Un.

"L'amour est aveugle, mais le mariage lui rend la vue."

________

- Tu peux s'il te plaît, la prendre pendant que j'étends le linge ?

Djiby : Passe la moi.

Je lui donne notre fille, qui à peine dans les bras de son père commence à pleurer.

Djiby : Tu vois qu'elle refuse. Reprends la, je vais manger d'ailleurs. 

- Essaie au moins de la calmer.

Djiby : C'est toi qu'elle veut.

- Ok, attends que j'aille prendre le pagne pour la porter au dos.

Djiby : Mais elle vient de se réveiller non ?

- Oui, c'est juste le temps que j'aille étendre le linge.

Djiby : Laisse ça là d'abord et occupe-toi de ta fille. Et Badiallo et Founè ?

- Badiallo est chez la coiffeuse et Founè joue dehors.

Djiby : Je ne les ai pas encore vu.

- Il est plus de treize heures et tu viens de te réveiller. 

En plus quelle idée de sortir en pleine semaine ! Il n'a même pas été au marché aujourd'hui. 

Djiby : Et tu veux dire quoi par là ?

- Juste que tu dormais.

Il me regarde mal avant de se lever en me passant la petite Heinda en tchipant. Je m'assieds sur le canapé et allaite ma fille. 

.. : Maman !

- Oui ? Pourquoi tu pleures ?

Founè : Elles ont cassé ma poupée.

- Fais-moi voir.

C'est la tête qui était juste sortie, je la remets en place et la lui rende.

- Essuie-moi tes larmes et va saluer ton père après tu restes jouer ici.

Elle s'exécute et je continue à allaiter sa cadette. 

Je suis Yougoudou Tambadou, épouse de Djiby Sylla et mère de trois filles, Badiallo (5 ans) Founè (3 ans) et Heinda (6 mois). J'ai six ans de mariage au compteur avec mon mari. Il est âgé de Vingt-huit ans et moi de Vingt-sept. Djiby excelle dans le commerce et moi je suis femme au foyer avec une Licence dans le placard. J'ai rencontré mon mari lors du mariage de ma cousine, c'était un ami du marié. Il s'est tout de suite accroché à moi pour ne plus me donner de repris jusqu'à ce que j'accepte ses avances, ce qui me fait bien rire maintenant que j'y repense. Que n'a-t-il pas fait pour m'avoir ?

À cette époque, les premiers instants de notre union, monsieur me dorlotait bien, il était l'homme idéal, mon homme idéal qui se souciait de mes moindres petits états d'âme. Pour ce Djiby, j'étais prête à donner ma tête à couper pour son innocence sur n'importe quelle accusation portée à son encontre tellement que je lui faisais confiance. Mais au fil des ans, des vides se sont créés, des sorties nocturnes se sont multipliées, puis c'était des manques d'attention, des manques de conversation, des manques de temps, des appels rejetés, des disputes sans raison, ..je pourrais en citer tellement d'autres !

Je me demande ce qui s'est passé, quel a été le déclic ? Qui de nous deux est responsable de cette monotonie qui s'est installée ? Est-ce lui occupé à faire le fêtard ? Ou est-ce moi restreinte à cette vie de ménagère ?

Ou est-ce que je me la jouais à l'aveugle dès le début en fermant les yeux sur cet aspect de sa personnalité qu'il tâchait tant bien que mal à me cacher ? Cet aspect de lui qui aimait courtiser et se faire voir ? Cette manie de lui à se défoncer dans une boîte ?

Et pourtant ! Et pourtant, on m'avait prévenu que c'était un play-boy ! Mais voilà je me suis laissée aller en me disant que si c'était un play-boy, j'étais flattée d'être celle pour qui il va s'arranger car combien de play-boy se marie aussi jeune et surtout combien tombe aussi amoureux au point de s'accrocher ainsi pour se marier ? Je me bourrais tellement le crâne avec des sottises pareilles ! J'étais amoureuse et très attachée et je me disais aussi qu'importe ce qu'il était au fond je le changerai pour être meilleur mais voilà je n'en étais pas capable. 

Tout est question de volonté et Djiby n'a pas cette volonté en lui.

..15h12..

- Mmh ?

.. : Tu n'as pas vu mon jean bleu ?

- Quoi ?

Djiby : Réveille- toi, il est où mon jean bleu ? Mon préféré là ?

- Ce n'est pas encore sec, je l'ai étendu y'a moins de deux heures. _en me redressant 

Djiby : Comment ça pas encore sec. Je peux savoir qu'est-ce que tu faisais ? Et puis qui même t'as demandé de le laver ?

- C'était sale.

Djiby : Mais je ne t'avais rien demandé.

- Porte un autre Djiby s'il te plaît.

Djiby : Et si ça ne me plaît pas ?

- Va le porter humide !

Djiby : Anh ? Tu dis ?

