Calliclès
Calliclès
Author: Maybe.A.Good.Author
Notre point commun

Calliclès, quel nom étrange pour un gosse. Mes parents disaient : « c’est un nom de personne sage, le nom du disciple de Socrate dans le Gorgias de Platon. » Pas faux, papa et maman. 

Seulement toi qui ne jure que par le sport et la bière, ou toi maman qui a fait des jeux vidéo ta principale source de revenus.

Comment pouvez-vous essayer de me faire croire que vous êtes doté d'une telle finesse d’esprit ?

 Cependant grâce à vous mes chers parents, à chaque rentrée je subis la même connerie !

En effet sur les tables de l'amphi, ils se trouvent de petites pancartes surlesquelles on écrit notre nom afin que ces connards de prof d'université n'aient pas à retenir nos noms. 

Et à chaque fois que les yeux d’un prof, se baladent sur ma pancarte, il est subjugué par mon prénom.

Mais seul un d’entre eux, semble connaître l’histoire de ce dernier.

  • Calliclès, dit ’-il légèrement surpris.
  • Oui, Monsieur.
  • Sais-tu à quoi renvoi ton nom ?

Nous sommes dans un amphi de philosophie, toute personne étant dans cette pièce est inscrite en cursus de lettres et littérature. Nous savons tous ce que ce nom veut dire. Et pourtant, tu te permets de me poser une question si évidente ? Tu me prends pour un demeuré ?

  • C’est le nom du disciple de Socrate dans le Gorgias de Platon
  • Bien, ce serait le comble si tu ne le savais pas, mais maintenant laisse moi te poser une question qui me montrerais si tu es réellement digne de ce prénom.

Tu commences, à me souler sérieusement.

Tu crois que j’ai demandé à avoir un stupide nom de philosophe ?

  • Pourquoi les gens ont tendance à penser que les citations tirées du Gorgias viennent de Socrate et non de Platon ?
  • Car rare sont les textes sur internet qui précises le fait que tous mots venant du Gorgias et étant dit par Socrate sont en fait les dialogues rédigés par Platon qui prenait Socrate en tant que personne faisant partie de son livre. C’est comme la reprise de Raiponce par Disney, peu de gens savent que les contes de Disney sont tirés des histoires des frères Grimm.

Tu hausses les épaules, griffonne au tableau un six sur dix ?  Tu te fous de moi ?

Je me racle la gorge, reprend sans que l’on ne m’ait réellement donné la parole.

  • Mais c’est une confusion vide de sens, car les deux appartiennent à deux époques bien différentes l’un de l’autre. En effet Socrate est mort quand Platon l’utilise en tant que personnage, il se disait juste qu’en utilisant son nom les gens seraient plus adeptes à l’écouter.

Tu te mets à bailler et des ricanements fusent de partout en classe.

Va te faire foutre !

  • Vous avez fini ?

Je ne réponds pas à ta question, me contente de m’adosser contre mon siège.

Tu regardes ma note, efface le tableau, remplace mon six par un trois !

Me fixe, fière de ton effet.

Oui, je ne le cache pas. D'ailleurs je ne me cache jamais. Mes émotions qu'importe soit leur intensité, je les montre sans état d'âme.

Alors oui, tu le vois clairement n'est ce pas ? 

Je suis en rage !

Pourquoi tu m'as foutu une note pareille !

  • Ma question était simple. Reprends-tu confiant, alors que tu faisais le tour de la tablePourquoi les gens les confondent ? Pensez-vous réellement qu’il s’agit d’un problème du système éducatif ? En un clic de G****e, on a accès à la différenciation. Ces livres dont vous parler qui ne font pas la distinction se sont les bords que les élèves de terminales s’achètent une semaine avant l’épreuve de philo. En gros votre argument n’est pas valable, je vous ai donné six pour encourager l’effort et la spontanéité, mais continuer alors que vous êtes dans l’erreur, ça ne mérite pas un trois mais bien un zéro. Vu votre caractère non réfléchi je comprends mieux pourquoi on vous appelle Calliclès.

Tu finis sur ses mots, écrit en grosses Lettres sur le tableau : La volonté 

  • Tout part de là ! Cris-tu passionné.

  • La volonté se définit de bien des manières selon les philosophes, Epictète parlera de la puissance de la volonté, Aristote du volontaire et de l’involontaire, tandis que Kant abordera en dernier le concept de la bonne volonté. Je pense que vous savez de quoi on va parler, le premier thème de l’année est donc la volonté ! Et votre premier devoir de l’année, repose sur une question simple : Qu’est-ce que la volonté ? Vous pouvez faire le nombre de page qu’il vous plaît, je ramasse les copies, la semaine prochaine, vous pouvez bien sur me poser des questions tout au long de la semaine.

