로그인Le match était serré.
Trop serré. Deuxième période. Égalité. L’aréna vibrait d’une énergie électrique. Les gradins étaient pleins, les projecteurs aveuglants, l’air chargé d’adrénaline. Éliane se tenait derrière le banc, bras croisés, concentrée. Ce genre de match révélait les fissures. Elle observait les corps, les respirations, les micro-tensions. Alexei jouait différemment ce soir. Contrôlé. Mais au bord. Chaque accélération semblait retenue d’un fil invisible. Chaque mise en échec était précise… mais plus lourde que nécessaire. Mathieu, lui, distribuait les consignes avec calme. Regard large. Lecture stratégique. Deux forces opposées. Un équilibre fragile. Un choc violent contre la bande fit vibrer tout le banc. Alexei venait de percuter le défenseur adverse avec une intensité brutale. La foule hurla. Trop brutal. L’arbitre siffla. Deux minutes de pénalité. Alexei patina vers le banc des pénalités sans protester. Mais son regard passa brièvement vers Éliane. Elle sentit son ventre se contracter. Ce n’était pas de la colère. C’était autre chose. Quelque chose de contenu depuis trop longtemps. • La troisième période débuta sous tension. Le score toujours égal. Le public survolté. Puis tout bascula. Une passe mal interceptée. Une contre-attaque rapide. Un adversaire lancé à pleine vitesse vers Mathieu. Éliane le vit une seconde avant l’impact. — Attention ! cria-t-elle malgré elle. Trop tard. Le choc fut violent. Mathieu heurta la glace lourdement, la tête frappant presque la surface gelée avant que son casque n’absorbe le pire. Le silence tomba une fraction de seconde dans l’aréna. Puis le bruit explosa. Alexei était déjà sur l’adversaire. Il le projeta au sol avec une rage brute. Les gants volèrent. Les coups partirent. Ce n’était plus stratégique. C’était personnel. Les joueurs s’agrippaient, les arbitres tentaient de séparer les corps. Éliane n’attendit pas la permission. Elle sauta sur la glace dès que le signal médical fut donné. Mathieu était à genoux, respirant difficilement. — Regarde-moi, dit-elle fermement en posant les mains sur son casque. Il obéit. Toujours. — Vision floue ? — Non… juste… sonné. Elle vérifia ses pupilles. Sa respiration. Stable. Mais il grimaça en tentant de se relever. — Côtes, souffla-t-il. Elle l’aida à se redresser. À quelques mètres, Alexei était maintenu par deux joueurs. Son regard était noir. Pas stratégique. Pas froid. Animal. Il se dégagea brusquement et fixa l’adversaire encore au sol. — Tu le touches encore et je te détruis, cracha-t-il. La menace résonna jusque dans les gradins. Éliane sentit un frisson la traverser. Ce n’était plus du jeu. Les arbitres expulsèrent Alexei. Match terminé pour lui. Il quitta la glace sans regarder personne. Sauf elle. Une seconde. Brûlante. Puis il disparut dans le tunnel. • Le vestiaire était lourd. Chargé d’électricité. Mathieu était assis, torse nu, tandis qu’Éliane examinait ses côtes. Contusion probable. Peut-être une fissure. — Respire profondément. Il obéit, serrant les dents. — Ça va passer, murmura-t-il. Elle savait qu’il mentait. Elle posa délicatement une poche de glace sur son flanc. Le silence était dense. — Il a perdu le contrôle, dit Mathieu finalement. Elle ne répondit pas. — Il n’aurait pas dû. Cette fois, elle releva les yeux. — Tu aurais fait quoi à sa place ? Un silence. — Pas ça. Mais son regard trahissait autre chose. Il savait. Il comprenait. Elle termina le bandage avec précision. — Je vais voir s’il est blessé aussi, dit-elle doucement. Mathieu la fixa. Longuement. — Sois prudente. Ce n’était pas à propos d’une blessure. Elle hocha la tête. • Le couloir menant aux douches était presque vide. On entendait encore l’écho lointain de la foule qui quittait les gradins. Elle trouva Alexei près de son casier. Seul. Les jointures rouges. Une fine coupure au-dessus de l’arcade. Il ne leva pas les yeux quand elle entra. — Assieds-toi, dit-elle. Il obéit. Sans un mot. Elle prit une compresse, s’approcha. Son souffle était encore rapide. Elle nettoya la coupure avec douceur. Il ne cilla pas. — Tu aurais pu être suspendu, dit-elle calmement. — Je m’en fous. — Ce n’est pas seulement