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CHAPITRE 4

St Gaudens 2018

Le Capitaine Sergent sortit de la caravane. L’intendant et sa femme étaient encore dehors, à discuter derrière le cordon. Il leur fit signe de venir le rejoindre. Au passage, il nota le regard empreint de fierté mal placée que Mme Vallier lança à la ronde. Une fois le trio un peu à l’écart, le flic allait entamer la conversation quand, dans leur dos, on entendit une voix s’énerver.

– Demande bien quand on peut partir, on a du boulot ailleurs !

– Oui, demande bien ! continua une autre.

– Ils peuvent pas nous empêcher de bosser !

– Ouais, c’est un scandale !

Damien ignora la gronde et commença :

– Monsieur Vallier, connaissiez-vous bien la victime ?

L’intendant, un peu surpris, répondit après avoir pris quelques instants de réflexion.

– À dire vrai, pas trop. Bien sûr, je la côtoyais au quotidien, pour le job. Il nous arrivait de nous retrouver autour de la machine à café, comme tout le monde. On discutait de tout, de rien, pas plus.

– Savez-vous si elle possédait une arme ?

– Aucune idée, mais vous savez, en caravane, presque tout le monde a quelque chose pour se défendre. La protection n’est pas le point fort de nos maisons roulantes.

– Vous parlez d’armes à feu ?

– Grand dieu, non ! Je parle de bombes à poivre, de battes de base-ball. Enfin, vous voyez de quoi je parle…

– Non, monsieur Vallier, je ne vois pas de quoi vous parlez. J’aime bien la précision, et je n’invente jamais de réponse. Alors, armes à feu ?

– Écoutez, j’en sais rien moi. Par exemple moi, j’en ai pas. Mais ma femme, madame Vallier, a dans le tiroir de sa table de nuit un spray de lacrymo. Un jour, on s’est amusés à l’essayer avec un copain, c’est super efficace. J’ai pleuré pendant trois jours ! Les cinq premières minutes sont affreuses.

« Quel jeu de con ! » pensa le policier.

– Et la victime, mademoiselle Kolienko, elle avait une arme ?

– Ben, faut croire, elle s’est suicidée avec.

– Oui, c’est votre interprétation. On est sûr qu’elle est décédée. Pour tout le reste, on doit vérifier. Merci, monsieur Vallier, on se revoit demain au commissariat.

– OK, à tout à l’heure, grommela l’homme avec un regard mauvais.

Damien savait déjà que la victime ne possédait pas d’arme enregistrée à son nom. Il avait réussi à avoir une réponse par un collègue de garde. Il lui faudrait patienter jusqu’au lendemain, que les scientifiques aient procédé à l’analyse de l’arme, mais raisonnablement, il ne fallait pas en attendre grand-chose : les numéros de série étaient meulés. Quant à l’arme, un pistolet semi-automatique Sig Sauer modèle police... elle n’était pas de première jeunesse. Elle avait pu passer de main en main sans laisser de trace. Pour ce soir, il devrait en rester là. De plus, le réseau mobile n’était pas bon dans le coin. C’était déjà un miracle qu’il ait pu recevoir ce début d’information.

Il contacta ensuite Frédéric Biakry, alias Frédo, son adjoint au sein du groupe. Celui-ci dormait à poings fermés. En entendant son collègue, Damien se rendit compte qu’il était 2 heures du matin... « Oups, désolé Frédo », pensa-t-il.

Une voix pâteuse répondit.

– Qu’est-ce qu’il y a Dam ? J’espère que c’est important.

– Désolé mon poulet, mais je suis sur une mort suspecte. Une jeune fille, apparemment suicidée, une balle dans l’œil. Mais ce n’est pas clair.

– Beurk, c’est surtout dégueu. Un suicide, ce n’est pas pour nous, y’a un gros doute ou quoi ?

– Pour l’instant, j’confirme, ce n’est pas limpide. J’attends les premières constatations de Leds. Finis ta nuit tranquille, et rapplique avec le groupe demain matin vers 10 heures au bureau. Je vous expliquerai, mais on a du boulot.

– Dam, c’est dimanche ! Reprit-il implorant. J’ai promis d’emmener le petit au foot, gémit Frédo à présent parfaitement réveillé.

– Désolé, je ne choisis pas quand les jeunes filles se font exploser la tête. Fais de beaux rêves…

– Tu parles ! J’espère qu’on aura des chocos, sinon je repars direct ! Termina-t-il en raccrochant !

 

Le capitaine n’avait pas dormi, il était arrivé le premier au bureau. Ce moment de calme lui permit de remettre en place les événements de la nuit.

Frédo arriva le second, l’air jovial comme d’habitude, suivi de la brune Sandrine, et du geek de l’équipe, le petit dernier, Yannis.

– Salut, les jeunes, vous n’êtes pas à la messe ce matin ?

– Frédo prit un air mi-renfrogné, mi-amusé.

– Pas la peine de nous faire remarquer que c’est dimanche, on a compris ! Et au passage, t’aurais pu te raser parce que t’as une sale gueule !

– Ouaip, c’est mon nouveau look, ça s’appelle  «nuit blanche au cirque » ! Allez, ne râlez pas, y’a des chocolatines et des chouquettes. Café pour tous ?

La brune se rua sur le sac en papier en même temps que Yannis.

– Toi chef, tu as quelque chose à te faire pardonner ! Oh chef, elles sont bonnes tes chouquettes, ce n’est pas celles du Leclerc, ça !

– Eh non, et je ne vous dirai pas où je les prends. C’est mon secret pour vous avoir avec moi le jour du Seigneur ! Allez, au taf, plus vite on a fini, plus vite on se casse.

Damien expliqua par le menu les événements de la nuit, les doutes venus du brainstorming avec Leds, corroborés par les analyses des TIC.

– D’après les premières constatations, les scientifiques sont en mesure de nous dire qu’il y a peu de chances qu’Irina Kolienko se soit donné la mort. L’arme, un Sig Sauer 2022, est propre comme un sou neuf. Elle a été essuyée méticuleusement. Elle est en cours de démontage pour recherche d’empreintes internes.

Damien prit un feuillet du dossier et continua.

– Les prélèvements sont en cours d’analyse, mais la victime n’a aucune trace de poudre sur les mains. Pierre a reçu…

 

Yannis leva le doigt pour l’interrompre.

– Pierre ?

– Leds, le légiste, lui répondit la brune dans un souffle.

– Merci, donc Pierre Leds a reçu une réquisition du proc ce matin même pour une autopsie prioritaire. Je pense qu’on aura tout demain matin, ce soir avec un peu de chance. Là, tout de suite, on va au cirque, on se partage les auditions. Les TIC nous assistent pour les prélèvements divers. Comme on va en avoir pour tout l’après-midi, ce soir on se fait une bouffe pour décompresser, c’est bon pour vous ?

– OK. Répondirent en cœur les garçons, en se levant pour partir. Sandrine crut bon d’ajouter en papillonnant des yeux, avec un accent pourri se voulant allemand ou roumain.

– Oh oui, mon capitaine ! Ce qui déclencha un éclat de rire général.

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