CHAPITRE : 03

CHAPITRE : 03

 

Maman Eric

 

Je me lève avec colère et me dirige vers ma chambre. Jamais au grand jamais, je ne lèverai le petit doigt pour aider Wilson. Si je l’ai élevé comme mon propre fils ; c’est parce que son père ne m’avait pas laissé le choix. Entre son fils et moi, son choix était clair. Maintenant qu’il est mort, la recréation est terminée. D’ailleurs, il est temps que je cesse de faire semblant d’aller lui rendre visite. L’hypocrisie doit prendre fin.

 

Durant des années, j’ai souffert avec mon mari ; j’ai été privée de nombreux plaisirs afin que nous trouvions une stabilité financière ; est-ce la mère de Wilson qui a subi tout ceci ? Pendant ce temps, elle se reposait tranquillement dans sa tombe. Et aujourd’hui, il veut que je décaisse quarante millions pour le faire sortir ! On dirait qu’il oublie que son père qui le protégeait est mort. Il va pourrir en prison, il n’a encore rien compris. Je voulais passer une soirée paisible mais cette nouvelle change mon humeur.

 

Adeline

J’ai promis à Wilson que je reviendrai dans deux jours ; je dois donc y aller ; je marche pour héler un taxi-moto ; depuis dix minutes que j’en cherche, je n’en trouve pas. Soudain, une voiture se gare devant moi ; la vitre est baissée et je pus distinguer aisément la conductrice :

 

-         Salut toi, il y a un bail !

-         Oh ! Hélène ! Comment vas-tu ?

-         Bien ma chère, monte, je t’emmène où tu vas.

 

Je contourne la voiture pour entrer du côté non chauffeur.

 

-         Hélène ! Tu as disparu ; on ne te croise même plus dans la circulation ;

-         Ma chère, je n’ai plus le temps ; je suis dans les affaires ;

-         Quels genres d’affaires ?

-         Laisse tomber ; alors comment-vas-tu ?

-          Je vais bien Hélène.

 

 Hélène est une ancienne collègue étudiante ; nous nous sommes familiarisées parce que nous étudions souvent ensemble. Cependant, nous ne nous fréquentons pas. Une fois les études terminées, chacune de nous a pris sa voie ; j’avais son contact téléphonique mais entre temps, je l’ai perdu.

 

-         Alors ma belle, dis-moi, on va prendre un pot, histoire de papoter un peu ?

-         Oui, pourquoi pas ? Mais nous n’allons pas nous y éterniser car je me rendais quelque part.

-          Hum ! Tu sembles y tenir ! Tu ne peux pas annuler ?

-         Non ;

-         Où allais-tu donc ?

-         Au Commissariat.

-         Tu as quelle affaire avec la police ?

-         Mon fiancé est prisonnier.

 

Hélène fut si surprise qu’elle freina brusquement. Elle m’interroge :

 

-         Tu es avec un voleur ?

-         Non !

-         Un criminel alors !

-         Encore moins ! Toi aussi !

-         Quelqu’un qui est en prison est forcément coupable d’une faute !

-         Non, tu te trompes, plein de prisonniers sont innocents.

-         Je vois que l’amour t’aveugle, Adeline ; tu trouves déjà l’innocence à des prisonniers ? Nous voici à destination ; entrons, tu me raconteras.

 

Nous prenons place dans le bar climatisé très confortable. Hélène me demande si je désirais manger ; j’accepte et nous commandons.

 

-         Alors, Adeline, dis-moi ce que ton fiancé fait en prison.

-         Hélène, c’est la malchance. On l’accuse d’avoir tué un de ses amis à qui il avait fait des menaces.

-         Et tu es sûr qu’il ne l’a pas tué ?

-         Je peux même te le jurer ;

-         Tu es naïve Adeline ; bref, il ne suffit pas de faire des menaces à une personne pour être accusé de sa mort ; il doit bien y avoir autre chose ;

-         L’ami en question l’a appelé pour une conciliation sur ce qui les opposait ; il est allé mais c’est pour aller retrouver un corps inanimé dans l’appartement ; pris de panique, il essaya de le réveiller en vain ; les faux témoignages aidant et ses empreintes sur l’intéressé, il a été arrêté.

-         En tout cas, je te conseille d’être prudente ; tu ne sais même pas combien d’années il va passer en prison. Trouve -toi un autre homme pendant qu’il est encore temps sinon tu risques de le regretter.

