Chapitre 3

Mon réveil sonna plus vite que je ne l'aurais voulu. Je sautais cependant sur mes jambes pour être prête le plus vite possible espérant que la salle de bain ne soit pas occupée. Personne ne se levait aussi tôt que moi cependant le temps que je mange et que je prenne le chemin de la salle de bain pour me brosser les dents, ce qui était la dernière étape pour que je sois prête, la salle de bain était toujours occupée. Vivement que la deuxième salle de bain soit réparée.

Évidemment ce matin ne fut pas une exception. Le temps que je mange Manoé s'était enfermé dans la salle de bain. Il aurait très bien pu laisser la porte ouverte. On aurait eu la place de se préparer à deux mais il aimait trop m'embêter.

Je toquais à la porte exaspérée.

«Je t'en supplie Manoé dis moi que tu es presque prêt...

-Je suis navré de te dire cela sœurette mais cela fait seulement deux minutes que je suis ici.»

Je me dirigeais donc vers la chambre de Marcus et enfonçais la porte sans ménagement. Cette fois ci mon arrivée suffit. Marcus sursauta d'un coup alors que la porte claquait contre le mur en laissant une marque. Je devais avouer que j'étais légèrement déçue. Cela m'aurait fait du bien de sauter sur son dos pour le réveiller.

Plus nous avançions dans la semaine plus ma patience diminuait. J'avais hâte d'être en week-end afin de me recharger.

«J'ai failli faire une crise cardiaque... se lamenta Marcus.

-C'est ce que je me dis tous les matins en te voyant.»

Je tournais les talons mais n'eus pas le temps d'aller bien loin que je me pris un coussin dans la tête. Je me retournais d'un coup et lançais le coussin sur Marcus à mon tour. Ce dernier me le relança dessus et nous fûmes partis pour une bataille qui dura de longues minutes. Je finis par abandonner une fois retrouvée bloquée sous le poids de Marcus. J'ai cru qu'il allait m'étouffer!

Je retournais à la salle de bain vraiment en retard mais la porte était verrouillée.

«Manoé!

-Raté!

-Maxence!»

Je cru que j'allais pleurer de frustration.

«Je suis en retard Maxence. Je veux simplement me brosser les dents. Tu en as pour longtemps?

-Yupp.»

J'allais devenir folle. Il fallait que je m'occupe l'esprit. Je décidais donc de descendre à la cuisine. J'arrivais en trombe prête à me plaindre en hurlant pour couvrir les voix des autres mais je fus déstabilisée quand en arrivant dans la cuisine je n'entendis personne parler. Mes frères regardaient la télé dans un silence religieux qui me donna des frissons. Je me rapprochais pour voir l'écran et fut parcourue de frissons. Mon téléphone sonna sur la table. C'était Mathieu.

«Allô?

-Mal?

-Oui?

-Tu as vu les nouvelles?

-Oui...»

J'étais comme hypnotisée par la télé. Ce n'était pas le premier meurtre mais jusque là je n'avais connu aucune des victimes. Emma... Une fille de ma classe. Une fille que je voyais tous les jours presque. Je ne lui avais jamais parlé mais on était quand même soit disant proches.

«Je suis désolé... Comment te sens tu?

-Ça va...»

Mes frères s'étaient levés et m'avaient entourée. Maxime posa sa main sur mon épaule en signe de réconfort. Ils savaient que je faisais des cauchemars à cause des meurtres. De plus n'importe qui pouvait être la prochaine victime. Y compris moi. Nous ne savions rien sur le meurtrier. Pourquoi tuait-il? Qui? Il n'y avait aucun motif régulier. Les victimes étaient comme prises au hasard.

«Tu dois faire attention Mal. Promets moi de ne pas traîner seule dans les rues sombres.

-Promis...

-Il y aura une minute de silence dans ton lycée vers onze heures et le directeur fera un discours à midi.

-D'accord.

