La féministe et le peintre
La féministe et le peintre
Author: Jean-Baptiste Messier
La féministe et le peintre

Kim est une jolie asiatique, sage-femme, féministe. Son mari est aux petits soins pour elle, il fait les courses, se charge du petit et lui prodigue de merveilleux cunis. Pourtant il manque quelque chose à notre pulpeuse asiatique aux longs cheveux noirs. Pour repeindre la chambre de son fils, elle rencontre Gökan un peintre en bâtiment d’origine turque, au regard noir et à la fougue de bad boy. Leur rencontre improbable fera naître des étincelles et Gökan en fera voir de toutes les couleurs à Kim.

*

* *

« Tu prends un café Kim ?

— Oui avec plaisir, l’accouchement a été long et difficile, ça me détendra. On se retrouve à la machine, le temps que je me change ?

— Avec plaisir. »

Matthieu me scrute avec ses yeux bleus qu’ils croient sans doute charmeurs. Je déteste que les hommes me dévisagent ou me détaillent sous toutes les coutures. Il rêve sans doute de me baiser, tout comme il a baisé mon amie Nina. Tous les médecins réfléchissent ainsi : le personnel féminin est une sorte de bétail à leur disposition. Ils n’ont pas tort, beaucoup de femmes sont sensibles à leur charme de chirurgien, de chefs de départements, etc. Moi ça me révolte. Je suis une féministe et je vomis cette hiérarchie patriarcale.

Mathieu en quelque sorte n’est pas responsable, il reproduit des schémas comportementaux limite immémoriaux, qui vont de soi. Il aurait bien besoin d’une femme qui l’éduque, lui ouvre les yeux. Pourtant, il a des aspects plaisant, en salle de travail, il est toujours à l’écoute, parle avec une voix douce aussi bien à la femme en train d’accoucher qu’aux sages-femmes qui l’aident en cas de césarienne. Il est cultivé. Mais il a une mentalité de macho. Et il est marié.

Je me change rapidement dans le vestiaire, quitte ma blouse, plante deux baguettes dans ma chevelure noire et descends le rejoindre. Pause d’une demi-heure. La nuit de garde va être longue, je suis déjà fatiguée. Il m’attend, bras de chemise retroussés. Je le vois qui reluque ma poitrine. Celle-là, je ne peux pas la cacher. Je fais mine de rien. Je pense qu’avec mes cheveux, ce sont mes deux armes fatales et souvent involontaires. Les hommes se font des films.

Ça m’agace.

Nous discutons des films qui sont sortis au cinéma. Accoudés à la table haute en formica, Mathieu se rapproche de moi. Par le col déboutonné de sa chemise, je vois un frisottis de poils. Un instant je pense à son pubis. Une bouffée de chaleur incontrôlable envahit mes entrailles. Mais que m’arrive-t-il ? Pourquoi ai-je soudain fait cette association d’idées indécente ? Même les tétons de mes seins pointent tandis que je sens mes seins durcir.

La discussion se termine, il est temps de reprendre notre garde. Dans l’ascenseur, je garde le silence, je suis troublée. Nous sommes seuls. Mathieu doit se demander ce qu’il m’arrive même s’il continue de me lorgner avec désir. Les battants de l’ascenseur vont s’ouvrir, il descendra au prochain étage. D’avance je suis soulagée. Juste avant que nous nous séparions, je sens sa main qui étreint mes fesses. Incroyable, quel goujat ! Pourtant, je ne dis rien et je sors honteuse.

Je crois bien que ma culotte est mouillée.

*

* *

Rentré à la maison vers 9 heures, mon mari est encore en train de dormir. Il a mené notre fils à l’école et s’est recouché. La maison est nickel, il a tout nettoyé hier soir, je constate avec plaisir que le frigidaire est bien garni et la vaisselle rangée, une vraie fée du logis mon mari !

Parfois son empressement à tout bien faire me déstabilise, en effet je me demande ce qu’il me reste à faire à la maison ! On dit souvent que les hommes du fait de la prise d’autonomie des femmes ne trouvent plus leur place, je dirais que là c’est tout l’inverse, Nicolas s’investit dans les tâches de la maison et moi je ne sais plus où j’en suis ! Enfin, par contre c’est moi qui vais piloter le projet qui consiste à repeindre notre appartement.

Je prends rapidement une petite douche, enfile une nuisette ras des fesses et me glisse dans le lit… Je sais bien pourquoi Nicolas s’est recouché… Le coquin.

Il ouvre un œil. Son regard doux et amoureux se pose sur moi, il a envie de me faire l’amour. Son bras m’enlace, et déjà je frémis de plaisir anticipé. J’entrouvre les cuisses, et sa main se glisse. Il me caresse, et je mouille aussitôt. Nos habitudes amoureuses sont ancrées dans nos corps, les caresses peuvent n’être qu’effleurements et pourtant déjà mon mari bande et moi mon sexe n’attend que lui. Des habitudes gourmandes qui me rendent heureuse.

