MasukPOV NaïaDeux semaines plus tard. Mardi matin. Neuf heures.La lettre arrive par voie recommandée, ce même formalisme qui accompagne toujours les décisions qui comptent vraiment. Je reconnais l'en-tête avant même d'ouvrir l'enveloppe ,le tribunal, cette écriture officielle qui n'a jamais changé depuis que j'ai commencé à en recevoir, il y a dix ans, dans un tout autre contexte.Raphaël est parti au bureau depuis une heure. Mathis est à l'école. Je suis seule dans la cuisine, une tasse de tisane à la main, ce ventre désormais si lourd que je dois m'asseoir pour ouvrir une simple enveloppe.Je lis.Le tribunal reconnaît Ju
POV NaïaJeudi matin. Dix heures.Le président avait annoncé une décision "dans les prochains jours". Il ne s'agit finalement pas d'une décision écrite envoyée par courrier, comme je m'y attendais, mais d'une nouvelle audience, convoquée en urgence, parce que — Berthier me l'apprend par téléphone alors que je finis de m'habiller ;Faure a demandé lui-même à être réentendu.— Il veut parler, dit Berthier. Son propre avocat a tenté de l'en dissuader, apparemment. Il a insisté.— Tu penses qu'il va reconnaître quelque chose ?— Je pense qu'un homme qui demande à être r&ea
POV NaïaLundi matin. Neuf heures.Le Palais de Justice, encore. Cette pierre, ces plafonds hauts, ce bruit sourd et permanent qui n'est pas du bruit exactement mais la texture sonore d'un lieu où des vies se décident depuis des siècles. Je le connais par cœur. Mais aujourd'hui, c'est différent : je suis assise du côté de la partie civile, pas debout à la barre en train de plaider pour quelqu'un d'autre.C'est moi, la plaignante.Berthier est à mes côtés, sa mallette ouverte, ses documents classés avec cette précision méthodique que j'ai reconnue en lui dès le premier rendez-vous. Raphaël est sur le banc derrière, avec Thomas. Il avait insisté pour
POV NaïaVendredi soir. Vingt-deux heures trente.La douleur me réveille en sursaut. Pas une gêne, pas cette tension sourde des dernières semaines ,une vraie contraction, nette, qui me coupe le souffle une seconde avant de reculer.Je reste immobile dans le noir, cette même attention méthodique que j'applique à tout, en train de compter dans ma tête. Une minute. Une minute trente. Rien.Puis, dix minutes plus tard, elle revient.Je pose ma main sur le bras de Raphaël.— Raphaël.Il se redresse d'un coup, cette réactivité qu'il a développ&
POV NaïaMercredi matin. Huit heures.Le docteur Ferrand — pas celui de Mathis, mais une consœur qu'il m'a recommandée, la spécialiste qui suit ma grossesse depuis le sixième mois — pose son stéthoscope et me regarde avec cette expression particulière des médecins qui vont annoncer quelque chose sans vouloir affoler leur patiente.— Trente-sept semaines, dit-elle. Le bébé est parfaitement positionné. À ce stade, il peut arriver à n'importe quel moment. Ce n'est plus une question de mois, Maître Kouassi. C'est une question de semaines, voire de jours.Je m'assois plus droite sur la table d'examen, cette information qui, bien que je l'attendais depuis des semaines
POV NaïaDimanche soir. Dix-neuf heures.Ils sont tous là. Ce n'est pas prévu au départ , Raphaël voulait simplement inviter Chloé et Julien, notre collaborateur, pour un point rapide sur le dossier Solacia, mais Alexis a proposé de venir, puis Théo a dit qu'il avait des informations utiles depuis sa dernière conversation avec un ancien contact de Londres, et l'appartement s'est rempli, progressivement, de cette énergie particulière des soirs où une famille entière décide de porter quelque chose ensemble plutôt que chacun dans son coin.Mathis, ravi de cette effervescence inhabituelle, a installé une sorte de quartier général sur la table du salon avec ses propres feutres de couleur, prétendant