toi que ça impacte. Il releva les yeux. Enfin. — Il l’a percuté délibérément. — C’était un contact légal. — Pas l’intention. Leur regard se verrouilla. — Tu n’as pas à me protéger comme ça, dit-elle plus bas. Un muscle se contracta dans sa mâchoire. — Je ne le protège pas. — Alors quoi ? Silence. Elle termina de nettoyer la plaie. — Tu as perdu le contrôle. — Non. Il attrapa doucement son poignet. Pas brusquement. Pas violent. Mais ferme. — Je savais exactement ce que je faisais. Le contact fit dérailler son souffle. Elle tenta de retirer sa main. Il ne la serra pas davantage. Mais il ne la relâcha pas non plus. — Il t’a regardée avant de le frapper, dit-il. Son cœur manqua un battement. — Quoi ? — Il a vu que tu criais. Le monde sembla ralentir. — Ça n’a rien à voir avec moi. — Tout a à voir avec toi. La phrase tomba comme une fissure dans la glace. Elle secoua la tête. — Tu interprètes. Il se leva brusquement. Trop proche. Elle dut lever les yeux pour soutenir son regard. — Tu crois vraiment que je me bats pour le plaisir ? Sa voix était basse. Vibrante. — Tu crois que je perds le contrôle pour rien ? Le silence autour d’eux devint étouffant. — Tu ne peux pas décider pour moi de ce qui me concerne, souffla-t-elle. — Je ne décide pas. Un pas encore. Elle sentit le casier froid dans son dos. — Je protège. — Je n’ai pas besoin que tu me protèges. Un battement. — Si. Le mot était à peine audible. Elle sentit son cœur cogner contre ses côtes. — Tu n’as pas ce droit. — Et lui ? demanda-t-il. Elle fronça les sourcils. — Quoi, lui ? — Il peut te raccompagner. Te parler comme si… Il s’interrompit. La jalousie vibrait enfin à la surface. Brute. Non maîtrisée. — Comme si quoi ? murmura-t-elle. Sa main glissa de son poignet à sa taille. Exactement au même endroit que l’autre jour. Cette fois, ce n’était pas un accident. Son pouce appuya légèrement. Une pression réelle. Consciente. — Comme si tu étais déjà— Un bruit sec résonna dans le couloir. Une porte claqua violemment. Des pas. Rapides. Ils se figèrent. La main d’Alexei toujours sur sa taille. La distance inexistante. La respiration suspendue. La silhouette de Mathieu apparut au bout du couloir. Il s’arrêta net. Son regard glissa. Sur la main. Sur la proximité. Sur leurs visages trop proches. Le silence devint absolu. La main d’Alexei ne bougea pas. Et Éliane n’avait pas encore décidé si elle allait la repousser.Il n’était pas censé monter.C’était la règle implicite qu’ils avaient installée entre eux. Léger. Fluide. Sans complication.Mais certaines soirées ont une densité particulière. Une fatigue nerveuse. Une tension accumulée qui ne demande plus à être analysée.Après la victoire du match à domicile, l’équipe avait brièvement célébré. Rien d’excessif. Rien d’officiel. Juste assez pour relâcher la pression.Mathieu l’avait regardée plusieurs fois pendant la soirée.Pas possessif.Pas jaloux.Mais décidé.Quand ils se retrouvèrent dehors, l’air était froid et sec. Éliane sentit l’adrénaline encore active sous sa peau.— Tu viens chez moi, dit-elle simplement.Pas un sourire.Pas une hésitation.Il la regarda une seconde de trop.— Tu es sûre que ce n’est pas… impulsif ?Elle s’approcha de lui.— Si. Complètement.Et elle l’embrassa.Pas doucement cette fois.Le baiser était profond, affamé, chargé des jours retenus.Il répondit immédiatement. Sa main glissa dans son dos, l’attirant contre
Les jours qui suivirent le retrait glacial d’Alexei laissèrent un vide étrange dans l’aréna. Il était toujours là, mais comme une présence périphérique, disciplinée, distante. Il ne cherchait plus l’affrontement. Il ne cherchait plus Éliane non plus.Et c’était précisément ce qui la troublait.Alors elle se concentra ailleurs.Mathieu, lui, n’avait pas changé d’attitude. Il ne revendiquait rien. Ne posait aucune pression. Il continuait d’être ce qu’il avait toujours été : solide, présent, ancré.Mais il y avait maintenant une tension assumée entre eux. Un fil invisible qu’ils avaient cessé de nier.Un soir, après un entraînement intense, il lui proposa simplement :— On va boire quelque chose. Pas avec l’équipe. Juste… dehors.Pas un rendez-vous officiel.Pas une déclaration.Elle accepta.Le bar qu’il choisit était discret, à quelques rues de l’aréna. Lumière tamisée, musique basse, tables espacées. Assez pour parler sans se cacher.Assise en face de lui, Éliane réalisa qu’elle ne l’
