Se connecterIl n’était pas censé monter.C’était la règle implicite qu’ils avaient installée entre eux. Léger. Fluide. Sans complication.Mais certaines soirées ont une densité particulière. Une fatigue nerveuse. Une tension accumulée qui ne demande plus à être analysée.Après la victoire du match à domicile, l’équipe avait brièvement célébré. Rien d’excessif. Rien d’officiel. Juste assez pour relâcher la pression.Mathieu l’avait regardée plusieurs fois pendant la soirée.Pas possessif.Pas jaloux.Mais décidé.Quand ils se retrouvèrent dehors, l’air était froid et sec. Éliane sentit l’adrénaline encore active sous sa peau.— Tu viens chez moi, dit-elle simplement.Pas un sourire.Pas une hésitation.Il la regarda une seconde de trop.— Tu es sûre que ce n’est pas… impulsif ?Elle s’approcha de lui.— Si. Complètement.Et elle l’embrassa.Pas doucement cette fois.Le baiser était profond, affamé, chargé des jours retenus.Il répondit immédiatement. Sa main glissa dans son dos, l’attirant contre
Les jours qui suivirent le retrait glacial d’Alexei laissèrent un vide étrange dans l’aréna. Il était toujours là, mais comme une présence périphérique, disciplinée, distante. Il ne cherchait plus l’affrontement. Il ne cherchait plus Éliane non plus.Et c’était précisément ce qui la troublait.Alors elle se concentra ailleurs.Mathieu, lui, n’avait pas changé d’attitude. Il ne revendiquait rien. Ne posait aucune pression. Il continuait d’être ce qu’il avait toujours été : solide, présent, ancré.Mais il y avait maintenant une tension assumée entre eux. Un fil invisible qu’ils avaient cessé de nier.Un soir, après un entraînement intense, il lui proposa simplement :— On va boire quelque chose. Pas avec l’équipe. Juste… dehors.Pas un rendez-vous officiel.Pas une déclaration.Elle accepta.Le bar qu’il choisit était discret, à quelques rues de l’aréna. Lumière tamisée, musique basse, tables espacées. Assez pour parler sans se cacher.Assise en face de lui, Éliane réalisa qu’elle ne l’
Il ne bougea pas.Pas quand la porte de la salle vidéo s’ouvrit.Pas quand Mathieu fit un pas dans le couloir.Pas quand Éliane apparut derrière lui, les lèvres encore légèrement rosées, le souffle encore instable malgré ses efforts pour le masquer.Alexei était adossé au mur, les bras croisés. Le néon au-dessus de lui projetait une lumière pâle sur ses traits, accentuant la dureté naturelle de son visage.Il n’y avait rien d’explosif dans son regard.C’était pire.Il était parfaitement calme.Mathieu s’arrêta à mi-distance. Éliane sentit immédiatement que l’énergie avait changé. Plus de tension brute. Plus d’électricité sauvage.Juste une froideur dense.— Tu avais besoin de la salle vidéo ? demanda Mathieu, ton neutre.Alexei décroisa lentement les bras.— Non.Sa voix était plate. Stable. Presque douce.Son regard glissa vers Éliane.Pas vers sa bouche.Pas vers ses mains.Dans ses yeux.Il la regardait comme on observe une donnée.Un fait.Un résultat.Elle sentit un frisson lui p
La neige avait cessé.L’air était plus froid encore, comme si la tempête avait aspiré toute chaleur inutile. Éliane était rentrée chez elle avec l’image de Mathieu immobile dans l’encadrement de la porte, les observant dans la nuit blanche.Il n’avait rien dit.Mais son silence était une décision.Le lendemain, il ne fit aucune remarque. Aucun reproche. Aucune allusion.C’était presque pire.L’entraînement se déroula avec une concentration inhabituelle. Mathieu donnait les consignes avec précision, la voix ferme, le regard clair. Professionnel. Irréprochable.Mais quelque chose avait changé.Il ne l’évitait pas.Il la regardait plus longtemps.Pas avec jalousie.Avec lucidité.À la fin de la séance, alors que les joueurs quittaient la glace, il s’approcha d’elle sans un mot et lui fit un signe discret vers le couloir secondaire.Elle hésita une seconde.Puis le suivit.Le couloir était vide. Lumière tamisée. Bruit lointain des douches.Il s’arrêta devant la porte de la salle vidéo.La
Le silence du bureau du coach était plus oppressant que celui du couloir quelques minutes plus tôt. L’aréna s’était vidé peu à peu, mais ici, l’air restait lourd, chargé d’une tension froide qui n’avait rien à voir avec la glace.Éliane était restée en retrait. Elle n’aurait pas dû être là, mais le coach lui avait demandé de rester. Peut-être parce qu’elle était devenue, malgré elle, un élément de l’équation.Mathieu se tenait debout, bras croisés, le visage fermé. Alexei, lui, était assis, les coudes sur les genoux, les mains jointes devant lui. Aucun des deux ne se regardait.Le coach fit glisser une feuille sur son bureau.« La ligue a examiné les images. Bagarre après sifflet. Agression ciblée. Comportement antisportif aggravé. »Il releva les yeux vers Alexei.« Suspension de trois matchs. Effet immédiat. »Le mot suspension sembla résonner plus longtemps que les autres.Trois matchs.Dans une saison serrée, c’était énorme.Alexei ne réagit pas immédiatement. Il hocha simplement
Le silence dans le couloir était plus violent que n’importe quel coup échangé sur la glace.Mathieu ne bougeait pas.Son regard ne quittait pas la main d’Alexei posée sur la taille d’Éliane.Une main ferme.Consciente.Assumée.Alexei ne la retira pas immédiatement.Ce détail changeait tout.Éliane sentit son cœur cogner dans sa poitrine. L’air semblait plus dense. Plus lourd.— Enlève ta main, dit Mathieu.Sa voix n’était pas forte.Mais elle ne tremblait pas.Alexei tourna lentement la tête vers lui.— Non.Un seul mot.Calme.Provocateur sans hausser le ton.Éliane sentit la pression du pouce d’Alexei s’accentuer légèrement contre sa hanche.Comme pour signifier qu’il avait entendu.Comme pour refuser.— Ce n’est pas à toi de décider, répliqua Mathieu.Il s’avança d’un pas.Le couloir paraissait soudain trop étroit pour contenir les deux hommes.Éliane retrouva enfin sa voix.— Ça suffit.Elle posa sa main sur le torse d’Alexei.Cette fois, elle le repoussa.Il la relâcha immédiate







