6

— Vous dites qu'un homme vous a frappé dès que vous aviez ouvert la porte ? S'étonna l'agent de police sans quitter des yeux son carnet de note.

Les traits de Dallan se serraient plus. Voilà pourquoi il ne pouvait jamais compter sur la police. Cela faisait plus d'un quart d'heure que la police inspectait la pièce et qu'elle lui demandait pour la énième fois comment la scène c'était déroulée. Cette impatience qui le taraudait au plus profond de lui, lui donnait encore plus un mal de chien au niveau de son front. Elle devrait plutôt se mettre en route pour retrouver Cunégonde, mais au lieu de ça...

— Venez donc ? Vous allez nous accompagner au poste de police.

— Mais pourquoi ? Est-ce là-bas que se trouve la jeune femme ? Vous ne m'êtes d'aucune aide, s'indigna-t-il en reposant brutalement sur la table basse la poche de glace. Dites à vos hommes qu'ils peuvent se retirer de chez moi, car je ne vois pas ce qu'ils espèrent trouver en fouillant la pièce.

— Vous ne m'aidez pas. Chaque détail compte. Il est impératif que vous nous éclairez plus sur ce qui s'est passé.

— Combien de fois devrais-je encore me le répéter ? Le docteur si présent peut vous le confirmer. Il m'a retrouvé étalé au sol quand il est arrivé. Alors comment pourrais-je savoir quelle direction ce fils de pute à bien pu prendre ? Vous m'exaspérez.

— Je me suis dit qu'il était possible...

— Si j'avais été lucide Mr l'agent vous ne seriez pas ici en ce moment à me casser la tête avec vos questions à la conne.

— Voilà que vous ne l'étiez pas et que vous aviez besoin de nous pour retrouver cette femme.

— Ça s'était il y a une heure. Je pense que je vais me passer de vos services. Je me débrouillerai tout seul pour la retrouver. Je lui avais fait la promesse que rien n'allait lui arriver. Est-ce que vous savez ce que ça fait de ne pas honorer la promesse que l'on a fait à une personne ?

— Je vous défends d'aller à la recherche de cette femme. Restez en dehors de ça et laissez la police s'en charger. Bien, lança-t-il en ouvrant une nouvelle feuille de son bloc-note. Avant qu'il ne vous donne un coup sur la tête auriez-vous pu voir le modèle de sa voiture, le numéro de plaque, n'importe quoi qui pourrait nous mener à une piste ?

— Non, je n'ai pas pu. Tout était passé si vite. Au début je croyais que c'était le docteur qui frappait à la porte parce qu'il devrait venir examiner le pied de la jeune femme.

— Ce n'est donc pas grave. Nous allons nous contenter du portrait robot de cet homme. Je crois que je n'ai plus de question à vous poser.

— Mais allez-y, posez-moi donc autant puisque c'est la seule chose que vous sussiez si bien faire.

L'agent de police ignora le ton ironique qu'il avait employé. Il referma son carnet de note et se leva du sofa qu'il occupait.

— Nous allons toute suite nous mettre à la recherche de cette femme et contacter ses parents, si possible, annonça-t-il en remettant son chapeau.

— C'est ce que vous auriez dû faire il y a un bon moment. Peut-être qu'ils ont quitté la ville, dit-il en serrant les dents.

— Nous resterons en contact, déclara l'agent de police, en se retirant accompagner de ses hommes.

Jamais, Cunégonde n'aurait imaginé être à nouveau enfermée dans cette pièce. Assis dans un coin, la tête contre ses genoux, elle sanglota en pensant au pire qui pourrait lui arriver en étant ici. Si seulement ses parents décrochaient à l'appel de son ravisseur. Pourquoi ne donnaient-ils plus aucun signe de vie ? Que s'est donc t-il passé ? Toutes ses questions sans réponse l'angoissa au plus haut point. Puis soudain elle pensa à Dallan. Est-ce qu'il va bien ? Elle se rappelait encore du coup violent qu'il avait reçu et sans oublier la manière dont il s'était échouer au sol. Tout ça était de sa faute. Si elle n'avait pas frappé à sa porte rien de tout ça n'allait arriver et elle s'en voulut énormément.

Le grincement de la porte la fit sursauter. Son pouls s'accéléra lorsqu'elle aperçut le visage de son ravisseur. Elle se leva aussi rapidement qu'elle le pouvait et s'assura de mettre une distance raisonnable entre elle et son kidnappeur de peur qu'il ne porte une nouvelle fois la main sur elle.

