Trois.

"On guérit une maladie, mais on ne guérit jamais une mauvaise habitude."

__________

~Yougoudou Tambadou~

Quand une femme décide d'aimer ce n'est pas pour de la demi-mesure.

Djiby : Souris chérie, c'est l'amour.

Je tourne les yeux.

- Un amour qui laisse à désirer.

Le silence régna près de deux minutes dans la voiture quand je sentis sa main se poser sur mon épaule.

Djiby : On fait comment ? J'avais prévu de rester longtemps profiter de la soirée avec toi mais tu veux rentrer.

- Mon bébé me manque, elle va se réveiller dans une heure au plus. _en enlevant sa main

Djiby : Tu vois comment tu es ?

- ..

Djiby : Au lieu de me pointer comme seul fautif, dis-moi depuis quand tu ne fais plus d'efforts ? Anh ?

C'est vrai ! Mais si j'ai arrêté de faire des efforts c'est parce qu'il ne les remarquait plus. Il s'en fouterait si je me brûlais pour lui. Tout ce qui l'intéresse c'est de me dire quoi faire et ne pas faire et j'ai fini par lâcher prise car je ne le reconnaissais plus.

- Depuis que tu es devenu un inconnu pour moi.

Djiby : Bien. _en démarrant la voiture

Djiby : Je te dépose et retourne à mes occupations.

- .. et elles se trouvent où tes occupations ?

Djiby : Là où on voudra me retenir.

- Et tu penses que ça me touche ?

Djiby : Penser est petit, je le vois.

- Arrête la voiture.

Djiby : Pourquoi ?

- Arrête la voiture et dépose-moi ici. Cours pour aller à tes occupations, ne perds même pas ton temps à me raccompagner.

Il rigole et je le regardais mal.

Djiby : Ne ko ka fô dron ko tu veux me retenir o b'e faga de ah ? (Je dis, dire simplement que tu veux me retenir te tue ou quoi ?

- A be n'chou do yèrè deh parce que tu n'en as rien à faire. (Ça m'enterre même)

Djiby : Ce soir si, j'en ai beaucoup à faire car je sens trop de haine en toi, il faut que je t'apaise un peu.

- Mdr, j'avais oublié que ça t'arrive d'avoir des coups de folie.

Djiby : Bref, je compte avoir un vrai sourire de toi parce que j'en ai marre de ce visage serré que tu nous sers depuis ce matin.

- Et ça t'étonne mon humeur ?

Djiby : Oui.

- Alors que tu ne te gênes pas avec tes conquêtes ?

Djiby : Eh You ! Arrête aussi xah, dis-toi qu'il n'y a que toi et c'est tout. Bref je ne veux plus t'entendre parler de tout ceci.

Je rigole, ce n'est pas lui, c'est moi qui suis entrain de gâcher ma salive pour rien.

Djiby : On va faire un tour et laisse maman s'occuper d'Heinda pour cette fois.

-..

Je tourne la tête vers la vitre.

Djiby : Il te faut vraiment du changement.

- Nous, serait beaucoup mieux, tu ne crois pas ?

Djiby : Si tu veux. Bon le sujet est clos !

Il met de la musique et continue de rouler en me regardant de temps en temps. Je l'ai regardé une seconde et j'ai eu l'impression de revoir l'homme attentionné qui a su me conquérir.

Je voulais lui sourire mais je n'en avais pas le courage. Quand je le vois, le regarde intensément, je pense à tout ce que je n'ai pas pu accomplir, je pense à ces études inachevées, à ce chômage involontaire, à ces rêves brisés, à tous ces petits boulots abandonnés, à ces remarques désobligeantes, à ces critiques, à ces comparaisons insignifiantes, à ces tromperies que je subis sans aucun aménagement et enfin je vois à travers les yeux de Djiby cette monotonie qu'est devenue ma vie. Je l'en veux de contrôler mes faits et gestes, je l'en veux de me prendre pour acquise et je l'en veux surtout d'être ironique.

Voici le vrai blocage, celui qui m'empêche de faire des efforts, certes je m'étais fait une image sans aucune tache de lui à nos débuts qui ensuite m'a fait m'en vouloir mais je dois reconnaitre que j'ai aussi cette responsabilité dans tout ce qui nous arrive. J'ai honte de l'admettre et je ne devrais jamais le penser ou le ressentir mais j'ai cette rancune au-delà de l'amour à l'égard de mon époux.

- Je suis fatiguée de toi Djiby.

Djiby : Je sais.

- Tu le sais ?

Il s'arrête sur le côté.

Djiby : Oui je le sais !

- Bien alors !

Djiby : Et tu crois que je ne suis pas non plus fatigué de toi ?

- Oui c'est ça !

Djiby : Voilà ce que je disais, tu crois que je suis le seul fautif de nos différends en oubliant ta part. Remets-toi en question aussi !

