La chambre forte
La chambre forte
Author: Lakhita
Chapitre 1

Les chambres fortes étaient au cœur de nos vies. Elles avaient été construites dans diverses parties de la cité afin de nous permettre de pouvoir nous mettre à l'abri le plu vite possible en cas d'alerte. Celle au centre du bâtiment était la plus imposante étant donné qu'elle était atteignable par le plus de monde en cas de problème. S'ils entendaient les sirènes, tous les habitants de l'institut prenaient leurs jambes à leurs cous paniqués et rejoignaient la chambre forte la plus proche de leur position.

Les alertes raisonnaient pendant des heures jusqu'à ce que le danger se calme. Dans ces moments tout le monde se tuait et se collait contre les murs de la chambre le cœur au bord de l'explosion. L'ambiance devenait vite suffocante et je croyais devenir sourde à cause du bruit strident ainsi que des pleures.

Les plus âgés avaient fini par s'habituer aux alertes. Ils se dirigeaient vers la chambre forte en pressant le pas dans le calme et s'asseyaient en silence en attendant la fin. Quant à moi je n'avais jamais réussi. J'étais loin d'être aussi terrifiée que certaines autres personnes mais je n'arrivais pas à afficher une expression calme.

J'avais peur chaque soir en allant me coucher. Je faisais des cauchemars où je n'atteignais pas la porte. Le pire était que je pensais souvent à abandonner. Quand j'entendais l'alerte il me fallait quelques secondes pour me mettre en mouvement. J'en avais marre. Je me demandais si ça valait le coup. Je me voyais rester à ma place calmement dans ma chambre et j'hésitais à attendre ma mort.

Un jour la situation devint pire que d'habitude alors que j'ignorais que c'était possible. Une mère s'était faite traîner de force dans la chambre. Elle s'était débattue de toutes ses forces. On aurait dit un animal enragé. Trois hommes avaient dû s'y prendre pour la retenir de s'enfuir.

Elle hurlait à plein poumon que sa petite fille était restée dehors. Elle l'avait laissée aller jouer mais ne l'avait pas trouvée lorsque l'alarme avait retenti.

J'étais restée quelques instants à observer la femme en silence. Je sentais qu'elle n'allait pas rester. Elle allait sauver son enfant coûte que coûte et sa propre vie n'allait pas compter. Sans que je sache ce que je faisais je me levais ce qui coupa court aux cris et attira les regards sur moi.

«J'irai.»

Les yeux de tout le monde s'aggrandirent et la femme se jeta à mes pieds reconnaissante. Je ne bougeais pas. Cela faisait des jours que j'avais renoncé. Autant aider quelqu'un alors que je sombrais.

Certaines personnes s'opposèrent à ma décision. Ils refusaient que je me suicide. Ils disaient que c'était trop tard. Quant à d'autres ils refusaient de m'ouvrir les portes pour leur propre bien.

La femme ainsi que son mari finirent par être assommés et plus personne n'osa demander l'ouverture des portes. Je n'avais pas la force de m'opposer je me rassis donc en silence.

J'essayais d'occuper mon esprit en détaillant le lieux. Je ne supportais pas de voir les visages paniqués. Je me concentrais donc sur les murs de la chambre forte. Cette dernière n'avait pas l'aire paniquée. Elle était simplement froide. Des murs gris sans âme. Il n'y avait pas de tables, pas de chaises, pas de lits... Il y avait simplement quelques sachets de nourriture et des couvertures éparpillées sur le sol. Il ne faisait pas froid dans la pièce et pourtant je frissonnais. La mort planait sur les lieux et cela me donnait la chaire de poule.

En parlant de la mort, le corps de la petite fille ne fut pas retrouvé. Nous nous étions lancés à sa recherche dans le calme dès la fin de l'alarme. Son père s'enferma dans le silence quant à la mère elle en devint folle et l'espoir était la seule chose qui la retenait en vie.

La vie avait repris malgré cet événement. Nous devions continuer de chercher après tout. Je retournais dans ma chambre pour me coucher. Le lendemain je me préparais et allais travailler puis ainsi de suite. Plusieurs jours passèrent sans que rien d'exceptionnel ne se produisit. L'alarme sonna plusieurs fois et à chaque sonnerie je m'asseyais aux côtés des parents de la petite fille pour leur tenir compagnie.

Le père moura de tristesse très vite. Quant à la mère elle devenait de plus en plus pâle de jour en jour. Je décidais que je ne pouvais pas la laisser vivre ainsi. Elle avait perdu sa fille et son mari en l'espace de quelques jours et elle n'était plus en état de travailler. Elle passait ses journées enfermée dans sa chambre et ne sortait pas lors des alarmes. Quelqu'un devait toujours aller la chercher. Elle se laissait simplement traîner jusqu'à la chambre forte comme si elle n'avait plus aucun libre arbitre. Les autres chercheurs se demandaient s'ils ne devaient pas la laisser mourir. Je refusais de l'abandonner.

Les animaux étaient interdits au sein de l'institut mis à part ceux sur qui nous faisions nos expériences. Et il était interdit d'avoir plus d'un enfant par couple. La femme tout comme la plupart des personnes de l'institut avait perdu sa famille lors de la catastrophe. Elle se retrouvait donc de nouveau seule. Je ne pouvais pas la laisser seule comme ça.

Je lui rendais donc visite tous les jours et me proposais pour aller la chercher en cas d'alarme. La femme parlait beaucoup. Contrairement à son mari qui n'avait plus rien à dire, elle ne pouvait supporter le silence. Il lui rappelait que sa petite fille n'était plus présente. Je me contentais donc de l'écouter parler assise sur une chaise.

Plusieurs semaines passèrent. J'en appris énormément sur la jeune femme et sur sa vie avant la catastrophe. Quant à nos recherches elles n'avançaient pas vraiment. Nous ignorions toujours qui était ce monstre et comment l'arrêter. L'alarme continua donc à retentir quotidiennement quand des capteurs remarquaient la présence de l'être.

Un jour l'alarme retentit. Je me levais immédiatement et allais chercher la femme. Je n'avais plus le temps de réfléchir à présent. J'avais une vie à protéger.

Nous nous rendîmes dans la chambre forte et nous assîmes côte à côte par terre. La femme se lança dans un énième récit et plusieurs personnes lui ordonnèrent de se taire énervés mais la femme ne les entendait pas.

L'alarme finit par se taire. La femme s'était endormie et j'allais la secouer avec douceur pour la réveiller mais je m'arrêtais d'un coup. La femme ne respirait plus. Je baissais la tête sans dire un mot et fermais les yeux quelques instants. Soudain des chuchotements ébahis me poussèrent à les rouvrir.

Les portes avaient été ouvertes et tout le monde fixait le dehors avec de gros yeux. Je levais à mon tour la tête vers ce qu'il se trouvait entre les portes et ouvrais grand la bouche surprise.

Elle se tenait là. La petite fille. Elle était en vie.

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