Deux.

"On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime."

________

- Nettoyez tout ceci voyons. Il y'a des mèches et des cartons partout. Il faut que le salon soit présentable oui.

Il faut tout leur dire à ces filles. 

- Et vous mesdames ? Vous attendez votre tour ?

La dame : Oui, toutes les maquilleuses sont prises donc on attend. 

- Qu'une vienne, je vais m'occuper d'elle. 

La dame : Toi vas-y, pendant ce temps je vais finir de préparer Heinda. 

L'autre dame : D'accord alors.

Elle me suit et je la fais installer avant de commencer à la maquiller. 

- Vous êtes en mariage ?

La dame : Oui oui. C'est toi la propriétaire du salon non ? Rita ?

- Oui c'est moi. Je crois te voir souvent ici.

La dame : Oui j'aime bien venir ici, c'est pour ça que j'ai traîné avec moi mes belles-sœurs, moi c'est Djènèbou. 

- Ah merci alors. Pour la peine, on te donne ton maquillage. 

Djènèbou : Sérieux ?

- Oui ma chérie, tu es une cliente fidèle et on a plus de monde à cette heure-ci grâce à toi.

Djènèbou : Si vous étiez toutes comme ça, ça encouragerait plus à être fidèle.

- C'est difficile aussi, ça peut jouer sur les affaires mais comme je suis assez de bonne humeur aujourd'hui, voilà pour toi. 

Djènèbou : En tout cas, c'est gentil. Merci beaucoup. 

- Ce n'est rien ma chérie. 

Je fais son maquillage en y passant un bon moment à cause d'appels par-ci par-là mais au final je me suis concentrée sur elle pour ne pas qu'elle soit retardée. Je finis avec elle et m'en vais vers mon espace bien aménagé pour moi dans le salon, c'est mon bureau en quelque sorte.

.. : Rita !

- Y'a que toi pour crier mon nom Dija !

Dija : Merci, je sais. Vas-y refais moi une beauté là.

- Tu es bien déjà apprêtée. Tu veux que je rajoute quoi ?

Dija : Déjà ma coiffure, ce n'est pas trop que ça. Bon c'est bon, reste là je vais demander à une de tes filles de s'en charger. 

- Et tu paieras après. 

Dija : Faire payer ton amie ? Tu n'as pas honte. 

- Non.

Dija : Je vais te faire un virement même tu verras. 

- O yèrè de kagni ! (C'est ce qui est bien même) 

Dija : I ma fô ko wari ko fa b'i la oh ! I sigui yan ! ( Tu n'as pas dit que t'es cupide là ! Assieds-toi ici !)

- Plus cupide que toi, je meurs. 

Dija : J'ai bien fait !

- C'est l'enfant de qui ça ?

Dija : A ba natô te ni ye deh ! (Voici sa mère qui arrive)

Y'avait une tout petite fille qui marchait à quatre pattes vers le tapis et sa mère se précipitait pour la récupérer. C'était la dame à qui j'avais parlé en premier. 

- Ah c'est la fille de cette dame ! Elle est toute mignonne. Dis, tu ne veux pas de bébé là ? En plus ton homme il revient dans quelques heures. 

Dija : Si tu veux des bébés maintenant, fais-toi plaisir, quand à moi je vais attendre encore. Tu veux que je me coltine un petit pour quoi faire maintenant que je vis pleinement ?

- En tout cas mais nous savons tous que tout ceci n'a pas d'avenir. 

Dija : Pour le moment ça en a. 

- Bah oui, vu qu'on s'est quand-même construit un monde là. 

Dija : T'as vu ? En plus toi tu n'as plus rien à perdre avec ce salon de coiffure que tu t'es construite qui marche très bien même. 

- J'avoue. 

Dija : Comme quoi tu ne sors pas avec n'importe qui. _en rigolant 

- Comme toi chérie. _en souriant 

Dija : Attention, je suis mariée tchip. 

Elle s'en va en me laissant rigoler seule.  Elle a une de ces audaces celle-là ! N'ni ka ko bei, n'madala ni n'be se ka Dija ta gnogonna keih ! (Avec tout ce que je fais, je ne pense pas pouvoir faire pareil que Dija).

