PIÈGE DU DESTIN
PIÈGE DU DESTIN
Author: Koumondji
La dette de deux bols de maïs

Le temps est vraiment beau sous un soleil doux ce matin dans le village d'Agbélouvé. Il sonne neuf heures environ. Une pauvre dame : Senam, communément appelée, maman Mawugnon, est à ses petits soins ménagers lorsqu’elle voit son fils Mawugnon revenir de l'école. Étonnée, elle le bombarde de questions à la fois :

-Mon fils, il y a quoi ? Pourquoi es-tu revenu sitôt de l'école ce matin ? Vous n'avez pas classe ? Aujourd'hui n'est pas un jour férié à ce que je sache ?

-N'da (mère), mes camarades sont en classe en train de travailler, et moi, je suis une fois de plus mis dehors, répond à sa mère, Mawugnon, dans un air plutôt sévère.

Senam devient plus sérieuse. Elle enchaîne d'autres questions à son fils.

-Évinyé (mon enfant), que s'est-il passé ? As-tu commis une bêtise ?

De son air sévère, Mawugnon finit en sanglots.

-Qu'aurais-je fait comme bêtise, n'da, pour qu'on me renvoie de l’école ?

Senam prend son fils dans ses bras, les larmes coulant sur ses joues, et se met à le consoler : « maintenant arrête de pleurer, mon amour. Ne sois pas affecté par mes suppositions. Tu sais aussi que je ne penserais jamais mal de toi, mon enfant. Essuie donc tes larmes et dis-moi ce qui semble ne pas aller, chéri ! »

-Je suis mis à la porte pour les frais scolaires. Tu sais bien que nous n'avons rien payé depuis le début de l'année, et nous sommes déjà au cinquième mois, répond-il.

-Il ne manquait que ça. Si seulement ton père était en vie..., dit-elle à son tour, meurtrie.

Regardant le ciel, la lèvre inférieure légèrement rentrée dans la bouche, les yeux entrouverts, elle hoche la tête et ajoute : « seul le juste Ciel saura régler le compte de chacun... » Sur ce, elle continue de consoler son fils, puis, le traîne à l'intérieur : « ne pleure plus, mon chéri. Demain, j'irai voir le directeur, pour le supplier de nous donner encore un sursis. Viens manger le reste du repas d'hier. Je l'ai déjà chauffé ! »

À peine les pieds mis à l'intérieur, qu'ils entendent sonner à la porte kokoko. Senam sort, pour voir nerveuse, Amayi, encore appelée maman Sodji, la revendeuse du maïs à qui elle doit. Elle renoue son pagne et sur une voix douce et agréable, elle accueille sa créancière : « ah ! Maman Sodji ! Bonjour ! Sois la bienvenue ! »

Amayi est plutôt agressive. Sur un ton, pas du tout courtois, lui rétorque, agitant tout son corps, la main gauche au rein : « dokponou (bonne à rien), je ne suis pas ici pour tes salutations. Je viens récupérer mon argent des deux bols de maïs que tu me dois. »

Face à cette rage et ces propos acerbes de sa créancière, elle essaie de la consoler en adoucissant encore plus sa voix :

-Pardon, maman Sodji, calme-toi, s'il te plaît ! Je vais te payer comme toujours. Ma santé s'est détériorée ces derniers jours, ce pourquoi tout ce retard de ma paye de ton argent.

Amayi devient plus aigre pour crier plus fort :

-Épargne-moi de ces sottises. Toi et ton bâtard de fils, vous croyez que je suis l'action sociale dans ce village pour vous nourrir ?

Senam se met à genoux devant elle, la suppliant mais hélas ! Ses cris et injures portent déjà loin pour alerter le voisinage qui sort s'affairer.