— Rien ne m'oblige à te garder ? Lança-t-il furieux. Je ne comprends pas pourquoi tes parents ne répondent plus à mes appels. Cela fait plusieurs mois que je tente de les contacter et cet imbécile de...

— Vous... vous allez me laisser partir ? Demanda-t-elle avec une lueur d'espoir et d'allégresse dans son regard.

— Te laisser partir ? Non, non.

— Qu'est-ce que vous comptez faire dans ce cas ? Fit-elle sans comprendre en lui jetant un regard mélangé à de la peur et de la méfiance.

— Te faire disparaître serait bien plus facile pour moi. Tu as déjà un profil de moi et serait bien dangereux pour moi si jamais je te laissais t'en aller.

— Je vous jure que je ne vais pas voir la police pour porter plainte.

— Je ne te crois pas. Il faut que je te fasse disparaître. De toute façon, tu ne manqueras à personne puisque que tes parents n'ont même pas lever un seul petit doigt pour te faire libérer. C'est vraiment dommage.

Cunégonde admit qu'il avait entièrement raison. À qui pourrait-elle manquer ? Plusieurs mois ce sont écoulés et elle avait l'impression que sa famille s'en foutaient pas mal qu'elle ne donne aucun signe de vie. Se pourrait-il qu'ils en aient assez d'elle au point de faire comme si de rien n'était ? Puisque dans ce genre de situation ils devraient faire n'importe quoi pour la retrouver, qu'elle soit vivante ou morte, mais rien. À croire que ça leur arrangeait qu'elle ait disparu, car elle avait toujours été une source de problème pour eux. Pourtant, elle refusait d'y croire.

Le téléphone portable de son kidnappeur se mit à sonner. Il sortit de la pièce et referma la porte à clef. Il plissa le front en voyant un numéro inconnu affiché sur l'écran de son appareil.

— Qui ça peut bien être ? S'enquit-elle en décrochant.

— Bonsoir John, lança son interlocuteur.

— Monsieur ? C'est bien vous ?

— Oui John, c'est bien moi.

— Mais que s'est-il donc passé ? Je n'arrivais plus à vous joindre sur votre numéro.

— Normal, j'avais perdu mon téléphone portable et j'ai eu du mal à avoir de nouveau ton numéro portable. Elle est toujours avec toi ?

— Oui Monsieur, elle est toujours avec moi. Je n'ai pas pu avoir la rançon comme convenu. Sa famille reste injoignable.

— Débarrasse-toi d'elle. Elle ne m'est plus d'aucune utilité. Tâche bien de ne laisser aucune trace. Je te rappelle demain.

— Très bien monsieur. Je m'en occuperai.

Cunégonde qui avait l'oreille coller contre la porte se demandait à qui, pouvait-il bien parler au téléphone. Elle avait cru comprendre qu'ils parlaient d'elle. Lorsqu'il introduit la clé dans la serrure de la porte, elle se retira de la porte et reprit la place qu'elle occupait.

— C'était qui ? Osa-t-elle demander une fois qu'il pénétra la pièce.

— Personne, répondit-il froidement.

— Alors ça y est ? Vous allez me tuer ? Demanda-t-elle craintivement.

— Oui, mais d'abord il faut que je me débarrasse de cet homme.

— Quel homme ? Demanda-t-elle en espérant qu'il ne s'agisse pas de Dallan.

— Comment ça quel homme ? À ton avis.

— Alors c'est Dallan, ? Balbutia-t-elle avec épouvante.

— Il faut que je m'assure qu'il ne parle pas de moi à la police et pour ça il faut que je me débarrasse de lui.

— Non, je vous en prie, supplia-t-elle en se jetant à ses pieds. Épargnez-le, il ne mérite vraiment pas ça. Écoutez, je vous promets que je vous donnerai tout ce que vous voudrez, mais à condition que vous ne touchez ne serait-ce qu'un seul cheveu de lui.

— Oh comme c'est touchant, fit-il sans masquer un brin d'ironie. Tu t'es attaché à cet homme que tu ne connais même pas.

— Il m'a quand même ouvert les portes de sa maison. S'il meurt, ce serait entièrement de ma faute. Épargnez-le !

— Il est hors de question, s'écria-t-il en se retirant.

Il sortit de la pièce et referma la porte.

Cunégonde accourut vers la porte et tambourina sur le bois tout en l'implorant.

— Revenez ! Ne faite pas ça, cria-t-elle... Il… ne… Mérite pas ça, murmura-t-elle en tombant de tout son long sur le sol.