 

Hélène m’énerve ; c’est exactement pour ses réflexions tordues que je n’aimais pas la fréquenter ; pour elle, tout se résume au matériel ; apparemment, elle n’a pas changé ; je choisis ne pas répondre à son indécente proposition. Elle continue sur le même ton :

 

-         Si tu veux, je peux te faire rencontrer quelqu’un.

-         Non, merci, je ne veux pas.

-         Ce n’est pas n’importe quelle personne que je vais te présenter ; ce sont des gens qui changeront ta vie.

-         Non Hélène ! Merci, mais je n’en ai pas besoin.

-         Tu dois bien aimer la souffrance ; quand tu ne galères pas, tu n’es pas à ton aise.

-         Je n’aime pas la souffrance ; ce sont les vicissitudes de la vie. On dirait que tu m’insultes, Hélène ?

-         Mais non Adeline ; ok ; je me tais ; pour me faire pardonner, je vais commander un plat supplémentaire que tu apporteras à ton chéri ;

-         Merci Hélène. Mais ne te dérange pas ;

-         J’insiste ; allons, ne fais pas cette tête. Je n’ai fait que te dire le fond de ma pensée.

 

Nous mangeons en parlant de tout et de rien ; j’explique à Hélène que je suis à la recherche d’un emploi.

 

-         Adeline, tu es trop sérieuse pour trouver un emploi ;

-         Que veux-tu dire Hélène ?

-         Accepterais-tu de coucher pour un emploi ?

-         Jamais de la vie ; que Dieu m’en épargne !

-         Voila ! Penses-tu que nous sommes en Europe ici ? Ici, quand tu n’as pas des alliés sur l’arbre, tu manges les fruits non mûrs. Et si tu n’es pas prête à certaines concessions, tu as du mal à avoir et mieux à garder un emploi. Je te souhaite bonne chance dans tes recherches ; on y va ; je te dépose au Commissariat.

 

Hélène et moi échangeons nos contacts téléphoniques avant de nous séparer.

 

Hélène

 

J’observe Adeline entrer dans le Commissariat et je me dis que cette fille est et restera toujours bête ; elle ne sait pas ce qu’elle vaut ! Si j’avais la moitié de ses charmes, je serais déjà milliardaire ; en plus, au campus, elle était la meilleure de notre promotion ; Adeline est très intelligente ; au lieu de profiter de ses atouts, elle est là, à courir après un prisonnier et à demeurer dans la galère. Certaines femmes m’étonneront toujours. C’est quelle forme d’amour ça ? Avec le temps, elle comprendra ; quand son gars aurait fait dix ans en prison et qu’elle va devenir vieille fille, elle comprendra. Moi, à sa place, je me  serais taper un autre gars le lendemain du jour où il a été mis en prison. Bien que nous ayons échangé nos numéros de téléphone, je ne compte pas l’appeler ; je n’en ai rien à  y tirer.

 

Wilson

Adeline m’a promis passer aujourd’hui mais depuis je ne la vois pas ; ici, il y a un créneau d’heures pour les visites. J’espère bien qu’elle tiendra sa promesse car j’ai envie de voir ma fleur. Chacune de ses visites me réconforte. Grâce à elle, je garde le moral haut. Elle est la fleur de mes pensées, tout le charme de ma vie. J’espère vite sortir d’ici car je la veux contre moi, sentir la suavité de sa peau. Elle a une beauté à faire plier mon cœur, et une voix à envoûter ma raison ; son sourire embellit son visage. Que ne suis-je Roi pour la faire Reine !

Je suis encore en train de penser à Adeline quand l’on m’annonce une visite ; je savais que c’était elle ; elle a tenu sa promesse.

 

-         Adeline, j’ai eu si peur que tu ne viennes pas ;

-         Je te l’ai promis Wilson ; et tu sais que je viens te voir assez souvent ;

-         Oui, la vie carcérale est très difficile et ce sont tes visites qui me réconfortent. Ton absence d’une semaine m’a traumatisé et du coup j’ai peur que tu m’abandonnes ;

-         Cela n’arrivera jamais mon amour ; sois sans crainte.

-         Alors ma fleur, comment tu t’en sors ?

-         Tant que je n’ai pas un emploi, cela sera toujours difficile :

-         J’ai demandé à ma famille maintes fois de t’aider ; je ne sais pas pourquoi elle ne le fait pas.