Nicolas passe sa tête sous la couverture. J’ouvre les cuisses plus encore. Ses lèvres embrassent mon pubis, titillent mon clitoris et sa langue finit par me lécher savamment.

Gourmand ! C’est l’homme parfait !

Parfois je me demande s’il n’était pas une lesbienne dans une vie antérieure pour connaître aussi bien les plaisirs de la femme ! Il insère un doigt puis deux doigts, mon corps s’arque de plaisir. Je jouis une première fois. Il revient à côté de moi, nous nous embrassons et je le branle un peu, mais je sais que dès qu’il touche ma hanche nue, là où ma nuisette est relevée, son sexe rentre en érection, ce simple stimulus déclenche une excitation sexuelle sans pareil.

Il hâte d’être en moi ; complaisante, je l’attire. Mes jambes se resserrent autour de lui sous la couverture. Sa queue me fouaille lentement et profondément, mais il ne reste pas longtemps dans cette position comme à son habitude. J’ai parfois l’impression qu’il fait cela plus pour se chauffer. Sachant ce qu’il veut, je me mets sur le ventre. Là, il se fait plaisir et me rend un peu folle.

Je sens son gland qui effleure alternativement mon anus et ma chatte humide. La simple idée de me sodomiser doit l’exciter plus encore, pourtant je ne lui permets pas. Mais j’avoue que son envie m’excite. Enfin, je me plaque sur le matelas pendant qu’il me prend par-derrière et me pilonne. Ses reins heurtent mes fesses violemment et j’adore ça. Mes yeux sont fermés et j’imagine que c’est Mathieu qui me prend ainsi. Ses mains se pressent sur mes hanches, sa bouche embrasse ma nuque, il me tire par les cheveux, je gémis de plaisir, c’est intense, court, rapide, enfin il jouit en moi et je sens son sperme chaud qui coule en dehors de ma chatte. Je rouvre les yeux et me glisse entre ses bras. Le sommeil tombe sur moi d’un coup.

*

* *

« Donc, vous vous appelez M. Askim ?

— Oui, vous pouvez m’appeler Gökan, c’est mon prénom.

— Comment, dites-vous ?

— Gökan comme gueux et canne, vous voyez ?

— Ah, oui. »

Je détaille l’homme qui est en face de moi. Mes parents n’auraient certainement pas aimé cet homme, c’étaient des racistes, enfin comme beaucoup d’asiatiques d’origine, ils n’aiment ni les noirs ni les arabes.

Le blanc, oui ça va.

C’est peut-être pour ça que j’ai épousé un Nicolas et pas un Abdallah ? Quand j’étais lycéenne, je voulais sortir avec garçon qui s’appelait Abdallah, il parlait beaucoup, me faisait rire, et j’adorais son sourire quand il me regardait. Mais ma mère m’a vu en sa compagnie et mon père m’a donné la raclée de ma vie. Adieu Abdallah.

Gökan est brun et a l’air un peu taiseux, comme s’il était possédé par un démon intérieur qui donne de la violence à son regard. De taille moyenne et plutôt sec, de petites fesses. Mais pourquoi est-ce que je regarde ses fesses ?

« J’ai vu pas mal de candidatures sur le site et je pense que vous êtes pas mal, j’ai vu les photos de vos travaux et vous n’êtes pas cher.

— Vous êtes trop bonne. »

J’ai rêvé ou il a esquissé un sourire en disant ça. Je le scrute, mais nulle trace de goujaterie, j’ai dû rêver. Heureusement pour lui, sinon, je l’aurais viré avant même de l’embaucher !

Je lui fais visiter les pièces à repeindre, ça lui permet d’évaluer la durée du chantier. Il a une démarche souple, un regard intense. En m’effaçant pour le laisser passer dans la pièce, sa poitrine effleure mes seins, je surprends son regard qui croise le mien. Gênée, je tourne la tête. Je repense à cet amour malheureux brisé avec Abdallah. Il paraît que les hommes de ces pays chauds sont de vrais queutards et tirent sur tout ce qui bouge, des machos aussi, qui, dans leur pays, n’autorisent pas leur femme à prendre des verres dans les bars.

En fait tout comme mes parents, j’ai de vrais préjugés. Un instant j’imagine Gökan avec ses cuisses maigres, son corps nerveux et ses petites fesses qui baise une femme docile. Décidément j’ai de drôles d’images qui me traversent l’esprit en ce moment ! Moi je ne suis pas docile, mais parfois j’aimerais plus de violence de la part de Nicolas, qu’il me prenne sauvagement, qu’il me domine, qu’il me maltraite. Mal à l’aise, je me tortille des fesses dans la pièce de mon fils Baptiste.