Quelle honte pour Senam, d'avoir à vivre tout ça ! Toujours à genoux, les yeux pleins de larmes, elle continue de supplier Amayi qui ne veut rien entendre que de retirer ses huit cent cinquante francs (850 frs Cfa). Dans la foule, ceux qui peuvent se moquer et rire, se moquent.

Après plusieurs tentatives de supplication de Senam pour calmer Amayi en vain, une dame et son mari qui passaient pour attendre aussi, sortent du lot. Ils viennent parler à Amayi, la prient de bien vouloir se calmer et de donner encore au moins trois jours à Senam pour la régler. Et si elle ne le faisait pas, de venir récupérer son argent chez eux. Puis, l'homme, indique encore à Amayi leur maison qu'elle connaît très bien déjà. Amayi se calme un peu et s'en va, vociférant toujours des mots humiliants à Senam devenue la risée de la foule, assise par terre en larmes.

L'homme qui a calmé Amayi, appuyé de sa main droite sur sa canne, secoue la tête de pitié et s'en va, très choqué par la scène à laquelle il vient d'assister. Sa femme, reste un moment pour calmer Senam. Elle la réconforte et l'aide à se relever avant de se retirer à son tour, jetant un regard méprisant sur la foule moqueuse.

Mawugnon, refugié dans la chambre tout au long de cette scène dégoûtante et déshonorante, prend un coupe-coupe et sort très nerveux après que tout le monde est parti. « N’da, tout ceci doit se terminer ! » lance-t-il à sa daronne.

-Où vas-tu, mon fils ? lui demande la mère toute morose.

-T'inquiète, n'da, laisse-moi faire. Je ne vais pas rester les bras croisés pour que quelqu'un vienne te maltraiter à ce point pour ce que nous avons mangé.

-Non, mon fils, tu ne fais rien. Laisse-moi gérer toute situation. Tu n'es qu'un enfant, mon Amour !

Sa maman tente de le retenir. C'est vain. Il s'en va déjà en sortant de la concession. Puis, prend la voie des bois.

Mawugnon, passe presque toute la journée en brousse. Il y ramasse des bois morts qu'il ramène à la maison en trois gros fagots. Sous l'étonnement de Senam. Le soir même, il trouve une cliente à son butin qui le lui paye à mille deux cents francs CFA dont quatre cents francs le fagot. Il remet la totalité de la somme à sa mère d'aller régler la revendeuse Amayi.

Immédiatement, Senam s'en va, payer sa dette. Sur son chemin de retour, elle va remercier la dame et son mari ayant plaidé sa cause dans la journée. Elle arrive dans la cour de la maison et s'excuse : « kokoko, amé lé axo méa (il y a quelqu'un dans la maison) ? » Une voix répond dans la cuisine fumante en claies coiffée de pailles en demandant : « oui, entrez ! Qui est-ce ? »

-C'est moi, ma sœur. C'est moi, maman Mawugnon.

La dame, madame Séménya, sort de la cuisine, le visage froissé sous les coups de la fumée.

-Ah, maman Mawugnon ! Sois la bienvenue !

-Merci, maman !

La dame va dans la chambre et ressort avec deux sièges pour lui offrir un, et dépose le second pour elle-même. Alors qu’elle prend place, elle va lui apporter de l'eau à boire comme cela est de coutume et humain chez nous en Afrique. Senam, elle prend le pot, boit le contenu puis, le remet. La dame reprend le pot de ses mains. De l'eau en reste. Elle-même le vide à son tour dans son ventre et retourne à l'intérieur s'en débarrasser avant de revenir occuper aussi son siège. Et de s’échanger alors de salutations, chaleureusement. Toujours comme de coutume et humain en Afrique. Après les salutations, la tradition se poursuit entre les deux dames à l'africaine. La conversation s'engage, et c'est madame Séménya qui prend l'initiative :

-Maman Mawugnon, les aînés disent que l'on sait mais on demande. Quel bon vent t'amène chez nous ce soir ?

Elle se repositionne sur son siège...

