FAZER LOGINMon père me regarde depuis la petite photo glissée dans mon tiroir. Je ne la sors jamais. Je sais qu'elle est là, c'est tout. Serge Delmont, soixante-deux ans, les yeux fatigués mais le sourire fier. La photo date d'une semaine avant sa mort.
Je me souviens de sa voix, ce jour-là.— Il m'a tout pris, Léa. Mon entreprise. Ma réputation. Ma dignité. Il a retourné le conseil contre moi. Il a falsifié des documents. Il m'a poussé dehors comme un malpropre devant tous ceux que jeLéa Raphaël m'a invitée à déjeuner. Un food-truck sur les quais de Seine. Un endroit simple. Authentique. Rien à voir avec les restaurants étoilés où Gabriel m'emmène. Rien à voir avec les penthouses et les piscines. Juste un food-truck, des tables en bois, des gens normaux. Des familles qui pique-niquent sur l'herbe. Des couples qui se tiennent la main. Des enfants qui courent après les pigeons. Il commande deux burgers, deux limonades. Il m'apporte tout ça sur un plateau en plastique. Il s'assoit en face de moi. Il me sourit. Un sourire doux. Un sourire triste. Un sourire qui me serre le cœur. — Tu es belle aujourd'hui. — Merci. Je porte un jean, un pull oversize, des baskets. Rien à voir avec les tenues de bureau. Rien à voir avec la femme que je suis devenue. Je suis juste Léa. La fille de Serge. La femme qui a une mission. La femme qui ne devrait pas être ici. — Tu sais, di
GabrielLa réunion informelle chez moi. Un prétexte. Un énième prétexte. Je voulais les avoir tous les deux. Léa et Raphaël. Pour voir. Pour jauger. Pour surveiller. Pour comprendre ce qui se tisse entre eux, ce qui se joue sous mes yeux, ce qui m'échappe.Le penthouse est baigné d'une lumière bleutée qui filtre à travers les baies vitrées. La nuit est tombée sur Paris, la ville scintille en contrebas comme un océan de lumières, et la piscine intérieure projette des vagues de bleu sur les murs de marbre blanc. L'air est chaud, humide, chargé de l'odeur du chlore et de quelque chose d'autre. Quelque chose de plus subtil. Quelque chose qui ressemble à de la tension.Ils sont dans l'eau. Léa et Raphaël. Ils nagent côte à côte, leurs corps fendant la surface avec une grâce fluide. Léa porte un maillot une pièce noir qui épouse chaque courbe de son corps, qui dévoile ses épaules, qui souligne sa taille fine et ses hanches pleines. Ses cheveux sont rel
Il a raison. Je ne refuserai pas. Parce que je suis piégée. Parce que je suis sa chose. Parce que je le désire autant que je le hais.Le penthouse de Gabriel est un bijou de verre et d'acier suspendu au-dessus de la ville. Des baies vitrées du sol au plafond. Une vue à couper le souffle sur la Seine et les toits de Paris. Un intérieur minimaliste, design, froid. Des canapés en cuir blanc. Des tables en marbre noir. Des œuvres d'art contemporain aux murs. Et partout, des miroirs. Des miroirs immenses, encadrés d'acier, qui reflètent la ville, la lumière, nos corps.Il m'accueille en costume, une coupe de champagne à la main. Il me tend l'autre. Je la prends. Je bois. Le champagne est frais, pétillant, délicieux.— Tu es belle.Je porte une robe noire, simple, élégante. Rien à voir avec les robes sages du bureau. Une robe qui épouse mes formes. Une robe qui dévoile mes épaules. Une robe qui dit "je suis là pour toi".— Merci.Il po
Chaque mot est un coup de poignard. Chaque mot est une déclaration. Chaque mot est une reddition. Je la prends lentement, profondément, en la regardant dans les yeux. Je vois le plaisir monter en elle, vague après vague, marée après marée. Je vois ses joues rougir, ses lèvres trembler, ses yeux se voiler.— Plus fort, murmure-t-elle.— Non.— S'il te plaît. Plus fort.— Non. Je te prends comme je veux. Pas comme tu veux.— Salaud.— Oui. Ton salaud.Elle me gifle. Une gifle légère, presque tendre, qui claque dans le silence. Je souris. Je l'attrape par les cheveux. Je tire sa tête en arrière. J'expose sa gorge. Je mords sa peau. Je la marque. Je laisse une empreinte rouge sur sa peau claire, une marque de possession, une signature.Elle gémit. Elle gifle encore. Elle griffe mon dos. Elle me mord l'épaule. Elle se bat. Elle se débat. Elle me résiste. Et c'est cette résistance qui me rend fou. C'est cette résistan
GabrielVingt-deux heures. L'étage est désert, plongé dans une pénombre que seuls quelques néons d'urgence percent de leur lumière blafarde. Les ordinateurs sont éteints, les chaises vides, les couloirs silencieux. Le monde a déserté la tour Ashford. Le monde, sauf nous.Je l'ai convoquée sous un prétexte futile. Un dossier à réviser, un contrat à vérifier, une réunion à préparer. Des mensonges. Des prétextes. Je voulais l'avoir seule. Je voulais l'avoir à moi. Dans ce bureau où les vitres reflètent la ville illuminée, où les murs de verre nous isolent du monde, où personne ne peut nous voir, où personne ne peut nous entendre.L'air conditionné ronronne doucement, un souffle froid qui fait frissonner la peau. Les lumières de la ville dessinent des motifs mouvants sur les murs, des arabesques de jaune et de blanc qui dansent au rythme des voitures qui passent en bas, trente-deux étages plus bas. Paris respire, Paris vit, Paris ignore ce qui se pré
GabrielJe l'ai vue avec Raphaël.Dans le vestiaire. Il lui tenait la main. Il essuyait ses larmes. Il lui parlait doucement. Il la regardait avec ses yeux de chien battu, avec sa douceur de faible, avec sa bonté de perdant. Il lui a glissé une carte. Son numéro. Son email. Comme un amant transi. Comme un prétendant. Comme un rival.J'ai vu rouge.Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je l'ai convoquée dans mon bureau. Je lui ai ordonné de m'accompagner chez le tailleur. J'avais besoin d'une nouvelle chemise. C'était un prétexte. Un prétexte pour l'avoir près de moi. Pour la surveiller. Pour m'assurer qu'elle ne s'échappait pas. Pour m'assurer qu'elle ne tombait pas dans les bras de mon frère.Le tailleur est une boutique discrète du Marais. Une façade étroite, une porte cochère, un escalier en colimaçon qui monte vers un atelier baigné de lumière. Le genre d'endroit où les prix ne sont pas affichés. Où l'on entre sur rendez-vous. Où







