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- Avant tout, vous devriez vous laver les mains, dit-il d'une voix suave qui frémit la jeune femme.

Il apporta de l'eau dans un sceau et la jeune femme y trempa ses mains. Il lui donna ensuite une serviette propre avec laquelle elle nettoyait ses mains.

— Saisissez un train dans chaque main, lui ordonna-t-il.

Elle s'exécuta et le fixa attendant qui lui dise quoi faire par la suite. Et au fur et à mesure qu'il l'orientait, elle parvenait à extraire le liquide du train de la vache. Que ne fut sa stupéfaction lorsqu'elle constatait qu'il lui souriait.

Elle haussa les sourcils.

— C'est bien pour la première fois depuis hier que je vous vois sourire, observa-t-elle.

Sans broncher, il reprit le sceau à moitié rempli et se leva du tabouret. Cunégonde l'observait s'éloigner. Elle se leva à son tour pour le rejoindre.

— Vous m'aviez souri chuchota-t-elle derrière ses larges épaules.

Il se retourna et la fixa intensément.

— Pourquoi persistez-vous à me le faire remarquer ?

Elle haussa les épaules pendant que Dallan lui jetait un regard incrédule.

— Dites-moi un peu, êtes-vous toujours comme ça ?

— Et comment est-ce que je suis ? S'enquit-il en croisant les bras sur son torse, les sourcils levés.

— Froid, distant... Pourquoi comportez-vous de la sorte avec moi ?

— Comment devrais-je me comporter avec une étrangère ? Vous débarquez chez moi, vous êtes recherchée par une personne dangereuse et sans me soucier de ce qui pourrait bien m'arriver je vous ai laissé vivre dans ma maison.

— Je suis consciente du danger que vous courrez en m'hébergeant chez vous. Je ne resterai pas trop longtemps. Ça je vous le promets.

— J'espère bien, dit-il avec une telle froideur qui glaça la jeune femme.

— J'aurai besoin d'un téléphone pour appeler mes parents.

— Désolé de vous décevoir. Je n'ai pas de téléphone.

— Vous blaguez j'espère, s'extasia-t-elle en écarquillant les yeux. Comment faites-vous dans ce cas pour communiquer ? N'avez-vous pas de famille, amis ?

— Il y a un moment que j'ai pris la décision de me déconnecter du monde...

« Depuis la mort de ma sœur », faillit-il ajouter. Mais il ne voulait en aucun cas mentionner la mort de cette dernière devant cette inconnue.

— Je peux toujours me débrouiller pour vous trouver un téléphone portable, ajouta-t-il.

— Vous allez devoir faire vite pour en trouver un si vous voulez que je quitte votre maison de si tôt.

— Ne vous inquiétez pas pour ça Señorita. Je suis tout aussi impatient de retrouver mon intimité.

À entendre cela, Cunégonde renfrogna la mine.

— Vous allez prendre froid. Veuillez bien entrer.

— Comme vous me le demandez si gentiment alors je vais vous suivre, roucoula-t-elle.

— Comme si vous aviez le choix. Sans moi vous seriez déjà perdue. Que je vous le demande si gentiment ou pas vous auriez quand même pu vous empresser de vous cacher chez moi et de force en plus d'autant plus que votre ravisseur est sûrement toujours dans les parages.

— Vous aviez raison et puis vous n'êtes pas du genre à abandonner des femmes vulnérables. Je me suis convaincu que ce n'est pas par pur hasard que vous vous êtes retrouvé dans les bois. Avouez-le Dallan. Vous aviez regretté de m'avoir jeté dehors et vous vous êtes empressé pour me retrouver. Et la culpabilité que je lis dans vos prunelles ne fait que le confirmer.

À peine avait-elle fini sa phrase qu'elle se rendit compte qu'il s'était plus rapproché d'elle. Sous son regard pénétrant, elle frissonna faisant appel à son sang froid pour essayer de masquer son trouble. Dieu du ciel ! Cet homme pouvait la rendre folle juste avec son regard. Elle se demandait si elle pouvait encore tenir quelques jours avec lui sans essayer de lui arracher ne serait-ce qu'un seul baiser tellement ses lèvres étroites lui donnaient envie.

— Vous êtes vraiment loquace pour quelqu'un qui a été séquestrée pendant... Je ne sais combien de jours.