-Ma sœur, commence Senam, ce n'est rien de grave. Vous avez, toi et ton mari, assisté à une scène désobligeante aujourd'hui chez moi et qui ne vous a pas laissés indifférents. Vous aviez dû alors intervenir pour plaider ma cause. Grâce à vous, la situation a pu trouver un apaisement. Je suis donc ici chez vous ce soir pour vous apporter ma reconnaissance fraternelle et vous remercier vivement du fond du cœur.

Madame Séménya, avec un sourire aimable sur les lèvres :

-Tchoooooo maman Mawugnon ! Pour ça tu t'es donnée de la peine de venir jusqu'ici au lieu de vaquer à des choses plus importantes ? Non, tu ne devrais pas !

-Si, je le dois, ma sœur. Sinon ce serait ingrat de ma part après ce que vous avez fait pour moi aujourd'hui.

-Ce n'est rien que nous avons fait. C'est un devoir accompli. Et nous étions ravis d'avoir pu faire quelque chose aujourd'hui pour aider notre humanité à avancer vers la paix et l'harmonie. En plus, à notre place, tu ferais pareillement.

-Vraiment merci beaucoup à vous ! Mais à ce que je voie, papa n'est pas à la maison.

-Comme je le disais tantôt, ce n'est rien. Aussi, tu as pu le remarquer déjà toi-même : papa n'est pas à la maison. Il est sorti pour aller saluer la famille dans la grande cour familiale.

-Êhin ! C'est très bien ça...

-C'est sa routine de presque tous les soirs et il ne va même pas tarder à arriver. Je viens, ma sœur, dit-elle en plus.

Elle se lève puis retourne dans la chambre. Elle en ressort, avec bananes et assiette plate contenant arachides grillées et une petite table. Elle place la table sur laquelle elle met les autres choses au milieu d'elles. Ceci pour réception de sa visiteuse, et de s’en régaler à deux. Avec amabilité. Ce qu’elles font.

Senam et son hôte poursuivent leurs échanges avec une telle complicité comme si elles étaient depuis de bonnes amies rapprochées.

Monsieur Séménya, de retour, tombe sur elles, se partageant, tout en bavardant, les arachides et les bananes pour ne pas le remarquer. Appuyant sur sa canne et à pas rassurés, il racle la gorge pour les interpeler. Elles lèvent toutes deux leur tête. Et de dire en chœur : « papa woézon (bienvenu papa) ! »

-Ah les femmes ! Quand vous êtes ensemble, si vous ne bavardez pas, vous mangez avidement seulement. Ou, les deux à la fois. Regardez-vous, vous ne pouvez même pas m’inviter ? dit-il pour amuser la galerie.

Il se baisse pour prendre une banane et puiser quelques graines d'arachides sous les taquineries de sa femme et le sourire de maman Mawugnon. Puis, madame Séménya se lève pour redresser akpassa (fauteuil pliant et ou décapotable) de son mari afin que celui-ci s'asseye, ce qu'il fait.

-Ésrõnyé (mon mari), comment va la famille ? Et maman ? questionne son mari, la femme.

-Tout le monde se porte bien sous la bénédiction de nos ancêtres. Maman est en pleine forme et t'envoie ses salutations chaleureuses. Elle me charge de te dire grand merci pour la dernière fois et que tu lui manques énormément.

-Aaaaaah maman ! Demain, je lui rends visite. Et j'en profite pour lui faire la lessive, lui chercher de l’eau.

Sa voix est tendre sur sa belle-mère.

-C'est comme cela tu as envoûté ma maman et à chaque fois, elle n'a que ton nom sur les lèvres.

Madame tape sur une jambe de son mari amusamment : « regardez-moi un jaloux comme ça là ! Après tout, c'est à toi j'appartiens totalement toutes les nuits non ? » Et c'est un rire total dans la cour comme si Senam était oubliée pendant cette conversation.

