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CHAPITRE 2 : RACHEL

L’ONG au sein de laquelle je travaille, a vocation humanitaire. Financé par des institutions prestigieuses, elle met en place des programmes d’aides, éducatives ou caritatives.

L’une de nos interventions consiste à payer les études universitaires pour les jeunes bacheliers qui ne disposent pas de moyens suffisants pour faire l’université.

Dans ce cadre, je reçois et j’examine les dossiers. De concert avec mon supérieur hiérarchique, nous présélectionnons les potentiels bénéficiaires. Suite à cela, je procède à un entretien enregistré avant d’opérer la sélection définitive pour chaque année.

Je dois avouer que dans le cadre de l’exercice de mes fonctions, j’ai appris beaucoup de choses. J’ai entendu des histoires inimaginables : des jeunes gens, obligés de faire certains travaux dégradants pour s’en sortir ; des jeunes filles se retrouvant dans l’obligation de se livrer pour quelques billets, afin de pouvoir s’occuper des frères et des sœurs que leurs parents décédés ont laissé et plein d’autres histoires pathétiques.

C’est dans le mois de mai que nous procédons à la sélection pour la rentrée qui débutera en octobre. C’est dans ce cadre que j’ai reçu Diane, une nouvelle bachelière ne disposant pas de moyens pour continuer ses études. Diane me raconte qu’elle est orpheline de père et de mère depuis l’âge de douze ans.

Ses parents ont péri dans un accident de voiture, laissant sa sœur et elle sans soutien. La famille paternelle s’empara de tous les biens du père et personne dans la famille maternelle ne voulut s’occuper d’elles. Depuis ce jour, elle et sa sœur ainée se débrouillent. Elles font de petits travaux pour survivre et se payer les études. Elles font le ménage, la lessive, se transforment en vendeuses de rue pour les commerçantes, pour ne citer que ces travaux-là. Il y a des jours où elles vont se coucher sans manger. Elles vivaient dans un état de pauvreté extrême.

- Et que fais ta sœur ainée à présent ?

- Elle a cessé les études après son baccalauréat, il y a trois ans. Maintenant, elle vend des beignets pour que nous nous en sortons mais à vrai dire, nous survivons. Je devais arrêter mes études aussi quand j’ai entendu parler de cette ONG et j’ai voulu tenter ma chance.

- Ok, je te souhaite alors bonne chance.

- S’il vous plait, Monsieur, si ma sœur est intéressée à reprendre ses études, pourrait-elle aussi déposer aussi son dossier ? On ne sait jamais.

- Malheureusement, nous ne prenons que les nouveaux bacheliers désireux de continuer.

Son bac a déjà trois ans, elle est donc disqualifiée.

La sélection est souvent faite selon des critères bien déterminés et à la fin, Diane a été parmi les heureux bénéficiaires du programme d’aide.

Très contente de la nouvelle, sa sœur ainée se déplaça elle-même pour venir me remercier. Elle était avec Diane. Dès qu’elles sont entrées dans mon bureau, je ne peux m’empêcher d’admirer la sœur de Diane. Elle est ravissante, éblouissante avec une démarche gracieuse. Comment peut-on être si belle et être aussi pauvre ? Rien que par sa beauté, elle devrait attirer de nombreux hommes riches. Je les invite à s’asseoir.

- Prenez place Mesdemoiselles.

- Bonsoir Monsieur ; je suis la sœur de Diane, mon nom est Rachel. Je suis venue personnellement vous remercier pour l’immense aide dont elle va bénéficier de la part de votre ONG.

- Je vous remercie mais je suis un travailleur au sein de cette ONG ; je n’en suis ni le fondateur, ni le directeur. Nous sélectionnons les bénéficiaires selon des critères bien définis ; si donc Diane a été choisie, c’est sur mérite et non par ma volonté.

- Merci tout de même !

- Je m’appelle Malin. C’est l’heure de la pause et je veux bien déjeuner. Je serai heureux que vous vous joignez à moi.

En vérité, il y a quelque chose qui me poussait à vouloir rester en compagnie de Rachel. J’avais envie d’échanger avec elle et c’est le moyen que j’avais trouvé pour la retenir. Elle est vraiment belle. Depuis l’épisode de Nadine, c’est la première fois qu’une femme me fait tant d’effet. Nous nous levons ensemble et sortons de mon bureau. Je prends ma voiture et nous allons dans le restaurant le plus proche.

Une fois à destination, nous nous installons et un employé nous apporte le menu. Aimant la bonne chère et les plats consistants, je choisis la pâte rouge et du poulet. J’adore ce plat, authentique cuisine de mon pays. Très délicieux, ce mets est fait à base de farine de maïs et de tomate assaisonnée. Le poulet qui l'accompagne est traditionnellement précuit dans un bouillon aromatisé puis frit à l'huile. Un vrai régal.

J’observe mes invités qui ne se décident pas à faire un choix.

- Vous n’avez rien trouvé à votre goût ?

- J’hésite Monsieur Malin, répond Diane. Les prix sont élevés et je suis gênée que vous payez aussi cher pour un repas.

