Cinq.

"L'amour est aussi grand par le bavardage que par la concision."

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~ Yougoudou Tambadou ~

- Maman, si tu ne vois pas d'inconvénients, j'aimerais passer deux jours chez mes parents, ma mère est un peu souffrante.

Maman : J'espère que ce n'est pas grave.

- Non pas très, ne t'inquiète pas.

Maman : Prompt rétablissement à elle.

- Merci.

Maman : Tu veux y aller quand ?

- Demain ou après-demain.

Maman : D'accord, on en parlera ce soir après toutes les festivités du mariage.

- D'accord, merci maman.

Maman : Mais tu en as déjà parlé à ton mari ?

J'ai dit non en regardant ailleurs, plus précisément en regardant ma fille qui dormait dans mes bras.

Maman : Ça ne va pas entre vous ?

- Si si, ça va.

Maman : On parlera ce soir, tu resteras dormir ici aujourd'hui aussi.

- C'est compris.

Maman : Maintenant va coucher la petite Heinda, et essaie de te reposer un peu aussi, tu as l'air fatiguée.

- D'accord.

J'ai fait comme elle l'a dit. Je suis allée dans nos appartements avec Djiby qui se trouve dans la maison familiale, nous y sommes installés ces deux jours avec le mariage dans la famille. Je me demande pourquoi Djiby a tant voulu quitter la maison familiale, parce que là au moins il était bien dressé par les parents pour ne pas déconner du moins pas de manière démesurée. C'est vrai que vivre dans la grande maison familiale avec tous les commérages inutiles et tous les problèmes imaginaires est difficile, mais vivre en location avec un mari qui n'a peur de rien ni de personne pour encore moins se soucier de sa femme et de ses enfants est bien pire. Sérieusement j'aurais préféré ne jamais quitter cette maison avec nos aînés à côté. Je ne savais pas ou plutôt je n'avais pas conscience de la sécurité dont bénéficiait mon foyer à côté de tout ce beau monde qui constitue notre famille.

Hier soir, après avoir parlé de tout ce qui me rongeait, Djiby n'a pas eu d'autres réactions que de me faire croire qu'il s'en foutait. Il ne m'a rien dit après, il s'est juste contenter de me déposer et de partir à ses occupations comme il me l'avait dit. Il m'a évitée toute la journée d'aujourd'hui. Je n'ai eu droit qu'à un salut quand on s'est croisé lors du déjeuner, ensuite plus de traces de Djiby. De toute façon, il fait ce qu'il veut, j'ai dit ce que j'avais sur le cœur et c'est tout. J'aurais le cœur à me rapprocher de lui quand il me montrera qu'il n'est pas si indifférent que ça et qu'il veut que les choses aillent pour le mieux.

Je me suis couchée auprès de ma fille et je commençais à m'endormir aussi quand j'entendis la voix de ma belle-soeur.

Djènèbou : E doun nani dogo yan ? (Pourquoi tu es venue te cacher ici ?)

- N'nana n'reposer doni deh, comme Heinda be sinôgô la. (Je suis venue me reposer un peu comme Heinda dort.)

Djènèbou : Ah I djô do, môgô be sèguèin ! (Ah tu as raison, les gens se fatiguent !)

- Tu vois. Et toi, tu fuis quoi ?

Djènèbou : Rien oh, comme je t'ai vue rentrer ici seule.

- Quel bon mari tu fais !

Djènèbou : N'est-ce pas ?

- Oui, trop !

Djènèbou : D'ailleurs, il est où ton fou de mari. On avait besoin de lui pour qu'il aille chercher des glaces mais on ne l'a vu nulle part.

- Tu connais ton frère plus que moi donc ne te sé ka foye de fô ! (Je ne peux rien dire !)

Djènèbou : Je vais le chercher, repose-toi, tu n'as pas très bonne mine aujourd'hui.

- Il faut que je me regarde après dans le miroir. J'ai l'air si épuisée que ça ?

Djènèbou : En tout cas, ça se voit que tu n'es pas dans ton assiette. Kodi Heinda dôgôni ko te sena ? (Ne me dis pas que le petit frère ou la petite sœur d'Heinda est en route ?)

- O tou ka bô i da ! I te sabali ba, Heinda n'a que six mois. O ko sougou fôli dabila Djènèbou ! (Crache ça vite ! Arrête voyons. Ne dis pas ce genre de choses !)

Elle se met à rigoler, elle n'est pas normale elle.

- Vas-y, au revoir.

Djènèbou : Donc tu me chasses.

- Non, je te montre la porte juste au cas où parce que je compte dormir là.

Djènèbou : N'importe quoi, je m'en vais.

Elle s'en va en se moquant de moi.

Dix minutes plus tard, je commençais à me perdre dans le sommeil quand cette fois-ci j'entends la voix de ma belle-mère m'appeler. Je suis sortie du lit et je suis allée dans le salon pour répondre à son appel.

- Oui maman.

Maman : En fait, je ne peux plus attendre ce soir. Dis-moi ce qui se passe entre ton mari et toi. Ce n'est pas pour la maladie de ta mère que tu veux quitter la maison pour deux jours n'est-ce pas ?

- Il n'y a rien maman, c'est juste pour ça.

Maman : Je te connais et je connais Djiby. Tu sais que tu peux tout me dire, depuis que tu es dans cette famille je n'ai eu aucun problème avec toi et tu le sais. Je t'ai toujours dit que quand ça ne va pas, tu viens me voir.

- Il ne se passe rien maman, ne t'inquiète pas.

