LOGINÉlianor
Une larme coule sur ma joue. Puis une autre. Puis je pleure sans pouvoir m'arrêter, mais ce ne sont pas des larmes de tristesse. C'est autre chose. Quelque chose que je n'avais pas ressenti depuis si longtemps que j'avais oublié que ça existait.Il essuie mes larmes du pouce, doucement, tendrement.
– Pleure pas, mon amour. Je suis là. Je ne bougerai pas.
– Comment tu peux être sûr ? Comment tu peux être sûr de nous ?
– Parce que j
Mais je ne dis rien, je ne fais rien, je reste là, à côté de lui, à jouer avec mes enfants, avec nos enfants, avec ce qu'on a, ce qu'on n'a pas, ce qu'on aura, peut-être, un jour, si j'arrête de fuir, si j'arrête d'avoir peur, si j'arrête de douter, si j'arrête de me cacher, si j'arrête de m'oublier, si j'arrête d'oublier tout ce qui compte, tout ce qui vaut la peine, tout ce qui mérite qu'on se batte, qu'on reste, qu'on aime, qu'on vive, et je sens mon cœur qui bat plus vite, plus fort, plus longtemps, je sens quelque chose qui monte, qui grandit, qui m'envahit, qui m'étouffe, qui m'empêche de respirer, de penser, de parler, de faire autre chose que de le regarder, de le voir, de le sentir, de l'aimer, de l'aimer comme je n'ai jamais aimé personne, de l'aimer comme je n'ai jamais cru pouvoir aimer, de l'aimer comme je n'ai jamais voulu aimer, parce que c'est tr
Marcus me regarde, il me regarde avec ces yeux qui demandent la permission, qui demandent l'autorisation, qui demandent que je dise oui, que je dise enfin ce que je n'ai jamais dit, ce que je n'ai jamais osé dire, ce que je n'ai jamais su dire, oui, oui, oui, et je voudrais dire oui, je voudrais dire oui pour mes enfants, pour lui, pour moi, pour nous, pour tout ce qu'on pourrait être, tout ce qu'on devrait être, tout ce qu'on sera, peut-être, un jour, si j'arrête de fuir, si j'arrête d'avoir peur, si j'arrête de douter, si j'arrête de me cacher, si j'arrête de m'oublier, si j'arrête d'oublier tout ce qui compte, tout ce qui vaut la peine, tout ce qui mérite qu'on se batte, qu'on reste, qu'on aime, qu'on vive.— Plus que tout au monde, dit Marcus en prenant Lola sur ses genoux, en la serrant contre lui, en la regardant avec des yeux qui brillent, qui brillent comme les siens, comme les miens, comme les
Léon s'approche, il me prend la main, il me tire vers le salon, vers Marcus, vers ce chaos organisé, ce désordre heureux, cette vie qui explose, qui déborde, qui nous emporte, qui nous noie, qui nous sauve, et je le regarde, Marcus, je le regarde avec ses cheveux en bataille, ses vêtements froissés, ses mains pleines de pâte à modeler, son sourire qui éclaire son visage, ses yeux qui brillent, qui brillent pour mes enfants, qui brillent pour moi, qui brillent pour nous, pour ce qu'on est, pour ce qu'on pourrait être, pour ce qu'on sera, peut-être, un jour, si j'arrête de fuir, si j'arrête d'avoir peur, si j'arrête de douter, si j'arrête de me cacher, si j'arrête de m'oublier, si j'arrête d'oublier tout ce qui compte, tout ce qui vaut la peine, tout ce qui mérite qu'on se batte, qu'on reste, qu'on aime, qu'on vive.— Viens, maman, viens jouer
