3

Au coeur du Ranch...

Elle prit la brosse de sa main et s'approcha d'un pas hésitant vers l'animal. Il se tenait derrière elle. Elle posa la brosse sur le dos de l'animal et le brossait en essayant de ne pas lui faire mal. Même si l'animal ne bougeait pas elle savait qu'elle s'y prenait mal. Le propriétaire posa sa grande main sur la sienne et la montrait comment s'y prendre. À un moment donné, elle se sentait gênée. Le sentir coller à son dos la rendait perplexe. Il caressait le revêt de sa main suscitant en elle un trouble qu'elle n'avait jamais ressenti auparavant. Il arrêta subitement son geste et établit le foin devant le cheval qui se mit à brouter. Cunégonde continuait à le brosser tout en faisant bien attention.

— Vous aviez combien de chevaux ? Demanda-t-elle sans le quitter des yeux.

— Une cinquantaine, répondit-il sans pour autant la regarder.

Elle écarquilla les yeux, stupéfaite. Une cinquantaine ! Elle n'en croyait pas ses oreilles.

— Vous aviez la chance d'être entouré de tant de chevaux, parvint-elle à articuler sous l'effet du choc.

Une cinquantaine ! Se répéta-t-elle pantois.

— Pourquoi vous dites ça ? Interrogea-t-il en achevant son travail.

Il se releva et essuya ses mains sur son pantalon.

— J'ai toujours adoré les chevaux depuis toute petite. Mais mon père ne nous laissait pas les approcher, dit-elle avec une lueur de tristesse dans les yeux en songeant à la première fois quand elle avait à peine quatre ans elle avait réussi à dessiner un cheval et comme tout enfant voulant montrer à ses parents ses exploits, elle s'était infiltrée dans le Bureau de son père. Lorsqu'elle lui avait montré son dessin, Celui-ci l'avait déchiré en plusieurs morceaux avec un ordre à l'appui. Elle avait pleuré ce jour-là presque toutes les larmes de son corps et s'était enfermée dans sa chambre.

— Et pourquoi ? Demanda-t-il, curieux.

— Je ne sais pas, répondit-elle en poussant un juron.

— Vous ne l'aviez pas demandé ? S'enquit-il en l'adressant un regard curieux.

— Oh que si, maintes fois même. Il ne répondait que par' ' je déteste les chevaux'' fit-elle en imitant la voix rauque de son père. Sans mentionner le pourquoi. C'est ça le plus étonnant.

— Il a peut-être ses raisons.

— Que nous ne connaissons pas, lâcha-t-elle à son plus grand regret.

— Comment vous vous appelez ? Demanda-t-elle après un moment de silence.

— Dallan, répondit-il.

— Enchantée moi, c'est Cunégonde.

— Ça je le sais, la princesse de Clèves.

Elle ignora l'ironie qu'il avait employé.

— En fait, je ne suis pas une princesse, ni une duchesse, ni une reine et même une Cheik-ha. J'ai juste utilisé ce titre pour vous obligé à me faire entrer chez vous.

— Ça je l'avais deviné. Vous n'aviez rien d'une princesse.

Elle prit sur elle pour ne pas s'emporter par sa remarque.

— Pendant qu'on y est Dallan... Je peux vous appelez comme ça ?

— De toute façon, ce prénom m'a été donné pour qu'on m'appelle non ?

— D'accord. Dallan pourriez-vous m'apprendre à monter à cheval ?

— Ça ne serait pas possible, dit-il en tirant la laisse du cheval.

Cunégonde le suivit...

— Mais pourquoi ? Demanda-t-elle.

— Vous quittez mon ranch dès aujourd'hui, répondit-il avec fermeté.

— Je vous insupporte, c'est ça ? Pour aller où en fait ?

— Bah chez vous, fit-il en haussant les épaules. Vous êtes à présent libre et rien ne vous oblige à rester ici à moins que vous préfériez que votre ravisseur vous kidnappe à nouveau.

— Surtout pas !

— Dans ce cas, foutez le camp de chez moi.

Estomaquée elle s'arrêta et le regardait s'éloigner.

Quel rabat-joie ce con ! Fulmina-t-elle en son for intérieur. Sans plus attendre, elle marcha sur ses pas. Une grande écurie se trouvait derrière la maison. Les chevaux montraient leur tête lorsque Dallan fit entrer le cheval blanc dans l'enclos pour ensuite le fermer.