Rachel ajouta à la déclaration de Diane : « Diane a raison, avec cet argent, nous ferons la cuisine pour quatre jours ».

Je les comprends. Nous vivons des réalités différentes. Pour moi, ce restaurant est le plus abordable en termes de coût mais pour elles, c’est très cher. Cela me donna à réfléchir.

Nous n’avons toujours pas conscience du bonheur qui est le nôtre. Nous sommes à la limite ingrats envers ce Dieu qui nous a bénit. Cet argent qui pour moi ne représente rien du tout est pour mes invités une fortune. Cette situation me fait subitement réaliser que je suis un privilégié de la société. Je ne suis pas riche mais au moins, je suis à l’abri du besoin. Je n’en avais pas conscience jusqu’à maintenant et dans mon cœur, je fais une simple prière de reconnaissance à Dieu. Prenons l’habitude d’être reconnaissant pour les plus petits détails de la vie. Je m’adresse ensuite à Diane et Rachel.

- Je sais chères demoiselles, mais c’est moi qui paie ; alors, soyez à l’aise.

- C’est ma première fois dans un restaurant, me dit Diane.

- Moi de même, ajouta Rachel.

- Moi, c’est mon quotidien. Je déjeune pratiquement tous les midis au restaurant.

Diane finit par choisir un plat de riz et de sauce au poisson ; Rachel a préféré des frites au poulet. Le déjeuner s’est passé dans la gaieté et nous avons échangé sur des faits divers. Je fais un effort pour ne pas laisser transparaitre mon désir pour Rachel.

Après ce copieux déjeuner, je propose de les déposer chez elles avant de repartir au boulot. Elles acceptent avec plaisir. Elles n’habitent pas très loin.

Arrivé à destination, je remarque qu’elles habitent pratiquement une bicoque, à peine différente d'une cabane de bois dans une forêt. Je suis choqué par le niveau de pauvreté dans laquelle vivaient ses filles. Je sors quelques billets de ma poche que je leur donne. Elles me remercient avec des bénédictions. Je démarre ma voiture et je repars au travail.

Lorsque je rentre chez moi le soir, je dine, prends mon bain et je m’allonge sur mon lit. Habituellement, je suis une émission à la télévision que j’ai dans ma chambre jusqu’à ce que le sommeil m’emporte. Mais ce soir-là, toutes mes pensées se sont envolées vers Rachel, si pauvre, si belle ! Une question me taraude l’esprit : les hommes ne la voient-elle pas ? Je n’arrive pas à m’imaginer comment une telle beauté n’a pas encore su dompter le cœur d’un homme ! Je me dis qu’elle a peut-être un mauvais caractère. Ma mère a coutume de dire « la beauté attire mais c’est le cœur qui fait rester ». Oui, La beauté accroche le regard mais une belle personnalité accroche le cœur.

Pendant les jours qui suivent, mes pensées revinrent fréquemment sur Rachel et n’y tenant plus, un soir après le travail, je me dirige vers leur demeure. Je suis accueilli par Diane très surprise.

- Monsieur Malin, il y a un problème ?

- Non, pas du tout, je suis juste passé vous dire bonsoir. Je dérange ?

- Non, Rachel est à l’intérieur, elle vient juste de rentrer, je vais l’appeler.

Rachel apparait peu de temps après avec un beau sourire qui me chavire. Quelle beauté ! Dieu a créé Rachel pour plaire aux hommes.

- Bonsoir Monsieur Malin.

- Bonsoir Rachel, je préfère que tu m’appelles Malin, tout simplement. Et je te permets de me tutoyer.

Elle sourit encore et je suis séduit.

- Etes-vous Malin comme l’indique votre prénom ?

- Non, je suis très naïf.

Nous rions tous deux de cette plaisanterie. Je reprends la parole :

- Je suis venu vous saluer et voir comment vous vous portez toutes les deux ?

- Nous allons bien, comme tu peux le voir.

- Alors, Rachel, que fais-tu comme activité ?

- Je vendais des beignets mais ce commerce n’est plus florissant ; je viens juste de décrocher un job de femme de ménage que je vais commencer en début de semaine prochaine.

- Pourquoi tu ne continuerais pas tes études pour avoir un diplôme universitaire ?

- J’en serai ravie mais je n’ai pas ces moyens ; je ne peux même pas tenter ma chance en déposant mon dossier dans votre ONG car Diane m’a dit que c’est ouvert uniquement aux nouveaux bacheliers.

Sans réfléchir, je lui propose de lui payer personnellement ses études. Elle accepte avec joie. Elle s’inscrit à l’université pour la rentrée prochaine.

Je leur rendais visite assez souvent et je finis par tomber amoureux de Rachel. Mais depuis la leçon que Nadine m’avait donnée, j’avance avec prudence. Un jour, au cours d’une conversation, je lui demande :

- Rachel, les hommes ne te font-ils pas la cour ?