Maman : On m'a rapporté que Djiby ne fait que vadrouiller dans les rues, il rentre tard voire très tard pour ne pas dire à l'aube, souvent il ne va même pas à la boutique, il passe de plus en plus moins de temps à la maison. Alors tu vas toujours me dire qu'il ne se passe rien ?

- ..

Maman : Parle ma fille.

- Je ne le reconnais plus maman, je ne sais rien de lui.

Maman : Tu ne peux pas le recadrer ?

- ..

Maman : Tu dois lui dire ses quatres vérités pour qu'il soit responsable.

- Il n'entends rien de ce que je lui dis, il ne me regarde même pas.

Maman : D'accord, il va m'entendre.

- Il va dire que je me suis plainte auprès de toi.

Maman : Et alors ? C'est son problème donc tu n'as pas à t'en faire. Il ne changera jamais, il lui faut juste de la pression. C'est pourquoi je ne voulais pas qu'il quitte la maison. C'est vous aussi, a be aw denmisenni nounou gnein na ko ka vie douba kônô ko ye ko wèrè de ye, kassôrô a be aw kissi ko tchama de ma touma dôla mais aw gnein be a kouma tchama yôrô dron de la. (Pour vous les jeunes, vivre dans la maison familiale est autre chose alors que ça vous protège de beaucoup de choses mais vous n'y voyez que le mauvais côté.) Mais ne t'inquiète pas, je vais lui parler.

- Merci maman.

Maman : Tu es aussi ma fille, tout ce que je ne veux pas qu'il arrive à Djènèbou, je ne veux pas non plus que ça t'arrive donc je suis là pour toi.

Je ne sais pas comment la remercier, cette femme est superbe, depuis que je l'ai connue je n'ai vu que du bon en elle, si tu la vois fâchée ou entrain de crier c'est qu'elle a raison. Je ne peux rien dire de mal sur elle, elle m'a toujours soutenue et bien accueillie. Souvent je me demande comment Djiby fait pour être un si médiocre homme en ayant une telle mère. Elle n'a aucun problème cette dame, je suis tout le temps choquée par sa gentillesse.

Maman : I ka nangarabani wilila deih, I tulo te a kassi kan la. (On dirait que ta petite coquette est réveillée, tu l'entends pleurer.)

- Oui, je vais aller la voir.

Maman : Oui fais ça. J'ai commissionné ton mari, quand il sera de retour on parlera tous les trois, après je ferai un compte rendu à ton beau-père.

- D'accord maman, merci beaucoup.

Maman : N'bena ! (J'arrive !)

Elle s'en va et je vais voir Heinda, elle s'était vraiment réveillée.

- Alors t'es réveillée ma princesse ! Laisse-moi deviner tu as faim ?

Je commence à l'allaiter et elle ferme ses yeux à nouveau, elle ne s'était pas remise de son sommeil.

_Deux heures plus tard_

Je suis entrée dans le salon de maman et elle m'y attendait avec Djiby. Il me regardait et j'ai esquivé son regard.

Maman : Assieds-toi.

- Founè va regarder la télé, j'arrive.

Ma petite de trois ans était accrochée à mes pieds. Heinda était avec Djènèbou. Founè n'a pas voulu partir donc elle est restée à sautiller sur mes jambes.

Djiby : Founè va auprès de Badiallo.

Elle écoute son père et s'en va malgré elle.

Djiby : Maintenant qu'est-ce qu'il y'a maman ?

Maman : C'est à moi de te le demander. Qu'est-ce qu'il y'a Djiby ? Et qu'est-ce qui se passe avec ta femme ?

Djiby : Il n'y a rien et il ne se passe rien. Elle t'a dit quelque chose ?

Maman : Elle ne m'a rien dit mais je sais voir de mes yeux.

Djiby : Il n'y a vraiment rien maman.

Maman : Je n'y crois pas une seule seconde. Et c'est quoi ces comportements d'irresponsable que tu mènes ?

Djiby : Je ne vois pas de quoi tu parles.

Maman : Ne joue pas avec moi, est-ce que tu m'as bien comprise ?

Djiby : Mais maman.

Maman : Je sais tout Djiby, on m'a tout raconté. Mais j'aurais voulu entendre ta femme me dire ce qui se passe, malheureusement elle ne veut pas. Elle ne veut que te couvrir à ses dépens. Ah nous les femmes ! Avec tout ça, c'est votre ingratitude que vous nous servez.

Djiby : Pourquoi tu écoutes tout ce qu'on te raconte maman ?

Maman : Pourquoi je n'écouterai pas ?

Djiby : Ah mais maman !

Maman : Je ne suis pas dans tes bêtises Djiby ! Tu vois cette femme non ? C'est ta femme, tu lui dois du respect. Tes sorties nocturnes et tes mauvaises habitudes et comportements, je ne veux plus en entendre parler. Sois responsable, occupe-toi de ta femme et de tes enfants. Elles ont besoin de ta présence et de ton attention. Comment peux-tu avoir une si belle famille et ne pas prendre le temps de l'apprécier ?

_Une semaine plus tard_

Djiby : Ah tu es triste maintenant de ce qui se passe ? Tu l'as voulu ainsi non ? Assume cette vie maintenant.

~ Halima Dicko ~

Demba : Tu te faisais rare cette semaine.

- Hammadoun était chez-moi.

Demba : Ah d'accord.

- Tu voulais me voir pourquoi ?

Demba : Ça faisait longtemps, je voulais juste te voir.

- Toi là !

Demba : Il y'a une dame qui nous regarde, tu la connais ?

Je regarde dans la direction qu'il me montre.

- Non mais cette commère !

Demba : C'est qui ?

- C'est l'amie de ma coépouse.

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