Je pleure, je pleure comme je n'ai pas pleuré depuis vingt ans, depuis le jour où Viviane est partie, depuis le jour où je l'ai regardée disparaître dans ce fossé, depuis le jour où j'ai cru qu'elle était morte, depuis le jour où j'ai su qu'elle ne reviendrait pas, depuis le jour où j'ai pris sa place, où j'ai épousé son mari, où j'ai élevé sa fille, où j'ai fait croire à tout le monde que j'étais sa mère, que j'étais sa femme, que j'étais celle qui avait toujours été là, celle qui méritait d'être là, celle qui avait gagné, qui avait pris, qui avait volé, qui avait gardé, qui avait aimé, qui avait haï, qui avait été, qui était, qui serait.— Je n'ai rien fait, je n'ai jamais rien fait, je n'ai jamais voulu faire
Je sens la sueur qui perle sur mon front, je sens mes mains qui tremblent, je sens mon cœur qui bat trop vite, trop fort, trop longtemps, je sens la peur qui monte, qui grossit, qui m'envahit, qui m'étouffe, qui m'empêche de respirer, de penser, de parler, de mentir, de dire ce que Marc m'a dit de dire, ce que je dois dire, ce que je peux dire, ce que je ne peux pas dire, ce que je ne dois pas dire, ce que je dirai, ce que je ne dirai pas, ce que je tairai, ce que je garderai pour moi, pour toujours, pour l'éternité, pour la fin des temps, pour ce qu'il me reste de vie, de temps, d'espoir, de tout ce qui me reste, de tout ce qui me reste quand on a tout perdu, quand on a tout donné, quand on a tout sacrifié, quand on a tout vendu, tout trahi, tout abandonné, tout laissé, tout oublié, tout, tout, tout.— Je ne sais rien, dis-je d'une voix que je veux ferme, que je veux assurée, que j
SabrinaLa salle d'interrogatoire est petite, trop petite, avec ses murs gris, ses néons qui grésillent, sa table en formica sur laquelle sont posés un magnétophone, un dossier épais, et ces photos, ces photos des fioles que je connais, que j'ai tenues, que j'ai vidées dans les perfusions de Gérard, ces photos que j'ai regardées des centaines de fois en me demandant si j'allais jusqu'au bout, si j'allais le tuer, si j'allais le laisser vivre, si j'allais le faire taire, si j'allais le laisser parler, si j'allais le laisser dire la vérité, si j'allais le laisser détruire tout ce que j'ai construit, tout ce que j'ai volé, tout ce que j'ai pris, tout ce que j'ai gardé, tout ce que j'ai protégé, tout ce que j'ai aimé, tout ce que j'ai haï, tout ce que j'ai été, tout ce que je suis, tout ce que je serai.Le commandant Renaud est as
MARCUSLeurs petits pas résonnent encore dans ma tête, synchronisés avec les battements désordonnés de mon cœur. Léon. Lilou. Les noms tournent, s’impriment. Des noms doux, légers, qui contrastent violemment avec le poids de leur existence.Je n’ai pas bougé. Le soleil monte, réchauffant la pierre
MARCUSLa nuit dans le pavillon est épaisse, poreuse. Elle laisse filtrer les souvenirs, mais c’est l’essentiel qui coule à travers : la sensation. Ce n’est pas une image qui vient d’abord, c’est un climat. Une chaleur moite de nuit d’été. Une musique basse, venue d’ailleurs. Le sentiment aigu, gri
ÉLIANORElle rougit légèrement, trahie. Nous savons toutes les deux que « troublée » est un mot faible pour décrire l’électrocution qui a passé entre eux dans le jardin.– Et si tu te fais prendre ?– Je ne me ferai pas prendre. C’est notre maison. Notre jardin. Je suis une vieille dame inoffensive
MARCUSLe café coule dans ma gorge, brûlant, amer. Un rempart contre l’insomnie et les souvenirs qui dansent encore derrière mes paupières. Je suis assis sur la terrasse du pavillon, à l’abri des regards, observant la grande maison s’éveiller. L’air frais du matin ne parvient pas à laver la chaleur