- Oui, beaucoup ; de riches hommes en plus. Le problème est que je leur dis, sans mariage pas de sexe ; et ils fuient. Certains ont l’honnêteté de me dire que leur famille n’accepterait jamais que je sois leur femme à cause de ma classe sociale. Certains veulent me prendre pour deuxième ou troisième épouse, ce qui ne m’arrange pas. Jusque-là, je n’ai pas trouvé un homme célibataire qui veuille de moi et qui accepte mes conditions.

- Veux-tu me dire que tu es vierge ?

- Non, je ne le suis pas. Je me suis laissée berner deux fois, je ne veux plus refaire la même erreur.

J’avais envie de lui faire savoir qu’elle m’attirait mais je me retiens. De plus, je voulais m’assurer qu’elle me disait la vérité.

Les voir vivre, elle et Diane dans une bicoque m’attriste et un jour, je décide de louer un appartement décent pour elles.

Trois mois se sont écoulés depuis que j’ai rencontré Rachel et je n’ai toujours pas osé lui dire que ce que je ressentais. Ce n’était pas de l’amour car je reste prudent ; mais je nourrissais tout de même des sentiments à son endroit et cela ne me déplairait pas d’essayer une idylle.

Dans cette optique, je l’invite un jour à connaitre chez moi afin de me retrouver seul avec elle.

C’est un samedi et je suis allée la chercher moi-même. Je lui offre à boire et comme d’habitude nous échangeons. J’avais en tête de lui faire part de mes sentiments, mais finalement les échanges évoluaient sans que je ne me décide. Je ne voulais pas qu’elle pense que toute l’aide que je leur apportais était juste dans le but de la mettre dans mon lit. Elle est simplement vêtue mais elle me séduisait. Je suis complètement sous son charme, je suis captivé. Pendant un moment, je garde silence et elle m’observe ; je lui souris et m’approche d’elle. On dirait qu’elle ressent la même chose mais n’ose pas le dire.

Nos corps s’attirent et sans qu’aucun d’entre nous ne parle, nous nous rapprochons et inévitablement, nous nous emportons dans un baiser passionné. Sous la douceur de ses baisers, j’étais faible, comme engourdi. Cette fille m’emballe complètement. Contrairement à ce que je pensais, elle se laissa faire et ce qui devait arriver, arriva.

Depuis ce jour, nous nous voyons régulièrement. Je débarque chez elle sans prévenir, voulant surprendre un hypothétique amant. J’étais jaloux. Je ne voulais pas la partager.

Rachel commença l’université au même moment que sa sœur ; et dire que si elle avait eu les moyens en son temps, elle aurait presque terminé ses études. Je n’ai pas voulu présenter Rachel à mes parents pour l’instant.

Je voulais être sur d’elle d’abord. Après quelques mois, je remarque que Rachel rentre de plus en plus tard à son appartement. Au début, je fais l’effort de me contenir mais je finis par me lâcher et la lui reprocher.

- Tu rentres très tard Rachel ; pourquoi ?

- Pourquoi me poses-tu une telle question, Malin ?

- Je te pose la question parce que j’ai fait le constat Rachel, alors explique-moi.

- Je regrette Malin, je n’ai pas de compte à te rendre.

- Rachel, j’ai le droit de savoir où tu passes tes soirées.

- En tant que qui, Malin ?

Je la regarde étonnée de la question qu’elle me pose. Je réplique.

- Ta question est stupide ; tu voudrais peut-être que je me taise face à de tels agissements ?

- Réponds à ma question : Pourquoi devrais-je te rendre compte, Malin ?

- Tu es ma fiancée, Rachel et je n’accepte pas que tu me parles ainsi.

Comme si elle attendait que je sorte ce mot, elle hurle :

- Ta fiancée ! De qui parles-tu ? M’as-tu jamais dit que tu m’aimais ? Tu m’as une fois proposé d’être ta fiancée ?

- Mais Rachel cela va de soi, vu tout ce que nous faisons ensemble.

- Je regrette Malin, cela ne va pas de soi.

Nous nous désirons et nous faisons juste l’amour. Et vu toute l’aide que tu m’apportes, c’est ma façon de te prouver ma reconnaissance, c’est tout. Mais je ne suis pas ta fiancée car tu ne m’as jamais proposé de l’être.

Je suis extrêmement déçu par cette déclaration de Rachel ; moi qui croyait qu’elle m’aimait et qu’elle se donnait à moi par amour ? Je la considérais comme ma fiancée ; c’est juste pour des raisons de prudence que jusque-là, je ne l’ai pas présenté à ma famille. Je voulais mieux la connaitre pour être certain de mon choix. Comment pouvait-elle me dire que c’est par pure reconnaissance qu’elle m’offrait son corps ?

Les femmes ! elles ne finiront jamais de me surprendre ! Je prends les clés de ma voiture et je sors.

Je rentre chez moi en conduisant lentement. Je repense à mes échanges avec Rachel. Que dois-je faire avec elle ? Poursuivre cette relation ? Essayez d’arranger les choses ?

Est-ce qu’une bonne femme s’offre à un homme par pure reconnaissance ?

LE PLAISIR DE LIRE: PAUSE DETENTE

A suivre...

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