INICIAR SESIÓNCe nom n’avait pas encore été prononcé que Juliette prit une longue inspiration, comme si elle prenait conscience que le plus difficile à dire n’était pas l’avertissement, mais la confession qu’elle gardait au fond de son cœur depuis si longtemps. Elle baissa la tête, ses doigts serrant le bout de l’écharpe qu’elle portait, puis elle releva le visage pour regarder Amélia d’un regard clair mais embué de larmes.« Avant de te dire de qui il s’agit… », dit-elle doucement, d’une voix tremblante mais ferme, « il y a autre chose que je dois te dire d’abord. Quelque chose que j’ai caché jusqu’à présent, par peur de tout changer, par peur d’un malentendu, par peur… par peur d’être à nouveau abandonnée. »Amélia posa sa main sur l’épaule de son amie, d’un geste doux mais ferme. « Tu n’as pas à avoir peur de moi, Juliette. Quoi que ce soit, dis-le-moi. Je suis là. »Juliette déglutit, puis prononça ces mots d’un seul souffle, comme pour se débarrasser d’un fardeau qu’elle portait depuis des moi
Les rayons du soleil de midi se faufilaient à travers la grande baie vitrée de La Nouvelle Page, illuminant la table dans le coin de la salle qui était désormais le poste attitré de Victor Arnaud. Presque tous les jours, il venait à l'heure du déjeuner, s'asseyait sur la même chaise et fixait l'entrée comme s'il attendait quelque chose qu'il attendait avec impatience. Amélia s’en était rendu compte dès le début, mais elle avait délibérément évité d’en parler à qui que ce soit, laissant ce sentiment grandir lentement, sans précipitation.« Tu commandes encore le même plat », dit Juliette en posant l’assiette sur la table de Victor, les joues légèrement rougies mais s’efforçant de paraître calme. « Tu ne t’en lasses pas ? »Victor sourit, la regardant fixement sans détourner les yeux. « Ce n’est pas le plat que j’attends toujours, Juliette. Mais la personne qui le sert. Et je ne me lasserai jamais de te voir sourire quand tu accueilles les clients. »Juliette baissa les yeux, cachant le
Amélia se tenait près de la fenêtre de la cuisine, lavant la vaisselle d’un geste devenu si automatique, mais ses yeux jetaient discrètement des coups d’œil vers la terrasse arrière où son père et Nicolas étaient toujours assis en train de discuter. Elle ne pouvait pas entendre leurs paroles, mais l’expression tendue de Nicolas attisait encore davantage sa curiosité quant à ce dont parlaient les deux hommes.« Tu n’arrêtes pas de regarder par là depuis tout à l’heure », dit soudain Juliette, surgissant de la salle à manger avec les quelques assiettes sales qui restaient.Amélia sursauta légèrement et reporta rapidement son regard vers l’évier. « Je m’assure juste qu’ils vont bien. »Juliette posa les assiettes à côté de l’évier et regarda son amie avec un petit sourire plein de sens. « Ou bien tu veux t’assurer que ton cœur va bien, vu l’état dans lequel se trouve Nicolas en ce moment ? »Amélia ne répondit pas tout de suite ; sa main s’immobilisa un instant au-dessus du savon à vaiss
Les paroles d’Amélia restèrent en suspens, interrompues par le bruit des pas de Pierre qui s’approchait depuis la cuisine. Amélia secoua rapidement la tête, lui faisant signe de reporter la conversation. Nicolas se contenta d’acquiescer doucement, bien que son esprit fût déjà envahi de questions.« Nicolas », dit Pierre depuis le seuil de la porte, d’une voix calme mais qui cachait clairement une intention particulière. « Avant que tu ne rentres chez toi, j’aimerais te parler un instant. Juste nous deux. »Amélia jeta un bref coup d’œil à son père, puis acquiesça et se retira vers la cuisine, laissant les deux hommes se faire face dans le salon qui commençait à se vider.Pierre fit un signe de la tête en direction de la terrasse arrière. « Viens, l’air de la nuit est plus propice à une conversation sérieuse. »Ils s’assirent côte à côte sur les chaises en bois de la terrasse, la lumière des lampes du jardin éclairant vaguement leurs visages. Pierre versa deux verres de vin à partir de
Le train traversait les collines verdoyantes et chaque paysage familier apaisait le cœur de Nicolas. Cette fois-ci, il n’était pas envahi par l’angoisse ni par un lourd sentiment de culpabilité. Il portait un sac rempli de jouets tout simples et une petite boîte en bois qu’il avait fabriquée lui-même. Lorsqu’il pénétra dans la cour de la maison des Fournier, Luis accourut à sa rencontre, les petites mains grandes ouvertes, et prononça « Papa » d’une voix si claire qu’un large sourire illumina aussitôt le visage de Nicolas.« Papa ! » s’écria Luis en se jetant dans les bras de son père.Nicolas s’accroupit, serra son fils très fort contre lui et l’embrassa sur le sommet du crâne. « Bonjour, mon petit. Papa t’a apporté quelque chose. »Amélia se tenait sur le seuil, un doux sourire aux lèvres. Pas de tension, pas de doute, seulement de la chaleur pour l’accueillir. « Tu arrives à point nommé. Nous allions justement préparer le dîner. Entre, va te laver les mains, puis viens dîner avec n
Madeleine rangea la boîte en bois dans son sac avant qu’Amélia n’ait le temps de lui poser d’autres questions.« Ce n’est pas encore le moment », dit-elle doucement. « Je dois d’abord m’assurer d’une chose avant de révéler ce nom. Si je me trompe, je ne veux pas détruire la vie d’une personne innocente. »Amélia la regarda, hésitant entre insister ou laisser tomber. Elle choisit finalement de la laisser faire. Madeleine avait suffisamment prouvé qu’elle ne parlait pas à la légère.« D’accord. » Amélia prit sa tasse de thé. « Mais n’attends pas trop longtemps. »« Je n’attendrai pas. » Madeleine acquiesça.Ce soir-là, Madeleine et Sophie s’assirent ensemble à table pour la première fois sans Amélia ni Nicolas entre elles. Amélia donnait le bain à Luis, tandis que Pierre était dans sa chambre. Les deux grand-mères étaient assises, chacune avec une tasse de thé, essayant d’entamer une conversation qu’elles n’avaient encore jamais eue.C’est Sophie qui prit la parole. « Tout à l’heure, L