Inconscient du trouble qui m’habite, mon peintre turc continue d’examiner les lieux.

« Il a quel âge votre fils ?

— 5 ans. J’aimerais faire des peintures décoratives pour sa chambre, enfantines.

— Je peux vous en faire si vous voulez. Je ne fais pas que peindre les murs, je peins aussi des toiles.

— Oh ? Et vous peignez quoi ?

Cette fois-ci, il me dévisage franchement.

— Des femmes nues, beaucoup, mais aussi des sujets divers.

Je fais mine d’avoir entendu que ce qui m’intéressait, mais au fond je suis frappée de ce qu’il vient de m’apprendre !

— Donc vous pouvez peindre une île, des baleines ?…

— Oui, sans aucun problème.

Un ange passe. Vite, dire quelque chose, sinon des images encore pernicieuses vont me traverser l’esprit et mon peintre va s’apercevoir que je suis déstabilisée ! Mais enfin, il les trouve où ses modèles qui posent pour lui ?

— Vous pensez que le chantier durera combien de temps ?

— Si je prends en compte vos demandes particulières, trois semaines, je pense.

Mes demandes particulières ? Gökan me fixe de son regard sombre. Dans la pénombre du jour qui tombe, il m’impressionnerait presque.

— Et vous pouvez commencer quand ?

— Dès demain si vous voulez. »

J’accepte rapidement et avec soulagement, je le vois sortir de l’appartement. Assurément, ce n’est pas une rencontre comme une autre et je m’interroge. Il me paraît tout à coup bien mystérieux ce peintre turc et son charme de brun ténébreux ne me laisse pas indifférente.

*

* *

Dans le couloir menant à notre appartement, je sens déjà les effluves de peinture. Je tourne la clé dans la porte. Gökan me tourne le dos, il est debout sur un escabeau et passe le rouleau. Par cette chaleur d’été, il a revêtu un marcel kaki qui dévoile des omoplates musclées, encore une fois, je ne peux empêcher mon regard de bifurquer vers son cul. Il écoute une chanteuse orientale. Je sens son odeur aigre.

« Bonjour.

— Oh ! Bonjour.

Il se retourne et me détaille sans vergogne. Je suis habillée d’une petite jupe légère et d’un chemisier transparent sur mon soutien-gorge rouge. Je m’habille pour me sentir jolie, pas pour être détaillée comme une pièce de boucherie ! Son regard appréciateur est un véritable affront : après tout c’est mon employé ! Et Turc qui plus est ! Je lui rends son regard et observe ses biceps et ses pectoraux peu volumineux.

— Pourtant, on dit « fort comme un Turc », lancé-je, emplie de venin.

— Oui, et ?

— Vous êtes un peu mince !

Tout d’abord ses traits se contractent de surprise et de vexation. Puis un sourire de défi anime ses yeux noirs :

— Je suis peut-être fort pour autre chose, Madame.

Bêtement, je laisse échapper :

— Vous pouvez m’appeler Kim.

— Je suis peut-être fort pour autre chose, Kim, répéta-t-il en me fixant. D’un coup, mes jambes se mirent à trembler. Cette soudaine proximité verbale m’avait déstabilisée, quelle idiote.

— Vous voulez dire pour votre peinture, vous savez manier le pinceau ?

— Ce serait à vous de me le dire.

Mon cœur battait dans ma poitrine. Il fallait me résoudre à l’évidence, j’avais du désir pour cet homme qui m’était si étranger. Je marchai quelques pas dans le salon et m’appuyai sur la table.

— Je suis sûr que pour vous, nous ne sommes que des morceaux de viande. Vous êtes bien un homme !

La colère m’envahit, et je crois que Gökan va prendre pour tous les machos que j’ai croisés et qui m’ont manqué de respect.

— En fait, vous peignez des femmes nues, uniquement pour vous les taper ! hurlé-je hors de tout contrôle.

Mon peintre devant tant de violence reste d’abord paralysé puis au lieu de me rembarrer, son visage s’adoucit d’une manière étonnante. Peut-être comprend-il qu’il a du boulot avec moi !

— Pourquoi êtes-vous si violente ?

— Je suis une féministe !

— Nous sommes bien plus que des étiquettes.

Disant cela, il me dévisage avec un regard profond, bienveillant et viril.

— Vous non plus n’êtes pas une étiquette, murmuré-je.

— Vous pensez vraiment qu’un peintre envisage une femme comme un morceau de viande ?

— Euh… je sais pas ! – je me sens conne d’un coup.

— Kim, que diriez-vous que je vous peigne ?

— Vous vous foutez de moi, vous voudriez que je pose nue après tout ce que je viens de dire ?

Devant tant de résistances, il ne peut que reculer !

— Disons, je prends une photo de vous, habillée, et je vous donne un crayonné telle que je vous imagine, nue.

