Mag-log inElle s’était réfugiée près du buffet, une coupe de champagne à la main, quand un homme s’était approché d’elle.Il n’était pas grand, pas particulièrement beau, pas particulièrement élégant. Il portait un costume qui semblait avoir été choisi par quelqu’un d’autre, et ses cheveux bruns étaient ébouriffés comme s’il venait de traverser une tempête. Mais il avait un sourire doux, des yeux pétillants de malice, et une façon de parler qui mettait immédiatement à l’aise.— Vous n’avez pas l’air de vous amuser beaucoup, avait-il remarqué en s’arrêtant près d’elle.— Je ne suis pas très douée pour ce genre d’événements, avait-elle répondu honnêtement. Trop de monde, trop de bruit, trop de discours.— Moi non plus. Je suis toujours étonné qu’on m’invite. Je crois que c’est par erreur, ou par pitié.Elle avait ri, surprise par son autodérision. Il s’appelait Thomas. Il était chercheur en botanique, spécialiste des plantes médicinales, et venait de publier un livre sur les herbiers médiévaux. I
Avant de partir, elle écrivit une lettre. Une seule. Elle la glissa dans une enveloppe qu’elle adressa à sa mère, sans savoir si elle la recevrait, sans savoir si elle la lirait. Elle y demandait pardon. Pas pour revenir, pas pour être accueillie à bras ouverts. Juste pour que Madeleine sache que sa fille cadette regrettait, du fond du cœur, tout le mal qu’elle avait fait.Elle ne laissa rien pour Nina. Elle n’avait plus rien à lui dire. Ou plutôt, elle avait trop à lui dire, et ne savait pas comment le formuler. Peut-être un jour, dans quelques années, quand la honte serait moins cuisante, quand le remords serait moins vif. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, elle n’avait que des larmes, et les larmes ne s’écrivent pas.Elle descendit l’escalier de son immeuble, sa valise à la main, sans se retourner. Dehors, un taxi l’attendait. Elle monta, donna l’adresse de la gare, et regarda par la fenêtre les rues de la ville défiler une dernière fois. Elle ne savait pas où elle allait. Elle ava
Louisette avait passé les semaines qui suivirent le mariage dans un état de prostration dont elle n’aurait jamais cru être capable. Elle, la femme fière, la séductrice impénitente, la manipulatrice hors pair, n’était plus que l’ombre d’elle-même. Elle ne sortait plus, ne répondait plus au téléphone, ne voyait plus personne. Les rares amies qui lui restaient encore avant le scandale s’étaient détournées d’elle, l’une après l’autre, comme on abandonne un navire qui sombre.Son appartement, cet appartement qu’Éric avait payé et qu’elle avait cru posséder pour toujours, était devenu une prison. Les murs qu’elle avait fait repeindre en rouge passion, les meubles qu’elle avait choisis avec soin, les tableaux qu’elle avait accrochés pour impressionner ses visiteurs, tout cela lui semblait aujourd’hui dérisoire, ridicule, presque obscène. Elle passait ses journées au lit, les rideaux tirés, à fixer le plafond sans le voir, à ressasser les mêmes pensées qui tournaient en boucle dans sa tête.N
Les deux agents échangèrent un regard. Ils avaient lu les journaux, eux aussi. Ils connaissaient l’histoire, ou du moins ce que les médias en avaient rapporté. L’agent féminin posa une main prudente sur l’épaule d’Éric.— Monsieur Delatour, vous ne pouvez pas rester ici. Il fait trop froid. Vous avez besoin d’aide. Laissez-nous vous emmener quelque part où l’on pourra s’occuper de vous.— Où ça ? demanda-t-il d’une voix vide.— À l’hôpital. Vous avez besoin de voir un médecin.Éric ne protesta pas. Il ne résista pas. Il se laissa relever, soutenu par les deux agents qui le prirent chacun par un bras. Il était si léger, si frêle, qu’ils eurent l’impression de porter une coquille vide. Ses pieds touchaient à peine le sol, et sa tête ballottait d’avant en arrière comme celle d’une poupée de chiffon.Ils l’installèrent à l’arrière de la voiture de patrouille, lui couvrirent les épaules d’une couverture de survie, et démarrèrent en silence. L’agent féminin, assise à côté de lui, lui tenait
— Non. Plus rien. Tu es une page tournée, un chapitre refermé, un livre que j’ai rangé dans la bibliothèque et que je ne relirai jamais. Tu es mon passé, Éric. Et mon passé, je l’ai accepté, je l’ai guéri, je l’ai dépassé. Il ne me fait plus souffrir. Il ne me fait plus rien.— Alors c’est vraiment fini, dit-il d’une voix brisée. Vraiment, définitivement fini.— Oui. C’est fini. Depuis longtemps. Bien plus longtemps que tu ne le crois.Elle le regarda une dernière fois, cet homme qui avait été son bourreau, son geôlier, son tortionnaire. Et elle n’éprouva rien. Ni colère, ni pitié, ni regret. Rien. Le vide. L’indifférence. Sa plus belle victoire.— Adieu, Éric. Prends soin de toi. Essaie de te reconstruire, si tu le peux. Essaie de ne pas détruire la prochaine femme qui croisera ton chemin.Elle tourna les talons, rejoignit Esther qui l’attendait au coin de la rue, et elles s’éloignèrent ensemble, sans se retourner. Derrière elles, Éric resta seul, adossé au mur, le visage ravagé de l
Ce fut par un soir d’automne, trois mois après le mariage, que leurs chemins se croisèrent pour la dernière fois. Nina dînait avec Esther dans un restaurant du centre-ville, un établissement discret où elles aimaient se retrouver le mercredi soir. Ghislain était en déplacement à l’étranger pour quelques jours, et elle s’était accordé une soirée entre filles, comme au bon vieux temps.Elles sortaient du restaurant, enveloppées dans leurs manteaux d’automne, riant d’une anecdote qu’Esther venait de raconter, quand une silhouette se détacha de l’ombre du porche voisin. Nina ne le reconnut pas immédiatement. L’homme qui s’avançait vers elle n’avait plus rien à voir avec le brillant homme d’affaires qu’elle avait aimé autrefois. Il était amaigri, voûté, le visage creusé de rides, les cheveux sales et négligés. Il puait l’alcool et la misère.— Nina, murmura-t-il d’une voix rauque. Écoute-moi. Je t’en supplie.Esther s’interposa immédiatement, le corps tendu, prête à en découdre. Mais Nina







