SOEUR DE SANG
SOEUR DE SANG
Author: Love King story
Chapitre 1

Épisode 1 

Maria : Une pluie a envahi le village après votre naissance, plus rien n’avait de sens, plus rien n’était à sa place. Vos premiers cris ont fait sortir les plus vieux des démons du fin fond de l’enfer, ils vous voulaient à cet instant. Vos maman avaient tellement pleuré et supplié qu’ils s’en aillent mais ils avaient promis de revenir vous chercher. Bien des années sont passées, vous avez grandi et êtes devenues de jeunes belles femmes, les démons ne sont jamais revenus. Mais attention…

Maman : allons Maria, cesse de bourrer la tête de ces enfants de tes histoires à dormir debout, elles vont mal dormir et c’est moi qui vais souffrir.

Anna : alors tout ça est faux ?

Nadine : quand je te dis de ne rien croire de ce qui sort de la bouche de ma grand-mère tu ne veux pas me croire.

Anna : tu fais comme si tu n’avais pas peur.

Maria : Non laissez-moi terminer. Il est dit que dans un futur lointain, le démon reviendra et deviendra une pomme de discorde entre vous mes filles. Si vous ne restez pas soudées alors il vous amènera une à une dans son royaume rempli de chenilles, de vers de terre, d’animaux sauvages et surtout de chiens méchants…

C’est en ce moment que tous les hurlements emmagasinés dans nos corps s’échappaient. Maria éclatait de rire en se ventant de nous avoir eu pour une énième fois. Nous n’avions que dix ans d’âge lorsque Maria nous faisais asseoir chaque soir autour du feu de bois pour nous compter l’une de ses ultimes histoires. Elle aimait nous entendre crier pour nous dire en fin de compte que tout était faux. Nadine, la petite fille de Maria et ma meilleure amie, m’avait fait comprendre mille et une fois que ce n’étaient que des histoires à dormir debout mais je me faisais avoir à chaque fois. 

Maman : allez-vous laver et revenez manger avant que ça ne refroidisse. L’une frotte le dos de l’autre et ne gaspillez pas l’eau.

Maman était notre mère à toutes les deux depuis la mort des parents de Nadine dans un accident de voiture. Elle vivait non loin de chez nous avec sa grand-mère Maria mais passait presque toutes ses nuits à la maison. Nous étions inséparables, on nous prenait pour des jumelles de par notre étrange ressemblance et notre affinité. Après avoir pris cette douche à la grande cour qui abritait les cinq cases des épouses de mon père, on alla s’asseoir pour attendre la banane malaxée de maman. Il sonnait vingt heures lorsque la voix grave et fatiguée de papa se fit entendre de l’autre côté de la cour. Toutes ses femmes abandonnèrent ce qu’elles faisaient pour aller l’accueillir.

Chacune lui laissait une bise sur la joue et prenait son gibier ramené de la chasse. Cet homme avait sût dompter ses femmes. Il n’y avait jamais de dispute entres ses épouses. Ses règles étaient comme une charte dont le respect était absolu faute de quoi la punition serait sans regret. Toutes ses femmes étaient soumises. Mon papa faisait partir de ces gentlemen qui reconnaissent la valeur d’une femme, il savait s’excuser et ceux devant tout le monde lorsqu’il avait tort. Il exigeait à ses épouses d’en faire pareil non pas seulement avec lui mais entre elles. Il disait toujours :

-ça ne vous coutera jamais un doigt, ni un orteil et encore moins votre vie de vous lever, de baisser votre tête et dire ‘’je suis désolé’’ pour un tort que VOUS avez commis. Vous n’en mourez pas, vous serez libéré. Croyez en mon expérience. 

Comme tous les autres soirs, l’humeur du vivre ensemble chansonnait dans cette concession. Papa mangeait le repas que lui avait fait chaque femme en quantité suffisante et laissait toujours le reste aux tous petits. Cette nuit comme toutes celles où il dormait sans aucune de ses femmes, nous allâmes nous allonger sur son lit en attendant qu’il finisse de souhaiter une bonne nuit à ses reines. Chacune avaient droit à un bisou sur la bouche. C’était marrant d’assister à ce spectacle aussi souvent. Maman était la reine mère et son respect par les autres étaient particulier. En l’absence de papa, cette femme dont le teint était typiquement africain le remplaçait. Malgré son petit corps et cet accent de jeune fille dans sa voix, elle savait réclamer ce qu’elle appelait son respect en tant que première femme de ces terres. 