— Vous êtes encore là ! Fit-il lorsqu'il croisa la jeune femme après s'être retourné.

— Vous êtes vraiment déplaisant et détestable, cracha-t-elle rudement.

— Merci pour le compliment, ironisa-t-il.

— Ce n'est pas un compliment en fait. Je m'en fiche de toute façon. Prenez ça comme vous voulez, mais laisser moi vous dire que vous êtes un homme odieux. Vous vous foutez de ce qui pourrait bien m'arriver hein.

— Justement, je ne vous connais ni d'Adam ni d'Eve.

— Je vis à trois mille kilomètres d'ici je vous signale.

_ Une raison de plus pour commencer par gratter le sol pour arriver chez vous avant la Noël ou encore mieux allez voir votre ravisseur et demander lui de vous ramener chez vous par le moyen qu'il vous a fait quitter. Le reste, ce n'est pas mon problème. Bon débarras.

Sur ce, il s'enferma dans sa maison laissant la jeune femme seule face à son sort.

— Vous n'aviez pas le droit, cria-t-elle en frappant contre la porte.

— Bien sûr que si, c'est chez moi après tout. À présent disparaissez et ne revenez plus jamais.

Tout penaude elle regarda la porte pendant un moment dans l'espoir qu'il regrette et qu'il la fasse entrer et ensuite s'excuser. Vue qu'elle était devant cette porte pendant plus d'une demi-heure, elle réalisa qu'il n'allait sans doute pas l'ouvrir.

C'est ainsi qu'elle prenait les bois le visage larmoyant. Sa famille lui manquait énormément. Surtout sa petite nièce. L'avait-elle oublié ? Trois mois qu'elle avait quitté la Crète et elle n'avait aucune nouvelle d'eux. Sûrement qu'ils ne se sont pas aperçus de sa disparition, pensa-t-elle le cœur serré. Non impossible, revient-elle sur sa pensée. Elle avait disparu pendant plusieurs mois et sa famille devrait remarquer son absence depuis for longtemps. Lorsqu'elle était enfermée entre ces quatre murs, son ravisseur venait constamment se plaindre, car il n'arrivait pas à joindre sa famille pour une demande de rançon. Elle pensait qu'elle n'allait jamais pouvoir survivre. Et puis savoir qu'il n'arrivait pas à joindre sa famille l'angoissait. Elle espérait vivement que ses parents soient en train de remuer ciel et terre pour la retrouver. Elle continuait sa route en essuyant les larmes qui glissaient sur sa joue. Comment allait-elle pouvoir s'en sortir dans ce village qui lui est totalement inconnu ? Avec le peu d'espoir qui lui restait elle continuait à avancer. Peut-être trouvera-t-elle une personne de bonne volonté et assez gentil qui l'aiderait à se mettre à l'abri de son ravisseur qui à coup sûr rodait encore dans les parages.

Dallan n'arrivait pas à se concentrer sur son travail. Il repensait sans cesse à cette femme qu'il avait jeté au dehors. Que faisait-elle en ce moment ? Son kidnappeur l'avait-il retrouvé ? À ses pensées son corps se raidit. Son regard se posait soudain sur la photo cadrée de sa petite sœur. Il avait l'impression que celle-ci le reprochait de l'avoir renvoyé de sa maison. Incapable de soutenir son regard et de ressentir cette culpabilité, il saisit son manteau du lit et sortit de la maison. Il prit la route menant au ranch. Il ouvrit l'enclos où se trouvait Harold, son cheval.

— Bonjour Harold, désolé de te déranger à une heure tardive. J'ai besoin de toi.

Le cheval se redressa et se tint sur ses sabots. Il renifla ensuite en signe d'approbation et sortit de l'enclos. Après avoir bien ajusté la selle sur son dos, il le monta ensuite et tira sur les rênes. Il prit ensuite la route pour retrouver cette femme.

***

Elle était acculée contre un arbre toute affolée et haletante. Dans la pénombre, le. Loup s'avançait résolument, décidée à en finir avec elle. Il n'était plus qu'à trois mètres d'elle. Elle n'en pouvait plus. Elle avait couru près d'un quart d'heure, cependant le prédateur ne comptait pas s'en retourner. Son regard était tel un dard qui perçait son âme fragile.