- Justement ! Je me remets tout le temps en question. Je n'oublie pas que j'ai ma part à jouer mais il faut être deux pour que les efforts puissent servir à quelque chose dans un mariage. Pourquoi  je ne baisserai pas les bras quand tout ce que je fais reste improductif ? Pourquoi continuer à vouloir dialoguer avec quelqu'un qui ne sait que commander ? Tu ne me donnes jamais le temps de dire ou de faire quoique ce soit, tu passes le peu de temps dont on dispose pour se retrouver à me donner des ordres. Et le plus dur est que tu passes ton temps à me tromper ! Comment veux-tu que j'aie le cœur à arranger quoique ce soit avec un infidèle endurci ? Pourquoi j'aurai le cœur à me battre pour quelqu'un qui brise tous mes rêves ? Pour quelqu'un qui me rabaisse quand il veut ? Pour quelqu'un qui semble déçu à chaque fois que j'accouchais d'une de mes filles ? Je ne peux avoir le cœur à faire quoique ce soit dans ces conditions. Je ne vois pas comment. Et toi ? Tu le vois peut-être ? Comment et pourquoi Djiby ? Dis-moi comment ?

Djiby : ..

- Je subis tout le temps ton humeur désagréable, nos filles commencent à avoir peur de toi. Quand j'essaie de faire quelque chose pour gagner de l'argent tu commences à me critiquer pour que j'abandonne. Je vendais de la glace, tu t'es plaint des factures d'électricité et je ne sais quoi d'autre, je faisais de l'henné, tu t'es plaint des traces qui restaient sur mes doigts et du temps que j'y consacrais. J'ai eu des offres de stages, tu n'as rien voulu entendre. Je suis réduite à une vie de ménagère désespérée, tout aurait été différent si au moins je pouvais compter sur toi mais ce n'est pas le cas. Tu couches de gauche à droite pour venir m'imposer tes lois parce que tu me crois acquise. Tu te plains du fait qu'on ait que des filles comme si les filles valent moins que les garçons. Comme si être distant avant ne suffisait pas, tu me rabaisses de plus en plus chaque jour depuis la naissance de notre dernière. En six mois, je ne t'ai pas vu la prendre plus de cinq minutes. Je n'en peux plus de tout ça, je n'ai sérieusement plus le cœur à rien du tout avec toi et je ne pense pas que tu mérites tout ce que je supporte déjà en silence.

Djiby : You..

Je ne dis rien.

Djiby : Ça.. ça va passer.

- Ça va passer ?

Je rigole.

- Tu me dis que ça va passer ?

Djiby : ..

- Bien, je n'ai plus rien à te dire car à quoi bon de continuer à parler avec quelqu'un qui se fout complètement de tes sentiments ? Je ne sais pas ce qui m'a pris de te parler de tout ceci car ça ne reste que des paroles en l'air pour toi. Et tu sais quoi ? Ce visage serré dont tu parles, tu vas devoir le supporter tant que tu ne te décideras pas à changer tes mauvaises habitudes pour qu'on puisse construire quelque chose de vraiment solide dans notre relation. Il est temps que les choses changent.

Djiby : Pour quelqu'un qui n'a plus rien à dire ça fait long.

- ..

Je l'ai regardé et comme pour ne pas changer il affichait le même visage indifférent ou du moins il s'y efforçait.

Très bien ! il ne veut rien entendre.

~Mya Koné~

Donat : Il est passé et il n'y avait personne. Tu es où ?

- Je suis avec Rita.

Donat : Et tu es où avec Rita à cette heure ?

- À la maison à regarder un film.

Donat : D'accord.

- Ché..

J'ai regardé ma sœur.

Rita : Quoi ?

- Il m'a raccroché au nez.

Rita : Il n'était pas censé être de garde ?

- Oui, il avait envoyé un agent à la maison récupérer je ne sais quoi même et comme je n'y étais pas il l'a appelé pour lui dire.

Rita : Donc voilà, il fallait lui dire avant de venir ici.

- Ce qui est fait est fait !

Rita : En tout cas.

- Je commençais même à m'endormir.

Rita : Va te coucher, il fait très tard.

- Oui.

Je m'en vais dans la chambre et essaie de rappeler en vain mon mari. Il n'a pas daigné décrocher une seule fois, j'ai fini par m'endormir en pensant à ce qui m'attendait demain mais sans plus m'y attarder. Il va juste un peu se fâcher et crier, non il n'aime pas crier, il va juste se fâcher et vouloir m'ignorer un moment. Sacré Donat !

Il était neuf heures quand je me suis réveillée, j'ai pris un bain avant de manger pour ensuite prendre la route de chez-moi.

Trente minutes plus tard, j'y étais, j'ai trouvé mon Donat qui dormait. Le pauvre doit être fatigué, il a travaillé toute la nuit, quand il est de garde il rentre vers six heures-sept heures généralement.

