MasukKane arriva au bar en moins de dix minutes, la voiture encore en mouvement quand il en sortit. Elena n'eut pas besoin de lui expliquer ce qui s'était passé ; son visage devait déjà tout dire.
« Ils l'ont emmenée vers le nord, » dit-elle, la voix tremblante de rage contenue plus que de peur. « Ils ont dit que tu savais ce qu'ils voulaient. » « Ma réponse. » La mâchoire de Kane se serra. « Ils veulent que je choisisse un camp avant la pleine lune, et ils viennent de me montrer qu'ils n'hésiteront pas à faire du mal à qui est près de toi pour m'y forcer. » « Alors on y va. Maintenant. » « Elena— » « Ne me dis pas de rester ici. » Elle planta son regard dans le sien, un mélange de peur et de détermination qui ne laissait aucune place à la discussion. « Mia est là-bas à cause de moi. Je ne vais pas attendre sagement le résultat. » Il la regarda un long moment, puis hocha la tête, comme s'il venait d'accepter quelque chose qu'il savait inévitable depuis le début. « D'accord. Mais tu restes près de moi. Tout le temps. » * La frontière nord n'était qu'une étendue de forêt dense, la lune presque pleine filtrant à travers les branches en lames de lumière froide. Kane avait rassemblé trois guerriers de sa meute en chemin, mais l'énergie qui montait entre eux tenait plus de l'urgence que de la confiance dans le nombre. Ils trouvèrent le campement Thornwood à la limite d'une clairière, des feux allumés, une dizaine de silhouettes qui montaient la garde. Mia était attachée contre un arbre, à découvert, visiblement utilisée comme appât autant que comme otage. « Ils savent qu'on vient, » murmura un des guerriers de Kane. « C'est trop facile. » « C'est voulu, » répondit Kane, les yeux plissés, scrutant les ombres au-delà des feux. « Ils veulent une confrontation, pas juste un échange. » Elena sentit son cœur battre contre ses côtes. « Alors qu'est-ce qu'on fait. » « Tu restes en retrait avec Torin, » dit Kane, désignant un des guerriers d'un geste. « Je négocie. S'ils bougent contre toi, tu cours, tu ne te bats pas. Promets-le-moi. » « Kane— » « Promets-le. » Elle serra les dents, détestant chaque seconde de cette promesse, mais hocha la tête. « Je le promets. » Il la regarda une seconde de trop, comme s'il voulait dire autre chose, puis se détourna et s'avança seul vers la clairière, les mains visibles, aucune arme, juste la présence brute d'un alpha qui refusait de montrer la moindre peur. Le chef Thornwood émergea du groupe, un homme massif au visage barré d'une cicatrice ancienne. « Alpha Kane. Ponctuel. » « Relâchez la fille. Maintenant. » « Après votre réponse. » L'homme croisa les bras. « Le territoire, ou la guerre. Votre conseil doit déjà savoir que vous êtes venu ici sans leur accord. » « Ma réponse est simple, » dit Kane, la voix portant sur toute la clairière. « Vous ne toucherez plus jamais à personne sous ma protection. Relâchez-la, et je considérerai peut-être d'épargner votre meute quand je viendrai reprendre cette frontière. » Un rire rauque parcourut le groupe Thornwood. « Vous êtes seul, Alpha. Quatre contre... » Le chef compta rapidement du regard. « Une douzaine. Vous négociez comme un homme qui a le choix. » « Je n'ai jamais dit que j'étais seul. » Un hurlement s'éleva depuis les arbres derrière le campement, suivi d'un deuxième, puis d'un troisième — la meute entière de Kane, arrivée en silence pendant la négociation, encerclant la clairière. Le chaos qui suivit fut rapide et brutal. Elena vit à peine Torin bondir en avant tandis que les guerriers de Kane fondaient sur le campement, profitant de la confusion. Elle courut vers Mia, tranchant ses liens avec le couteau que Torin lui avait glissé dans la main plus tôt, tirant son amie loin des feux pendant que la bataille faisait rage derrière elles. « Elena— » Mia s'accrocha à elle, tremblante. « Il y avait un homme, il n'arrêtait pas de dire que Kane ferait le mauvais choix, que ça allait tous nous coûter cher— » « On en parle plus tard. Cours. » Elles atteignirent la lisière de la forêt au moment où un cri déchira l'air derrière elles — un cri qu'Elena reconnut instantanément, malgré la distance, malgré le chaos. Kane. Elle se retourna sans réfléchir, malgré sa promesse, malgré Torin qui hurlait son nom, et courut vers le bruit du combat, le cœur cognant plus fort que n'importe quelle peur rationnelle n'aurait dû le permettre. Elle le trouva à genoux au centre de la clairière, une entaille profonde lui barrant l'épaule, le chef Thornwood levant déjà la main pour un coup final. Sans réfléchir, sans même savoir ce qu'elle faisait, Elena hurla — un son qui ne ressemblait à rien d'humain, quelque chose qui montait de ses tripes, de son loup, d'un lien qui refusait de le laisser mourir. Le chef Thornwood se figea, comme frappé par une force invisible, juste assez longtemps pour que Kane trouve la force de rouler sur le côté et de refermer ses mâchoires sur la gorge de son adversaire. Le silence qui suivit fut absolu.Le père d'Elena dormait toujours quand le jour se leva sur la petite maison de son enfance, ignorant que trois guerriers de la meute avaient veillé sur son sommeil jusqu'à l'aube. Elena resta un long moment sur le perron, une tasse de café tiède entre les mains, à regarder la rue se réveiller comme si rien ne s'y était passé.Kane la rejoignit sans un bruit, s'appuyant contre la rambarde à côté d'elle. Il ne dit rien pendant plusieurs minutes, et elle lui en fut reconnaissante. Depuis leur dispute de l'année précédente, il avait appris à attendre qu'elle parle la première.