-Si jamais tu as besoin de parler on est tous là.

-Je sais merci beaucoup...

-Je vais te laisser. J'ai du travail.

-Oui je comprends... Fais attention à toi.

-Promis. À ce soir.»

Maxence fit enfin son arrivée. Son sourire s'effaça d'un coup quand il vit nos expressions.

«Pourquoi vous faites ces têtes? On dirait que quelqu'un est mort.

-Dis pas ce genre de choses du con.»

Maxence fronça les sourcils. Il s'avança vers nous et comprit quand il vit l'écran. Il se mordit la lèvre inférieure gêné. Je sentais que mes frères voulaient dire des choses mais n'osaient pas parler en ma présence. C'était horrible ce qu'il se passait. Nous étions tous d'accord. Un meurtre était déjà inacceptable mais ils devenaient de plus en plus nombreux.

Tout avait commencé presque un an auparavant. Cela avait été un jour comme les autres pour nous. Mathieu était rentré plus tard que d'habitude mais pas assez tard pour qu'on s'inquiète. Il nous avait annoncés qu'il avait été promu. Nous l'avions félicité fières puis il nous avait révélés sur quoi il enquêtait. Le corps venait d'être trouvé. C'était Mathieu et un de ses collègues Greg qui l'avaient découvert. Les médias n'en avaient même pas encore été informés. Seule la police savait.

Un homme de quarante ans avait été retrouvé mort au bord de la rivière. D'après les marques sur son cou l'homme avait été asphyxié. D'après les analyses sanguines l'homme avait été drogué avant d'être tué. C'est pour cela que les policiers n'avaient trouvé aucune marque de bagarre. L'homme sous l'emprise de la drogue n'avait pas pu se défendre contre l'agression. La seule question était comment s'était retrouvée la drogue dans son système puisque il n'y avait aucune marque de piqûre sur le corps. Aucune trace n'avait été laissée sur le corps. Qui que soit le meurtrier il avait été méticuleux. Les policiers avaient failli fermer le dossier mais très vite arriva un deuxième meurtre.

Ce dernier avait eu lieu six mois après. Un jeune homme d'à peine vingt ans avait été retrouvé tué de la même manière. Encore une fois aucune marque ne fut trouvée sur le corps. Pas d'ADN, pas de sang. Rien. Mathieu et ses collègues en devenaient fous. Il n'y avait aucun lien entre ces deux victimes. Ils n'avaient aucune piste.

Le troisième meurtre avait eu lieu trois mois plus tôt. Un homme de trente ans retrouvé asphyxié dans sa propre maison. Ce fut la voisine qui avait appelé la police car cela faisait des jours que l'homme ne répondait pas quand elle toquait alors elle avait commencé à s'inquiéter. Il n'y avait pas beaucoup plus d'indices pour la police. Cette dernière avait créé un groupe spécialisé dans l'enquête sur ce meurtrier seulement tout en faisant parfois quelques interventions. Les heures de Mathieu furent prolongées aussi.

Ce meurtre était le quatrième et le première où la victime était si jeune et était de sexe féminin. Jusque là les meurtres m'avaient faits peur mais à présent ils s'étaient rapprochés d'un grand pas de moi. La victime aurait pu être moi. Une adolescente ordinaire de 17 ans. Nous étions même dans la même classe...

«T'inquiète Mal. Mathieu va trouver le meurtrier très vite et tout ça sera derrière nous.»

Je hochais doucement la tête. Mes frères s'inquiétaient aussi tout comme le reste des habitants cependant ils étaient encore plus inquiets pour moi. Je m'en voulais d'être si sensible mais j'avais peur.

«Tu n'es pas obligée d'aller en cours si tu veux.

-On peut dire que tu es malade. Ils comprendront.

-C'est gentil mais pas besoin. Je dois y aller.»

