vas... Me manquer, bafouilla-t-il.

- Ça, j'en doute. Tu es si heureux de t'être enfin débarrassé de moi, déclara-t-elle en sanglot. 

Diogo la prit dans ses bras et caressa ses cheveux après avoir déposé un baiser sur le creux de sa tête. 

- Tu te trompes Deby. On a eu peut-etre des moments difficiles mais sache que me séparer de toi n'était pas dans mes projets. Cette séparation me coûtera beaucoup ! J'espère que tu trouveras un homme qui saura t'apprécier à ta juste valeur et qui pourra te combler. Prends bien soin de toi ma belle et appelle-moi de temps en temps pour me donner de tes nouvelles. 

- D'accord, murmura-t-elle en se retirant de ses bras. Prends également soin de toi et ne t'inquiète pas, ton secret sera bien gardé avec moi, renchérit-elle en rejoignant sa voiture. 

- Non ne pleure pas idiote, ne pleure pas, se dit-elle en vain alors qu'une larme glissait sur sa joue.

Lorsque la voiture traversa le portail elle eut l'impression d'avoir un vide en elle. C' en était fini, son histoire d'amour n'avait pas une fin heureuse comme dans les contes de fée.

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