— Je n’ai pas de photos de moi à vous donner !

— J’ai mon téléphone !

— Ce n’est pas convenable !

Arrggh quel mot horrible dans ma bouche.

Je m’arrête et je le regarde puis ajoute :

— OK, prenez-moi en photo.

C’est comme si une deuxième personne le possédait. Son comportement et son regard changent.

— Asseyez-vous sur l’escabeau. Déboutonnez bien votre chemisier.

Il est impérieux, et j’agis comme un automate.

— Voilà écartez bien les jambes. Non enlevez vos mains, posez les sur vos genoux. Ouvrez bien la bouche et tirez la langue, soyez impudique que diable !

Que croit-il que je ne le suis déjà pas assez ? Et en plus bouche ouverte comme ça, je ne peux même pas protester !

— Ne bougez plus. Voilà !

Il regarde avec un air satisfait son téléphone. Je ne demande pas à voir le résultat. Et je déteste son air réjoui en cet instant.

— Vous pouvez remettre vos mains sur votre jupe, je vois votre culotte » rigole-t-il. Mais son regard est empli de désir, et il me semble que sa voix est moins assurée. « Vous avez de beaux seins, je pense. »

Devant tant de spontanéité, je me prends à sourire. Mais je suis mal à l’aise. Même si j’ai des papillons dans le ventre ! Je sens que je m’embarque dans une aventure ! Peut-être délicieuse. Et je mouille.

Oui, nous sommes bien plus que des étiquettes !

*

* *

Ça fait quelques jours maintenant que le chantier a commencé, nous n’avons pas reparlé de cette photo et Gökan n’évoque pas son dessin. Je ne sais même pas s’il l’a commencé, je n’ose aborder le sujet. Ce serait avoué que je ne suis pas insensible à ce projet et que Gökan quelque part aurait une certaine emprise sur moi par ce biais-là. Du coup, je n’ai plus à déplorer de scènes tendancieuses. Mais j’aurais envie de revivre un intense moment avec lui. Comment le provoquer ? Je tourne la clé dans la porte de l’appartement, c’est d’abord la musique habituelle qui me parvient. Elle vient de la chambre de mon fils.

Je me glisse silencieusement à la recherche de mon peintre. J’ai envie de l’observer tout à mon aise. Il est habillé d’un pantacourt qui dévoile des mollets musclés et de son éternel marcel, gris cette fois-ci qui baille autour de ses épaules. Un peu freluquet, pensé-je avec amusement. Il est concentré. Tellement qu’il ne remarque pas ma présence. Il dessine une île. J’aime à penser que mon fils y trouvera un sujet d’évasion. Je le touche légèrement à l’épaule.

« Oh vous étiez là !

— Euh, oui, j’aurais dû vous prévenir. »

Il pose sa palette et le pinceau sur un petit établi qu’il s’est aménagé. Une lueur amusée brille dans ses yeux. Il se frotte les mains avec un torchon sale.

— J’ai quelque chose pour vous.

Il fouille dans une sacoche en cuir tachée de peinture et en sort un carnet de dessin. Il feuillette rapidement puis s’arrête sur une page.

— Regardez.

Oh putain, c’est moi sans être moi, cette femme indécente à la pose lubrique, nue sans aucune gêne qui exhibe une sexualité rayonnante ?

— Alors vous pensez que je ne vois en vous que de la viande ?

Je vois la beauté du trait, mais je vois aussi le désir du peintre. Comme une flamme qui anime la chair et la rend sublime.

Je me regarde à travers ses yeux et je le vois lui, et soudain j’ai très envie qu’il me baise là, sans plus de préliminaires, qu’il m’emballe à même le plastique étendu sur le lino de la chambre de mon enfant. Une vague de chaleur m’envahit. Trouver un moyen terme, ne pas exhaler ma prière qui vient des profondeurs de mon sexe !

— Vous voulez me voir nue ? demandé-je d’une voix rauque.

Bien sûr qu’il en a envie le salaud. Il me dévore des yeux.

En suivant ses indications de peintre avisé, je me retrouve le cul tendu vers le plafond, les cuisses bien écartées, jambes tendues et je fais un étirement vers le bas en saisissant mes pieds, le buste complètement plié, et ma chevelure dénouée qui balaye le sol crasseux. Mon sexe mouille, j’ai envie de sa queue qui pénètre mon sexe offert et peut-être même mon cul ouvert !

Lui est assis tranquillement sur sa chaise et me scrute tout en dessinant sur son calepin. Ne montrera-t-il donc aucun signe de désir ?

Par mes jambes écartées, je vois sa main vive, nerveuse qui m’esquisse, son regard qui balaie ma croupe, mes jambes, mes seins qui tombent, et mon visage à l’envers. Le sang envahit ma tête. Je fais un mouvement pour me rétablir.

