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Chapitre 16

« Une fois de plus je suis traînée par terre, comme on traîne une vulgaire serpillière derrière soi. Une fois de plus, le soldat qui me tient par le bras me jette dans une pièce froide. La même que la dernière fois ? Une autre ? Je n’en sais rien.

Tout se ressemble ici. Les cellules, les soldats, les pièces, les hommes en blouse blanche, les journées… ou les nuits… ou les heures. Je ne sais plus. J’ai perdu la notion du temps depuis un moment déjà.

Dès que je peux, j’essaye de dormir, de reprendre des forces, cependant ils ne me laissent aucun répit. Chaque instant devient une bataille qu’il faut remporter pour survivre. Pour l’instant, je garde le cap. Mais pour combien de temps encore ?

Un autre soldat, qui patientait dans la pièce, me soulève par le col de mon t-shirt couvert de sueur et de sang et me décoche un formidable revers de main. S’il croit que je vais rester consciente de cette manière, il va falloir qu’il revoie un peu ses méthodes. D’ailleurs, un homme en blouse blanche pose une main sur son bras pour qu’il me relâche. Je titube et regarde autour de moi.

La pièce est vide, en dehors d’un bac qui trône en son centre, du soldat qui ne me lâche pas des yeux, des deux hommes en blouse blanche, et moi-même, qui focalise toute l’attention de ce petit monde. À quoi vais-je avoir droit cette fois ?

Les deux « scientifiques » font un pas vers moi, tels des vautours devant une charogne. Je recule. Pas question que je me laisse faire sans résister. Une bataille de plus à gagner : celle de ne jamais abandonner. Sans relâche, je leur donnerai du fil à retordre. Ma maigre revanche dans cette histoire, sera de les faire chier un minimum. Donnant-donnant, comme on dit. Hé !

Au bout d’un bon quart d’heure, les trois hommes finissent par me maîtriser totalement. J’ai une tempe en feu, les bras endoloris et le dos en miette. Mais ces enfoirés en auront eu pour leur peine !

Malgré tout, ils me soulèvent, et m’approchent du bac en acier. Il est rempli d’eau. Sales fils de chiens. J’ai ma petite idée de ce qu’ils comptent faire de moi et comme une furie j’essaye une dernière fois d’échapper à leur poigne. Ils resserrent leurs étreintes et le soldat m’attrape par les cheveux pour me forcer à le regarder. En signe de victoire, il m’adresse un sourire glacial avant de me plonger la tête dans l’eau.

Je me débats, la rage au ventre, dans l’espoir de me libérer, mais lui et les blouses blanches me maintiennent fermement. Dans ma lutte acharnée, je réussis à libérer un bras et griffe un de mes tortionnaires au visage. L’espace d’un instant, je peux sortir la tête de l’eau et respirer une bouffée d’air.

Les deux autres me reprennent les bras et je reçois trois coups de poing consécutifs sur la plaie que j’ai au ventre. Celle-ci se rouvre et alors que ma conscience se voile, j’ai une désagréable sensation de liquide chaud qui s’échappe de mon corps.

Sous l’ordre des « scientifiques », le soldat me remet la tête sous l’eau. À bout de force, je ne peux que subir la situation. Et ensemble, sans un mot, ils répètent inlassablement l’opération. Pas une question ne me sera posée, pas une explication ne me sera donnée.

La mort danse devant mes yeux quand ils me remettent en cellule. À chaque fois je dois repousser un peu plus mes limites pour survivre, mais jusqu’où suis-je capable d’aller ?

Je suis trempée, j’ai froid, j’ai mal et j’ai sommeil d’un sommeil sans réveil. »

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