Papa revenait sur la pointe des pieds en croyant qu’on ne le voyait pas et nous fermions les yeux pour qu’il le pensât. Une fois au lit, on bondissait sur lui en éclats de rire. Il n’était pas comme ces autres papas du village qui grondaient à tout bout de champs. Il savait amuser la galerie, il était heureux de nous voir sur son lit. Nous étions exactement six, Nadine d’autres enfants de la concession et moi. Quand nous fumes fatigué de le tirailler dans tous les sens, il nous murmura comme chaque soir,

-un jour quand vous serez plus grandes n’oubliez pas de revenir ici voir vos mamans, je veux que même après ma mort elles s’entendent toujours autant. 

Nous n’étions que des filles, il ne voulait dormir qu’avec ses dernières filles. 

-Lorsque vous vous marierez, soyez autant soumise que vos mères. Présentez des excuses à vos maris même si vous avez tort. Le respect et la tendresse de l’homme vient lorsqu’il sait que ses femmes lui sont soumises.

J’étais la dernière à écouter ce qu’il disait, les autres dormaient toujours à point fermé à la fin de ses discours. Très tôt le matin, il n’était plus au lit. On remettait de l’ordre dans sa chambre avant d’aller à l’école. Nadine courait s’apprêter chez elle et on se retrouvait sur le chemin. On ne supportait pas d’être loin l’une de l‘autre. Sa grand-mère Maria ne cessait de nous dire,

-jamais vous ne devez jamais vous séparer, faites tout pour que même la mort n’ai aucun pouvoir sur votre amitié. Ne laissez jamais une dispute passer nuit entre vous, respectez-vous toujours.

Nous étions figés sur ces conseils et avancions avec. Nadine était la plus courageuse et moi la plus timide, je dirai même peureuse. Un jour en rentrant des classes, on alla cueillir des mangues avec nos sœurs sans le consentement des parents. En grimpant à l’arbre, je tombai, j’eu une blessure au genou et au coude. Toutes les autres étaient autour de moi, elles avaient peur que la famille découvre qu’on avait fait un détour après les cours. Je pleurais tellement que Nadine se mit à pleurer aussi. Elle grimpa à l’arbre et se laissa tomber également, elle redescendit et on rentra toutes les deux en larmes.

Maman : vous êtes quel genre d’enfant ? Je vous ai demandé plus d’une fois de ne plus aller je ne sais où après l’école. Regardez comment vous me mettez dans les problèmes.

On forçait les larmes pour éviter d’être fouetté. Maria courut Jusqu’à la maison après avoir entendu la nouvelle. Elle n’avait plus que Nadine dans la vie et priait tous les jours pour qu’elle ne s’en aille pas comme ses parents. Elle nous fit prendre une douche piquante et posa des tas de feuilles bizarres sur nos blessures. 

Maria : avec ça vos blessures vont sécher avant demain

Cette nuit, elle dormit à la concession avec nous. Autour de minuit, elle nous réveilla et nous amena dans la vielle case de ma grand-mère décédée des années avant notre naissance. 

Anna : Ma’a Maria on fait quoi ici ? On a sommeil

Nadine : papa dit de ne jamais entrer ici

Maria : bientôt je ne serai plus de ce monde mes bébés, je veux que vous ne vous sépariez jamais.

Anna : on t’a déjà dit qu’on restera toujours ensemble.

Maria : Non ce n’est pas suffisant. Je vais vous lier pour la vie et même après la mort.

Elle alla sur la table en bambou te pris un petit couteau. Elle ouvrit les feuilles vertes posées sur nos blessures. Avec le bout du couteau à la manche rouge, elle fit saigner nos blessures. On avait horriblement mal mais on ne pouvait pas crier. Elle rapprocha nos coudes blessés et joignit nos blessures et prononçant des mots qu’on ne comprenait pas. On ne ressentait plus aucune douleur. On avait le sommeil plein dans les yeux alors elle nous ramena tout de suite au lit. Elle était retournée dans la case sans nous dire un mot, elle souriait juste. Très tôt le matin, on vint nous annoncer sa mort.