- Je me repose, ferme la porte en sortant et doucement les petites dorment. 

Il me lance un regard meurtrier que je feins ne pas remarquer en redéposant ma tête sur l'oreiller.

Il s'en va en répondant à son téléphone qui sonnait. Je ferme les yeux encore une minute qu'il vient me réveiller à nouveau.

Djiby : Tu n'aurais pas trouvé de l'argent dans mes habits d'hier soir. 

- Si.

Djiby : Et c'est où ? Ne me dis pas que tu l'as utilisé ?

- J'aurais mieux fait de le faire car tu n'as pas daigné te lever ce matin pour donner les frais de condiments mais heureusement pour toi que je ne te fais pas de coups dans le dos.

Djiby : Bref il est où mon argent ?

- Sur la table de nuit. Je te préviens que la prochaine fois, je l'utiliserai. 

Djiby : Oui c'est ça. Utilise un jour pour voir.

- Aurevoir.

Djiby : Vas-y, lève-toi et prépare-toi ainsi que les filles, j'avais oublié que j'ai un mariage et on doit y aller ensemble.

- Le mariage de qui ?

Djiby : Un pote, dépêche. Je vais m'apprêter aussi. 

- C'est obligé qu'on y aille ensemble ? En plus personne ne t'en voudra si je n'y vais pas avec toi, Heinda est encore un bébé, tout le monde comprendra. J'ai même mal à la tête. 

Djiby : Si c'est ta décision, tu m'épargneras des plaintes alors. 

- Comme si tu en avais quelque chose à faire de mes plaintes. 

Djiby : Ouais, tu as raison. Viens repasser mon bazin.

- Tout est repassé dans ton armoire, va voir.

Djiby : Tu sais être très efficace quand tu veux hein. 

- ..

~~ ~~ ~~ ~~

- Chéri !

.. : ..

- Doudou ?

Donat : Sous la douche.

- D'accord.

- Tu es rentré depuis longtemps ?

Donat : ..

- Tu m'entends chéri ?

Je m'avance vers la porte de la salle de bain et là je le vois sortir en serviette.

- Tu as passé une bonne journée ?

Donat : Tu étais où ?

- J'étais allée récupérer mes affaires. 

Donat : Elles sont où ?

Je me contente juste de les lui indiquer près du lit.

Donat : Et ?

- Je suis restée papoter avec ma sœur, c'est tout mon Doudou. 

Donat : Tu n'y es pas allée à moto j'espère ?

- Non t'inquiète, j'ai pris un taxi. _en souriant 

Donat : Ok, attends que je m'habille. On doit parler. 

- Si c'est pour hier soir, passe à autre chose. Je ne t'en veux même plus pour ma robe et non plus de m'avoir renvoyée.

Donat : Et moi je t'en veux pour tout.

- Tout ?

Il se met à me regarder longuement. 

- Qu'est-ce que tu entends par tout ?

Donat : Tu le sais déjà.

- Non, je ne le sais pas. Et puis tu as trop de problèmes toi. 

Donat : Ah oui ? Moi ?

- Oui toi.

Donat : Je ne les aurais peut-être pas si tu te comportais en une femme mariée et décente. 

- Et c'est reparti !

Donat : Oui et je continuerai jusqu'à ce que tu comprennes. 

- Ce que tu oublies c'est que tu m'as aimée sachant bien comment j'étais et suis. Mon comportement, tu ne t'y plaignais pas quand on sortait bien ensemble alors pourquoi maintenant ?

On a passé six mois ensemble avant qu'il ne me demande en mariage. 

Donat : Maintenant parce que tu es mon épouse, tu dois te comporter respectueusement et non avec tes airs d'aguicheuse en faisant du charme à n'importe qui et n'en parlons pas des libertés que tu te donnes. 

- J'ai toujours été libre.

Donat : Tu es libre ?

- Tu comprends ce que je veux dire.

Donat : Ce que je comprends c'est que je devais y réfléchir à deux fois avant de t'épouser. Tu n'es pas prête pour le mariage ou devrais-je dire que tu n'étais pas une femme à marier. Et le bête que je suis, je t'ai choisie toi, toi avec ton sale caractère, en fermant les yeux sur tout par amour. 

- ..

Donat : Mais ce que je ne comprends pas pourquoi accepter de te marier alors que t'avais encore soif de traîner n'importe comment partout et n'importe où ?

- Dis pas ça je t'en prie. 

Je me rapproche de lui et dépose ma main droite sur son torse puis la remonte vers son visage en la déposant sur sa joue.

Donat : Tu veux que je te dise quoi ?

- Je suis désolée chéri. 

Donat : ..

Passant mes deux bras autour de son cou, je tente de lui servir mon visage le plus désolé et suppliant que possible.

- Tu me pardonnes ? 

Donat : Vas-y je vais m'habiller. 