-         Non, laisse tomber Wilson. Pas besoin de les gêner ; ça va ; je me débrouille. Au fait, les as-tu revus depuis deux jours ?

-         Non, personne n’est venu ici ; mais c’est encore trop tôt ;

-         Ma prière est que cet argent soit réuni au plus vite.

-         Ne t’en fais pas ; tout rentrera dans l’ordre et bientôt nous serons de nouveau ensemble.

 

Adeline sourit à ces mots. Elle est si belle quand elle sourit. Lorsque la visite prend fin, c’est avec beaucoup de peine que nous nous séparons. Dès que je rejoins ma cellule, j’entreprends de déguster le repas soigneusement emballé qu’elle m’a apporté ; à la première bouchée, je le trouve très savoureux mais comme d’habitude, je n’aurai pas l’opportunité d’en prendre assez car il faut partager avec les gourmands de ma cellule. Tout cela me rend nerveux. Si ce n’était pas les vicissitudes de la vie, je fais quoi ici ? Moi, un homme de bonne famille ! Si mon père était en vie, jamais je n’allais passer une journée ici.

 

Lolita

Ma sœur Elisabeth ne plaisantait pas. Elle m’avait bel et bien trouvé un emploi. Bien rémunéré en plus !  Ah ! Il ne faut jamais sous-estimer personne dans la vie ; ma sœur pratiquement une demi-lettrée, femme de ménage et vendeuse de beignets est celle par qui Dieu est passé pour me donner un emploi ; vraiment, cela prouve que le Tout-puissant ne fait acception de personne.

 

Issifou, mon mari, avait accueilli cette nouvelle avec joie ; mais sa mère s’évertue à lui faire comprendre qu’il ne doit pas me laisser travailler ; manque de chance pour elle, cette fois-ci, elle ne réussit pas à l’influencer. Elle n’a d’ailleurs encore rien vu ; quand j’aurais travaillé pendant six mois, nous irons louer notre propre appartement. Qu’elle reste seule dans sa maison !

 

Maintenant que j’ai du travail, je prie aussi pour que mon amie Adeline aussi en trouve. Déjà, je suis heureuse de pouvoir l’aider encore plus substantiellement qu’avant. Je sais que bientôt, elle retrouvera le sourire.

 

Je suis allongée sur mon lit en train de penser à ma vie future quand ma belle-mère cogne à ma porte avec brutalité en criant mon nom :

 

-         Lolita ! Lolita !

Je sors précipitamment de la chambre et je la vois toute furieuse.

 

-         Tu fais quoi dans la maison et tu ne peux pas t’occuper de ma petite-fille ?

-         Comment ça, je ne m’occupe pas d’elle ?

-         Elle est rentrée dans la cuisine et s’est embourbée de farine ; regarde-là ; et si elle avait avalé quelque chose qu’elle ne devrait pas ?

-         Mais je l’ai laissé avec Afi !

-         Tu penses que j’ai engagé Afi pour cela ? Tu dois t’occuper de la petite toi-même ! Avec cela, tu veux travailler ? Qui sera ta bonne ici ?

 

Elle se retourna sur ses pas. Je la regarde et je souris ; je comprends où elle voulait en venir ; à mon futur travail ; je ne sais même pas ce qui la dérange. Cette dame est le calvaire de ma vie de femme mariée. A cette allure, je vais déménager plutôt que prévu ; j’emmène ma fille dans la salle de bains pour la nettoyer. Vivement lundi pour que je commence à travailler !

 

Maman Issifou

Issifou est mon fils cadet ; j’en ai deux ; l’aîné vit à l’étranger depuis quelques années. Je ne comprends pas mon fils ; il ne fait jamais ce que je lui demande de faire.  Il est vraiment différent de son frère ; je lui ai bien dit ici que je voulais d’une épouse musulmane mais il n’en a fait qu’à sa tête. Maintenant, je suis obligée de supporter cette fille ! Je vais lui causer toutes les misères de ce monde jusqu’à ce qu’elle s’en aille d’elle-même où jusqu’à ce que mon fils prenne une seconde femme. D’ailleurs, en tant que musulman, il a droit à quatre épouses.

 

Je ferai tout pour que mon fils prenne une deuxième femme ; d’ailleurs je n’ai rien à faire de mes journées ; cette tâche serait ma nouvelle attribution. Et je n’aurai de cesse que quand j’aurais réussi.

