CHAPITRE : 05

Adeline

Hier je suis encore allée en prison pour voir mon Amour. Il semble ne compter que sur sa famille. Si seulement je pouvais lui dire ce qui s’est passé avec Eric et l’attitude de sa deuxième mère envers moi ! Mais je ne peux pas en parler, du moins pas maintenant ; il aura trop de peine et je ne veux pas qu’il souffre ; je n’en ai d’ailleurs parler qu’à Lolita. Djifa Blessings. Je préfère épargner à Wilson cette douleur. Mais moi j’ai déjà compris que sa famille ne lèvera pas le petit doigt pour lui ; qu’est-ce que je peux donc faire ? Je n’ai pas d’argent. Même si je travaille durant vingt ans, ce n’est pas sûr que je puisse amasser une telle somme. Lolita et son mari m’ont promis cinq millions. Et le reste ?  Tiens ! J’ai une idée. Je vais appeler Hélène pour voir si elle peut trouver un client pour la maison mise en vente ; je sais qu’elle a beaucoup de relations.  Après le message que je lui ai envoyé pour la remercier, je n’ai plus eu de contacts avec elle. Je vais lui téléphoner ; je lance son numéro immédiatement et l’opérateur m’annonce que mon crédit est insuffisant pour un appel. Zut ! Je ne voulais pas dépenser mais je suis obligée de recharger mon compte car c’est pour la bonne cause. Je me chausse et je sors pour me diriger vers un point de recharge.

 

Lolita

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Depuis que ma belle-mère a traité mes parents de crève-la-faim, une grande colère m’a envahi ; elle peut m’insulter moi, mais pas mes parents ; je n’ai pas su me maîtriser quand elle m’a touché le front avec un doigt et qu’elle m’a poussé me traitant d’impolie. J’ai craqué et j’ai réagi énergiquement. Le coup était déjà parti avant que je ne réalise ma bêtise. En aucun cas, je ne dois porter la main sur elle ; aurais-je porté ma main sur ma propre mère quel que soit ce qu’elle me fera ?

 

J’ai beau supplier Issifou, il ne voulait rien entendre ; il m’a jeté dehors ; j’ai continué à le supplier derrière la porte sans succès ; je n’ai même pas mon téléphone pour appeler Adeline ou ma sœur Elisabeth, ; je n’ai aucun sou sur moi pour prendre un taxi car ma moto et mon portefeuille sont à l’intérieur. Je suis restée derrière le portail pendant deux heures de temps.  Finalement, je vois Issifou sortir avec sa mère, la domestique et ma fille. Je le supplie encore ; j’essaie de l’approcher mais cette fois-ci, il me repousse violemment sous le regard silencieux de sa mère en me lançant :

 

-         Reste loin de moi Lolita sinon je vais copieusement te battre ; ne me pousse pas à bout.

 

Il rentre à l’intérieur du bâtiment et me sort mon sac en mains ainsi que ma moto puis déclare :

 

-         Je te ferai parvenir tes habits et autres effets plus tard.

 

Il ferme le portail, rentre dans sa voiture et démarre. Heureusement que ma fille dormait dans la voiture et n’a pas suivi cette triste scène ; elle n’aurait d’ailleurs rien compris ; elle n’a  qu’un an.En pleurs, je prends ma moto et me rends chez Adeline. Mais la porte est fermée, elle n’y est pas. Plutôt que de l’appeler, je m’assois sur sa petite véranda pour évacuer le reste des larmes emmagasinées dans mes yeux.

 

 Maman Issifou

Je crois rêver ; cette idiote de Lolita ose porter la main sur moi ! Je reconnais que je l’ai provoqué mais en aucun cas, elle ne doit lever la main sur moi. Ne sait-elle pas que les parents sont sacrés ? Si j’étais sa mère, allait-elle oser me gifler ? Ma belle-mère aussi n’était pas tendre avec moi ; mais jamais je n’ai haussé le ton sur elle, encore moins levé la main sur elle jusqu’à ce que la mort ne l’emporte. Ce que Lolita a fait est inadmissible. Au moins mon fils a réagi comme il faut ; il l’a sorti de chez lui ; c’est ce qu’elle mérite. J’observe mon fils conduire ; il est encore furieux. Il ne dit rien.  Je m’adresse à lui :

 

-         Tu ne me demandes pas où tu m’emmènes ?

-         Chez toi bien sûr ;

-         Non, je veux aller chez ma copine Ganiatou.