« Restez immobile s’il vous plaît », me dit-il d’une voix coupante. Enfin il se lève et dépose le croquis sur l’établi.

« Ne bougez pas

— Mais pourquoi ? soufflé-je, la respiration coupée.

Il ouvre la fermeture éclaire de son grossier pantalon blanc de peintre. Il sort son pénis gonflé. Mon Dieu qu’il est gros ! Il se masturbe en me regardant puis s’approche de moi, je ne vois plus que ses jambes et ses pieds, mais j’imagine le reste, et ça m’excite au plus point, je ne bouge pas, oh non je veux pas bouger. J’entends sa main qui calotte et décalotte violemment sa pine.

Je tremble de fatigue et d’excitation.

Je me raccroche à mon immobilité, oui je veux être la statue de chair sur laquelle il va jouir. Soudain je sens sur ma chatte, mon anus, et mes fesses des saccades de foutre. Il crie. Il rengaine son engin tandis que je suis pétrifiée par ce qui vient de se passer.

« Ce sera tout pour aujourd’hui. Demain on continue. Ne mettez pas de culotte sous votre jupe. Compris ?

— Oui.

— C’est bien. Si vous saviez, comme je vous trouve belle. »

Et il me claque les fesses d’un geste paternaliste. Salaud. Mais j’adore. Et je ne mettrai pas de culotte de la journée. Oh non.

Ce sera tout pour aujourd’hui. Jamais personne ne m’a parlé ainsi.

*

* *

Depuis que mes séances avec Gökan ont commencé, je sens un surcroît de vitalité. La sauvagerie et l’envie de vivre m’animent, l’envie de sexe, de baiser. Quand je fais l’amour avec mon mari, je suis une vraie furie, je pense à Mathieu dont les approches sont de plus en pressantes, je pense à Gökan qui n’a toujours pas labouré que dis-je libéré ma chair. C’est comme si cette relation hors du commun avait fait sauter un verrou, permis à ma libido de s’exprimer au grand jour.

« Mettez-vous à genoux. Voilà, écartez bien vos cuisses, et inclinez-vous vers l’arrière au maximum. »

Je me mets à genoux, j’écarte les cuisses repliées, incline le buste vers l’arrière jusqu’à ce que mon dos touche le sol. Exigeant, Gökan demande de me cambrer, d’arquer le dos. J’ai déjà mal aux genoux sur ce sol dur. Cette pose est véritable torture.

Heureusement, je suis d’une souplesse diabolique, à rendre jalouse une contorsionniste. Grâce aux cours de danse classique que ma mère voulait absolument que je suive. Sous les paumes de main, je sens la bâche en plastique. Ma fente du fait de cette position est ouverte au maximum. Mon corps m’élance, je me cambre sous l’injonction de mon peintre. Impossible de voir autre chose que le plafond de la chambre de mon fils.

Je ferme les yeux.

La douleur m’envahit. J’entends les bruissements de la main de Gökan qui crayonne sur sa feuille Canson. Il m’a dit que chez lui, il avait commencé à peindre une toile inspirée de mes poses. Il me dit que mon corps l’inspire pour faire une œuvre de toute beauté. Je commence à gémir tellement j’ai mal. Il faut vraiment que je l’aime pour réaliser de telles choses ou alors j’aime les états qu’il me fait connaître. Je ferme les yeux. Mes muscles étirés, mon dos, ma nuque, mes genoux me font mal.

Gökan se lève. Tant qu’il ne me le dit pas, je ne dois pas bouger. Parfois, je me dis que mes chaînes de soumise sont invisibles. Et que je pratique le shibari1 de mes origines. Et mes seules caresses sensuelles sont le bruit du frottement de la mine de crayon et le regard de mon maître que j’imagine sur mon corps voluptueux offert à lui. De fait, même si tout en moi crie de douleur, je suis chaude comme une braise. Je sais que le moindre attouchement de sa part me rendrait folle.

« Gardez les yeux fermés. Ne bougez pas. »

Soudain je sens les poils d’un gros pinceau qui m’effleure la peau de mon bras. Je frémis. Je devine que Gökan s’est mis à genoux à côté de moi.

Son pinceau monte, s’attarde, caresse mon cou. Ces picotements sont troublants, c’est la première fois qu’un contact est établi entre nous. Les poils rigides chatouillent mes seins, parcourent leurs courbes avec attention. L’effleurement me dessine en relief. Mes seins durcissent, les tétons pointent. Gökan souffle :

« Comme ta poitrine est belle, une merveille de la nature. »

Oh non je ne suis pas traitée comme un morceau de viande. Avec lui la chair est déifiée, élevée au statut d’objet de vénération. J’aime sa fascination pour mon corps, pour ce qu’il exprime.

