9

Au son des crissements de pneus, Cunégonde leva les yeux vers la fenêtre et aperçu la voiture de service de police remontée l'allée. Prise de panique, elle ouvrit la porte d'entrée, descendit les marches quatre par quatre. Les bras croisés, elle attendit que la voiture se stationne quelque part avant d'aller à sa rencontre.

— Bonjour Mlle, Heureux de vous savoir toujours en vie.

— Vous n'allez pas l'emmener, commença Cunégonde d'une voix agressive. Vous allez le laisser tranquille monsieur l'agent. Il ne mérite pas la prison pour avoir sauvé la vie d'une personne.

— Cunégonde ?

Dallan posa un regard surpris sur le commissaire.

— Bonjour Dallan. Je vous apporte de bonnes nouvelles.

— Vous n'êtes pas venu l'emmener ? Demanda Cunégonde, ébahie.

— Non. Nous n'avons aucune charge contre lui. Nous avons réussi à contacter votre fiancé.

Cunégonde accueillit cette nouvelle par une explosion de joie. Dans l'extase, elle étreignit le commissaire sous le regard médusé de Dallan.

— Je vous en dois une, monsieur l'agent, déclara Cunégonde en posant un baiser sur le front du commissaire.

Troublé, il afficha un mince sourire avant de repousser gentiment la jeune femme.

— Alors, quand est-ce que je pourrai rentrer chez moi ? S'enquit-elle en jubilant.

— Le plutôt possible, répondit le commissaire.

Cunégonde se tourna vers Dallan pour exprimer sa joie et dès qu'elle croisa le regard de ce dernier, son excitation s'envola en une fraction de seconde. Elle était soulagée de pouvoir enfin rentrer chez elle qu'elle ne s'était même pas rendu compte que cela coûterait une séparation. Elle mourrait d'envie de revoir sa famille, mais en même temps elle ne voulait en aucun cas faire ses adieux à Dallan. Elle ne le supporterait pas.

— Vous faites une drôle de tête, constata Dallan. Pourquoi je ne vois plus cet éclat de joie dans vos prunelles ?

— Vous le savez très bien, maugréa-t-elle.

Une lueur indéchiffrable traversa le regard de Dallan.

— Que redouter vous Cunégonde ? Attendez ! Laissez-moi deviner. Que nos chemins ne se recroisent plus jamais et qu'avec le temps qu'on s'oublie ? Ne soyez pas ridicule señorita. Vous allez bientôt retrouver votre fiancé. Cela devrait plus vous réjouir.

« Sauf qu'elle n'avait aucune envie de revivre cette vie morose d'avant sous le toit d'un homme qu'elle n'aimait guère » faillit-elle dire.

— Vous allez drôlement me manquer, dit-il avant d'enfermer la jeune femme dans ses bras. Mais je suis quand même ravi de ne plus vous avoir dans mes pattes, ajout a-t-il dans un rire qui fit fondre Cunégonde.

— J'ai un dernier service à vous demander, marmonna-t-elle.

— Quoi donc ?

— Apprenez-moi à monter à cheval...

Dallan regrettait à présent d'avoir accepté d'être le professeur de Cunégonde après s'être desserré de son étreinte. Ce cours d'équitation était une catastrophe au point où il commençait à redouter qu'elle puisse monter à cheval un jour.

— Ce cheval m'exaspère, grommela Cunégonde en jetant un regard colérique à l'animal qui piaffait au moindre contact de la jeune femme.

Irritée de ne pas pouvoir monter sur le dos de ce cheval, elle lui fulmina des injures et des reproches comme si ce dernier allait se montrer docile une fois qu'elle lui aurait fait comprendre qu'il lui donnait du fil à retordre. Mais au lieu de ça, ce cheval se montra agressif. Prise de peur, elle finit au sol et en une fraction de seconde, elle pensa qu'il allait la piétiner avec ses sabots.

À grands enjambés, Dallan rejoignit Cunégonde et l'aida à se relever.

— Merci, émit-elle d'une voix tremblante.

— Ce n'est pas en se montrant menaçante que vous parviendrez à être en harmonie avec ce cheval, persifla-t-il. Vous devez vous montrer tendre avec lui afin de faire naitre une confiance mutuelle. Il ne s'agit pas d'un engin, mais plutôt d'un être vivant. Recommencez !

— Ce cheval ne m'aime pas. C'est évident, répliqua-t-elle en toisant l'animal.

— Changer d'attitude avec lui et vous aurez le résultat souhaité.