Je me mis en route vers la salle de bain et me brossais enfin les dents en paix. Enfin, paix fut un bien grand mot. C'était sans compter sur mes pensées. Et si j'étais la prochaine victime? Pire. Et si c'était un de mes frères? Ou Lucas? Je ne le supporterais pas...

Alors que je redescendais les escaliers j'entendis mes frères chuchoter. Cela n'était pas arrivé depuis des mois. Je m'arrêtais quelques instants dans les escaliers afin de les écouter.

«Ça fait même pas trois mois. Les meurtres sont de plus en plus nombreux.

-Elle était dans sa classe en plus... chuchota Maxime.

-Ce sera qui la prochaine fois? s'inquiéta Manoé.

-Mal ne doit jamais sortir seule.

-Elle ne sort jamais seule y a toujours Lucas.

-On en est sûrs?

-Bah oui elle nous dit tout.

-Marcus tu peux la ramener après les cours? demanda Maxime.

-Euh... Ouais.

-Tu dois pas rentrer seul non plus.

-On devrait faire des groupes de deux ou trois ce serait plus sûr.

-Vous vous entendez parler? demanda Mathis. On dirait des militaires.

-Et alors? répliqua Maxence.

-Vous prenez ça un peu trop au sérieux.

-T'es con ou quoi? s'emporta Maxime. C'est des meurtres. Comment peut-on ne pas les prendre au sérieux?

-Je dis simplement qu'il ne faudrait pas qu'on en fasse trop non plus.»

Voyant l'heure je décidais qu'il était temps que je descende. Comme je me doutais les garçons arrêtèrent de parler à mon arrivée. À vrai dire ils étaient d'assez bon acteurs pour la plupart. Sauf Maxence. Les autres s'étaient remis à rire et à parler fort comme si de rien n'était. Mathis et Manoé commencèrent même à se disputer pour une veste. Quoi que ils ne jouaient peut être pas...

Marcus démarra sa voiture en silence. Lucas monta lui aussi sans se plaindre de notre retard. Ce silence commençait à devenir pesant. J'aurais préféré limite qu'on parle du meurtre. Nous finîmes par arriver et nous dépéchâmes d'aller en cours pour ne pas briser nos habitudes.

L'ambiance au lycée était horrible. J'avais l'impression que même le bâtiment pleurait la mort d'Emma. Ses copines s'étaient toutes habillées en noir et pleuraient à chaque cours. Les profs quant à eux étaient plus que mal à l'aise surtout quand ils donnaient cours à notre classe. Ce n'était la faute de personne mais l'ambiance me fit me sentir encore plus mal.

À midi nous nous regroupâmes dans l'amphithéâtre pour le discours du directeur. Lucas et moi nous assîmes à la première rangée vide et quand je vis Iris j'eus envie de lui faire signe de venir avec nous mais je n'osais pas. Lucas se contenta donc de le faire pour moi. Iris nous sourit et s'assit à mes côtés avec grâce. Elle portait une robe noir d'un chic imposant qui la faisait vieillir tout en la mettant beaucoup en valeur. Je me sentais soudain pas assez habillée.

Lucas détailla Iris des pieds à la tête sans gêne avant de demander:

«Tu connaissais Emma?

-Non pas le moins du monde... Malheureusement.

-Alors que nous vaut cette tenue?»

Iris détailla sa tenue perplexe.

«Ne suis-je pas habillée convenablement?

-Oh si justement. On dirait une veuve de quarante ans.

-Eh bien je pensais que qui que soit la victime elle méritait que je m'habille convenablement. Tu ne pense pas Mal?»

Je me redressais d'un coup surprise qu'elle m'interroge.

«Si si. Tu as parfaitement raison. Je me sens mal habillée tout à coup...»

Iris me détailla à son tour avec sérieux. Je n'avais pas eu le temps de me changer alors je portais un simple jean noir ainsi qu'un t-shirt bleu marine.

«Tu es très bien ne t'en fais pas.»

