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CHAPITRE : 05

Hélène le considéra un instant et afficha un sourire de satisfaction. Dans un mois, elle lui annoncera qu’il sera père ; et puis c’est tout. Elle quitta la chambre de Komi et se rendit dans celle d’Essie ; la voyant endormie, elle rentre dans la salle de bains et prend une bonne douche ; à son retour, Essie toujours sur le lit avait les yeux ouverts.

Hélène : bonjour tantine ;

Essie : bonjour Hélène ; alors, comment ça s’est passé ?

Hélène : très bien ; aucune résistance de sa part ; au contraire, il était plutôt preneur ;

Essie (riant à gorge déployée) : ah les hommes ! Rares sont ceux d’entre eux qui résistent aux femmes ! En tout cas, c’est tant mieux ; félicitations ; tu t’es bien débrouillée ; à présent, il va falloir que tu changes de look afin de lui plaire davantage ; tu dois être très attentionnée et aux petits soins ;

Hélène (feignant d’être préoccupée) : tantine, j’étais dans ma période de fertilité ; j’ai peur ;

Essie : peur ? Je trouve au contraire que c’est très bien ; si jamais tu tombais enceinte, Komi n’aura pas d’autre choix que de te garder à ses côtés ; N’aie crainte ; si jamais, il y a un bébé, il naîtra dans cette maison.

Hélène sourit. La pilule est passée. Komi ne pourra pas contester sa grossesse. Si elle revoyait Sem, elle lui dira simplement que l’avortement a été fait.

Komi s’est enfin réveillé ; il était tout pensif ; certes, il a aimé ce qui s’est passé cette nuit  avec Hélène mais maintenant qu’il a repris ses esprits, il trouve qu’il aurait pu se protéger ;  qu’adviendrait-il si jamais Hélène tombait enceinte ? Il se donne du courage en disant que ceci n’arrivera pas ; il résolut les autres fois de faire attention ; Hélène avait tout pour lui plaire mais il désirait une femme cultivée avec qui il pouvait discuter aisément. D’ailleurs, lorsqu’elle finira son séjour, il ne la retiendra pas.

Fort de cette décision, il se lève et prend son bain.  Lorsqu’il finit, il trouve Hélène qui l’attendait, assise sur le lit.

Komi : Hélène, que fais-tu là ?

Hélène : je t’ai apporté ton petit déjeuner ;

Komi : j’aurais pu le prendre dans la salle à manger ;

Hélène : je veux que nous le prenons ici, à deux ;

Komi : écoute Hélène, il vaut mieux que nous mangions à trois avec Essie ; tu veux bien me laisser m’apprêter ?

Hélène (se levant et s’approchant de lui) : tu me donnes des envies pas très saines ; tu es tout propre ; tu as un beau torse ;

Komi (séduit) : pour une villageoise, je trouve que tu es bien émancipée ;

Hélène (passant ses doigts sur son torse) : j’ai vécu au village mais je suis instruite ; si j’avais eu mon baccalauréat, je serais à l’université ; mon père n’avait pas les moyens de me payer une nouvelle année ; cesse de me voir comme une sotte ; je n’ai jamais quitté le village mais mon esprit est ouvert sur le monde ; je m’informe ; polyvalente, je peux m’adapter à toute sorte de milieu ;

Komi (étonné) : je trouve que tu parles aisément et correctement ; tu te dis ouverte sur le monde ; dis-moi, quel est ton avis sur le rôle de la femme dans la société ?

Hélène : la femme n’est pas un objet sexuel ;  elle porte et transmet la vie ; elle est l’éducatrice, l’épouse et la gardienne de certains aspects de la tradition ;  pour moi, tout dépend de la réduction des inégalités entre les sexes ; il faut améliorer l’autonomie des femmes et des jeunes filles ; l’égalité entre hommes et femmes augmenterait la croissance économique et l’amélioration de la qualité de vie pour tous ;

Komi (conquis) : ça alors ! Tu as tout : belle, intelligente et séduisante ;

Hélène (lui caressant la joue) : tu vois maintenant qu’il ne fallait pas avoir une piètre opinion de moi ? Bien, je te laisse t’apprêter ;

Komi (plein de désir) : non ; reste ; et si nous reprenons le scénario de cette nuit ?