- Dis que tu me pardonnes.

Donat : Il faut que tu changes tes mauvaises habitudes Mya.

- J'ai compris. 

Donat : Si tu as compris c'est bien, maintenant laisse-moi passer. _en enlevant mes bras

- Je t'aide à t'habiller non ?

Donat : ..

- Doudou ?

Donat : Quoi ?

- Repeat after me !

Il tourne la tête intriguée et je rigole. Faut bien détendre l'atmosphère non ?

Mya Koné est mon nom, j'ai vingt-un ans et mon époux, Donat Fofana, a vingt-quatre ans. Nous nous sommes mariés il y'a quelques mois. Je suis une amoureuse de l'amusement, j'aime m'amuser et croquer la vie à pleine dent j'avoue. Je suis moi et je suis comme je suis, je n'ai souvent pas le temps de penser aux actes que je pose. Mon homme, lui, on peut dire que c'est quelqu'un de réfléchi ou qui essaie plutôt de l'être. Le mariage, on l'a fait en grande pompe et j'ai été vu comme la reine que je suis. Étant donné que c'était une nouvelle vie qui commençait et que je ne suis pas du genre à m'imposer des trucs pour vite m'adapter, j'ai laissé libre cours à mes habitudes et on a eu des différends avec mon bae qui m'a renvoyé pour tout juste me ramener hier nuit à la maison. Mdr lui !

Et pour une confidence, j'aime jouer avec le feu !

Mon Doudou est aussi un feu, un feu qui s'éteint facilement quand on sait s'y prendre sauf quand on l'embrase avec un autre.

~~ ~~ ~~ ~~

- Et Mya ?

Rita : Elle va bien. Hier, je ne sais pas comment ils se sont arrangés pour se retrouver, avec son mari, à la même soirée en tout cas il a fini par la ramener. 

- O tokoni la ah ? (Juste comme ça ?)

Rita : O tokoni la deih.

- Fa de be tchei nounou la oh ! (Les hommes là sont fous !)

Rita : En tout cas. 

- Si j'étais Mya, je n'allais pas rentrer de cette manière. Il allait remuer ciel et terre pour m'avoir à nouveau chez lui.

Rita : Kasôrô djo bèrè t'i fè ! (Alors que tu n'as pas vraiment raison).

- O yèrè de do ! (C'est ça même !)

Je rigole et elle me suit.

Rita : Ah musso ! (Ah femme !)

- Eh c'est vrai ! Laisse-moi te raconter.

Rita : T'as gnagami quoi encore ? (mélangé)

- J'ai été voir l'autre aujourd'hui. 

Rita : Qui même d'abord ?

- Toi aussi xah ! Mais Demba.

Rita : Toi et tes affaires avec lui.

- Y'a aucune affaire, on se capte souvent et c'est tout. _en rigolant

Rita : Tu es une perdue Halima.

- Tu te trompes. Il n'a pas dit qu'il reste accrocher à moi ah ? Bah allons seulement, tant que j'obtiens de lui ce que je veux. 

Rita : Donc tu lui as soutiré combien aujourd'hui ?

- Hum toi-même tu sais que c'est un pingre, il m'a juste donné vingt milles ko transport. Tchip ka ta n'da kolo dja kouma fou fei dron ! (Me fatiguer juste avec des balivernes)

Rita : An te tchein fô gnogon ye, a do kadi i yèrè ye deih ! (Disons-nous la vérité, tu y prends plaisir aussi deih).

- Vas-y toi !

Rita : J'ai peur de toi.

- Entre nous qui doit avoir peur de qui ? 

Rita : Ah moi en tout cas, je ne suis pas mariée et j'ai encore moins un ex-mari à côté. 

- Eh laisse-moi.

Rita : N'teih ! (Je refuse)

- Bon ciao, je vais cuisiner pour mon mari. 

Rita : Ne l'empoisonne juste pas ma garce.

- Iiih ça ne risque pas d'arriver.

Elle rigole et je raccroche. 

Une jeune dame de Vingt-sept ans, je suis. Je réponds au nom de Halima Dicko, je suis depuis un an l'épouse de Hammadoun Maïga, c'est mon deuxième mariage, j'ai été mariée pendant plus de six ans avant de divorcer. J'avais dix-huit ans lors de mon premier mariage. Avec Demba, mon premier mari c'était un véritable parcours de combattant et le divorce comme issue était prévisible, mais, mais ce n'est pas pour autant qu'une réconciliation à la suite ne l'était pas. On s'entend assez bien maintenant, au déplaisir de mon mari qui pourtant ne le sait pas mais soupçonne des choses. De toute façon il pense ce qu'il veut, avant d'être sa femme, je suis une femme ! Une femme qui ne se commande pas !

Et inutile de me conseiller, j'ai les oreilles dures à ce qu'il paraît !

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