-         Pour quoi faire ?

-         Tu n’as pas vu que ta femme m’a traumatisé ? J’ai besoin de me changer les idées.

-         Ok ;

-         Tu vois ce que ta femme a fait ? Je t’ai toujours dit qu’elle me traite mal quand tu n’es pas là ; tu en as eu la preuve toi-même.

-         Je suis désolé, maman. Tu as bien vu que je n’ai pas toléré cet acte.

-    Oui et je t’en remercie ; Comment vas-tu te débrouiller avec Fatima ?

-         La domestique s’en occupera ;

-         Non, dépose-les chez moi à la maison ; je m’en occuperai comme je l’avais toujours fait d’ailleurs.

-         Merci maman.

 

Une fois à destination, je libère Issifou.

Adeline

Je recharge mon compte et je me dirige vers mon appartement dans une cour commune. Dès que j’ouvre le portail, je trouve Lolita assise sur ma petite véranda, pleurant à chaudes larmes. Je presse mes pas vers elle.

 

-         Loli, pourquoi pleures-tu ?

 

Elle sanglote de plus belle.

 

-         Loli, quelqu’un est mort ?

 

Elle secoue la tête.

-         Mais qu’est-ce qui ne va pas ? Parle Loli !

 

Je l’aide à se relever et j’ouvre ma porte pour que nous entrons. Je la fais asseoir et je cours lui chercher de l’eau. Je n’ai même pas de réfrigérateur pour lui servir de l’eau fraîche. Je la questionne à nouveau :

 

-         Loli, dis-moi ce qui ne va pas.

-         C’est ma belle-mère.

-         Encore elle ? Mais tu n’es plus chez elle ; que s’est-il passé ?

-         Elle est venue chez moi.

 

Lolita me raconte le déroulement de l’incident. Je soupire.

 

-         Loli, je t’ai toujours demandé de te contrôler ; maintenant on dira que tu n’as pas raison du simple fait que tu aies porté la main sur ta belle-mère. Aucun homme ne peut accepter cela ; tu pensais que ton mari allait applaudir et te remercier ? Il ne peut que réagir. Imagine que ce soit lui qui gifle l’un de tes parents. Loli, tu es comme une sœur pour moi ; je me dois de te dire la vérité.

 

-         C’est la colère, Adeline ; je te jure que ce n’était pas prémédité ;

 -       Tu n’as pas besoin de jurer Loli, je le sais ; mais je t’ai souvent demandé d’être patiente et de te maîtriser. La colère ôte l'esprit et la raison. La colère est une bête cruelle et furieuse, l'être en colère n'a plus aucune retenue. Une personne en colère ressemble à un esclave : il ne se possède pas. La colère est à la fois le plus aveugle, le plus violent et le plus vil des conseillers. Tu as déjà oublié ce qui est écrit dans la Chronique « Un si lourd secret » de Djifa Blessings que nous avons lue ensemble? Elle disait qu’un moment de patience dans un moment de colère nous évite plein de moments de regrets. C’est pourquoi je t’ai souvent demandé de toujours te maîtriser quand elle te provoque; tu vois, maintenant, son fils lui donnera raison.

 

-         Il faut que tu lui parles Adeline ;

 

-         Tu dois lui donner un peu de temps pour se reprendre;

-         Et en attendant, je fais comment pour voir Fatima? Je ne supporterai pas d’être loin de ma fille.

-         Tranquillise-toi. Tu as beaucoup pleuré; prends un bain et repose-toi; en attendant, je vais téléphoner à ta sœur Elisabeth.

 

 Je lance le numéro d’Elisabeth qui décroche automatiquement.

-         Allo;

-         Sœur Elisabeth, je t’appelle pour Lolita;

-         Il y a un problème?

-         Oui; est-ce que vous pourrez venir chez moi?

-         Ok, j’arrive tout de suite.

Je remets l’appel d’Hélène à plus tard. Pour l’heure je dois m’occuper de Lolita.

 

Elisabeth

Je raccroche après avoir fini de parler avec Adeline au téléphone ; j’espère qu’il n’y a rien de grave par rapport à Lolita ; depuis qu’elle a déménagé, tout va bien et elle ne se plaint plus ; Adeline m’a dit qu’elle n’est pas malade ; mais alors, quel problème peut-elle bien avoir ? Ses seuls soucis, c’était sa belle-mère et le chômage ; à présent elle travaille et elle vit seule avec son mari et son enfant. Je vais me dépêcher d’aller voir ce qui ne va pas avec elle.

