LOGINLyanna
Je n'en peux plus de me taire.
Cela fait des jours maintenant que le secret me ronge de l'intérieur, comme un acide qui dissout tout ce que je croyais savoir de moi-même. Depuis la nuit du premier cri , cette nuit où j'ai basculé sous les doigts de Kael, où j'ai hurlé son nom comme une supplication, où j'ai fui dans la chambre vide de la reine pour pleurer de honte et de plaisir mêlés , je ne sais
Mais Dorian l'arrête d'un geste négligent, presque désinvolte, comme on chasse une mouche importune. Il essuie sa joue du revers de son gant, un mouvement lent, presque sensuel, sans me quitter des yeux une seule seconde.Et ses lèvres esquissent ce qui pourrait ressembler à un sourire s'il y avait la moindre chaleur dans ses yeux. Mais il n'y a pas de chaleur. Il n'y a que cette lueur étrange que j'ai vue tout à l'heure, cette étincelle qui n'annonce rien de bon.— Du feu, dit-il simplement, comme s'il commentait la météo.Sa voix est presque admirative, teintée d'une curiosité qui me glace plus que de la haine.— C'est bien. C'est très bien. Nous verrons combien de temps il brûlera.Il se tourne vers ses hommes et aboie des ordres dans une langue âpre que je ne comprends pas. Des ordres brefs, précis, qui mettent tout le monde en mouvement. On me traîne hors de la salle du trône, mes pieds nus glissant dans le sang de mon père
Sa voix est presque belle, d'une beauté noire et dangereuse qui caresse l'oreille avant de la mordre. Il ne crie pas. Il n'a pas besoin de crier. Chaque syllabe est un couperet qui tombe.— Prends mes terres, prends mon or, répond mon père d'une voix brisée qui lutte pour ne pas se briser tout à fait. Prends mes champs, mes villes, mes forêts. Mais épargne mon peuple. Ils ne t'ont rien fait. Ils sont innocents de mes décisions. Épargne ma fille. Elle est tout ce qui me reste de sa mère. Épargne-la, et je te donnerai ma vie sans un cri.Les yeux de Dorian se tournent vers moi.C'est comme si une main invisible m'écrasait la poitrine, comme si l'air lui-même se solidifiait autour de moi pour m'empêcher de respirer. Son regard descend sur moi, lent, méthodique, comme s'il inventoriait chaque partie de mon corps avec une précision chirurgicale. Je le sens sur mon visage, sur mon cou, sur mes épaules, sur ma poitrine qui se soulève trop vite sous ma robe de soie dorée. Je le sens sur mes h
Le Droit du Vainqueur Le roi guerrier Dorian a écrasé le royaume d’Eldoria. Fidèle à son code impitoyable, il prend tout ce qui appartenait au vaincu, y compris la princesse Liora, désormais sa « possession la plus précieuse ». Arrachée à son monde, Liora est forcée de se plier aux mœurs libertines et décadentes de la cour de Dorian, où le désir est une arme et la soumission un art. Mais derrière la froideur du vainqueur se cache un homme hanté par un passé qui le lie étrangement à sa captive. Entre haine et passion brute, humiliation et éveil des sens, leur relation toxique se mue en un amour interdit qui pourrait bien les consumer tous les deux… ou les sauver. Liora Le fracas de la grande porte de la salle du trône qui cède sous les coups de bélier résonne dans ma poitrine comme le glas de notre royaume. Le bois centenaire, sculpté des hauts faits de ma lignée, vole en éclats à travers la nef. Des esquilles acérées pleuvent sur les mosaïques précieuses qui racontent l'histoire d
KaelCinq ans.Cinq années ont passé depuis la naissance d'Aldric. Cinq années qui ont filé comme un rêve dont on craint le réveil. Parfois, je m'arrête au milieu d'une audience, d'une séance du conseil, d'une inspection des troupes, et je me demande si tout cela est réel. Si cette vie que je mène , cette vie de paix, de prospérité, d'amour , n'est pas une illusion qui va se dissiper au premier coup de vent.Mais non. C'est réel. Elle est réelle. Lyanna est réelle.Elle est là, dans les jardins, à rire avec notre fils. Aldric a cinq ans aujourd'hui. Cinq ans de rires, de questions incessantes, de genoux écorchés et de câlins. Il a les cheveux bruns de son père et les yeux gris de sa mère, et il est le trésor de notre vie. Chaque fois qu'il m'appelle « papa », chaque fois qu'il se jette dans mes bras en criant de joie, mon cœur de glace , ce cœur que j'ai passé une vie à congeler , manque de se briser de bonheur.Le royaume célè
Il se tourne. Ses yeux d'orage tombent sur moi, sur la nuisette, et je le vois accuser le coup. Une vague d'émotion et de désir le submerge, et il doit faire un effort visible pour se contrôler. — Tu as mis la nuisette, murmure-t-il. — Oui. Pour me souvenir du chemin parcouru. Pour célébrer tout ce que nous avons surmonté. — Le cérémonial est terminé depuis longtemps, Lyanna. — Je sais. Mais ce soir, j'ai envie de recommencer. Pas depuis le début. Depuis là où nous en sommes. Il sourit – ce sourire rare qui fait battre mon cœur plus vite. — Alors, ce soir, il n'y a plus d'étapes. Plus de règles. Plus de cérémonial. Juste toi et moi, dans ce lit, avec tout ce que nous avons appris l'un de l'autre. Ce soir, ce n'est pas le Roi de Glace et sa reine sacrifiée. C'est Kael et Lyanna. Un homme et une femme qui s'aiment. Il se penche et m'embrasse. Ce baiser n'e
Lyanna En quittant les geôles, j'ai l'impression d'émerger d'un long cauchemar. L'obscurité, l'humidité, l'odeur de renfermé et de désespoir – tout cela s'accroche à mes vêtements, à ma peau, à mon âme. Mais quand je franchis la dernière porte et que la lumière du jour me frappe le visage, je respire enfin. Kael est là. Adossé au mur du couloir, les bras croisés, le visage sombre. Il n'a pas voulu que je vienne seule, même s'il a respecté ma décision d'affronter Isadora sans lui. Il s'est tenu à distance, rongeant son frein, bouillant d'inquiétude. Dès qu'il me voit, il se redresse, et son regard parcourt mon visage à la recherche de la moindre trace de détresse. — Alors ? demande-t-il, la voix tendue. — Elle accepte. Le couvent. Le silence. L'oubli. Il me regarde avec une expression indéchiffrable. Puis, lentement, il secoue la tête, un mélange d'admiration et d'incrédulité dans ses yeux d'orage.