Cette remarque la fit l'effet d'une douche froide. Alors qu'elle entrait il poussa un juron avant de refermer la porte derrière lui. Ensuite, il alluma du feu dans la cheminée et jeta quelques morceaux de bois. Cunégonde s'installa confortablement sur l'un des canapés. Yeux fermés, elle repensait soudainement à Max. Une fois qu'elle rentrerait, elle mettrait un terme à leur soi-disant union quitte à blesser ses parents qui ont énormément donné pour renforcer l'alliance des deux familles. Elle ne voulait en aucun cas vivre l'expérience de son frère aîné. Ce pauvre voulant ne pas décevoir leurs parents avait dû accepter épouser une femme qu'il n'aimait pas. Il n'en était pas question qu'elle aussi souffre tout le restant de ses jours aux côtés d'un homme qu'elle n'aimait pas et elle espérait vivement que Max l'ait oublié et qu'il est passé à autre chose. Après tout elle avait disparu depuis bien des mois.

— Vous dormez déjà ?

La voix grave de Dallan l'arrachait de ses pensées. Elle rouvrit les yeux et le trouva assis à même le sol devant elle avec une boîte à pharmacie.

— Il faut faire un nouveau pansement, dit-il en prenant le pied de Cunégonde.

Il enleva le bandage et nettoya la plaie. Cunégonde grimaça de douleur et s'agita sur le sofa.

— Désolé, s'excusa tendrement Dallan.

— Non, ne vous en faites pas. Ça va passer, essaya-t-elle de se convaincre malgré la douleur qui la taraudait.

— Votre pied est vraiment dans un sale état. Il vaudrait mieux que vous voyez un médecin avant que cette plaie ne s'infecte.

— Un docteur ? S'extasia-t-elle d'une voix tremblante. Il n'en est pas question.

— Vous risquez une gangrène.

— Tant pis ! Je ne serai pas la première jolie fille à être dépouillée d'un pied, railla-t-elle.

— Vous osez plaisanter avec ça, fit-il sidéré.

— Je ne veux pas voir un docteur. Je n'ai vraiment pas envie de mettre les pieds dans un hôpital.

— Très bien, vous diriez donc à dieux aux balades sur le dos d'un cheval. C'est vraiment dommage qu'à cause d'un handicap vous n'apprendriez jamais à monter à cheval. N'est-ce pas ce que vous désirez tant ?

La jeune femme poussa un long soupir de désespoir. C'était bien la dernière chose qu'elle voulait en ce moment et en même temps elle n'avait surtout pas envie de perdre un pied sans qu'elle ait appris à monter à cheval. Elle considérait l'homme qui la fixait intensément avec ses beaux yeux bleus à faire fondre.

— Bon d'accord ! Mais d'abord vous devriez me promettre que vous seriez tout temps avec moi Dallan.

— Si vous le voulez.

— Bien sûr que je le veux. J'ai vraiment horreur des hôpitaux.

Il rebanda la plaie et se leva en refermant la boîte à pharmacie.

— Je vais de ce part nous faire à dîner.

— Je peux vous aider ?

— Non. Il ne faut pas que vous bougiez trop votre pied. Profitez bien de mon canapé et du feu de la cheminée. Je ne vais pas tarder.

La jeune femme acquiesça de la tête et observait Dallan s'éloigner.

— Il n'est pas question que je reste ici à ne rien faire, marmonna-t-elle.

Elle se leva du canapé et boitait jusqu'à l'étage. Elle s'enferma ensuite dans la chambre qu'elle occupait et décréta de prendre une douche.

— Ça ne va pas être aussi facile, murmura-t-elle en soupirant.

Comment pourrait-elle prendre une douche avec un bandage au pied ? Elle porta son attention sur son pied et repoussa bruyamment un long soupir. Elle avança vers la salle de bain et y jeta un coup d'œil. Une longue baignoire était posée au milieu de la salle. Elle sillonnait du regard la salle de bain et constatait qu'il n'y avait ni gel de douche, ni de pâte dentifrice. Elle referma la porte et fouilla dans les placards espérant trouver de quoi se faire couler un bain.

— Rien ! Marmonna-t-elle outrée en refermant le dernier placard.

Elle retira la robe qu'elle avait sur elle et s'enveloppa dans un peignoir qu'elle avait trouvé dans le dressing. Elle descendit ensuite les escaliers pour rejoindre Dallan dans la cuisine. Elle le trouva occuper à découper des carottes. Adossée contre l'encadrement de la porte, elle le regardait à la dérober. Si seulement Max savait cuisiner, songea-t-elle d'une mine contrite. Quoi de plus formidable que de manger le repas fait par son amoureux.

Une sorte de sixième sens haleta Dallan. Il releva la tête et surpris la jeune femme l'observer. Cunégonde détourna subitement la tête et s'attarda sur les ustensiles de cuisines parfaitement disposés sur le mur.

— Je croyais vous avoir dit que vous ne devriez pas trop forcé votre pied, gronda Dallan.

Cunégonde fit mine de ne rien entendre et porta toujours son attention sur les ustensiles.

— Hey ! Je vous parle, s'écria-t-il en pointant son couteau sur elle.

— Quoi ? Vous m'aviez parlé ? S'enquit-elle en écarquillant les yeux.

