Liaison dangereuse
Liaison dangereuse
Author: EMYNÉ LOÏS
Chapitre 1

Chapitre 1 

Par où commencer ? Où débuter pour  raconter mon histoire, celle qui m'a conduite dans cet établissement d'aliénés mentaux où je croupis ? Ici, personne ne veut m'écouter. J'ai beau leur crier que j'ai toute ma tête, patients et docteurs, ils ont bien d'autres  choses en tête. Ils sont tous fous. Ce sont tous givrés. Moi aussi, on me dit timbrée. Mais je ne le suis pas. Si je suis enfermée ici c'est injustement. Je veux m'échapper de cet enfer. Mais comment ?

Il n'y a pas si longtemps, j'avais une vie. J'avais une maison. J'avais un travail. J'avais un fiancé. En somme, je menais une existence des plus normales. Du jour au lendemain tout ça s'est écroulé. Le cauchemar a commencé quand il est entré dans ma vie. Ivan ! C'est par la rencontre avec cet homme qui a su m'appater, m'hypnotiser et m'asservir que mon existence a été gâché. 

C'est sur, de lui, j'aurais dû me méfier. La coiffure irsute, l'allure débraillée, le père du petit Joël m'avait fait une très mauvaise impression. Dès que je l'ai vu, je l'ai tout de suite su. Ce type peu banal était un homme à problèmes. En rien, il ne ressemblait aux parents d'élèves que j'avais l'habitude de côtoyer. Vraiment en rien. Avant qu'il ne daigne enfin se montrer ce lundi matin,  je l'avais convoqué plusieurs fois. Quatre fois en tout pour être plus exacte. Jamais avant, il ne s'était donné la peine de se montrer. En le voyant debout devant ma salle de classe  à m'attendre, j'ai tout de suite compris pourquoi.  Il m'avait parut à côté de la plaque. Totalement paumé et blasé par la  vie. Avec tact, j'ai essayé de ne rien laisser paraître de mes préjugés. Professionnelle,  je me suis avancée vers lui, la main tendue.

— Monsieur Clotaire, bonjour. Je suis Ella, l'institutrice du petit Joël.

Ivan m'a machinalement serré la main.

— Bonjour madame.

Et il n'a plus rien dit. Quelque peu gênée par son indifférence flagrante, j'ai entreprit dans un long monologue de lui expliquer la raison de sa présence. Joël avait de sérieux problème d'apprentissage. En gros, le pauvre petit était dyslexique.

— Oui mon fils est un attardé, a lâché Ivan sans émotion. Sa mère est une junkie, vous comprenez ? Faut croire que ses nombreux trip lui ont bousillé le cerveau à mon fiston. 

Estomaquée, je suis restée sans voix. En face de moi, Ivan a paru s'impatienter. 

— Bon c'est tout ou vous avez un autre scoop dans ce genre pour moi ?

Encore sous le choque de ses graves révélations, j'ai secoué la tête.

— Non.

— Très bien, dans ce cas c'est ok.

Sur ce, il a récupéré son fils qui attendait. Sa main serrant fermement celle de Joël, il est parti. Sans un regard en arrière. Sans une marque d'attention pour moi. Étonnée, je les ai vu tous les deux s'engouffrer dans une luxueuse Ford. Une Ford ! Ce type bizarre conduisait comme voiture une Ford ! Forcément ça devait être un gangster ou un trafiquant. J'évaluais toutes les hypothèses possible.

Pendant toute la journée et même dans la soirée j'y pensais et y repensais. Ivan m'intriguait. Pourtant dans mon métier d'enseignante, j'en avais vu des parents d'élèves atypiques. Des parents qui battaient sauvagement leurs jeunes enfants, j'en avais vu. J'avais également croisé ceux qui ne s'en occupaient pas du tout. Quant aux enfants, ce n'était pas différent. Dans ma classe, beaucoup de bout de chou  plus démoniaques qu'angeligues m'avaient donné du sacré fil à retordre. Une fois dans l'école primaire où j'enseignais, on avait même démasqué un enfant qui s'amusait à torturer ses camarades de classe.

Alors pourquoi ? Qu'est-ce que ce Ivan et l'histoire pathétique de son fils avait de si intéressant ? Impossible de répondre à la question. Même pour Gérard, mon compagnon de l'époque  qui savait toujours tout sur tout, ce cas restait un mystère.

— Tu es trop sensible Ella, a t-il marmonné la bouche pleine de frites. Voilà tout.

Pensive, j'ai froncé les sourcils.

— Tu crois ?

Se redressant, Gérard a hoché la tête.

— En fait, le métier que tu aurais dû faire c'est assistante sociale, a t-il ajouté en mordant dans le morceau de poulet  qu'il tenait. Il n'est pas trop tard pour changer de profil de carrière tu sais.

Feignant d'être contrariée, j'ai fait mine de m'indigner. 

— Parce que tu accepterais que j'abandonne mon poste actuel pour reprendre mes études ? Je lui ai demandé. 

Le plus naturellement du monde, il a haussé les épaules. 

— Pourquoi pas ? Si c'est ce que tu veux vraiment faire. Alors lance-toi.

Heureuse d'avoir autant de chance d'être aimé par un homme aussi génial, je lui ai adressé un sourire radieux. 

— Je te remercie de te montrer si compréhensif mais j'aime mon métier. J'aime passer du temps avec les enfants. 

— Bien, il serait peut-être temps de penser à en avoir, a t-il déclaré en guettant ma réaction du coin de l'œil. Qu'est-ce que tu en dis ?

Sceptique, je n'ai pas put m'empêcher de m'étonner.

— Un enfant ? Tous les deux ? Ça fait seleument un an environ qu'on sort ensemble.

— Et alors ? Pourquoi attendre plus longtemps si c'est ce qu'on veut vraiment.

En lui brandissant ma main droite, j'ai alors indiqué mon annulaire.

— Ce que je veux vraiment moi, c'est  avant tout que tu me mettes la bague au doigt.

Déçu, Gérard a fait la moue.

—Ma foi, tu es pire que Gollume avec cette histoire d'anneau. Si c'est ce qui t'inquiète, ne t'en fais pas. Tu l'auras ton préciiiieux !

Oui, mais quand ? A Gérard, je n'ai pas eut  le temps de poser la question. Délaissant son plat de poulet frites, il s'était rué sur moi. Amusée, j'ai fait semblant de protester. Lorsque ses mains puissantes et sales se sont refermées sur moi j'ai frémit. Pour la forme, j'avais tenté de lui échapper. Mais quand il s'est fait impérieux, j'ai adoré lui céder. Incapable de maîtriser mon fou rire, je l'ai laissé me porter sur ses épaules comme un sac de pommes de terre. Directement, il m'a transporté vers sa chambre à coucher. Avant toute relation intime, c'était un peu notre jeu à tous les deux. Le jeu du chat et de la souris. Ce petit jeu là, je l'affectionnais particulièrement. J'aimais Gérard surtout. Lui aussi m'aimait. Enfin, je crois.

Bien que notre relation avec Gérard était des plus récentes, lui et moi formions un couple relativement posé. En apparence surtout. Parceque de mon côté, je devais bien me l'avouer, je me sentais las. Toute cette routine, toute cette monotonie, j'en avais par dessus la tête. J'avais besoin de plus. J'avais besoin de changement, de piment. J'avais surtout besoin d'action. Sur ce point là, je peux  dire sans exagération que je n'allais pas tarder à être servi....

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