Il ne bougea pas.Pas quand la porte de la salle vidéo s’ouvrit.Pas quand Mathieu fit un pas dans le couloir.Pas quand Éliane apparut derrière lui, les lèvres encore légèrement rosées, le souffle encore instable malgré ses efforts pour le masquer.Alexei était adossé au mur, les bras croisés. Le néon au-dessus de lui projetait une lumière pâle sur ses traits, accentuant la dureté naturelle de son visage.Il n’y avait rien d’explosif dans son regard.C’était pire.Il était parfaitement calme.Mathieu s’arrêta à mi-distance. Éliane sentit immédiatement que l’énergie avait changé. Plus de tension brute. Plus d’électricité sauvage.Juste une froideur dense.— Tu avais besoin de la salle vidéo ? demanda Mathieu, ton neutre.Alexei décroisa lentement les bras.— Non.Sa voix était plate. Stable. Presque douce.Son regard glissa vers Éliane.Pas vers sa bouche.Pas vers ses mains.Dans ses yeux.Il la regardait comme on observe une donnée.Un fait.Un résultat.Elle sentit un frisson lui p
La neige avait cessé.L’air était plus froid encore, comme si la tempête avait aspiré toute chaleur inutile. Éliane était rentrée chez elle avec l’image de Mathieu immobile dans l’encadrement de la porte, les observant dans la nuit blanche.Il n’avait rien dit.Mais son silence était une décision.Le lendemain, il ne fit aucune remarque. Aucun reproche. Aucune allusion.C’était presque pire.L’entraînement se déroula avec une concentration inhabituelle. Mathieu donnait les consignes avec précision, la voix ferme, le regard clair. Professionnel. Irréprochable.Mais quelque chose avait changé.Il ne l’évitait pas.Il la regardait plus longtemps.Pas avec jalousie.Avec lucidité.À la fin de la séance, alors que les joueurs quittaient la glace, il s’approcha d’elle sans un mot et lui fit un signe discret vers le couloir secondaire.Elle hésita une seconde.Puis le suivit.Le couloir était vide. Lumière tamisée. Bruit lointain des douches.Il s’arrêta devant la porte de la salle vidéo.La
Le silence du bureau du coach était plus oppressant que celui du couloir quelques minutes plus tôt. L’aréna s’était vidé peu à peu, mais ici, l’air restait lourd, chargé d’une tension froide qui n’avait rien à voir avec la glace.Éliane était restée en retrait. Elle n’aurait pas dû être là, mais le coach lui avait demandé de rester. Peut-être parce qu’elle était devenue, malgré elle, un élément de l’équation.Mathieu se tenait debout, bras croisés, le visage fermé. Alexei, lui, était assis, les coudes sur les genoux, les mains jointes devant lui. Aucun des deux ne se regardait.Le coach fit glisser une feuille sur son bureau.« La ligue a examiné les images. Bagarre après sifflet. Agression ciblée. Comportement antisportif aggravé. »Il releva les yeux vers Alexei.« Suspension de trois matchs. Effet immédiat. »Le mot suspension sembla résonner plus longtemps que les autres.Trois matchs.Dans une saison serrée, c’était énorme.Alexei ne réagit pas immédiatement. Il hocha simplement
Le silence dans le couloir était plus violent que n’importe quel coup échangé sur la glace.Mathieu ne bougeait pas.Son regard ne quittait pas la main d’Alexei posée sur la taille d’Éliane.Une main ferme.Consciente.Assumée.Alexei ne la retira pas immédiatement.Ce détail changeait tout.Éliane sentit son cœur cogner dans sa poitrine. L’air semblait plus dense. Plus lourd.— Enlève ta main, dit Mathieu.Sa voix n’était pas forte.Mais elle ne tremblait pas.Alexei tourna lentement la tête vers lui.— Non.Un seul mot.Calme.Provocateur sans hausser le ton.Éliane sentit la pression du pouce d’Alexei s’accentuer légèrement contre sa hanche.Comme pour signifier qu’il avait entendu.Comme pour refuser.— Ce n’est pas à toi de décider, répliqua Mathieu.Il s’avança d’un pas.Le couloir paraissait soudain trop étroit pour contenir les deux hommes.Éliane retrouva enfin sa voix.— Ça suffit.Elle posa sa main sur le torse d’Alexei.Cette fois, elle le repoussa.Il la relâcha immédiate