Cunégonde avait expérimenté la mort plus de dix fois... Quoi de plus terrible qu'une mort qui se moque de votre état d'âme ? La bête n'était plus qu'à deux pas... Rassemblant toute son énergie, la jeune femme hurla de toute sa force. Mais aucun son ne parvenait à sortir de sa bouche. Le bourreau bondit, la gueule en avant. Un coup de fusil retentit ! La bête s'écroula au sol tandis que Cunégonde s'attardait de même au sol le visage remplit de sueur. Elle était glacée d'épouvante et sa respiration était bloquée. Elle avait failli y rester et elle en tremblait encore.

Dallan descendit de son cheval et accourut vers elle. Il l'obligea à se lever, mais celle-ci peinait à se tenir sur ses deux pieds encore sous l'effet du traumatisme.

— Vous n'aviez rien j'espère, demanda-t-il en retirant la neige qui collait sur ses mèches.

Elle s'agrippa contre lui pour éviter de tomber à nouveau. Ses yeux s'attardaient sur l'animal qui était à présent mort. Au bord de la panique, elle tremblait si fort que Dallan eut pitié d'elle.

— Il... il s'apprêtait à me dévorer, babilla-t-elle en sanglotant.

Dallan la serra contre son torse en lui caressant les cheveux.

— C'est bon! señorita, ne vous angoissez pas. Vous êtes en vie, susurra-t-il d'une voix douce.

— Oui, mais si vous n'étiez pas venu à temps Dieu seul sait si j'aurai pu m'échapper, dit-elle en sanglot.

Il l'aidait à s'avancer vers son cheval. Cunégonde ne quittait pas des yeux l'animal pendant qu'il la tirait par le bras.

— Allez ! Venez, dit-il en l'aidant à monter sur le cheval. Accrochez-vous bien.

Elle le serra par la taille tandis qu'il tirait les rênes pour faire avancer le cheval.

— Merci de m'avoir sauvé, mâchouilla-t-elle en collant sa tête contre son dos.

Une fois au ranch, il aidait la jeune femme à descendre. Une fois encore elle tremblait et n'arrivait pas à tenir sur ses pieds. L'image du loup vacillait dans sa tête et l'idée qu'elle ait floré la mort la frissonnait de peur. Dallan remit son cheval dans l'enclos et revint vers elle. La tenant par la taille, ils grimpaient les marches d'escalier et ouvrit la porte.

— Prenez place, je vous en prie.

Ce qu'elle fit.

— Je paris que vous aviez très faim, reprit-il en entrant dans la cuisine.

En effet, elle avait eu une crampe dans l'estomac lorsqu'elle s'aventurait dans les bois. Mais la situation dans laquelle elle était avec ce loup et la peur qu'elle avait ressenti l'avait coupé l'appétit.

— Non... Pas vraiment, répondit-elle hésitante.

— Permettez-moi d'en douter, cria-t-il de la cuisine.

Il avait déjà mis une poêle au feu et avait cassé les œufs pour en faire des omelettes. Cunégonde quitta le salon pour le rejoindre dans la cuisine. Elle prit place devant la longue table dressée au milieu de la cuisine et le regardait achever son travail.

— Quelle chance que vous soyez passé par là, fit-elle en triturant la nappe qui couvrait la table.

Dallan vint poser son plat devant, elle ainsi qu'un verre de jus de fruit.

— Vous feriez mieux de ne plus y penser señorita, déclara-t-il en rapportant dans un petit plat des Madeleines et un verre de lait.

— Impossible ! J'ai failli y rester. Ce n'est pas si facile d'oublier. Je ne me suis jamais trouvée en face d'un loup. D'habitude je les vois à la télé et en voir un en face de moi m'avait complètement déstabilisé.

— Ça suffit maintenant ! S'exclama-t-il.

La jeune femme se tut et promena son regard sur tout ce qui avait sur cette table.

— Maintenant mangez !

Elle saisit le couteau et la fourchette et en coupa un morceau.

— Et vous ? S'enquit-elle en envoyant l'omelette dans sa bouche.

— Je n'ai pas faim, répondit-il en se tenant derrière elle.