 Je fais aussi vite que je peux et me voilà devant le Stade principal où je suis censée attendre Adeline pour qu’elle vienne me chercher ; vivement le jour où comme je le vois dans les films, notre pays sera doté d’un plan d’adressage, opération qui consiste à attribuer une adresse précise à chaque bâtiment d’une ville que ce soit un hôpital, une maison, une école, un magasin etc.  En d’autres termes, Il s’agit de dénommer ou de renommer les voies et de numéroter les bâtis correctement. Ceci nous permettra de nous rendre directement aux adresses indiquées. J’attends donc debout sur le chaud soleil ; j’avais déjà averti Adeline en cours de route à mon approche du stade. Je piaffais d’impatience quand je la vis surgir.

 

-         Bonsoir Elisabeth ;

-         Oui Adeline, que se passe-t-il avec Loli ?

-         Allons, je vais t’expliquer ;

 

Cinq minutes plus tard, nous sommes chez Adeline qui me raconte l’incident. Lolita dormait profondément dans la chambre d’Adeline.

 

-         Alors, Elisabeth, je t’ai fait venir ici pour que tu lui parles et que tu trouves avec elle une solution. Tu sais que moi je n’ai aucune expérience du mariage.

 

Je soupire car je suis dépassée. Comment résoudre l’équation-ci ?

 Issifou est un homme calme, compréhensif est sans histoires. Il a toujours bien traité ma sœur ; il a beaucoup de respect pour moi et pour nos parents ; il n’y aurait donc pas de problème dans ce mariage si ce n’était pas la mésentente de Lolita avec sa belle-mère. Aucune idée de résolution de ce conflit ne me vient à l’esprit sur le champ. Cependant, je préfère que Lolita vive dans mon appartement quand bien même je n’ai pas assez de place ; il vaut mieux qu’elle ne reste pas avec Adeline car demain Issifou pourrait penser qu’elle avait eu la liberté de faire ce qu’elle voulait pendant qu’ils étaient séparés. Les hommes de mon pays sont trop susceptibles. Je rentre dans la chambre d’Adeline et je donne des petites tapes à Lolita pour la réveiller.

 

Wilson

Ma situation me préoccupe beaucoup ; je ne comprends plus ma famille. Comment se fait-il qu’en plus de trois mois, aucun acheteur ne soit trouvé ? Il a pourtant de nombreux hommes riches qui sauteraient sur l’occasion car la maison mise en vente est bien située géographiquement. Que se passe-t-il donc ? Cette situation me fait déprimer. Et Adeline ? Elle ne va quand même pas m’attendre indéfiniment ! Quand elle sera là demain, je lui demanderai de contacter Eric ou maman afin qu’ils ne viennent me voir ; cela fait bientôt trois mois qu’ils ne sont plus venus. Pendant que je médite sur mon sort, une visite m’est annoncée. C’est peut-être mon frère où ma mère car pour moi elle l’est. Une fois dans la salle de réception, j’eus l’agréable surprise de voir une personne que j’aime beaucoup dans ma vie. La tristesse sur mon visage se mue en une grande joie. Je me blottis dans ses bras comme un petit garçon et m’exclame :

 

-         Oh là là ! Ma grand-mère adorée.

-         Viens-là mon petit que je t’embrasse.

 

Je suis si content !  Depuis que je suis ici, c’est la deuxième fois que je vois ma grand-mère, celle qui a donné la vie à ma mère ; elle est très vieille. Elle a des difficultés pour se déplacer.

 

-         Grand-mère, je sais que tu es vieille et que tu marches avec une canne ; mais j’aurais bien aimé te voir plus souvent.

 

-         Mon petit, tu sais bien que c’est mon souhait ; mais je n’arrive pas à me déplacer facilement ; j’habite au village et c’est très loin d’ici ; je n’ai même personne pour m’héberger quand je viens et je dois repartir le même jour ; tu sais que je n’ai pratiquement personne pour m’aider et que c’est ton père et toi qui vous occupiez de moi ; alors, c’est très difficile pour moi maintenant ;

-         Mais Grand-mère, mon oncle qui reste ton seul fils est quand même là pour s’occuper de toi !