-Voilà ce que je disais tantôt. À cause de bavardage, tu as oublié ta compagne, revient sur ses propos, monsieur Séménya à sa femme.

-Non, je prends plutôt goût à vos amusements qui me plaisent bien, papa, lui répond Senam.

-Ésrõnyé, maman Mawugnon s'est donnée la peine ce soir de venir ici juste pour nous dire merci.

-Merci ! Tu lui as ramené un buffle de la chasse ?

Et c'est tout un rire de nouveau...

-Non papa, c'est plus que me ramener même tous les buffles de la brousse, ce que vous avez fait pour moi aujourd’hui, lui répond Senam avec gratitude.

-Tu n'as pas à t'en faire. Tu sais, c'est plutôt ainsi nous devons apprendre à vivre en communauté et bâtir la courtoisie comme au temps de nos ancêtres. Aujourd'hui, on parle de modernité. Et dans cette modernité, nous perdons toute notre humanité. Et la perte à vive allure de la sagesse va avec. L'égoïsme et l'intérêt personnel prennent le dessus sur notre sens humain, les bonnes mœurs s'étouffent dans nos avidités...

-Et pour ma part, il est impératif que nous fassions tous et sans exception, une mise à jour de nos comportements pour une marche effective vers la grande humanité, avance la femme pour solutionner les inquiétudes que relate son mari.

-Le savoir et vivre ensemble doit être nos règles d'or de tous les jours, enchaîne le mari.

-C'est également de cette optique aussi, un devoir de venir vers vous pour vous témoigner de ma sobre reconnaissance ; sinon ce serait ingrat.

Madame Séménya se lève et va à la cuisine pour vérifier sa préparation.

-Je vois, et tu as bien agi, lui répond le quinquagénaire avant de lui demander sur son fils Mawugnon, ainsi que ses études.

-Comment va ton fils ? Et son école ?

-Justement, j'allais en venir, pour vous informer aussi que je venais de chez maman Sodji. Je suis allée lui payer ce que je lui devais.

Madame Séménya sort toute heureuse de la cuisine, remerciant le ciel, bénissant les ancêtres. Son mari trouve là, une excellente nouvelle à féliciter.

-Merveilleuse nouvelle ça !

-Oui, j'ai pu payer cette dette aujourd'hui même grâce à Mawugnon.

Une affirmation qui sort de la bouche de Senam et qui étonne ses hôtes.

-Comment ça grâce à Mawugnon ! s'exclame la dame.

Senam soupire et lui enchaîne, d'un ton calme :

-Ma sœur, figurez-vous que Mawugnon est revenu amer tôt ce matin de l'école pour non payement de frais scolaires. Et c'était à peine son retour, j'essayais de le consoler, d'aller supplier leur directeur pour lui demain pour qu'il nous accorde encore un peu de temps, que maman Sodji était là pour son argent. Et vu toute la scène qui se passait dehors, Mawugnon était dans tous ses états dans la chambre, décidé à ne pas sortir. Après que tout le monde est parti, il a pris un coupe-coupe, et m'a dit qu'il allait mettre fin à cette situation. J'ai essayé de le retenir mais il ne m'a pas écouté, pour sortir tout fougueux de la maison. Je ne savais ni où il allait, ni ce qu'il allait faire avec le coupe-coupe. Mais je savais qu'il n'allait quand même commettre aucune bêtise malgré toute sa rage ; le connaissant très bien.

En fin de journée, le voilà qui revient de la brousse avec un gros fagot de bois sur la tête. Il le dépose et retourne en même temps. C'est ainsi qu'il a ramené ce soir, trois gros fagots de bois à la maison. Il n'a même pas pris le temps de se reposer avant d'aller chercher une cliente à son butin, en a récolté mille deux cents (1200 frs) pour me remettre, d'aller rembourser maman Sodji.

