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Chapitre 20 — Les revenants du foyer

Author: L'invincible
last update Last Updated: 2025-10-02 19:03:57

ÉLODIE

La semaine de lune de miel s’achève comme un souffle que l’on retient trop longtemps avant de revenir à la réalité, et pourtant chaque instant passé avec Marc semble s’être gravé dans ma chair, dans mes sens, dans ma mémoire, comme si l’océan avait emporté tous les doutes pour les remplacer par une chaleur étourdissante .

Mais à présent le soleil s’élève au-dessus de nos têtes, implacable, et nous rappelle que nous devons retrouver notre maison, notre quotidien, et surtout la demeure où trois femmes m’attendent, chacune portant sur elle le poids de l’histoire de Marc, chacune détentrice d’une part de son univers que je n’ai encore qu’effleurée .

Nous roulons côte à côte sur l’autoroute bordée d’arbres en fleurs, le vent entrouvre légèrement les vitres, et je sens l’odeur du cuir mêlée à celle des pins et de l’air salin, une odeur qui me rappelle la mer mais qui, paradoxalement, ne fait qu’accroître mon appréhension. Marc conduit en silence, son visage fermé, ses doigts crispé
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    OphélieLe réveil est une montagne à gravir. Une montagne de plomb, ensommeillée. Le cri perce le brouillard de mon sommeil comme une lame aigu, impérieux, absolu. Il ne sonne pas dans mes oreilles, il résonne dans ma chair, dans mes os, dans le tissu meurtri de mon ventre. Un signal auquel tout mon être, avant même que ma conscience ne s’allume, répond par une douloureuse et douce contraction.J’ouvre les yeux. La chambre est grise, l’aube à peine une suggestion derrière les stores. À côté de moi, le côté du lit est vide, les draps froissés. Marc est déjà debout. J’entends son murmure bas et apaisant qui vient du salon, mêlé au pleur qui, déjà, faiblit.Je reste allongée un instant. Mon corps est un champ de bataille qui panse ses plaies. Une douleur sourde et profonde là où Rose a émergé. Une tension tendre et pleine dans ma poitrine. Une fatigue si lourde qu’elle a une couleur, un goût de cendre et de lait.Je me lève. Le mouvement est lent, calculé. Je m’enveloppe dans un peignoir

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    MarcLe monde se réduit à cette chambre, à ce lit, à ce corps ouvert à la vie. Il n'y a plus de passé, plus de trahison, plus d'Élodie, plus de procédures. Il n'y a que cette femme, cette douleur, et cette vie qui s'obstine à vouloir naître.Et puis, soudain, après une poussée qui semble arracher son âme, le visage de Marie s'illumine d'un immense sourire.— La tête est là ! Une petite poussée, Ophélie, allez, une dernière !Ophélie rassemble ses dernières forces. Son cri se mélange à un grondement de pure puissance. Et soudain…Silence.Un silence absolu, suspendu, qui dure une fraction de seconde éternelle.Puis un cri. Un premier cri, aigu, vigoureux, indigné.Un cri qui perce le brouillard de la douleur, la fatigue, l'angoisse. Un cri qui fait voler en éclats tout ce qui n'est pas essentiel.Marie soulève un petit corps violacé, glissant, merveilleusement informe, et le dépose sur le ventre d'Ophélie.— C'est une fille.Je vois le visage d'Ophélie. La douleur, l'épuisement, tout s

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    MarcJe retourne dans la chambre. La vue me fige sur le seuil. Ophélie est à quatre pattes sur le lit, la courbe de son dos immense et tendue sous la chemise de nuit. Elle respire avec un bruit sourd et rythmé, comme un animal. C'est une image à la fois archaïque et d'une beauté à couper le souffle. C'est la chose la plus vraie que j'aie jamais vue.Je m'approche, m'agenouille près du lit.— Ophélie.Elle tourne la tête, son visage est luisant de sueur, ses yeux noirs, énormes, pleins d'un effort surhumain.— La… la prochaine… ça va être fort, Marc. Il va falloir… m'aider.— Je suis là. Je suis là.Je prends sa main, je pose l'autre sur le bas de son dos. La contraction arrive, comme une marée montante soudaine. Son corps se raidit, se cambre. Un cri étouffé jaillit de ses lèvres. Sa main écrase la mienne. Je ne sens plus mes doigts. Je murmure des mots sans suite, des « souffle », « c'est bien », « je suis là », une litanie aussi inutile qu'essentielle. Je regarde la douleur lui trav

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