Tout en se maudissant, elle cria de douleur. Si seulement elle pouvait faire quelque chose pour l'en empêcher. Le fait d'être enfermée dans cette pièce ne l'aidait vraiment pas. Prenant la tête dans ses mains, elle sanglota tout implorant l'aide de Dieu. C'était la seule chose qu'elle pût faire en ce moment. Priez.

— Je vous en prie, protégez le.

Dallan se redressa du fauteuil qu'il occupait lorsque le commissaire fit son apparition dans le bureau. Voyant la tête qu'il faisait Dallan avait pu deviner qu'ils n'avaient toujours pas avancer dans les recherches et cela le mit hors de lui.

— Vous n'aviez toujours pas trouvé une piste, je suppose.

— En effet, admit le commissaire, étant navré. Nous avons montré à presque tous les habitants le portrait robot de cet homme. Ils affirment ne l'avoir jamais aperçu. Mais ne vous en faites pas nous avons demandé à tous les habitants qu'ils nous préviennent au cas où ils l'apercevront.

— Donc si je comprends bien vous allez rester là sans rien faire à attendre que quelqu'un vous appelle ? Fit-il en prenant un air choqué. Combien de temps faudrait-il que j'attende encore ?

— Nous ne savons pas où se trouve cet homme. Nous avons parcouru presque tous les endroits. Il ne se trouve nulle part.

— Recommencez ! Tonna-t-il en abattant son poing contre la table.

— Je vous demande de vous calmer. Ce n'est pas la première fois qu'on gère une telle situation. Et il se trouve que nos méthodes ont toujours abouti à un bon résultat. Nous allons retrouver cette femme. J'en vous fais la promesse.

— Comment allez-vous la retrouver en étant ici ?

— J'ai envoyé plusieurs de mes hommes à sa recherche. Prenez votre mal en patience et laissez nous faire notre boulot. Merci de bien vouloir vous retirez. On vous appellera s'il y a de nouveau.

— J'espère bien, gronda-t-il.

Il sortit du bureau après avoir claqué sèchement la porte. Il quitta le commissariat avec pour idée, aller lui-même à la recherche de Cunégonde. Il espère qu'elle soit toujours en vie, au pis des cas, il s'en voudra énormément.

**

Après avoir garé le pick-up qui lui servait de moyen de déplacement devant l'entrée de sa maison. Il fit un tour dans les enclos pour s'assurer que ces animaux avaient bien de quoi se nourrir. Il songea qu'il n'allait pas rentrer de si tôt. Puis il entra dans sa maison récupérer le fusil hypodermique qu'il pourrait bien utiliser contre l'agresseur pour se protéger. En s'apprêtant à ressortir il entendit un bruit qui lui semblait bizarre. Il se retourna et sillonna du regard toute la pièce.

— Qui est là ? Je sais qu'il y a quelqu'un. Montrez-vous ! Tonna-t-il en chargeant son fusil.

Personne ne répondit, mais Dallan était convaincu qu'il y avait une présence humaine dans sa maison. Discrètement, il grimpa les marches d'escaliers. En longeant le couloir, il entendit des bruits de pas. Il devina que ce bruit venait de la chambre qu'il occupait. À pas lent il s'approcha de sa chambre en tenant fermement son arme.

— Où que vous soyez, je vous ordonne de vous montrer, insista-t-il vivement.

Étant plus près de la porte d'entrée de sa chambre, il s'adossa contre le mur et ouvrit délicatement la porte. Précautionneusement, il jeta un coup d'œil à l'intérieur.

— Personne !

Il entra en prenant bien soin de placer son arme en position de tir. Il remarqua instantanément que les fenêtres étaient ouvertes et il comprit que cette personne avait bien pu se tirer en prenant par les fenêtres. Soudain, il entendit des affolements des chevaux. Il courut vers l'enclos et trouva dans l'allée une botte qui ne lui appartenait pas. Cette personne était toujours là, pensa-t-il. Mais où pouvait-il bien être ? En avançant prudemment il constata qu'il lui manquait un cheval. Il avait affaire sûrement à un voleur. Quand Il entendit des pas de sabot Il pivota et vit un homme s'enfuir avec son cheval. Sans perdre de temps, il pointa son arme sur le cheval et tira. L'animal s'échoua au sol ainsi que le voleur. Ce dernier essaya vainement de se lever, mais la douleur qu'il ressentit au niveau du bas de son ventre l'en empêcha. Il se résigna à ne plus bouger.

À suivre...

Related chapters

Latest chapter

DMCA.com Protection Status