Je l'ai laissé dormir et je suis allée dans la cuisine préparer le déjeuner, il était presque onze heures déjà. J'ai entendu un moment des pas et je suis retournée pour voir dans le salon croyant que Donat s'était réveillé mais il n'y était pas.

- Doudou ?

Il ne répondait pas, je suis allée voir dans la chambre et il n'y était pas non plus. C'était bien ses pas que j'avais entendu. Je suis sortie dans la cour et il était entrain de sortir. Je l'ai appelé et il ne s'est même pas retourné pour me donner l'heure.

Ok ! Doudou est fâché !

Je l'appelle sur son téléphone, il décroche sans que je ne m'y attende.

Donat : Quoi ?

- Bonjour, tu vas bien ? On ne s'est pas vu depuis hier après-midi.

Donat : Qu'est-ce que tu veux Mya ?

- Le déjeuner est presque prêt, viens manger. En plus tu dois te reposer, où vas-tu comme ça ? Est-ce que tu as même pris de petit-déjeuner ?

Donat : Parce que ça t'intéresse peut-être ? Bref je conduis.

Il a raccroché.

- Quel rabat-joie celui-là !

Je l'ai rappelé et il a encore répondu à ma grande surprise.

- Bon fais demi-tour. J'ai tort et je m'excuse.

Donat : Comme pour ne pas changer.

- Oui pour ne pas changer. Maintenant reviens.

Donat : Non, je ne peux plus là.

- Ne fais pas le gamin aussi.

Donat : C'est moi ton gamin ?

- Je n'ai pas dit ça ! Ne transforme pas ce que je dis. Allez je t'attends !

Donat : D'accord.

- Très bien.

Voilà !

J'ai souri et j'ai raccroché.

J'ai lancée la musique et je suis retournée aux fourneaux.

_Trois heures plus tard_

- Tu me fais quoi là ? T'es où ?

Donat : Une question à la fois tu veux ?

- Ça fait trois heures que j'essaie de te joindre. Pourquoi tu ne décrochais pas ? Et je peux savoir où tu es ?

Donat : ..

- Vas-y, tu es où ?

Donat : Pas loin de la maison. Qu'est-ce que tu veux ?

- Comment ça qu'est-ce que je veux ? Tu étais censé faire demi-tour.

Donat : Et pourquoi j'aurais fait ça ? Tu aurais dû savoir que c'était trop facile Mya.

- Tu veux encore me faire la tête ?

Donat : Je conduis s'il te plaît.

- Ne rentre même pas si tu veux.

Donat : Parle-moi bien.

- Au revoir !

J'ai raccroché avant de jeter mon téléphone sur le canapé qui malheureusement a rebondi pour se fracasser contre le sol.

- Oh non !

J'ai lâché une larme, l'écran est brisé ! Quelle poisse !

Pendant que j'étais par terre, j'entends ma porte s'ouvrir, je tourne la tête et..

Non mais la poisse vraiment quoi !

Je me suis relevée en essayant d'afficher un visage accueillant après les affaires que j'ai vu à la suite de la deuxième personne qui fit son entrée.

- Bonsoir ! Comment vous allez ?

Je les ai installés et suis vite allée dans la cuisine en prétextant aller chercher de l'eau alors que tout ce que je voulais c'était parler à Donat.

Il m'a répondu à la première sonnerie.

- Qu'est-ce qui se passe avec ta mère ?

Donat : Ah ta surprise est déjà là ?

- Comment ça ma surprise Donat ?

Donat : Alors tu aimes ta surprise ?

... : Mya ?

- Vas-y, merci beaucoup.

Donat : C'est avec plaisir et elle est là pour deux mois.

- Deux mois ?

Donat : Oui, je sais que tu es trop contente de passer tout ce temps avec elle donc ne me remercie pas.

- Oui, je pleure même de joie ! Tu es un véritable amour.

Donat : N'est-ce pas chérie ?

- Trop !

Donat : Je t'aime trop, c'est pour ça.

N'importe quoi ! J'ai raccroché.

Je suis retournée dans le salon.

- Maman, tu viens nous rendre visite ?

Maman : Je viens pour quelques jours, depuis le temps que je voulais venir ici, voilà que ton mari m'a enfin laissée faire ! Va ranger mes affaires dans la chambre.

- Tout de suite.

Maman : Et Donat ? Il n'est pas encore rentré ?

- Non maman.

Maman : D'accord mais tu ne comptes pas rester dans ces habits quand-même ?

Je me suis regardée..et zut ! J'étais en short.

- Désolée maman, non.

Maman : Alors qu'est-ce que tu attends ? Et fais vite de ranger mes affaires.

Ici, prennent fin mes vacances !

Donat me revaudra ça.

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