L'arrivée du directeur nous fit taire. Le directeur commença par nous dire à quel point cette perte était horrible. Que c'était une tragédie mais que nous devions continuer et qu'il espérait que la police allait vite arrêter le coupable. Ils firent monter sur scène les parents de la victime et je sentis mon cœur se serrer. Entendre la voix tremblante de la mère d'Emma me fit monter les larmes aux yeux. Elle laissait parler son cœur et disait à quel point elle aimait sa fille et à quel point les faits passés étaient une tragédie pour sa famille. À chaque mot mon cœur accélérait. J'avais de plus en plus de mal à respirer silencieusement. Il n'y avait pas d'autre mot. Tragédie.

Iris entendit ma respiration saccadée et se tourna vers moi. Ses yeux s'aggrandirent quand elle vit mes larmes couler.

«Tu connaissais Emma? me demanda-t-elle en chuchotant.»

Je secouais la tête tout en me battant pour arrêter mes larmes. Lucas me sourit avec tristesse et me serra contre lui d'un bras. Il chuchota à Iris pour m'éviter de parler.

«Mal est une sensible. Elle n'a jamais parlé à Emma mais j'étais sûr qu'elle allait pleurer. Elle pleurerait à l'enterrement d'une araignée aussi alors qu'elle a horriblement peur de ces bêtes.»

Iris me regarda avec un regard indéchiffrable. Elle avait l'air à la fois désolée pour moi et fascinée. Quant à moi j'avais honte. Je devais arrêter de pleurer. Pleurer était normal quand il s'agissait d'une personne que nous avions perdu. De quelqu'un que nous avions aimé. Le membre d'une famille, un ami, un pote même. Cependant je ne connaissais pas Emma le moins du monde. Qui étais-je pour pleurer en entendant sa mère parler?

Je finis par me calmer à la toute fin du discours pile avant que le directeur annonce qu'il serait préférable que nous ne marchions pas dans les rues après vingt heures. Je me frottais les yeux puis me levais avec les autres et suivais le flux pour retourner en cours.

En sport je me retrouvais à côté d'Iris dans les vestiaires. Cette dernière avait beau porter un jogging et un vieux t-shirt flottant, elle était beaucoup plus belle que je ne le serais jamais dans une robe. J'étais donc assez mal à l'aise à l'idée de me changer à côté d'elle. Mal aise qui disparut quand elle me sourit.

«Tu vas mieux?»

Il me fallut un instant pour deviner de quoi elle parlait.

«Oui... Désolée. Je suis trop sensible.

-Ne t'excuse pas. Je trouve ça unique.

-Euh... Merci?

-C'est un compliment ne t'en fais pas. Je n'ai jamais vu personne d'aussi sensible que toi. Ou d'aussi maladroit.»

J'enfouissais ma tête dans mes mains gênée. Iris émit un petit rire.

«Je trouve ça agréable.»

Iris s'assit à côté de moi alors je levais le regard vers elle.

«Je vais t'avouer quelque chose.»

J'écoutais avec intérêt. À part Lucas personne ne m'avait jamais rien avoué. Or Lucas était comme un membre de ma famille à présent. Iris c'était différent. Elle était une inconnue.

«Je ne suis pas du tout sensible. Je suis un vrai cœur de pierre. Alors ne sois pas gênée avec moi.

-Si justement... Je devrais être plus forte mentalement.

-Pas forcément. Il y a trop de personnes horribles sur Terre. On ne manque jamais de personnes sensibles.»

Je souris à Iris reconnaissante.

Comme sport nous faisions foot. Le prof avait fait deux équipes avec les plus et les moins avancés et je m'étais retrouvée dans l'équipe la plus avancée avec la majorité de garçons. Ayant six frères je devais avouer que je me débrouillais assez bien. Je n'étais pas une très grande fane de foot. À vrai dire mes frères non plus. Nous nous étions simplement mis à jouer un jour alors qu'il faisait beau qu'on s'ennuyait et qu'on avait un ballon. Ce qui plaisait dans le jeu à mes frères était la compétition. Nous avions pris l'habitude de jouer tous les samedi après midi qu'il fasse beau ou moche et l'équipe perdante invitait les autres à manger dans un fast food.