Tout le village était en pleure, personne ne comprenait ce qui s’était passé pendant la nuit. Nadine et moi n’arrivions pas à pleurer mais on était malheureuse de voir autant de lamentation. À chaque bout de chemin où la nouvelle était propagée s’en suivait des cris de deuil appelant les autres à demander ce qui se passait. Pendant que Nadine et moi ramassions du bois pour faire du feu, Maman nous interpella pour une autre commission. Elle ne cessait de pleurer en parlant.

Maman : Ne durez pas, Vous remplissez vos calebasses et vous rentrez tout de suite. Je ne veux pas avoir à venir vous chercher

Ce qui c’était passé ce jour lorsque maman nous avait envoyé Nadine et moi puiser de l’eau au marigot était resté comme un songe. Lorsque Nadine plongea la calebasse, une image se forma à l’intérieur.

Nadine : Anna, Anna, viens voir, c’est grand-mère.

 Maria nous regardait et souriait avec les larmes aux yeux.

Maria : je ne suis pas partie, je dors juste un peu. Quand vous aurez besoin de moi vous n’aurez qu’à revenir là où je vous ai initié.

Nadine : mais tout le monde dit que tu es morte alors que tu te caches dans l’eau ?

Maria : hahaha c’est le seul endroit où même le plus cruel des monstres à peur. En regardant dans l’eau il aura peur de son reflet. N’oubliez pas de l’amener ici au moment venu.

Anna : nous aussi on veut vivre dans l’eau avec toi

Maria : non je vous assure que la vie sur terre est meilleure, faites bon usage de tout ce que je vous ai appris. N’oubliez pas toutes les histoires que je vous ai racontées, elles étaient toutes vraies.

On ne comprenait rien à ce que disait Maria mais on était content de la voir. On resta là des heures à parler avec elle au point d’oublier notre commission. Au bout d’un temps, on n’entendait et ne voyait plus rien. Au réveil, maman était à notre chevet en larme. On était déjà à la maison.

Maman : hé mon Dieu elles ce sont réveillées.

Papa courut nous prendre dans ses bras en remerciant les ancêtres. Nous avions été retrouvé dans l’eau paraissait-il. Tout portait à croire que ceux dont je me souviens était le fruit de mon imagination. Si tel était le cas alors pourquoi Nadine se souvenait des mêmes évènements ? Nous leur avions raconté ce qu’on avait vu, qui pouvait nous croire ? Papa en riait aux éclats et maman avait peur que nous soyons en train de perdre la tête. Personne ne s’était rendu compte que nos blessures avaient complètement disparu en moins de vingt-quatre heures.

De l’eau avait coulé sous les ponts et nous grandissions en oubliant ces histoires avec Maria. Nadine et moi restions inséparables malgré les tentatives des autres contre notre amitié. Il est vrai qu’en grandissant nos mentalités changeaient et nos points de vu devenait différents mais notre union n’était pas affectée. Nadine était le genre de fille à aimer la compagnie des hommes tandis que je me préservais de m’en approcher. 

Nul besoin de vous dire qu’Anna est le prénom qu’ils m’ont donné à la naissance, fille du digne homme des champs Massa Paul comme on l’appelait et de sa reine mère Ma’a Esther. Au fin fond d’un des villages les moins connus de la région de l’ouest Cameroun, je suis née sur la table du séjour de mon père tandis que sur son canapé naissait ma sœur de depuis toujours, Nadine. Ce sont les dires de Maria incontestés par ma mère pour une fois. 

Menoua est le nom donné à mon département et Nkong-ni en est l’arrondissement. Vous retrouverez mes racines plus précisément à NDoh-Djuttitsa, Bafou Nord. Notre particularité c’est la culture des pommes, des vivres frais et bien d’autres merveilles comestibles que mère nature a décidé de nous offrir. Cet espace purement vert nature est le lieu où est née mon bonheur mais aussi la semence de mes malheurs.

À suivre…

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