La tête du pinceau descend vers mon ventre. La caresse se fait légère. La douleur, le plaisir et l’attente se mélangent dans ma tête. Mon sexe veut. Enfin, je sens le frottis sur mon pubis apprêté. Je soulève le mont de vénus.

« Baisez-moi, je vous en prie. »

Le mouvement s’arrête.

C’est le manche en bois qui a pris la place des poils. Il le fait glisser doucement entre mes lèvres complètement ouvertes, en frottant mon clitoris au passage, jamais je n’ai connu une telle sensation. Le bâton coulisse, va et vient entre les lèvres de ma chatte qui mouille tant et plus. Le plaisir monte en moi, hurle. Je suis envahi de soubresauts.J’aimerais qu’il me pénètre d’une manière ou d’une autre ! Le mouvement s’arrête.

Non ! Il ne peut pas faire ça ! Je n’ai pas joui !

Froissement d’étoffe. Il est au-dessus de moi, je crois, j’entends son corps qui se rapproche.

« Garde les yeux fermés. »

C’est son pénis tendu qui effleure mes joues, mes lèvres. Bien vite ma langue jaillit, désireuse de le goûter enfin. Je le devine en train de se branler maladroitement au-dessus de moi, en même temps qu’il bouge pour me caresser ainsi tout le corps à la pointe de son pénis.

« Ne bouge pas. »

Oh non, je serai la statue, l’offrande de chair à ton foutre divin mon peintre, mon maître, Gökan. Moi aussi je t’adore.

« Suce-moi. »

Enfin, dévotement, je pompe son gland. Avec ses reins, il enfonce plus ou moins profondément son pénis dans ma bouche. Son membre grossit et durcit.

« Arrête. »

Il sort le sexe. Enfin je sens son gland qui touche mon pubis puis s’insère entre les lèvres de mon sexe. Il souffle, sans doute toutes ces contorsions lui coûtent pas mal d’effort. Heureusement il est mince.

« Branle-toi sur tout mon corps mon chéri, sur mon visage, mes seins, mon ventre, ma chatte ! Et dis-moi que je suis une vilaine fille !

— Vilaine fille, papa va te punir. »

Ahhhh j’adore cette perversion !

Ses deux pieds armés de grosses godasses pressent mon corps nu qui n’en peut plus. Je l’imagine la braguette ouverte en train de se branler frénétiquement au-dessus, le gland turgescent, son beau pénis tendu. Il gémit. Son désir stimule mon excitation sexuelle.

Je mouille, je suinte, je le veux !

Un jet de foutre tombe sur mon front, rapidement un deuxième sur le bas de mes seins, je suis souillée et heureuse comme jamais et enfin sur ma chatte plusieurs saccades giclent. En un éclair, je pense que je ne prends même pas de moyen de contraception, tant pis, je suis folle. Enfin ses doigts viennent caresser mon bouton puis s’enfoncent en moi pour me délivrer des caresses, la jouissance vient rapidement, j’hurle, je n’ai jamais crié et joui autant ! Ce n’est pas seulement ma chatte, mais tous mes muscles qui sont pris de spasmes. Pourvu que les voisins ne soient pas là ! Ils savent que Nicolas est parti à l’étranger pour le travail.

*

* *

Gökan a bientôt fini de repeindre mon intérieur. Il reste à prendre une pose. Sous ses ordres, je me dévêts et installe soigneusement mes habits sur le dossier de la chaise de mon fils. Je suis moite avant même que la séance ne commence.

« Allez sur le lit de votre fils, mettez-vous à genoux, soumettez-vous, le buste et les seins collés à vos cuisses, la tête tournée à gauche. Faites glisser votre chevelure sur la nuque. »

La nudité, je n’y pense même plus, aucune gêne à me soumettre à ses instructions. Finalement, c’est mon plaisir qui ordonne. Mon plaisir a pris la voix de Gökan. La jouissance a des voies impénétrables.

Ma joue repose sur la couette confortable du lit d’enfant. Je suis installée au bout du lit et mes doigts de pieds sont presque dans le vide.

« Prenez votre cul, écartez vos fesses. »

Mon anus est complètement ouvert.

Je ferme les yeux. Curieusement, j’ai l’impression de mieux voir en fermant les yeux. Gökan ramène la chaise près du lit. Je l’entends qui dessine rapidement l’esquisse. Au moins cette pose-là est-elle confortable. C’est alors que je m’aperçois que la douleur a le mérite de me tenir éveillée. Au moment même où je pense ça, peut-être parce que mon maître sent un manque de tension, Gökan se lève et gifle mes fesses. La douleur surprise me fait crier.

« Taisez-vous ! »

Je ravale mes gémissements pendant qu’il continue de claquer mon cul. Enfin il se rassied. J’ai le derrière en feu. Des larmes coulent le long de mes joues. Mais j’éprouve une sorte de jouissance incompréhensible et perverse. Je veux qu’il me laboure, qu’il me la bourre. Bien profondément.