Tu fais signe à l’élève le plus proche de prendre des polycopiés qu’il se met à distribuer à toute la classe. En dix minutes même pas on se retrouve avec une bonne dizaine de texte à étudier. Je ne sais pas si tu es le prof le plus cool que j’ai rencontré ou juste le mec le plus chiant qui m’a été donné de rencontrer.

Je soupire, feuillette les textes quand je me rends compte que la mise à jour de mon ordinateur vient de se terminer. Maintenant je peux continuer à lire mes romans en paix.

Ces temps si je me plais à lire l’ingénu de Voltaire, un classique our les tordus.

Ce mec est juste le personnage le plus fou que je n'ai jamais lu de toute la littérature française. Il débarque chez son crush, qu’il vient de rencontrer le soir même ! Comme ça à minuit pour s'introduire dans son lit, et coucher avec.

Le pire de tous, c’est bien qu’il y arrive !

A côté de lui, Dom Juan il peut aller se rhabiller.

C'est alors que je me perdais dans l’humour de Voltaire, que tes yeux rencontrent les miens.

Qu’est-ce qu’il me veut encore ce prof ?

  • Continuer la lecture. M’ordonnes-tu alors que je n’en ai pas la moindre putain d’idée d’où on a bien pu s’arrêter et puis je ne sais même pas quel texte on est en train de lire !

Mes yeux se promènent vers le texte de ma voisine, qui me montre là où on s’est arrêté, je farfouille à la va vite mes textes, je pense que tout l’amphi se rend compte du fait que je n’ai rien écouté… Mais tu ne dis rien, attend simplement que je me retrouve.

Je me racle la gorge avant t’entamer la lecture du texte de Epictète.

  • « Peut-on te force à vouloir ce que tu ne désires pas ? – On le veut »

Mes doigts s’agrippent à la feuille, pourquoi il me fait lire ça ? Je déglutis, continue la lecture.

  • « En me menaçant de la mort ou de la prison, on me force à le vouloir. Donc si tu méprises la mort ou la prison tu ne tiendras plus compte de l’ordre ? – Non. »

  • Vous pouvez vous arrêter là.

Sans blague. Pourquoi est-ce que mes mains tremblent autant ?

Mon cœur bat et mes yeux, ne veulent plus se détacher de tes lèvres.

Tes mots me semblent creux.

Oui, ces mots qui sortent de ta bouche, je n’arrive plus à les entendre...

Tout ce que je peux faire, c'est les voir, ces fines lèvres, qui sont les tiennes.

Je me plaîs à les observer patiemment, en train d'osciller afin de former des syllables qui composent des mots, tes mots. Ces mots que l'on retrouvent dans tes paroles.

Des paroles que je n’entends pas, car je trouve que le son de ta voix implicitement passionnée par la matière que tu enseignes, me fait ressentir des choses... Que je ne me sentais plus capable de ressentir.  

Je veux juste les voir ... Ces lèvres. Je veux les voir; bouger ... De plus près ? 

Il s'agirait là d'une évidance, d'une vérité indubitable. 

Je serais capable de n'importe quoi, pour arriver à les sentir, ces lèvres passionnées et passionnantes, qui ne cessent de parler.

Qui que tu sois. Mon prof ? Mon aîné d'un bon paquet d'année ?

Je m'en fous complétement.

Rien, ni personne ne pourra m'empêcher de vouloir du fond de mon coeur, d'éprouver cette envie de sentir se poser tes lèvres sur ma nuque, alors que tu me chuchoterais :

  • Vous pouvez vous arrêter là.

Ouais… Je peux m’arrêter là, pour le moment, je peux m’arrêter à tes lèvres.

Je ferais ce que tu me demandes, tout ce que tu me demandes.

Je te le donnerais ! dit moi juste un mot juste celui que je veux entendre et je le ferais. 

Merde ! Il fait toujours aussi chaud ici ? 

Un, deux, trois, quatre élèves lisent le texte, et à chaque fois tu sais t’arrêter au moment parfait où l’on commence à s’ennuyer.

Mon regard se perd sur le tableau, celui-là même où tu avais écrit ma note.

" George Berkeley "

Un sourire structure le coin de mon visage, quand je remarque que ton nom est écrit en haut à gauche du tableau. 

 Ton nom, et le nom d’un philosophe.

On a plus de choses en commun que ce que je ne l’aurais cru. Monsieur Berkeley...

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