Madame Séménya reprend du coup place sur son tabouret suite à cette narration de Senam sur l'acte posé par son fils. Son mari se redresse dans son akpassa. Il s'adresse étonné à Senam :

-Que viens-tu de raconter ?

-Humm ! Papa, c'est ce que tes oreilles ont bel et bien entendu.

-C'est-à-dire que ton fils était à la maison aujourd'hui quand tout cela se passait ? Et ce, pour faute d’écolage ? n'en revenant toujours pas, madame Séménya.

-C'est ça même ma sœur, et c'est lui qui a payé la dette de maman Sodji.

Madame Séménya jette un regard complice à son mari abasourdi dans son fauteuil.

Séménya reprend la parole en s'adressant à Senam après un soupir profond :

-Maman Mawugnon, je suis plus que touché dans mon âme par ce que ton enfant et toi vivez d'après tout ce que j'ai vu aujourd'hui et ce que tu viens de raconter. Néanmoins, remercie la Vie de t'avoir fait cadeau du plus grand trésor du Ciel qui est ton enfant. Car, un enfant, c'est ce que l'on peut espérer le mieux pour laisser une trace de son existence quelle que soit la situation. Tu vois, ma femme et moi sommes mariés depuis des années. Nous ne manquons de rien. De surcroît, de quoi becter. Mais, d'enfant, (il secoue froidement la tête) nous sommes privés. Nous avons subi des traitements mais hélas, pas même une fausse couche. Malgré ça, nous nous accrochons à nous car, seule la Vie donne. Nous avons écouté des ragots, essuyé des médisances. D'aucuns ont raconté à ma femme de me quitter. D'autres m'ont dit de prendre une seconde femme. Ou, chasser carrément ma compagne de route. Mais, ce qui nous unit est plus fort que ce qui pourrait nous séparer. Nous nous plaisons tels que nous sommes, et nous sommes ensemble jusqu'aujourd'hui. Tu avais entendu que ma maman, la belle-mère de ma femme, veuille la voir ; elle qui aurait pu la mépriser pour n'avoir pas conçu tel que nous le voyons malheureusement dans la plupart des cas dans nos sociétés. Mais non ! Elles sont de très grandes amies. Et des fois, je me demande si ma femme ne me vole pas ma maman. Tout ça parce que nous avons compris, si je me permets de le dire ainsi, les principes qui régissent la vie. Et nous nous sommes unis dans un amour qui nous procure du bonheur plutôt que de nous préoccuper de ce que peuvent raconter les langues fourchues. Tout ceci pour te dire d'être fière de ce que tu es et réjouis-toi de ce que tu as quelques soient les humiliations que tu puisses subir. Dans toute situation, jette un coup d'œil sur ton enfant et dis-toi que la vie vaut le coup.

-Merci beaucoup papa pour tous tes précieux conseils de ces expériences qui pourraient vous nuire mais non. J'ai beaucoup appris. Je peux vous assurer que Mawugnon est tout mon sourire, et que, je peux donner ma vie pour que lui vive.

-Puissent les ancêtres nous accorder la sagesse et le discernement en tout, et surtout de la santé.

-Alafia, papa ! répondent les deux dames en chœur à cette exhortation du monsieur.

Monsieur Séménya fait signe à sa femme de s'approcher, puis lui murmure à l'oreille. Celle-ci se lève et rentre dans la chambre. Elle ressort quelques instants après avec quatre tubercules d'igname attachés. Du maïs, de la farine du manioc ainsi que du riz. Tous emballés dans de sachets aussi. En plus, de l'huile rouge dans un bidon de cinq litres à moitié environ, empli.

-Papa, voici tout ce que tu m'as demandé. J'ai fait comme tu l'as exactement voulu, dit-elle.

-Akpé, ésrõ nyé lonlon, nyé agbé blibo kataaa (merci beaucoup, ma femme bien aimée, toute ma vie) ! Je ne cesserai jamais de remercier les Dieux de t'avoir mise sur mon chemin.