Mon maître.

Je murmure plus que je ne parle comme une prière à peine avouée :

« Sodomisez-moi. »

Nouveau raclement de chaise. Je ferme encore plus les paupières, je ne veux rien voir de ce qui va arriver, car je sais que ça va arriver.

« Ouvrez les yeux. »

J’ouvre les yeux, je vois les décorations aux couleurs pastels qu’a réalisées Gökan, l’île avec le trésor, le soleil, les baleines et leur jet d’eau. De belles peintures naïves qui ne peuvent qu’enchanter mon fils Baptiste.

La main de mon maître s’abat sur ma nuque et force ma bouche à se rapprocher de son pénis encore un peu mou. La torsion du cou est douloureuse, mais j’arrive quand même à le sucer. La pression de sa main pousse le pénis vers le fond, j’aime le goût. J’ouvre les yeux, mais ne réfléchis plus. J’aime qu’il me brutalise ainsi. Sa queue est maintenant bien dure. J’ai un peu peur de ce qui va se passer, je n’ai jamais fait ça avec Nicolas.

Ses lèvres se collent à mes fesses, ses canines me mordillent. Mes mains écartèlent de plus belle mon séant. L’impatience me gagne. Sa bouche salive mon anus. Il presse sa tête entre mes fesses comme un porc fouaille avec son groin. D’ailleurs il grogne. C’est animal, dégoûtant, j’adore, j’ai un animal entre les fesses. Il me lèche autant qu’il peut ma chatte puis prodigue à mon anus de multiples baisers. Je suis au supplice.

Viens Gökan !

Il commence par me mettre un doigt.

« Relâche-toi. »

C’est marrant, il y a toujours un moment où il passe au tutoiement. Là, c’est quand il me met un doigt dans le cul. Ça doit nous rendre plus intimes, j’imagine. Je m’accommode de cette nouvelle sensation, il me laisse le temps. Doucement, il coulisse. C’est agréable, il se presse contre moi et me murmure :

« Je vais mettre deux doigts. Tu aimes ça ma petite salope ?

— Ouii, baise-moi mon salop. »

Ses insultes réveillent ma sauvagerie, me donnent envie d’aller au-delà de mes limites. Son index et son majeur pénètrent dans mon cul. J’ai du mal à me détendre, mais j’y arrive.

J’ai même droit à un commentaire appréciateur.

« C’est bien tu es souple. »

Il me doigte longuement et lentement, le plaisir monte. Mais j’en envie d’autre chose. Les yeux ouverts, je ne peux m’abstraire du fait que je suis en train de me faire doigter bien profondément dans la chambre de mon fils. Je gémis de bonheur. Peut-être que si je me fais baiser ainsi ; au-delà de la simple jouissance, c’est aussi pour m’éloigner de mon rôle de mère, le faire éclater en me faisant sodomiser.

Il enlève délicatement ses doigts de mon antre bien travaillé. Son pénis vient presser ma rondelle. J’écarte de toutes mes forces mes fesses pour qu’il puisse entrer le plus facilement. J’ai envie de sa queue qui coulisse en moi. Je la veux. Il respire profondément, un coup de reins et il commence à me pénétrer. Mon dieu, j’adore cette sensation. De sentir cet objet de mon désir doux chaud, souple qui enfle dans ma chair.

« Oh le cul, le cul. » Psalmodie-t-il.

Mon peintre est perdu, tellement je l’excite. Je me cambre encore plus, mais ne bouge pas. Je veux être sa chose. Qu’il prenne son pied en m’enculant comme il le désire. Et je la sens son excitation qui monte, ses mains qui pressent mes hanches, son va-et-vient qu’il essaye de maîtriser contre la peau douce de mon derrière, son pénis qui grossit. Il est au bord de l’éjaculation. Je gémis.

« Vas-y lâche-toi, baise-moi comme tu veux ! »

Et il se lâche avec furie. Il me plante de grands coups de reins et je jouis à la fois des sensations, mais aussi de son excitation décuplée. Il crie et lâche son foutre, mais ne peut s’arrêter d’aller et venir en moi encore et encore. Il s’arrête enfin, épuisé, essoufflé. Son pénis devenu petit et mou, inéluctablement sorti de moi. Je bouge, je me dégage et il s’affale contre moi. Nous n’échangeons pas un mot. Son sperme dégouline dans ma raie. Il m’a dévasté, je ne sais que penser. Finalement, je me sens bien, pas amoureuse, non juste bien. Sa main repose sur ma hanche et il me plante un bisou dans le cou.

« Pourquoi es-tu devenu féministe ?

C’est le temps des confidences, je pense. Après tout, je ne le reverrai plus, autant vider mon sac.