— Peut-être que je devrai changer de cheval. Vous ne croyez pas ?

Dallan ne dit mot et fixa la jeune femme d'un regard réprobateur. Cette dernière exhala un soupir de frustration. Qu'est-ce qui ne clochait pas avec cet animal ? Au départ, elle avait pourtant tout fait pour apprendre à connaître cet animal et apparemment il n'était pas intéressé par son amitié. C'était vraiment dur... Pourtant, à la télé, ça avait l'air si facile.

— Peut-être qu'il n'est pas dans son assiette, insista-t-elle.

— Ce Cheval est en pleine forme, Cunégonde, rétorqua-t-il en l'incitant à recommencer.

Cunégonde inspira un bon coup, saisit la corde avec laquelle il était liée et prononça des mots tendres…

— Reste calme, je t'en supplie. Je n'ai pas l'intention de te faire du mal. Écoute-moi attentivement, ajouta-t-elle en se penchant à son oreille. J'ai toujours voulu monter à cheval et maintenant que j'ai l'occasion de réaliser ce rêve, il n'est pas question, je laisse passer cette opportunité parce que tu ne m'aimes pas. Je dois me montrer assez confiant pour que tu daignes enfin me laisser te monter ? D'accord, mais laisse-moi t'informer que je ne suis pas du genre à me replier aux premiers échecs. Avant la tombée de la nuit, je te promets que tu me verras plus comme une personne à craindre. Pourtant, je suis si adorable, termina-t-elle en soupirant. Bon c'est le moment.

Tenant habilement la corde, elle l'incita à avancer et par miracle, il obéit. Sous l'expression satisfait de Dallan, elle fit le tour de l'enclos sans que le cheval sente nerveux. En son for intérieur, elle jubila tout en jetant un regard furtif à l'animal.

— Alors, qu'en dites-vous ? S'enquit-elle lorsqu'elle se tint devant Dallan avec le cheval.

— Bravo ! Ce sera tout pour aujourd'hui.

— Pardon ! S'exclama-t-elle en haussant les sourcils. Et la prochaine étape ?

— La prochaine étape consiste à seller le cheval. Elle se fera demain à l'aube.

— Et moi qui pensais que je pourrai enfin monter à cheval avant la fin de cette journée, s'offusqua-t-elle en portant durement un regard sur lui.

— Chaque chose en son temps, fit-il en prenant un air exaspéré.

— Du temps, je n'en ai pas. Vous semblez oublier que dans pas longtemps je retrouverai ma famille et mon appartement.

— Je n'ai pas besoin de plusieurs jours pour vous apprendre à monter à cheval. Inutile de disputer Señorita. On reprendra demain.

***

— Non, mais vous bouder toujours ? Constata Dallan deux heures plus tard, après avoir retiré du réfrigérateur un saladier contenant des glaçons.

Cunégonde adressa un regard sévère à Dallan avant de se remettre à éplucher les carottes. Du coin de l'œil, Dallan l'observait maltraiter ce pauvre légume à coup de couteau. S'il restait encore longtemps dans cette cuisine, c'était sûr qu'il finirait à la place de cette carotte. Après avoir mis deux glaçons dans le verre, il le remplit d'une Martini et s'éclipsa sous le regard meurtrier de la jeune femme.

— Voudriez que je vous aide ? Proposa-t-il dans son dos une fois qu'il était à la porte.

— Non, merci ! S'extasia-t-elle. Vous êtes plus occupé avec votre verre.

Dallan acquiesça et disparu pour de bon. Il se réjouissait que Cunégonde ait pris une nouvelle fois l'initiative de préparer le diner. Il allait profiter pour remettre de l'ordre dans les enclos des chevaux. Il posa le verre à présent vide sur la table basse avant de gagner la sortie. Sous l'air frais de la nuit, il remonta l'allée du ranch et saisit une grosse pelle avant de s'enfermer dans l'enclos des juments. Il prit plusieurs minutes à mettre au propre leurs espaces avant d'entamer ceux des chevaux. Travailler en pleine nuit sous les regards de ses bêtes l'évitait de penser à la solitude qui allait à nouveau l'envelopper une fois que Cunégonde aurait retrouvée son fiancé et quittée Bridge Lake. Et dire qu'au début, il avait tellement hâte que cette femme disparaisse de son ranch et qu'il retrouve sa tranquillité. Il s'était habitué à la compagnie de cette femme sans se rendre compte qu'écouter six heures plutôt le commissaire annoncer à Cunégonde qu'ils avaient réussis à contacter son fiancé lui avait fait ressentir de la nostalgie.