Moi c'est Rita Koné, "en couple" parfois et toujours célibataire, la seule non mariée du groupe apparemment. J'ai vingt-sept ans au compteur enfin dans une semaine tout juste. Je possède mon propre salon de coiffure, pas totalement financé de mes poches j'admets mais je suis tout de même l'unique propriétaire. On dit de moi que je suis fêtarde, un peu vulgaire, matérialiste puis j'en passe et je m'en fous royalement même si ce n'est pas complètement faux. Je sais qui je suis au fond !

~~~~~~~

- Tu me les lisses bien hein !

La fille : Oui pas de problème. 

- Bien.

J'entends un bruit de sonnerie et je croyais que c'était le mien mais j'ai vu que ça venait du téléphone posé près de moi, vu que j'ai regardé pour me rassurer j'ai vu la photo de la personne qui appelait ce téléphone et il ne m'était pas inconnu. La dame à côté de moi qui se faisait attacher son foulard a répondu et c'était la mère de la fille aussi. C'était le sien. J'écoute pour savoir davantage parce que le surnom écrit ne m'aide qu'à moitié. 

.. : Oui Allô.

- ?

.. : Les filles sont avec maman, c'est Heinda qui est avec moi. 

- ?

.. : On a presque fini mais tu peux déjà te mettre en route. Il semble que le lieu est assez éloigné. 

- ?

.. : Non, je ne connais pas. Attends, je vais passer le téléphone à ta sœur elle va t'indiquer. 

.. : Djènèbou ! Viens prendre le téléphone, c'est Djiby. Indique-lui le salon s'il te plaît. 

Ah voilà ! Je ne m'étais pas trompée, c'est bien lui sur la photo.

La Djènèbou : Donc You, ton mari, il vient te chercher quoi ?

La You : C'est ce qu'il dit, prends et réponds lui.

Donc c'est sa femme celle-là ! Rita ne va pas en croire de ses yeux !

- Attends, j'arrive. 

Je me lève et va retrouver Rita dans son espace privé. 

- N'nana nanfiguiya doni la. (Je viens pour un peu de commérage)

Rita : Y'a quoi encore ? Ta tête, elle est fini comme ça ?

- Laisse ça ! Depuis an ka o don ko bôli la, e famana Djiby ma ah ? (Ça fait longtemps entre toi et Djiby depuis notre sortie de l'autre jour?) _en m'asseyant 

Rita : Non, même hier on s'est vu. Pourquoi ?

- Tu vois la fille là-bas au téléphone. _en la montrant 

Rita : Oui, c'est une cliente fidèle. Tu la connais ?

- Non mais c'est la sœur de ton Djiby.

Rita : Ah bon ?

- Oui.

Rita : Je ne le savais pas. 

- Et ce n'est pas tout, la dame là, la mère de la petite-fille. 

Rita : Oui, c'est une belle-soeur à l'autre. 

- Ben c'est la femme de Djiby. 

Rita : Sa femme ? Qui t'a dit ça ?

- Je l'ai vu et entendu.

Elle me regarde longuement. 

- Je ne mens pas, il va venir la récupérer tu verras.

Rita : Sa femme qui vient se maquiller ici ? Mais non Dija. 

- Bah coïncidence ! Elles sont entrain de lui indiquer le salon, il saura bien que c'est du tien qu'il s'agit. 

Rita : Non, il n'est jamais venu ici.

- Ah !

Rita : Oui. Tu es sûre que c'est sa femme ?

- Sûre sûre. Elle n'est pas mal, pas du tout hein.

Rita : Oui mais bref, va finir ta coiffure. 

- Oui oui, je te laisse regarder ta rivale surtout que je sais que tu kiffes trop son mari.

Rita : ..

- Surtout ne t'énerve pas chérie. _en rigolant 

Rita : N'est-ce pas que tu me cherches ?

- Même pas. 

Rita : Vas-y, laisse-moi. 

Je retourne me coiffer en souriant et je ne manquais pas de bien regarder la femme de Djiby, elle semble bien calme, rien qu'à l'entendre parler. Ça doit être une de ses femmes bien soumises qui encaissent les tromperies de leurs maris ou qui feint ne rien savoir. En tout cas, moi j'ai horreur de cela, mon mari ne va pas me dire qu'il ne me trompe jamais alors que nous sommes à des milliers de kilomètres, même s'il me le disait je ne le croirais pas, en plus je m'en fous bien du moment que je suis bien à l'aise ici à faire ce qui m'enchante et sortir avec qui je veux aussi. 

..

On m'appelle Dija et j'ai pour nom de famille Cissé. Je suis mariée depuis plus de deux ans et avec Malick, mon mari, on se voit en moyenne deux fois dans l'année. Il est tombé tout de suite sous mon charme au premier regard sans que je n'y fasse rien, il était tellement à fond qu'il est passé par toute ma famille pour me faire accepter de l'épouser, j'ai finalement dit oui sans rien garantir sur mon amour mais promettant de faire des efforts. On s'est installé en location dans un appartement après notre mariage car je ne voulais en aucun cas rester vivre dans leur grande maison familiale. Puis après il est parti, c'est un émigré. N'ayant jamais été fan de la monotonie, je ne me suis pas gênée à vaquer à mes sorties. Peut-être bien que je suis une femme indigne ou mauvaise ou encore tout ce qu'on voudra mais ça ne regarde que moi. 

..

