首頁 / Romance / Trente jours sans retour / Le compte à rebours a commencé

分享

Le compte à rebours a commencé

作者: Céleste
last update publish date: 2026-09-06 17:37:54

Manon s'installa dans l'appartement comme si c'était naturel.

Elle prit ses quartiers dans la chambre d'amis attenante à la suite qu'occupait déjà Adrien depuis des mois — celle-là même dont il avait toujours prétendu qu'elle lui était indispensable « pour ne pas déranger Camille avec ses horaires ». Camille remarqua, sans un mot, que la porte de communication entre les deux pièces, fermée depuis toujours, resta désormais entrouverte du matin au soir.

Elle ne dit rien. Elle avait décidé, la veille au soir, qu'elle passerait les vingt-neuf jours restants non pas à se battre, mais à observer. À voir, une bonne fois pour toutes, avec des yeux enfin dessillés, ce qu'elle avait refusé de regarder pendant trois ans.

Le petit-déjeuner fut une leçon à lui seul. Adrien, qui prenait habituellement son café en silence, le regard rivé sur son téléphone, engagea la conversation de lui-même avec Manon dès qu'elle apparut dans la cuisine, encore en pyjama, les cheveux en bataille.

— Tu as bien dormi ? demanda-t-il.

— Comme un bébé. Ton lit d'amis est plus confortable que tous les hôtels cinq étoiles où j'ai dormi cette année, répondit-elle en riant, avant de s'asseoir à côté de lui. Pas en face, à côté, dans une proximité que Camille n'avait jamais obtenue en trois ans de repas partagés.

— Je me disais qu'on pourrait aller déjeuner dans ton restaurant préféré aujourd'hui, dit Adrien. Celui avec la terrasse sur les quais. Tu te souviens ?

Camille faillit laisser tomber la tasse qu'elle tenait. *Ton restaurant préféré.* Elle connaissait, elle, jusqu'au moindre détail des habitudes alimentaires d'Adrien — son café à quarante-huit degrés, son horreur de la coriandre, sa manière de repousser son assiette de trois centimètres — mais elle n'avait jamais entendu parler d'un quelconque restaurant préféré. Parce qu'en trois ans, il ne l'avait jamais invitée nulle part par simple envie. Chaque sortie avait été professionnelle, calculée, nécessaire à son image publique.

— J'ai une réunion à onze heures, dit-elle doucement, avant que quiconque ne lui pose la question. Je ne pourrai pas vous accompagner.

— Bien sûr, répondit Adrien, sans même lever les yeux, avec un naturel qui la blessa plus que n'importe quel refus explicite n'aurait pu le faire.

Personne ne lui avait rien demandé. Personne, en réalité, n'avait pensé une seconde à l'inviter.

Elle passa la matinée dans son bureau, un espace modeste qu'elle s'était aménagé au fond de l'appartement, loin des pièces de réception, et qu'elle utilisait pour ses activités de traduction. C'était un travail qu'elle avait continué, discrètement, malgré son statut de « Madame Voclain », comme un dernier fil la reliant à la femme qu'elle avait été avant ce mariage. Elle traduisait des contrats internationaux pour un cabinet juridique, un travail méticuleux et solitaire qui lui avait toujours procuré un apaisement singulier, l'impression, au moins dans ces pages, de maîtriser quelque chose entièrement.

Vers midi, elle reçut un message de sa meilleure amie, Sarah, la seule personne qui connaissait toute la vérité sur son mariage.

*Alors, que se passe t'il? Tu lui as vraiment posé un ultimatum? Trente jours ??*

Camille répondit d'un simple : *Oui. Et j'ai eu raison. Manon est rentrée hier.*

La réponse de Sarah arriva quelques secondes plus tard, sans détour, comme toujours : *Camille. Sors de cet appartement avant qu'il ne te reste plus rien de toi-même.*

Elle referma l'application sans répondre. Ce n'était pas si simple. Trente jours, elle avait dit trente jours, et une part d'elle — la part naïve, celle qu'elle n'arrivait décidément pas à faire taire — voulait encore croire qu'il existait une chance, aussi infime soit-elle, qu'Adrien ouvre enfin les yeux sur elle avant l'échéance.