Il serait préférable pour lui qu'il se fasse vite à l'idée qu'il ne la reverrait plus et que les moments qu'ils avaient partagés ensemble ne seront plus qu'un souvenir.

— Ah ! Ma vie était plus que parfait avant que cette femme ne débarque dans mon ranch, ronchonna-t-il en refermant l'enclos derrière lui.

Il accepta cette triste réalité à contrecœur alors qu'il retirait ses bottes au seuil de la porte pour ensuite se glisser dans sa chambre. Il s'enferma ensuite dans la salle de bain et entreprit de prendre une douche avant de rejoindre Cunégonde dans la cuisine.

— Vous mangez, enfin ?

Arraché de ses pensées par la voix de Cunégonde, Dallan leva les yeux vers elle et aperçut une expression d'inquiétude sur son visage.

— Vous n'aimez pas, c'est ça ? S'alarma-t-elle.

— Bien sûr, que j'aime. C'est excellent, dit-il après avoir avalé le repas.

— Il serait préférable pour vous que vous me dites la vérité.

— Sinon quoi ? Vous allez me faire encore plus longtemps cette tête ? Je vous assure tout que votre cuisine est excellente.

— Si vous-le dite, marmonna-t-elle en haussant les épaules.

Le lendemain, Cunégonde se trouvait dans l'enclos à la première heure. La veille, elle avait juré qu'elle en allait lui mettre plein à la vue avec ce cheval. Des bases de l'équitation, elle n'en avait rien à foutre. Monter sur le dos de ce cheval était sa préoccupation et elle allait devoir se passer de ses petits détails comme quoi, sceller, laver, brosser... Aujourd'hui, c'était décidé. Elle allait galoper sur ce cheval quitte à mettre en rogne le maitre de la maison. Elle n'avait plus assez de temps.

Elle se glissa donc dans l'enclos du cheval qui l'avait adopté la veille et après l'avoir caressé tendrement elle le sortit de son enclos et le traîna jusqu'à la sortie.

— Dallan ! Cria-t-elle espérant que ce dernier l'entende et qu'il sorte enfin.

Elle afficha un sourire fier lorsqu'elle se tenait aux côtés de ce cheval sans que ce dernier

paraisse nerveux. C'était bien pour un début. Pourvu qu'il ne soit pas contre l'idée qu'elle monte sur son dos aujourd'hui.

Pendant d'interminables minutes elle resta plantée devant la porte de la maison à attendre que Dallan sorte et qu'il voit combien elle avait progressé. Alors qu'elle s'apprêtait à prendre les marches après avoir attaché le cheval, elle entendit des éclats de rires provenant des bois. Elle pivota sur elle-même et ce qu'elle vit réussit à la mettre hors d'elle-même. Quand est-ce qu'il avait quitté la maison pour se balader à cheval avec cette brune ? Elle les observait s'approcher de l'enclos et la façon dont cette femme galopait sur ce cheval avec une telle grâce la brûlait de jalousie.

— Vous êtes bien matinal ! Lâcha Cunégonde en essayant tant bien que mal d'être impassible.

Dallan se glissa du dos de sa monture et tendit la main à cette femme pour l'aider.

— Merci Dallan, marmonna celle-ci en lui adressant un sourire. Vous devez être Cunégonde, lâcha-t-elle en s'approchant vers la rousse. Bonjour, moi, c'est Isabella, ajouta-t-elle avant de lui tendre la main.

— Je sais, fit-elle sèchement.

Après hésitation, elle tendit également sa main pour serrer la sienne avant de jeter un énième regard réprobateur à Dallan qui était occupé à attacher les chevaux.

— Cunégonde ?

« Ah ! Il daigne enfin m'adresser la parole »

— J'ai raconté à Isabella combien vous tenez à monter à cheval et elle a eut la gentillesse d'accepter de vous en apprendre.

— Mais ! Je n'ai jamais voulu avoir un autre professeur, s'offusqua Cunégonde.

— Je m'absente aujourd'hui pour plusieurs heures. Le gamin et moi allons en ville pour nous procurer de fourrages. Vous allez adorer Isabella comme professeur, il la rassura.

Elle détailla longuement Isabella. Cette dernière ne parut pas s'offusquer de son regard insolent. Elle hésitait encore à croire qu'elle pouvait lui apprendre à monter à cheval et elle allait lui prouver le contraire.

À suivre...

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