Hélène (tendre sourire) : plus tard ; nous aurons tout le temps ; va plutôt travailler et chercher de l’argent ; n’est-ce pas ce qui confère le respect à un homme dans la société ?

Aussitôt ses mots prononcés, Hélène reprit le plateau de repas qu’elle avait posé sur la table de nuit puis quitta la chambre en ne manquant pas de lui faire un large sourire coquin ; Komi l’observe partir, ébloui ; il ne s’attendait pas à cela de la part de cette villageoise ; Essie avait donc raison ; cette Hélène a des qualités. Il pensa même qu’elle est encore plus cultivée que Martine malgré les études universitaires de cette dernière.

Il s’habille puis rejoint Essie et Hélène qui l’attendaient à table. Ils prirent le petit déjeuner tranquillement.

Komi : j’ai bien mangé ;

Essie : le mérite revient à Hélène qui s’est levée tôt pour l’apprêter ;

Komi (adressant un sourire à Hélène) : depuis hier, je remarque tu es un cordon bleu ;

Essie : cordon bleu ? Que veux-tu dire ?

Hélène : tantine, il veut tout simplement dire que ma cuisine est bonne ;

Komi (sidéré) : tu es bien cultivée toi ; je vous laisse ; à ce soir ;

Essie : j’ai besoin d’un peu d’argent pour faire des courses pour la cuisine.

Komi  se lève, prend son sac puis y retire son portefeuille  qu’il ouvre avant de lui tendre quelques billets. Il prend la clé de sa voiture puis son sac et voulait se diriger vers la sortie quand Hélène lui prend le sac des mains.

Hélène : je vais t’accompagner jusqu’à ta voiture.

Komi et Hélène cheminent ensemble jusqu’au garage ; il ouvre la voiture et s’installe ; Hélène dépose le sac.

Hélène : passe une bonne journée, Komi ;

Komi : merci Hélène ; je suppose que tu vas sortir faire les courses avec Essie ;

Hélène : bien sûr ; cela me permettra de découvrir la ville ;

Komi : le dimanche, je vais me rendre disponible pour vous promener, toi et Essie ;

Hélène (en lui faisant un clin d’œil) : merci d’avance.

Elle referme la portière et attend jusqu’à ce que Komi sorte de la maison avant de retourner à l’intérieur.

Essie (lui souriant) : je trouve que tu te débrouilles plutôt bien ma petite ;

Hélène : merci tantine ;

Essie : nous irons pour les courses tout à l’heure ; Komi ne m’a pas remis beaucoup d’argent ; je me demande  si nous allons pouvoir acheter plus d’un vêtement ;

Hélène : ce n’est pas grave ; j’ai un peu d’argent sur moi ;

Essie : allons-y ; nous allons prendre un taxi.

Ce matin, il sonnait déjà neuf heures quand, Martine décida de se promener dans le village pour prendre de l’air frais et se changer les idées. Elle marche un bon moment puis décide d’aller se reposer à l’ombre de  l’arbre à palabre du village  afin de mieux réfléchir à son avenir ; c’est un lieu traditionnel de rassemblement, à l'ombre duquel les villageois s’assoient pour s'exprimer sur la vie dans le village et les problèmes. C'est aussi un lieu où les enfants viennent écouter un ancien du village conter des histoires. Il s’anime en général au cours des soirées.

Sous l’arbre,  Martine vit Sem qu’elle ne connaissait pas. Elle s’assoit un peu en retrait et le salue de loin.

Martine : bonjour Monsieur ;

Sem : bonjour Mademoiselle ;

Martine : plutôt Madame ;

Sem : je m’excuse ; êtes-vous de ce village ?