Il posa un manteau sur elle et d'un geste délicat, il enleva de ses chevaux les débris de neige. Elle haussa les sourcils en écarquillant les yeux. Elle interrompu son repas et resta figé. Quelle mouche l'avait piqué pour qu'il se comporte de cette manière avec elle si soudain ? D'abord il la sauve d'un loup affamé, la fit entrer dans sa maison, la fit à manger et ensuite il secouait ses mèches pour faire retirer la neige qui s'était collée dans ses cheveux. Pourtant, il y a quelques heures, il s'était comporté avec elle de façon désagréable en la jetant au dehors sans se soucier du danger qu'elle pouvait encourir. Ainsi, sentir ses doigts se promener dans ses boucles la fit frémir. Elle s'agita sur son siège et vacillait de chaque côté.

— Tenez-vous tranquille !

Elle restait immobile pendant qu'il achevait ses gestes.

— C'est mieux comme ça, souffla-t-il en se retirant.

— Votre cuisine est exquise, complimenta-t-elle en esquissant un faible sourire.

— Content qu'elle vous a plu, répondit-il en faisant la vaisselle.

— Votre épouse a de la chance d'avoir un mari si bon cuisinier contrairement à Max, fit-elle en vidant son verre de lait.

— Je ne suis pas marié, rectifia-t-il.

— Oh !

Alors à qui appartenait ces vêtements qu'elle avait vu dans le dressing ? Se demanda-t-elle, pensive.

— Et c'est qui ce Max sans vouloir paraître indiscret ? Renchéri t-il.

— Mon fiancé, répondit-elle d'un ton neutre.

Il se souvenait de la bague qu'il avait vu sur son annulaire hier soir, mais ce qu'il ne comprenait pas était le fait qu'elle l'avait jeté dans les flammes. Même s'il mourrait d'envie de connaître la raison, il se ravisa de poser la question pour ne pas paraître curieux.

— À chaque fois qu'on doit dîner ensemble dans son appartement il fait toujours venir un service traiteur.

— Dans ce cas pourquoi ne faites-vous pas vous-même la cuisine ?

— Parce qu'il prépare déjà tout avant mon arrivée.

— Quoi ? Vous ne logez pas ensemble ?, s'enquit-il en tournant son regard vers elle, les sourcils levés.

Elle secoua négativement la tête.

— Mes parents tiennent à ce qu'on se marie d'abord.

Il acquiesça d'un petit signe de la tête et se remit à faire la vaisselle. La jeune femme se leva de son siège et apporta son assiette dans l'évier.

— Laissez-moi faire, dit-elle en voulant prendre l'éponge de ses mains.

— Il n’en est pas question, répliqua-t-il avec véhémence.

La jeune femme sursauta. La bipolarité serait donc sa nature, constata-t-elle en se mordillant la lèvre. Tantôt il était tendre, tantôt il devenait violent.

— Allez vous assoir, reprit-il d'une voix calme qui trahissait ses traits déformés.

La jeune femme ne se fit pas prier une nouvelle fois et posa ses fesses contre le siège. Elle le regardait si attentivement qu'elle se perdait dans son esprit. Il était grand, musclé et si séduisant. Accoudée contre la table, elle se laissait divaguer dans ses souvenirs. Max ! Jamais elle n'avait ressenti avec lui un quelconque trouble lorsqu'il la caressait et même l'embrassait. Mais pas contre lui, il suffisait qu'il la saisisse par le poignet et qu'elle en frémisse de désir qu'elle-même ne put s'expliquer. Il se retourna et constata qu'elle le dévisageait. Prise au dépourvu, elle baissa furtivement les yeux.

Il sortit de la cuisine avec un sceau à la main. Il retira son manteau du port manteau qu'il porta et sortit ensuite. La jeune femme le regardait s'éloigner par la fenêtre. Elle sortit à son tour et le suivit.

— Qu'est-ce que vous faites ? S'enquit-elle en le voyant sortit d'une étable une vache.

Il déposa le sceau au sol et s'accroupir pour traire la vache.

— Vous voyez bien, répondit-il sans la regarder.

— Vous n'utiliser pas une trayeuse ?

— Si, je l'ai prêté à un ami qui me la ramènera avant la fin de la semaine.

— Je veux vous aider.

— Non restez à l'écart.

— J'insiste, apprenez-moi du moins.

Voyant qu'elle n'était pas décider à laisser tomber il la fit signe de la main pour qu'elle s'approche. Avec joie, elle s'approcha et s'assit sur le tabouret qu'il lui présenta.

À suivre...

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