À dix-neuf heures, je dois aller chercher mon monsieur Diakité à l'aéroport et je me dois au moins de me faire belle pour l'accueillir en plus c'est sûr qu'on passera dans sa famille pour saluer, je ne sais même plus depuis quand je n'ai pas été là-bas. Et c'est très bien comme ça sinon y'aura certainement quelqu'un qui se mènerait de mes affaires et me mettrait mal avec Malick alors qu'on est tous les deux bien chacun dans son coin à ne pas se prendre la tête. 

Trente minutes plus tard, j'avais fini et comme j'étais pressée pour des courses, j'ai dit au revoir à Rita. Et on était entrain de se quitter devant ma voiture quand Djiby se gare. Il sort de sa voiture et arque un sourcil en nous regardant, il s'approche donc.

Djiby : Vous faites quoi ici ?

- Ça va Djiby ? _en rigolant 

Djiby : Oui et toi Dija ?

- Pas mal Dieu merci. 

Rita : Tu me demandes ce que je fais dans mon propre salon ?

Djiby : Ne me dis pas que c'est ton fameux salon là !

- C'est bien son fameux salon.

Rita : C'est ta femme que tu viens chercher ?

Djiby : Comment tu as su cela ?

Rita : Ah donc c'est bien ta femme ?

- Je te l'avais dit non ?

Djiby : Et c'est quoi le problème ? J'ai déjà caché le fait d'avoir une femme ?

- Eh je vous laisse c'est mieux, au revoir.

Rita : Bye.

Djiby : Tu veux me faire une tête là toi ? Tu délires. _en rigolant 

Je les laisse discuter en partant. J'ai d'autres chats à fouetter.

~Yougoudou Tambadou~

J'étais entrain de ranger mes affaires quand mes yeux frôlent sur mon mari derrière la vitre, je regarde à nouveau et je le vois "parler" avec la propriétaire du salon. Enfin pas juste parler parce qu'il avait mis sa main sur son épaule qu'elle a vite enlevé. Je reste à les regarder. Au bout de deux minutes, je prends ma fille avec moi et nous sortons. Je marche près de Djiby. 

.. : Et tu as peut-être besoin de me parler comme ça ?

Djiby : Écoute-moi toi aussi ma belle, tu t'emportes vraiment pour ri..

- Tu es là depuis longtemps ?

Les deux se tournent vers moi à l'entente de ma voix puis la dame se met à regarder dans une autre direction. 

Djiby : Euh non, vous avez finis ?

- Oui, on t'attendait. 

Djiby : D'accord, entre prendre tes affaires et dis aux autres que je suis là. 

Heinda se tire vers son père et je la lui passe. 

- Vous vous connaissez ?

Djiby : C'est une amie. 

- Ah !

Djiby : Oui, vas-y maintenant. 

Je retourne à l'intérieur prendre mes affaires et prévenir les autres. On s'est séparé en deux groupes, l'un avec Djènèbou et l'autre avec Djiby puis quand mon mari a fini avec l'autre femme, on a pris la route pour rejoindre les mariés, c'est le cousin de Djiby qui se marie. 

Pendant le trajet je n'ai quasiment pas ouvert la bouche, je me demandais ce que signifiait les gestes qu'échangeaient cette femme et mon époux surtout qu'ils n'étaient pas à l'aise quand je les interrompis.

.. : Ça va ?

On venait d'arriver quand il m'attrape par la main pour me poser cette question. 

- Pourquoi ?

Djiby : Tu ne fais que me regarder sans mots dire.

Sans faire exprès, je le regardais à chaque deux secondes pour avoir des réponses à mes questions. 

- Ça va.

Djiby : Ok.

Il passe devant et je continue à avancer. 

...

- On peut rentrer maintenant ? Il est déjà une heure du matin et c'est sûr que dans une heure au plus Heinda va se réveiller et je ne voudrais pas qu'elle dérange ta mère. 

On se trouve au dîner du mariage.

Djiby : C'est vraiment pénible de sortir avec toi, à chaque petite minute c'est des "on rentre", la petite par-ci, les petites par-là. Elles sont entre de bonnes mains mais faut toujours que tu te la ramènes. Tu n'es pas la seule à avoir des enfants orh !

-  ..

Djiby : Vas-y lève-toi on y va. _en se levant 

Je ne dis rien et me lève aussi en prenant mon sac. On dit au revoir à tous en se dirigeant vers le parking et Djiby était toujours énervé en balbutiant.

Djiby : Après c'est pour se plaindre quand je sors seul.

- Essaie de me comprendre. 

Djiby : Te comprendre comment ? Comment veux-tu que je te comprennes si madame ne peut juste pas profiter de l'instant présent avec son mari ? 

- C'est toi qui me dit ça ? Toi qui n'es jamais à la maison ? Toi qu'au lieu de donner du temps à ta famille tu le donne à des maîtresses et ça chaque jour que Dieu fait. Je ne suis pas dupe Djiby. 

Djiby : Ne retourne pas la situation s'il te plaît. 

Je ne le réponds plus et monte dans la voiture. Il reste un moment à me fixer avant de faire pareil. 

- Tu prends du plaisir à me blesser, n'est-ce pas ?

Djiby : Tu racontes quoi encore ?

- Qu'est-ce qui s'est passé entre nous ? Pourquoi tu as changé comme ça ?

Djiby : Et toi alors ? J'ai toujours été ainsi ! Si tu m'aimes c'est bien pour tout ce que je suis donc continue juste à le faire et ce n'est pas comme si je ne t'aime pas non plus. 

En plus une part de moi me disait bien qu'il n'avait pas totalement tort. Je me suis mise à le fixer. 

Quand une femme décide d'aimer ce n'est pas pour de la demi-mesure.

Djiby : Souris chérie, c'est l'amour.

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