 

Je suis devant la télévision quand mon fils rentre ; il me salue :

 

-         Bonsoir maman ; comment as-tu passé ta journée ?

-         Mal ! Vraiment mal ;

-         Comment cela ?

-         C’est ta femme ooh, c’est ta femme ! Encore ta femme ; toujours ta femme ;

-         Qu’est-ce qu’elle a encore fait maman ?

-         Au lieu de s’occuper de la petite, elle passe son temps à dormir ; la petite est entrée dans la cuisine et s’est enrôlée dans la farine ; j’espère juste qu’elle n’a pas avalé une substance nocive !

-         C’est bon maman, calme toi ; je vais lui parler, elle fera plus attention à la petite.

 

Issifou

Je suis rentré du travail très fatigué par une dure journée et voilà que je dois encore écouter les plaintes de ma mère ; je passe mon temps à arbitrer des conflits entre ma mère et ma femme. Est-ce qu’elles arriveront à s’entendre un jour ? Pourquoi belle-mère et belle-fille ont-elles du mal à vivre en harmonie ?

La vie de famille amène le bonheur. Cependant, dans mon cas, ma femme ne fait que se plaindre des difficultés de relations avec ma mère. Les rapports entre les deux apparaissent compliqués. Qu'est-ce qui rend les relations entre elle et ma mère aussi tendue ?

 

Je commence à penser que Lolita a raison de vouloir que nous allions vivre dans un appartement loué ; je pense que la cause du problème, c’est moi. J’ai toujours été très fusionnel avec ma mère et elle a peut-être l’impression que Lolita est venue me voler. Comment faire pour gérer la situation et faire en sorte que cela ne s’envenime pas ?

 

Puisque notre relation mère-enfant a été très fusionnelle, devenu adulte, je suis pris dans un conflit de loyauté : en effet, je suis partagé entre cette mère qui m’a fait grandir et envers laquelle je me dois de rester loyal et mon épouse, étrangère à la famille. On ne parvient pas à quitter sa mère quand elle nous a trop aimé.  Qui dois-je privilégier entre ma mère et ma femme ? Le choix est périlleux : choisir ma femme, c’est trahir ma mère en quelque sorte. Le mieux à faire est donc de déménager pour ne pas un jour me retrouver dans une situation où je dois choisir entre les deux. Je dois faire attention à ce que l’une ne m’éloigne de l’autre car je les aime toutes deux mais différemment. Je pense que cela a été une erreur de vivre ici avec ma femme ; mais c’était pour faire des économies afin de vite construire ma propre maison. En plus, la maison est grande et je vivais seul avec maman et la domestique ; j’avais pensé bien faire en emmenant ma femme ici pour que la famille s’agrandisse.  Mais, je préfère éviter le pire ; je vais donc déménager car je me dois de protéger mon épouse ; je l’expliquerai à ma mère et je sais qu’elle me comprendra. Ne suis-je pas après tout son fils chéri ?  Il va falloir qu’elle comprenne que je suis engagé dans une nouvelle vie et qu’elle se doit de respecter mon épouse ; Lolita aussi doit comprendre que c’est ma mère et lui concéder la place qu’elle mérite. Je sais que jusque-là, elle s’efforce de toujours respecter ma mère même si cette dernière me dit le contraire. Je vais l’exhorter à plus d’efforts et de patience car ma mère au fond n’est pas méchante. En plus, je suis conscient que je ne pourrai être heureux en tournant le dos à ma mère. C’est en fin de compte la femme qui m’a mise au monde et m’a donné une éducation.  Par mon déménagement, je vais maintenir un équilibre entre mon épouse et ma mère. Il faut que ma femme comprenne que je suis l’enfant de ma mère et que ma mère comprenne que je suis le mari de ma femme. Chacune a une place et personne ne pourra remplacer l’autre.

Lolita

Cela fait déjà trois mois que je travaille et je suis épanouie ; j’aime ce que je fais ; comble de bonheur, c’est Issifou même qui a pris la décision du déménagement ; j’étais si contente ! Il a enfin compris que rien ne vaut la paix et la tranquillité d’esprit. Ma belle-mère n’a pas du tout digéré cette nouvelle. Elle a vociféré et tempêté. Je m'en fous. Le chien aboie, la caravanne passe.

Comments (1)
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Tainara Oliveira
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