-         Ah tu sais, je ne l’ai pas vu depuis une année ; tu sais, sa nouvelle femme n’est pas du tout gentille ; elle a réussi à éloigner mon fils de moi ; ton oncle ne cherche plus à me voir me traitant de sorcière.

-         Quoi !

-         Je demande à Dieu d’envoyer la mort me chercher mais chaque jour qui se lève, je suis étonnée d’être en vie. 

-         Beaucoup de courage Grand-mère ; si seulement je n’étais pas en prison ! Tu souffrirais moins.  Si tu étais en ville, je dirai à Adeline de te rendre visite par moments ; mais le village est très loin.

 

-         Tu n’as pas besoin de lui dire ; elle est déjà venue deux fois ; mais c’est très loin et tu connais aussi sa situation. 

-         Ah oui ? Pourtant elle ne me l’a jamais fait savoir ; cette fille est vraiment gentille. Mais Grand-mère, le village est à deux cents kilomètres d’ici ; tu ne peux pas retourner aujourd’hui. Je vais demander au Surveillant de ma cellule de m’aider à téléphoner à Adeline ; elle viendra te chercher pour t’héberger tout au moins pour cette nuit.

 

-         Merci mon petit.

 

Grâce à Dieu, le Surveillant accepte le service que je lui demande ; j’appelle Adeline avec son téléphone et je lui explique la situation. Elle accepte d’héberger ma grand-mère.

 

-         Tu l’attendras devant le Commissariat Grand-mère.

-         Merci mon petit ; et toi, comment tu vas ?

-         Mal Grand-mère ; mon Avocat a fait son travail et j’ai eu une opportunité de sortir mais l’argent reste le blocage.

-         Depuis quand l’argent est-il un problème pour ta famille ? Explique-moi mieux.

 

J’explique la situation à ma Grand-mère qui me réconforte :

 

-         Tu sais, mon petit, je pense que ta deuxième mère et ses enfants ne se remuent pas pour que tu sois libéré.  Prends courage et prie beaucoup ;

-         Je suis découragé Grand-mère !

-          Mon petit, une attitude positive face aux épreuves de la vie est un élément essentiel pour arriver à les surmonter avec optimisme. Si nous considérons les épreuves comme de nouvelles opportunités et non pas comme des échecs ou des boulets, nous les vivrons toujours différemment, positivement.  Mon petit chéri, il faut connaître la maladie pour apprécier la santé. Il faut connaître le malheur pour apprécier le bonheur. Il faut connaître la pauvreté pour apprécier la richesse ou le peu que nous avons. Tu as besoin d'opposition pour grandir. Tu verras que tu sortiras grandi de cette adversité si tu es persévérant. Ton caractère et tes capacités s'affineront.  Ce sont les vicissitudes de la vie qui forgent notre caractère, conduisent notre destin et font de nous ce que nous sommes. Sois donc courageux et invoque l’aide de Dieu sans pour autant être impatient. Puisque tu n’as pas tué ton ami, tu t’en sortiras ; le malheur atteint le juste mais Dieu l’en délivre toujours.

 

-         Merci Grand-mère pour tes paroles de réconfort. La visite prendra bientôt fin ; j’espère te revoir très vite ;

 

-         Dieu seul sait quand je pourrai te revoir Wilson ; en attendant, je continuerai de prier pour toi. Que le Seigneur te protège et te délivre !

 

-         Amen ; au revoir Grand-mère ; prend bien soin de toi.

 

La visite de ma grand-mère m’a ôté mes soucis de l’heure ; j’ai aimé la revoir et j’ai de la peine pour elle ; elle a deux enfants, ma mère et mon oncle ; depuis le décès de ma mère, elle n’a que son seul fils, mon oncle Delphin.  Il était pourtant une bonne personne ; il s’est marié une première fois et a divorcé parce que sa femme ne concevait pas ; il a alors quelques années avant mon arrestation, pris une autre femme qui s’avère être une personne cynique ; elle ne veut voir aucun membre de la famille de son mari. Elle a réussi à éloigner mon oncle de tout le monde et même de ma grand-mère. Il y a des femmes vraiment méchantes dans ce monde.

 

Maman Issifou

Mon fils me dépose chez mon amie Ganiatou qui paraît très heureuse de ma visite. Le plaisir de lire pause détente. Nous ne nous sommes pas vues depuis des mois et il y avait beaucoup de sujets en suspens. Au beau milieu de ma discussion, j’introduis le sujet principal : l’union de sa fille avec mon fils en deuxième noce.

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