Mes frères aimaient toutes les activités où il fallait être compétitif. Il était arrivé une ou deux fois que quelqu'un perde le ballon de foot ou le trou. Le temps qu'on aille en acheter un autre nous nous étions mis à jouer au basket.

C'est donc grâce à la compétition qui régnait chez moi que j'ai pu m'améliorer au foot et me retrouver dans l'équipe des avancés comme l'appelait le prof de sport pour ne vexer personne.

Lucas avait réussi à rester dans la même équipe que moi. Ce fut assez surprenant. Après tout Lucas était un des pire joueurs que je n'avais jamais vu. Il y avait deux garçons de la classe qui étaient pires que lui et qui s'étaient retrouvés dans l'autre équipe. Lucas avait eu de la chance. Je lui avais proposé de venir s'entraîner avec mes frères et moi mais la compétition n'aidait pas Lucas à faire des progrès. Il venait quand même de temps en temps jouer avec nous.

Iris fut mise dans le groupe des débutants le temps que le prof voit comment elle joue mais très vite le prof l'appela pour qu'elle échange de place avec Lucas. J'étouffais un rire en voyant la tête de mon meilleur ami. Me voyant rire Iris me sourit.

«Qu'est ce qui est si drôle? demanda-t-elle amusée.»

Je me raclais la gorge pour retrouver mon sérieux.

«Le pauvre Lucas était tellement fière d'être dans l'équipe des avancés. La tête qu'il a fait m'a fait rire.»

Iris se tourna vers Lucas.

«Oups.»

Elle haussa les épaules avant de sourire de nouveau.

Ce fut dégoulinante de sueur que je regagnais les vestiaires. Je rangeais mes affaires et m'apprêtais à partir quand Iris m'interpella:

«Mal, tu ne te change pas?

-Je vais prendre une douche chez moi comme on a fini. Ça sert à rien que je me change. Je ferais que salir mes vêtements.

-Ah d'accord.»

Je ne savais pas trop ce que je devais dire à présent alors je baissais les yeux vers mon sac.

«Tu rentre comment? me demanda Iris.

-C'est mon frère qui nous ramène avec Lucas.

-Lucas fait aussi parti de tes six frères?»

Je souris.

«Non mais c'est tout comme.»

Iris me sourit ce qui me détendit un tant soit peu. Elle se changeait tout en parlant. Je ne savais pas comment elle faisait mais elle n'avait pas du tout transpiré.

«Personnellement je suis fille unique.

-Oh... Je ne peux pas imaginer ce que ça doit être. Lucas aussi est fils unique et parfois il se sent seul. Comme moi quand mes frères ne sont pas à la maison.

-Je vois ce que tu veux dire. Mais je ne peux pas imaginer ce que ça doit être d'avoir des frères. Ou des sœurs. J'ai l'habitude du calme.»

Je souris.

«Moi c'est tout l'inverse.»

Iris me sourit à son tour.

«Bon... dis-je. Bon week-end.

-Merci à toi aussi, Mal.»

Sur ce je sortais des vestiaires. Lucas m'attendait adossé contre le mur grognon.

«Qu'est ce qu'il t'arrive Lulu?»

Il ne me répondit pas et se contenta de se mettre en route. Je le suivais en riant.

«Ne me dis pas que tu en veux toujours au prof de t'avoir changé d'équipe.

-Bah si je lui en veux! Non mais de quel droit il juge si je suis bon footballeur ou pas?

-À vrai dire c'est un prof de sport...

-Je m'en fou de ce qu'il est! Mon père est pharmacien ça change quoi?»

Je levais les yeux au ciel.

«Tu raconte n'importe quoi.

