BLESSURES 1

          Le vent du soir, léger comme une caresse, venait rafraîchir le front moite et les lèvres assoiffées de Nelly. Au dessus de sa tête, brillait dans le ciel, la lune dans toute sa rondeur autour de laquelle dansaient les étoiles filantes au son du vent qui sifflait.

          Sa mère sortit de la chambre et fut surprise de la voir seule assise sur un banc au milieu de la cour de leur maison. Elle s'approcha d'elle et lui posa la main sur son épaule gauche.

👉 Ma fille, que fais-tu là assise seule?

👉 Rien maman, je prends de l'air.

👉 Ne me mens pas Nelly. Telle que je te connais, on dirait que quelque chose te tracasse ou que tu es contrariée.

👉 Ok! Tu as deviné maman. Il y a de cela deux semaines que je rumine quelque chose que je n'arrive pas à comprendre. Je fais l'effort mais je n'y arrive pas. 

👉 Et c'est cela qui te met dans cet état ? Peux-tu me confier cette chose qui te tracasse si tant? Peut-être que cela allégera ton cœur et t'aidera à vite l'oublier.

👉 Maman, ce que j'ai à te confier, n'est rien d'autre que quelque chose que j'ai constatée sur ta personne.

👉 Ah bon, si ce n'est que quelque chose qui me concerne, pourquoi as tu peur de me le dire? Vas-y, je t'écoute. 

          Après un long silence, Nelly commença :

👉 Maman, excuse-moi si les questions que j'ai à te poser sont déplacées et manquent certainement de respect à une personne de ton âge.

👉 Ma fille, je ne connais pas encore la nature de tes préoccupations ; mais je ne saurais t'empêcher de me les poser; car si j'avais eu cette occasion de discuter et d'échanger avec ma mère, je ne serais pas aujourd'hui dans cet état. Demande-moi ce que tu veux.

👉 Maman, depuis que j'ai commencé par distinguer tout ce qui m'entoure, j'ai remarqué que tu évites que je te vois nue. Cela ne m'a jamais paru bizarre et je n'y accordais pas la moindre importance. Mais sans le vouloir, il y a de cela quatorze jours, alors que tu quittais la douche pour ta chambre et que je traversais le couloir en direction de l'arrière cour, je t'ai aperçue par l'entrebâillement de la porte de ta chambre. Là, j'ai pu apercevoir que tu portais une grande cicatrice au niveau de ta cuisse droite. Depuis ce jour, je me posais la question de savoir pourquoi tu me l'as cachée pendant toutes ces années. Maman, d'où te vient cette cicatrice? 

          La mère de Nelly baissa la tête et ne la releva que quelques minutes après. 

👉 Nelly ma fille, ta question me donne des frissons et si je ne prends garde, je risque de verser des larmes; mais que Dieu me donne le courage de te dire les choses une à une. 

👉 Parle-moi maman. 

👉 Ma vie n'a été qu'une suite de blessures: blessures sentimentales, blessures psychologiques, et blessures corporelles dont tu en as vu d'ailleurs quelques séquelles et cicatrices. Mes grands-parents paternels étaient de richissimes et vivaient à Assènan, une localité de la Commune de Kétou. Après vingt-sept ans de mariage et trente ans de vie commune, il leur a fallu traverser monts et vallées pour n'avoir qu'un seul enfant nommé Raoufou. Ma grand-mère maternelle, une pauvre paysanne, était au sein de cette famille une domestique qui avait un bébé de deux ans appelé Moudjibath. (Silence). Un après midi, alors que ma grand-mère maternelle devrait aller faire des courses pour des parents, elle a sollicité l'aide de son mari pour la remorquer sur son vélo. Chemin faisant, le couple fut cogné par un taxi qui prit la fuite. La zone étant déserte, avant que les victimes ne soient découvertes et secourues, elles moururent. Les patrons de ma grand-mère qui formaient le couple OLATOUNDJI, se sont vus dans l'obligation de récupérer et de s'occuper du seul enfant laissé par leur employée défunte. C'est ainsi que grandirent ensemble dans cette maison, Raoufou et Moudjibath. Tels des frères et sœurs, ils étaient entourés de tous les soins et affections qu'il leur fallait pour leur épanouissement. Rien ne leur manquait et ils étaient tous deux considérés de la même manière et jouissaient des mêmes droits et privilèges. Ils évoluèrent ensembles sur tous les plans et avaient des résultats excellents à l'école.  

👉 Mais maman, quelle relation tout cela a avec cette cicatrice que tu portes sur ta cuisse droite? Cela fait environ trente minutes que tu me parles, mais sans apporter de réponse à ma préoccupation.

👉 Sois patiente ma fille et tu comprendras mieux. Alors que Moudjibath comptait dix-neuf ans et Raoufou dix-sept, ils décrochèrent leur baccalauréat à la grande satisfaction de leurs parents. Entre ces deux adolescents, naissait une tendre passion que nul ne soupçonna. Un an plus tard, le père de Raoufou mourut, suivi deux ans après de sa mère. Dès lors, les liens entre les deux jeunes se consolidèrent davantage. Ils s'aimaient et se soutenaient. Les chutes du roi soleil se succédèrent ; et à vingt cinq ans, Moudjibath présenta les symptômes d'une femme en état; ce qui lui fut confirmé par la sage femme. Raoufou et elle étaient comblés. Quelques mois plus tard, elle mit au monde une petite fille nommée Efira qui n'est comme tu le devines autre personne que moi.

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