Martine : oui ;

Sem : je suis du village voisin ; c’est la promenade qui m’a emmené ici ;

Martine : je me promenais aussi pour m’aérer l’esprit ;

Sem : je faisais la même chose ; lorsque l’on a des soucis, une bonne marche nous fait du bien ;

Martine : malheureusement, malgré la marche, les soucis ne disparaissent pas ;

Sem : vous semblez triste voire mélancolique ;

Martine : c’est réel mais ça va passer ;

Sem : tout passe  avec le temps dit-on ; mais le temps ne remplacera jamais rien, ni personne ;

Martine : ça, c’est vrai ;

Sem : je suis triste en ce moment ; une personne qui m’est chère me manque ;

Martine : c’est la même chose chez moi également ;

Sem : peut-être que tu as envie d’en parler ! Même si je suis un inconnu, ça te fera du bien de te vider ;

Martine : je ne sais pas ; je pense même que je ne devrais pas causer avec toi ; si quelqu’un nous voyait, ce serait encore source d’ennuis !

Sem : nous sommes en plein air ! Qu’y a-t-il de suspect pour deux personnes qui discutent en public ? De plus, à une bonne distance l’un de l’autre !

Martine (se levant) : tu ne peux pas comprendre ; je vais continuer mon chemin ; ravie de t’avoir rencontré ;

Sem (se levant aussi) : je souffre aussi mais je veux bien t’écouter ; mon grand-père me disait  que dans les moments de déprime, avoir des gens à qui se confier est le meilleur antidépresseur connu à ce jour ; tu ne connais pas ; alors, vide-toi ; tu n’as rien à craindre ;

Martine : à quoi bon le faire si tu ne peux pas me trouver la solution ?

Sem : essaie et tu verras que parler te fera du bien.

Martine se rassoit et pousse un soupir avant de se décider à raconter son histoire à Sem qui l’écoute attentivement.

Sem : visiblement, c’est un piège vu que ton mari a été prévenu ; c’est triste ce que tu vis ;

Martine : injuste surtout ; je ne mérite pas ça ;

Sem : c’est le monde qui est ainsi fait ; regarde-moi par exemple ; je ne mérite pas d’être pauvre mais je le suis ; je ne mérite pas d’être abandonné mais je le suis ; face à l'injustice, il n'y a que deux chemins, celui de l'indignation ou l'autre de l'indifférence ; l'un entraîne un combat, l'autre une soumission ; ne te laisse pas accabler par les soucis, mais garde espoir.

Martine : merci beaucoup ; quel est ton nom ?

Sem : je m’appelle Sem ; et toi ?

Martine : moi, c’est Martine ;

Sem : ravie de te rencontrer ; il n’y a pas de hasard dans la vie ;

Martine : et si tu me racontais à ton tour ce qui te chagrine ?

Sem : ma petite amie a mis fin à notre relation et est partie en ville sans rien me dire de concret ;

Martine : pourquoi ? Vous vous êtes disputés ?

Sem : non ; elle a été enceinte ; au début, je n’en voulais pas parce que je n’ai pas les moyens de m’en occuper ; je voulais qu’elle avorte ; mais après mûre réflexion, je lui ai demandé de ne pas le faire car je ne voulais pas qu’elle prenne des risques ; sa vie pour moi était précieuse ; de plus, même si tout se passe bien, elle peut en garder des séquelles physiques ou morales ; mais elle s’est fâchée, disant qu’elle allait le faire et a mis fin à notre relation ; elle m’a dit vouloir se rendre en ville ; depuis deux jours, je n’ai pas de nouvelles d’elle ;

Martine : ce n’est rien de grave ; je pense qu’elle reviendra ; elle a de la chance d’avoir un homme pour qui elle est si précieuse ;

Sem : je voulais me battre pour elle et le bébé ; si elle revient vers moi, je me battrai de toutes mes forces pour qu’elle ait le minimum ; je ne sais pas encore ce que je vais faire mais je sais que je ferai quelque chose ; j’ai de l’espoir ; l’espoir d’un paradis peut devenir une partie du paradis.