-N'importe quoi? Merci de me soutenir.

-C'est pas ma faute si tu ne sais pas jouer.»

Lucas me regarda outré. Le fait que je ris en voyant son expression n'arrangea pas mon cas. Lucas refusa de me parler sur tout le chemin jusqu'à la voiture de Marcus. Décidément ce garçon était très susceptible.

Marcus mit la voiture en marche en nous voyant arriver. Lucas s'assit devant toujours vexé tandis que je montais à l'arrière amusée.

«C'est quoi ces têtes? demanda Marcus. Qu'est ce que tu as fait Mal?»

Je fis mine d'être offusquée par sa question.

«Moi? Mais je n'ai rien fait. C'est juste Lulu qui boude parce que il s'est retrouvé avec les moins bons au foot.»

Marcus se mit à rire.

«Merci c'est cool. Criez le sur tout les toits tant que vous y êtes. Les voisins vont bien rire.

-Si tu insiste.»

Marcus baissa sa fenêtre et cria en direction d'un groupe de jeunes:

«Eh! Vous saviez que Lucas est dans l'équipe des moins bons au foot?»

Le groupe d'élève répliqua qu'ils s'en fichaient mais Marcus n'écoutait pas. Il regardait le visage de Lucas amusé. Il allait remonter la fenêtre mais se ravisa.

«Par contre on va laisser la fenêtre baissée parce que vous puez sa mère.»

De retour à la maison l'ambiance était beaucoup moins joyeuse. Le sport m'avait permise d'oublier les faits pendant quelques heures mais à présent je retombais dans la réalité. Mathieu était rentré plus tôt et les garçons s'étaient regroupés autour de la table à manger. Après avoir salué tout le monde nous prîmes nous aussi place autour de Mathieu qui se lança:

«Comme vous le savez un quatrième corps a été trouvé. Je ne veux pas que vous vous inquiétiez. La police cherche jours et nuits le coupable. Cependant le temps qu'on le trouve j'aimerais que vous fassiez plus attention que d'habitude. Vous avez sûrement remarqué que la durée entre les meurtres se rétrécit. Si nos calculs sont bons le prochain meurtre aura lieu dans un peu plus d'un mois. Visiblement le tueur est quelqu'un de très méticuleux. Il drogue les victimes avant de les asphyxier. Alors c'est logique mais je précise. N'acceptez aucune boisson ou nourriture d'inconnu. Cela reste le moyen le plus simple pour vous faire ingurgiter la drogue. D'après les analyses les victimes ont toutes été tuées entre vingt trois heures et minuit. Je vous demande donc de ne jamais sortir à ces heures. Tant que nous ne savons pas pourquoi Emma a disparue le matin ne sortez pas non plus seuls en pleine journée si possible. Peut être qu'elle voulait simplement sécher les cours mais tant qu'on n'en est pas sûrs faites attention. Vous m'avez compris?»

Tout le monde hocha la tête. Lucas se força à fermer la bouche et à avoir l'air moins fasciné quand le regard de Mathieu passa sur lui. Soudain Mathieu ancra son regard dans le miens. Je me redressais d'un coup de toute ma hauteur.

«Si tu fais des cauchemars j'aimerais que tu me le dise, Mal.»

Je hochais la tête de nouveau. Mathieu me sourit avec douceur.

«Je sais que ça te fait peur. Tout le monde a peur c'est normal. Mais nous sommes tous là pour nous protéger. Tant que nous restons soudés il ne pourra rien nous arriver.»

Lucas passa son bras autour de mes épaules sans dire un mot. Sur ce Mathieu se leva et nous proposa de commander des pizzas. Sa proposition fut accueillit par des acclamations. Maxence sauta sur le téléphone avant même qu'on se mette d'accord sur les pizzas que nous allions demander.