Madame Séménya se voit encore flattée par son mari :

-Éééh, papa, tu crois que ma vie aurait un sens sans toi !

Ils en rient jovialement, épouse et époux.

-Bon, ésrõ nyé, réglez ça entre vous les femmes ! dit l’homme.

Madame Séménya remercie son mari, puis se tourne vers Senam :

-Maman Mawugnon, voici un petit quelque chose pour toi de la part de papa. Ce n'est rien mais prends-le ainsi.

Senam se met sur ses genoux pour les remercier quand madame Séménya l'arrête aussitôt. Sautant sur ses bras, elle la saisit et lui demande de se rasseoir.

-Pourquoi l'as-tu arrêtée ? Tu aurais pu la laisser continuer, et je lui aurais brisé le crâne avec cette canne, dit papa Séménya à sa femme, soulevant un peu sa canne au-dessus de la tête de Senam, amusamment.

-Nous n'arriverions quand même pas jusque-là, papa. Je tiens à dire que je ne sais pas comment vous remercier pour votre générosité et votre gentillesse. Tellement, je suis émue par vos gestes que je perds tous les mots.

-Ne te fais pas de peines. Nous nous voyons en toi. Nous savons aussi que tu es quelqu'un de bien, bien que tu sois une étrangère dans notre village-ci. Depuis ton arrivée parmi nous, nous nous sommes rendu compte de la noblesse de ton cœur, de ton humilité. Et ton fils est un exemple. Demain, il ira à l'école. Il payera ses frais scolaires.

Il sort de la poche de son habit pagne, son portefeuille qu'il ouvre pour remettre une somme de dix mille francs (10 000 frs CFA) à Senam. Elle n'en croit pas à ses yeux et prend l'argent avec une humilité totale pour déclarer :

-Seuls Dieu et les ancêtres sauront vous remercier.

-Alafia, néné éla va émé né amessiamé (ainsi est-il, ainsi ce sera pour tout le monde) !

Faisant déjà nuit, la nature s'obscurcit. Madame Séménya va dans la chambre et ressort avec une dentelle qu'elle a allumée. Elle va l'accrocher à un clou dans un bois de la porte de la cuisine. Senam quant à elle, demande à cet instant concis à s'en aller : « papa, maman, une fois encore, je vous dis merci, et je demande votre permission pour prendre congé de vous. Mawugnon est seul à la maison. Il doit s'inquiéter. Aussi, il aura faim. Car, s'il ne me voit pas, il ne mangera pas. »

-Quelle belle histoire d'amour entre une femme et son mari ! Je vous envie ! s'exclame encore jovialement, l'épouse Séménya. Et c'est encore du rire.

-Oui tu as raison, maman Mawugnon, il fait déjà tard. Nous t'avons pris trop de temps déjà et faille que tu retournes voir notre fils, répond à Senam, papa Séménya. Ésrõ nyé, tu peux l’accompagner ? il demande à sa femme.

Senam se lève. Elle remercie papa Séménya, renoue plus son pagne et madame Séménya l'aide à ramasser ses affaires dans un sac avant de l'escorter à quelques pas de chez eux. Elles se font au revoir en s'embrassant cordialement.

Madame Séménya retourne auprès de son mari. Après avoir rangé le tabouret de Senam, elle s'assoit sur le sien tout près de son mari, et pose sa tête sur ses cuisses et lui dit :

-Merci pour tout, papa. Tu es si gentil, si ange. Je suis tellement fière que tu aies pu aider cette dame, et surtout, à payer l'écolage de son enfant.

Le mari la caresse par la tête et le cou avec sa main droite pour lui retourner : « ce n'est rien. Tu sais que nous sommes faits pour ça ! »

Sa tête sur ses cuisses, il continue de la lui caresser tendrement de sa main droite, regard dans le lointain, comme s'y cherchant quelque chose.

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