Le soir venu, elle croisa Adrien dans le couloir, une chemise cartonnée sous le bras, contenant les documents pour la fusion avec le groupe Castellane qu'elle avait passé deux semaines à préparer avec lui, relisant chaque clause, anticipant chaque objection des actionnaires.

— La réunion de demain avec le conseil, dit-elle. J'ai relu les projections financières, il y a une incohérence page douze que tu devrais—

— Manon va m'aider à préparer ça ce soir, la coupa-t-il. Elle a travaillé dans la finance à l'étranger, elle aura un regard neuf.

Camille resta un instant silencieuse, la chemise cartonnée toujours entre ses mains, comme un objet devenu soudain inutile.

— D'accord, dit-elle enfin, et elle la lui tendit sans un mot de plus.

Il la prit, la remercia d'un signe de tête distrait. Le genre de merci qu'on adresse à un employé compétent, pas à une épouse. Puis il s'éloigna vers le salon, où Manon l'attendait déjà, un verre de vin à la main, deux dossiers étalés devant elle sur la table basse comme si elle avait toujours occupé cette place.

Cette nuit-là, allongée seule dans l'obscurité, Camille repensa à quelque chose que sa mère lui avait dit, des années plus tôt, alors qu'elle venait tout juste d'accepter d'épouser Adrien à la place de sa sœur. *Tu sais qu'un cœur ne se force pas, Camille. Tu peux tout donner à un homme, si son regard est ailleurs, il restera ailleurs.* Elle avait balayé cette phrase d'un revers de main, à l'époque, persuadée que l'amour, à force de patience, finirait par germer.

Vingt-huit jours. Il en restait vingt-huit, et pour la première fois depuis trois ans, Camille commença à compter non plus dans l'espoir, mais dans l'attente froide et lucide de la fin.

在 APP 繼續免費閱讀本書
掃碼下載 APP

最新章節

  • Trente jours sans retour   Une rencontre inattendue

    Le hasard, implacable et cruel dans son ironie, orchestra leurs retrouvailles quelques semaines plus tard lors du Sommet Économique International de Paris. Au milieu des dorures majestueuses et du murmure feutré des grands décideurs réunis sous les lustres du Palais des Congrès, Reyes Global Ventures s'affichait en géant incontournable. L'omniprésence du fonds américain écrasait la concurrence, reléguant le groupe Voclain au rang de simple figurant. Autrefois partenaire historique et incontournable de ce type de rassemblement, l'empire familial d'Adrien vacillait désormais, forcé d'assister en spectateur à l'ascension fulgurante de son plus grand rival.Camille l'aperçut la première. De l'autre côté de la vaste nef en marbre, Adrien discutait avec un parterre d'investisseurs internationaux. En apparence, il restait l'héritier d'une grande dynastie, sanglé dans un costume sur mesure d'une coupe irréprochable. Mais Camille, qui avait partagé son intimité pendant des années, décoda insta

  • Trente jours sans retour   La méfiance de Manon

    De son côté, Manon sentait le piège se refermer irrémédiablement autour d’elle. Un froid glacial s'était insinué dans la demeure, et chaque seconde passée sous le même toit qu'Adrien s'apparentait désormais à une partie d'échecs. Le sol se dérobait sous ses pieds, emportant une à une les illusions qu'elle avait si méthodiquement construites pour s'emparer de la vie qu'elle estimait mériter.Adrien avait changé. Ce n’était plus cet homme vulnérable, aveuglé par son ego et si facile à manipuler qu'elle avait séduit quelques mois plus tôt. Rien de spectaculaire en apparence — aucun éclat de voix, aucune scène ouverte —, mais une distance mortelle s'était installée dans son regard. Il la fixait désormais avec des yeux froids, analytiques, posant des questions de plus en plus fréquentes et d'une précision chirurgicale sur ses prétendues années à l'étranger. À la moindre de ses hésitations, au moindre micro-temps d'arrêt dans ses réponses, elle sentait le regard d'Adrien peser sur elle, non

