Mag-log inElle leva enfin les yeux vers lui, et Richard fut surpris par la lassitude qu’il y découvrit, une lassitude si profonde qu’il eut momentanément l’impression de ne plus savoir comment atteindre la femme qui se tenait devant lui.— Laisse-moi passer, murmura-t-elle.— Je te demande si tu es malade et tu trouves encore le moyen de m’ignorer ?Louane détourna les yeux et essaya de contourner son fauteuil.— Je n’ai pas envie de parler avec toi.Le visage de Richard se ferma aussitôt.— Naturellement ! Depuis deux semaines, tu passes ton temps à m’éviter, tu ne descends plus manger avec nous, tu ne réponds à personne et maintenant tu refuses même de répondre à une simple question. Tu comptes continuer longtemps à te comporter comme si tu étais la seule personne à avoir des problèmes dans cette maison ?— Richard, intervint Nathaniel en arrivant sur la terrasse, laisse-la tranquille.Richard tourna brusquement la tête vers son ami.— Je ne t’ai rien demandé !Nathaniel ignora son
Deux semaines s’étaient écoulées depuis la conversation téléphonique qui avait brisé les derniers espoirs de Louane, deux semaines pendant lesquelles la jeune femme s’était progressivement enfermée dans un silence inquiétant, évitant Richard chaque fois qu’elle entendait le bruit de son fauteuil dans les couloirs et ne sortant de sa chambre que lorsque la maison était suffisamment calme pour lui permettre de se déplacer sans risquer de le croiser.Elle ne prenait plus ses repas avec les autres, préférant demander à la femme de chambre de lui apporter un plateau qu’elle mangeait rarement jusqu’au bout, et les livres de cours qui occupaient autrefois son bureau étaient désormais empilés dans un coin, certaines pages encore ouvertes à des chapitres qu’elle n’avait jamais eu la force de terminer.Son stage, qu’elle avait pourtant accueilli avec tant de joie quelques semaines auparavant, était devenu un lointain souvenir, puisqu’elle avait cessé de s’y rendre sans même prendre la peine d
Louane se figea.— Je voulais justement t’en parler…— Me parler de quoi ? De ta décision de détruire tout ce que nous avons essayé de construire pour notre famille ?Jennifer se leva aussitôt.— Papa, rends-moi ce téléphone ! Tu n’as pas le droit de lui parler comme ça sans même savoir ce qui s’est passé !— Tais-toi, Jennifer !Il leva une main pour lui imposer le silence avant de reporter toute son attention sur Louane, qui n’osait plus prononcer un mot.— Tu as accepté ce mariage pour sauver notre entreprise, n’est-ce pas ? Tu savais parfaitement ce que cette union représentait pour nous, tu as donné ta parole et tu as accepté de devenir la femme de Richard Reid en connaissant les conséquences de cette décision. Alors, maintenant, tu vas assumer ton choix jusqu’au bout !Louane sentit sa gorge se serrer.— Papa, je sais ce que j’ai accepté, mais je ne pensais pas que les choses se passeraient ainsi. Je fais des efforts depuis le début, j’essaie de comprendre Richard, mais
Louane était restée enfermée dans sa chambre pendant une bonne partie de la journée, incapable de se concentrer sur ses cours ou même de trouver le courage de ranger les quelques affaires qu’elle avait sorties de son armoire, car malgré la décision qu’elle avait prise le matin même, une question continuait de la tourmenter : où irait-elle si elle quittait réellement la maison des Reid, et surtout, comment annoncerait-elle à sa famille qu’elle ne pouvait plus supporter un mariage qu’elle avait pourtant accepté de son plein gré ?Elle savait que Jennifer comprendrait sa décision, parce que sa sœur avait toujours été la seule personne à lui rappeler qu’aimer quelqu’un ne signifiait pas devoir accepter toutes ses humiliations, mais leur père représentait un problème bien plus difficile à résoudre, puisque c’était lui qui avait insisté pour qu’elle épouse Richard afin de sauver l’entreprise familiale, et elle n’ignorait pas qu’il considérait encore cette union comme le prix qu’elle devait
Il prononça ces mots avec une douceur remarquable, tout en observant attentivement la jeune femme, cherchant à savoir jusqu’où son désespoir pouvait la conduire.— Tu as fait beaucoup d’efforts pour lui, poursuivit-il. Tu as essayé de le comprendre, tu as accepté ses humeurs, ses insultes et ses accusations, mais je crois qu’il a fini par considérer ta présence comme quelque chose qui lui est dû. Il pense que tu seras toujours là, quoi qu’il fasse, parce qu’il sait que tu l’aimes.Louane essuya ses joues du revers de la main.— C’est exactement ce qui me fait le plus mal. Il sait que je l’aime, il sait tout ce que je suis prête à faire pour lui, mais il ne se demande jamais ce que je ressens. Je passe mon temps à essayer de comprendre ses réactions, à chercher des excuses à sa colère et à espérer qu’un jour il me regardera autrement, alors que lui ne fait aucun effort pour comprendre pourquoi je reste.— Parce qu’il ne pense pas que tu puisses réellement partir.Cette remarque fi
Le lendemain matin, la maison des Reid était déjà animée par les allées et venues du personnel, tandis que les rayons du soleil traversaient les grandes fenêtres de la salle à manger et se posaient sur la table soigneusement dressée pour le petit-déjeuner, où Richard Reid était installé dans son fauteuil roulant, le visage fermé, une tasse de café entre les mains et un journal ouvert devant lui, comme si rien de particulier ne s’était produit la veille.Pourtant, à l’étage, derrière la porte fermée de sa chambre, Louane n’avait presque pas dormi.Elle avait passé une grande partie de la nuit assise près de la fenêtre, les genoux ramenés contre sa poitrine, incapable de chasser de son esprit les événements de la veille, la colère dans les yeux de Richard, la manière dont il l’avait poussée sur le lit et la brutalité avec laquelle il lui avait saisi le bras pour lui interdire de parler de leurs problèmes à sa famille.Ce n’était pas seulement la douleur physique qui la bouleversait,