— Pour de mauvaises raisons au départ… je pense. Je croyais que les hommes sont des porcs. J’étais en colère contre eux.

— Pourquoi ?

— Mon père battait ma mère. j’ai grandi dans l’idée que la femme est une serpillière pour l’homme. Et ma haine a grandi. Les garçons autour de moi le sentaient à l’école. Et ils avaient envie de me donner une bonne leçon. En plus j’étais la petite jaune, l’asiat’, j’étais différente. Et la différence fait peur. La peur engendre l’agressivité et le besoin de soumettre. Un jour, j’étais dans le couloir près des toilettes pour garçons. Une petite bande m’a coincée. Ils m’ont entraînée et forcée à sucer le chef. C’est la première fois que j’ai eu du sperme dans la bouche… Jamais je n’ai pu enlever cette salissure. En même temps, j’éprouve une fascination étrange pour ce moment… je ne sais qu’en faire… (le bras de Gökan presse plus fortement mon flanc comme s’il voulait me rassurer.)

« Ensuite, j’ai découvert le féminisme, je l’ai aimé parce qu’il remettait en cause la domination des mâles. Mais finalement, je suis toujours féministe, parce que c’est une simple question de logique, et non plus à cause de ma douleur. (Je presse brièvement la main de Gökan en signe de reconnaissance, j’embrasse ses doigts, j’aime sa main d’artiste.) Je suis pour l’égalité des droits, pour que les femmes puissent avoir accès aux postes importants. Et je pense aussi que ça ne peut être qu’un progrès pour le bon fonctionnement de la société.

« Et toi tu baises toutes tes clientes comme ça ?

— Pas toutes… Avec toi, j’avais envie de réveiller le côté salope, tu es magnifique quand tu te lâches. »

*

* *

« Le chantier est fini, n’est-ce pas Gökan ?

— Oui, il me semble Madame, répond-il avec un sourire. Voici votre toile. »

Je saisis fébrilement le rouleau qu’il me tend. Je le déroule. Toutes les poses que j’ai prises sont représentées sur un cercle ayant pour centre ma chatte. C’est magnifique de lascivité, de beauté et d’indécence. C’est moi sans aucune barrière, pudeur, morale. Mes jambes tremblent d’émotion.

— C’est trop beau…

— C’est beau grâce à ce que vous m’avez donné, Kim. J’appelle ce tableau « Le portrait de Kim Gray ». Vous connaissez l’histoire ?

— Oui… Dorian Gray possède un autoportrait. Sur le tableau, par magie, apparaissent toutes ses flétrissures morales tandis que son vrai visage reste jeune et pur, comme celui d’un ange. Ah votre signature est là… C’est parfait. Je vais chercher votre argent. »

J’en pleurerai presque quand je lui tends le liquide. C’est imbécile. Mais il m’a fait vivre des moments exceptionnels. Et je sais que je ne le reverrai pas. Lui aussi est ému et mal à l’aise.

« Alors au revoir, Kim.

— Au revoir Gökan. »

Nous nous faisons tout de même la bise. Nous savons que poursuivre notre relation ne pourrait que l’amener vers une fin banale et nous ne voulons pas de ça.

Une fois qu’il est sorti, je pleure. Je m’écroule sur mon lit et les spasmes me tordent. Je me masturbe une dernière fois en pensant à lui. En fait j’ai vécu mon fantasme, celui d’un dominant, d’un macho et maintenant la parenthèse trouble de mon esprit est ouverte. Et ce n’est pas un fantasme que j’ai réalisé, mais la rencontre avec un homme.

Mon mari va rentrer demain. Mon adorable et gentil mari. Je plie soigneusement le portrait et le range sous une pile de lingerie. Peut-être, à l’instar du portrait de Dorian Gray, est-ce là que réside mon âme et que petit à petit, va se dessiner mon vrai visage.

*

* *

« Oui Mathieu, défonce-moi avec ta grosse bite ! » je murmure dans la buanderie. Derrière moi, mon collègue s’active à me prendre en levrette, les mains dans l’échancrure de mon décolleté. Dans la travée adjacente, j’entends Aïssa qui se fait prendre par Mamadou, l’aide-soignant. Entendre Aïssa se faire baiser m’excite encore plus. Je m’imagine à sa place et curieusement, je m’imagine aussi à la place de Mamadou qui empoigne ses gros seins ou viole sa bouche trop fardée de sa queue bien tendue.

Depuis que mon aventure avec Gökan s’est terminée, c’est comme si les barrières de mes pulsions étaient tombées et que ma sexualité débridée (ne riez pas) avait contaminé tout le monde. Du coup la buanderie de notre service devient une sorte de baisodrome où l’on se réunit à la pause-déjeuner. La vie est devenue très intense et excitante.

Et je ne regarde plus mon portrait de peur de voir les changements advenus.

1Shibari : bondage en japonais.

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