L'arrivée des pizzas redonna de l'énergie à tout le monde. Les boîtes furent vite ouvertes et posées çà et là sur la table. Chacun s'assit sur la première chaise qu'il trouvait et nous dégustâmes notre dîner dans la bonne humeur générale. Nous étions huit à table alors il allait de soit que nous avions commandé beaucoup de pizzas. Or il fallait aussi prendre en compte le fait que mes frères mangeaient énormément. Je devais avouer que moi même je pouvais manger beaucoup quand j'avais faim. Nous nous retrouvâmes donc à commander vingt pizzas. La personne qui avait pris notre commande avait cru voir flou. Quant au livreur, il dut demander de l'aide.

Manoé avait refusé d'aller ouvrir ayant honte d'avoir commandé tant. Ce détail n'avait cependant pas dérangé les autres qui s'étaient jetés sur la porte. Les pauvres livreurs n'allaient sûrement plus jamais accepter de venir nous livrer...

Même vingt pizzas n'étaient pas assez. Maxime et Mathis voulaient tous les deux prendre la dernière part de quatre fromage alors évidemment ça a dégénéré et très vite ils se sont retrouvés à se battre. Maxence en profita donc et mangea la part en question. Il dut courir vite pour échapper aux jumeaux affamés. Lucas se tenait le ventre en riant tandis que Manoé semblait exaspéré par sa famille. Mathieu quant à lui se contentait de nous sourire en silence.

Mathieu finit par commander une dernière pizza pour calmer tout le monde. Nous finîmes de manger assez tard alors Lucas resta dormir à la maison. Ce n'était pas la première fois que ça arrivait loin de là. La première fois qu'il avait dormi chez moi était en CM1. Les parents de Lucas avaient accepté avant que l'on s'invite à dormir mais mes frères avaient refusé jusque là. Ils avaient cependant fini par accepter qu'il vienne dormir à la maison à condition que nous dormions dans des chambres séparées. Cela n'avait pas dérangé Lucas. Petit à petit le fait qu'il dorme à la maison devint de plus en plus banal. À présent Lucas et moi dormions même dans le même lit dans ma chambre.

Cela faisait des années que je n'avais entendu aucune remarque à notre sujet. Tout le monde savait que nous étions meilleurs amis. Lucas était hétérosexuel mais il me voyait comme sa sœur et je le voyais comme mon septième frère.

Nous nous mîmes donc en pyjama et nous nous glissâmes sous ma couette. Lucas étant plus proche de la lumière éteignit cette dernière. Il se tourna ensuite vers moi et ferma les yeux.

«Iris est quand même très canon.»

Je ris ne m'attendant pas à cette remarque.

«On dirait qu'elle t'a tapé dans l'oeil.

-Pas qu'un peu.

-Je comprends elle est magnifique. N'empêche tu peux remercier Marcus.

-Pourquoi?

-S'il ne nous avait pas encore déposés en retard je ne lui aurais pas foncée dedans et on n'aurait peut être pas parlées. Et sans moi tu n'aurais jamais réussi à l'approcher.

-Mouais. Même sans ton aide Iris aurait fini par venir me parler.

-Ah oui? Et pourquoi donc?

-Attends. Tu m'as bien regardé?»

Je ris ce qui me valut un coup de pied de la part de Lucas.

«Tôt ou tard elle m'aurait remarqué.

-Faut que tu arrête d'attendre que les gens te remarquent, Lucas...

-C'est toi qui dit ça? Redescends un peu. C'est bien la première fois que tu discute avec quelqu'un d'autre que moi.

-C'est pas vrai!

-Les discussions à propos des cours ne comptent pas.»

Je restais silencieuse quelques instants.

«Tu vois je te l'avais dit.»

Je croisais les bras sur ma poitrine.

«Oh, boude pas Mal.

-Trop tard je suis fatiguée je veux dormir.»

Lucas rit.

«Bonne nuit Mal.

-Bonne nuit Lulu.»

Comments (1)
goodnovel comment avatar
Isabella DF
...️..................
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