Martine : tu es vraiment positif ; je te souhaite qu’elle revienne ; je sens que tu l’aimes beaucoup ;

Sem : énormément ; je n’entrevois pas mon avenir sans elle ;

Martine : as-tu appris un métier ?

Sem : non ;  j’ai eu mon baccalauréat depuis trois ans mais je n’ai pas les moyens de me rendre en ville pour faire l’université ;

Martine : quel dommage !

Pendant que Sem et Martine discutaient, un homme, environ de la cinquantaine s’approcha d’eux.

Inconnu : bonjour jeunes gens ;

Sem : bonjour Monsieur ;

Inconnu : excusez-moi,  je recherche la maison de la famille  Atisso ;

Martine : Atisso ?  Continuez tout droit puis vous tournez à gauche ; au niveau du bananier, vous prenez encore la gauche ; et…

Sem (la coupant) : peut-être qu’il vaudrait mieux l’y accompagner !

Inconnu : cela m’arrangerait ; je suis en voiture ;

Martine : je regrette ; je ne vous connais pas ; je ne  peux pas entrer dans votre voiture ;

Inconnu : n’ayez pas peur ; je ne suis pas un criminel ;

Martine : non, je n’ai pas peur mais pour une autre raison, je ne peux pas ;

Sem : indique-moi alors l’endroit ; je vais l’emmener ; je connais bien le village ;

Martine lui indique l’endroit.

Sem : j’espère te revoir bientôt ;

Martine : moi aussi ; tu peux être mon bon petit frère ;

Sem (souriant) : et toi ma bonne grande sœur ; as-tu un numéro de téléphone ?

Martine : bien sûr ; communique-moi ton numéro et je t’appelle tout de suite pour que tu enregistres le mien ;

Sem : je n’en ai pas ;

Martine : comment comptais-tu donc m’appeler ?

Sem : donne-moi le tien ; je vais te joindre.

Martine lui communique son numéro et le laisse partir avec l’inconnu. Elle se sentait bien du fait de s’être libéré ; Sem avait raison, parler fait du bien. Elle se dirige chez ses parents qui doivent déjà s’inquiéter de sa longue absence.

A l’hôtel de Komi se faisait les derniers réglages de l’évènement de son ami Ebenezer ; les participants attendus pour le séminaire qu’il lui avait annoncé il y a des mois vont commencer par arriver aujourd’hui.

Ebenezer : je suis venu pour voir si tout est prêt ;

Komi : tout à fait ; les chambres sont prêtes ; la salle de conférence aussi ; j’ai même engagé spécialement un cuisinier de plus pour l’occasion ; ne t’en fais pas, ce serait une réussite ; je veille au grain ;

Ebenezer : je te fais confiance ; de toute façon, ton hôtel a très bonne réputation ; alors, comment vont ta femme et ton fils ?

Komi : je suis célibataire ;

Ebenezer : que me dis-tu là ?

Komi : je suis séparée de ma femme ;

Ebenezer : qu’est-ce qui s’est passé ?

Komi : je l’ai surpris en flagrant délit d’adultère ;

Ebenezer : non, ce n’est pas vrai !

Komi : je l’ai vu moi-même ; personne ne m’a raconté ; elle venait de finir de pécher avec son amant quand j’ai frappé à la porte ; l’amant était en culotte, torse nue et elle n’avait que le haut de son habit ;

Ebenezer : comment a-t-elle pu agir ainsi ?

Komi : mon ami, elle m’a déçu ;

Ebenezer : la plupart des jeunes femmes d’aujourd’hui ne sont pas sérieuses ; du courage ; tu  vis donc seul actuellement ?

Komi : oui ; enfin, disons ; je tire sur tout ce qui bouge.

Les deux amis éclatent de rire.

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