  • Trente jours sans retour   Un week-end en amoureux

    Le jeudi soir, dans le cadre feutré d’un restaurant gastronomique, Julian fit une proposition à Camille. Assis en face de Camille, il faisait tourner son vin dans son verre, soudain timide. La lumière tamisée des chandeliers sculptait les angles nets de son visage, tandis que son regard sombre et magnétique fixait la jeune femme avec une intensité troublante.— J’ai une propriété au bord de la mer, en Normandie, glissa-t-il d'une voix grave et envoûtante, dont le timbre fit courir un doux frisson le long de sa colonne vertébrale. Un endroit privé, perché sur la falaise, loin du bruit du monde. J'aimerais vraiment que tu viennes avec moi ce week-end, Camille.Camille hésita quelques secondes, le cœur battant à tout rompre contre ses côtes. Ce n’était pas de la réticence, mais cette prudence tenace qu’elle conservait encore face aux hommes de son rang. Julian Vance n’était pas un homme ordinaire : homme d'affaires redoutable, millionnaire au charme dévastateur, il dégageait une aura cap

  • Trente jours sans retour   Le doute qui s'installe

    Le contraste avec le calme souverain et lumineux dans lequel s’épanouissait la relation de Camille et Julian ne faisait qu’accuser, par une ironie cruelle, le naufrage silencieux d’Adrien. Tandis qu’à l’autre bout de la ville une intimité paisible se construisait pas à pas, l’existence d’Adrien, elle, se délitait. Ce n’était plus seulement une suite de contretemps insignifiants, mais une érosion lente, méthodique, qui menaçait à chaque instant de tout emporter sur son passage.La première fissure majeure était venue de cette promesse suédoise que Manon avait tant fait miroiter. Le fameux fonds d’investissement, censé concrétiser leurs ambitions et leur offrir un nouvel horizon professionnel, s’était littéralement évaporé. Au fil des semaines, le sujet avait glissé des conversations, remplacé par des explications de plus en plus évasives, puis par un silence pesant dès qu’Adrien tentait d’en obtenir les détails. Mais pris en tenaille par le désastre du dossier Krauss, asphyxié par la p

  • Trente jours sans retour   Une nouvelle évidence

    Les semaines qui suivirent ce premier baiser virent leur relation évoluer avec une douceur et un naturel que Camille n'aurait jamais imaginé possible. Elle avait tant redouté, pendant des mois, que sa capacité même à aimer sereinement ait été irrémédiablement abîmée par les années passées auprès d'Adrien. Son coeur qu'elle pensait gelé à jamais par la froideur de son mariage se réchauffait grâce à la chaleur de Julian.Julian ne pressait jamais rien. Il s’infiltrait dans ses journées comme une lumière douce, sans fracas ni grand discours. Chaque matin, c’était un court message qui l’attendait sur son écran : un simple « Bonne journée, Camille chérie », déposé là sans la moindre exigence de réponse immédiate, juste pour lui signaler qu'il pensait à elle et la soutenait. Il se souvenait aussi de ce qu'elle lui disait. Un soir, alors qu’elle cherchait frénétiquement ses clés au fond de son sac, trempée par une pluie battante, il l'avait rejointe devant chez elle avec son infusion préféré

  • Trente jours sans retour   Le père

    Robert Ferrand ne resta effectivement pas inactif bien longtemps, plus soucieux de son entreprise et des retombées économiques et sociales du divorce que du mal-être de sa propre fille.Camille l'apprit par un message bref de Maître Delacroix, reçu un vendredi matin. Ce message l'informait que le cabinet Voclain venait de proposer, par l'intermédiaire d'un tiers, une médiation familiale visant à « explorer toutes les voies de réconciliation possibles avant d'engager plus avant une procédure aussi lourde de conséquences ». La formulation, aussi feutrée fût-elle, ne laissa aucun doute à Camille sur son origine véritable : son père, incapable d'accepter simplement son refus, avait dû contacter directement Édouard Voclain, le père d'Adrien. Il tentait d'orchestrer, dans son dos, une tentative de conciliation qu'elle n'avait jamais sollicitée. Et surtout, qu'elle refusait au plus profond d'elle-même.Elle appela son père sur-le-champ, une colère froide vibrant dans chacun de ses mots.— Tu

更多章節
探索並免費閱讀 優質小說
GoodNovel APP 免費暢讀海量優秀小說,下載喜歡的書籍,隨時隨地閱讀。
在 APP 免費閱讀書籍
掃碼在 APP 閱讀
DMCA.com Protection Status