— À qui d'autre je parlerai ? Nous ne sommes que deux dans cette pièce et je ne suis pas assez fou pour parler tout seul quand même. Faite moi plaisir señorita. Allez reposer vos fesses sur le sofa.

— J'ai besoin de prendre une douche avant de passer à table.

— Il y a un problème avec le robinet ?

— Non, en fait je ne sais pas. Mais il n'y pas de gel de douche.

— D'accord, veuillez bien me suivre.

Il sortit de la cuisine tandis qu'elle lui emboîta les pas.

— Attendez-moi ici, dit-il à la jeune femme lorsqu'il pénétra sa chambre.

Cunégonde croisa les bras et s'appuya contre le mur du couloir. Dallan fouilla dans son placard et en ressort une serviette propre et une robe de nuit. Il entra ensuite dans sa salle de bain et retira du placard le gel de douche à moitié vide.

— Je n'ai pas de brosse secours, s'écria-t-il.

— Ce n'est pas grave.

Il réapparut dans le couloir où se tenait la jeune femme et lui remit le tout.

— Merci, lâcha-t-elle en tournant les talons.

— Faites attention à votre pied.

* *

Cunégonde referma la porte de la chambre à l'aide de son pied et se dirigea vers la salle de bain après avoir déposé la robe de nuit sur le lit. Elle fit couler son bain et attacha ses mèches en un chignon désordonné. Ensuite, elle retira malheureusement le bandage, plongea son pied dans l'eau tiède et pour son plus grand bonheur elle ne ressentait aucune douleur. Au contraire, cette eau tiède soulageait son pied.

Une demi-heure plu tard, Cunégonde enfila la robe que lui avait donné Dallan et descendit dans la cuisine.

— Vous voilà enfin. J'ai cru un instant que j'allais dîner tout seul, s'extasia-t-il en la regardant de la tête au pied.

— Vous aviez fini par aimer ma compagnie hein ? Fit-elle avec un sourire qui planait sur ses lèvres.

Il releva brièvement le coin de sa bouche pour afficher un sourire crispé.

— Fermez-la et asseyez-vous.

Cunégonde renfrogna la mine et s'assit sur le siège qu'il lui présenta.

— Du taboulé à la semoule, déclara-t-il en déposant une assiette devant Cunégonde. Vous connaissez ?

— Jamais entendu parler de cette recette.

— C'est une recette libanaise faite avec de la semoule et un mélange de carottes, de tomates fraîche, du persille, des feuilles de chou et de la laitue. Vous allez aimer.

— Je n'en doute pas une seconde, déclara-t-elle en dépliant son couvert.

Dallan la servit et en fit de même dans son assiette avant de s'asseoir à son tour.

— Bon appétit, lança-t-elle en jetant un regard gourmand sur son assiette. Hummh ! Oh, c'est vraiment délicieux, baragouina-t-elle la bouche pleine. Vous êtes un si bon cuisinier, ajouta-t-elle.

— Merci !

Cunégonde écarquilla les yeux tandis qu'une surprise se peignit sur son visage.

— Vous venez de me remercier là où je me trompe, s'exclama-t-elle, hébétée.

Dallan fronça les sourcils.

— Il m'arrive parfois de ressentir l'obligation d'exprimer ma gratitude envers celle ou celui qui me fait part de ses compliments.

— Vous êtes un drôle de personnage, vous savez ?

— On me le dit souvent.

— Où aviez-vous appris à cuisiner ?

— Mes parents sont propriétaires d'un grand restaurant espagnol. Après les cours quand j'étais à l'université, je venais leur porter mon aide.

— Vous aviez bien dit que vos parents sont propriétaires d'un restaurant espagnol alors expliqué moi comment vous saviez cuisiner cette recette libanaise que nous mangeons en ce moment.

— C'est ma mère qui m'a appris à cuisiner cette recette. Elle est d'origine libanaise tandis que mon père est espagnole. Voilà ! Vous saviez cuisiner au moins ?

— Je me débrouille. On ne nous laissait rien faire à la maison. Ce sont les domestiques qui s'occupent de tout. J'allais souvent en douce dans la cuisine pour observer Mélanie notre gouvernante faire la cuisine. Elle m'a appris quelque recettes que j'ai fini par maîtriser.

— Demain, ce serait à vous de faire la cuisine. Vous allez me faire le plaisir de me faire goûter une de vos recettes que vous aviez apprises et j'en jugerai par moi-même. Si vous l'aviez maîtrisé ou pas.

— Être vous entrain de me défier là ?

— Peut-être, répondit-il en haussant les épaules.

Il considérait longuement la jeune femme et l'imaginais avec une poêle à la main et un tablier attacher autour de sa hanche. La perspective de manger son plat l'enthousiasmait.

— Je sais très bien cuisiner. En ce moment j'ai une recette en tête qui vous fera mordre les doigts. Je suis certaine qu'après l'avoir goûté vous m'en redemanderai encore ou mieux vous me demanderai la recette.

— Je suis tout excité señorita. Mais mettez-vous en tête qu'il ne s'agit pas d'une compétition. En réalité, je veux que vous preniez en charge la cuisine. C'est la moindre des choses que vous pouvez faire d'autant plus que je vous héberge chez moi. Si vous saviez cuisiner comme vous le dit alors j'en serai ravi.

— Je vois, répliqua-t-elle sèchement.

Il lui tendit un verre de limonade qu'elle prit volontiers.

— Vous n'auriez pas une boisson forte ? Demanda-t-elle après avoir vidé son verre.

— Si.

Il se leva de son siège et disparu dans la cuisine.

— Ça ira la vodka ? S'enquit-il lorsqu'il réapparut avec une bouteille pleine et deux minuscules verres.

— Oh oui, répondit-elle gaiement en tendant la main.

— Attention, vous n'aviez droit qu'à un seul verre.

— Il m'en faut plus Dallan. J'en ai vraiment besoin.

Il lui jeta un regard pantois.

— Je vous en prie, supplia-t-elle en faisant la moue. La bouteille fera l'affaire.

— Ne comptez pas sur moi pour vous donner toute la bouteille. Vous allez vous contenter d'un seul verre. Tenez !

Il lui tendit le verre à moitié rempli.

— Bon merci, murmura-t-elle déçue.

Il reprit son siège et déposa la bouteille à l'extrémité de la table de sorte qu'elle ne soit pas à sa portée.

— Une fois que je serai chez moi je pourrai me satisfaire avec une bonne bouteille d'alcool sans que personne ne soit dans mon dos.

— Tant que vous le ferez loin de chez moi il n'y aura pas de problème. Comment êtes-vous atterrir ici ? Enfin comment votre agresseur s'est-il arrangé pour vous emmener loin de chez vous ?

— Tout ça à cause d'une stupide addiction à la drogue.

Une incompréhension absolue se peignit dans les yeux de Dallan.

— J'ai un problème de dépendance à la drogue, à la marijuana et tout ce qui va avec.

Dallan reçu cette déclaration comme un choc. Jamais, il aurait imaginé que cette femme aurait ce genre de problème. Comment a-t-elle pu en arriver là ?

— Non mais pourquoi faites-vous cette tête ? Je ne suis pas la première à avoir ce genre de problème. Vous n'allez quand même pas me faire croire que vous n'aviez jamais touché à la drogue.

Il secoua négativement la tête.

— Même pas un tout petit peu ? S'enquit-elle en sourcillant.

— Écoutez, je ne me suis jamais adonné à ces saletés pour la simple et unique raison qu'elles sont néfastes. Je peux comprendre que certains le font pour se sentir bien dans leurs peaux, avoir des sensations plaisantes et bien autres, mais franchement, il y a quand même des limites.

— J'ai essayé de vaincre cette maladie, mes parents m'ont interné dans un centre de désintoxication. J'ai reçu tous les soins qu'il faut. J'ai même réussi à m'abstenir pendant plusieurs mois. Puis j'ai décidé de rentrer croyant que j'étais totalement guérie. Les domestiques ont fait une erreur en oubliant de fouiller mon kit maquillage. Quelques semaines après mon retour, je suis tombée sur ça. Je n'ai malheureusement pas pu résister à cette tentation. J'ai beau fait un effort suprême pour ne pas en toucher, mais en vain. J'en ai pris et mon organisme en réclamait davantage. Mon fournisseur habituel avait quitté la Crète. Je n'avais donc plus aucun moyen d'en avoir et cela me rendait malade de jour en jour. Un jour, je me suis rendu discrètement dans un bar. Un homme s'est approché de moi pour me proposer une quantité extrême de drogue. Je ne sais pas par quel moyen était-il au courant de ma dépendance. Je ne lui ai pas posé la question puisque je m'en foutais. Je voulais tout simplement me procurer de cette poudre. Il m'a demandé de le suivre qu'il connaissait un endroit où s'en procurer. Alors je l'ai suivie dans sa voiture. Quelqu'un m'a assommé de l'intérieur et je suis tombée dans les pâmes. Voilà en quelque sorte comment je me suis retrouvée ici. J'ai été vraiment stupide d'avoir fait confiance à un inconnu. Il ne faut surtout pas qu'il me retrouve. Il finirait par me tuer.

— Ne vous inquiétez pas. Tant que vous serez ici il ne vous arrivera rien. Et vous allez bientôt rentrer chez vous.

— Merci Dallan. J'ai vraiment hâte de rentrer chez moi.

À suivre...

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