« Je ne veux pas me cacher, » dit-elle finalement. « Et je ne veux pas qu'on ajoute des gardes autour de tous ceux que j'aime en attendant que Drayven décide de frapper à nouveau. Ce n'est pas une vie. »« Alors qu'est-ce que tu veux faire ? » demanda Kane. Sa voix était calme, mais elle perçut l'effort qu'il faisait pour ne pas proposer lui-même la réponse.Elena se tourna vers lui, un demi-sourire fatigué aux lèvr
Le téléphone d'Elena sonna en pleine nuit, un numéro inconnu qui la fit hésiter avant de répondre, une appréhension instinctive lui nouant l'estomac avant même qu'elle ne décroche.« Elena Voss, » dit une voix qu'elle reconnut immédiatement, glaciale et posée malgré l'heure tardive. Marcus Drayven. « Je suis navré de vous déranger si tard. »« Comment avez-vous eu ce numéro, » demanda-t-elle, Kane se redressant instantanément à côté d'elle, alerté par la tension soudaine dans sa voix.« J'ai mes ressources, » dit Marcus, un sourire presque audible dans sa voix. « Tout comme j'ai les ressources pour savoir où vit votre père. Une petite maison modeste, en périphérie, sans aucune protection surnaturelle pour le défendre. Un homme entièrement humain, si vulnérable dans un monde qu'il a toujours redouté. »Le sang d'Elena se glaça instantanément, une terreur froide remplaçant toute autre pensée. « Si vous osez le toucher— »« Je n'ai touché à rien, » coupa Marcus d'un ton presque offensé.
« Il y a une rumeur qui circule, » dit Verna, arrivant à la maison de Kane et Elena avec une expression grave qui ne présageait rien de bon. « Concernant le rituel du sang. »« Quel genre de rumeur, » demanda Kane, une prudence immédiate durcissant sa voix.« Que le rituel aurait pu être manipulé, » dit Verna, une tension visible dans ses épaules. « Que quelqu'un aurait pu falsifier le résultat pour légitimer artificiellement la prétention d'Elena au territoire. »Elena sentit le sol se dérober sous ses pieds, une indignation brûlante remplaçant rapidement le choc initial. « C'est absurde. Aldric a supervisé chaque étape lui-même. Le sang a réagi devant tout le conseil. »« Je sais, » dit Verna, une sympathie sincère traversant son expression habituellement composée. « Mais les Drayven ont manifestement des ressources considérables, et cette rumeur se répand rapidement parmi les membres les plus hésitants du conseil régional. »Kane serra les poings, une colère froide durcissant chaqu
Le conseil régional siégeait dans une salle bien plus imposante que celle de la meute de Kane, un amphithéâtre de pierre où des représentants de plusieurs territoires s'étaient rassemblés, leurs regards curieux se tournant vers Elena et Kane dès leur entrée.« Restons calmes, » murmura Kane, sa main ne quittant jamais le bas de son dos alors qu'ils avançaient vers le centre de la salle. « Ils cherchent une réaction émotionnelle à exploiter. Ne leur donnons pas cette satisfaction. »Elena hocha la tête, rassemblant chaque once de la détermination qu'elle avait cultivée au fil de l'année écoulée. Elle repéra rapidement le représentant des Drayven, un homme élégant au sourire trop poli, assis avec une assurance qui frôlait l'arrogance.« Alpha Kane, Héritière Voss, » dit le président du conseil régional, un vieil homme au regard perçant qui semblait évaluer chaque détail avec une attention méticuleuse. « Vous avez été convoqués pour répondre à une contestation formelle de la prétention V
Torin arriva à la maison en fin de matinée, son expression grave suffisant à faire naître une appréhension immédiate chez Elena avant même qu'il n'ouvre la bouche.« J'ai trouvé quelque chose, » dit-il, tendant à Kane un morceau de papier plié. « Près de l'endroit où la silhouette a été aperçue hier. »Kane déplia le papier, son expression se durcissant à mesure qu'il lisait. Elena s'approcha, lisant par-dessus son épaule, le cœur se serrant devant le message tracé d'une écriture élégante mais froide.« L'héritière Voss doit répondre pour le territoire du nord, » lut-elle à voix haute, « ou céder sa prétention à ceux qui sauront mieux l'honorer. Vous avez jusqu'à la prochaine lune pour vous présenter devant le conseil régional. »« Qui a envoyé ça, » demanda Elena, une colère froide remplaçant rapidement sa surprise initiale.« Pas de signature, » dit Torin. « Mais l'odeur sur le papier correspond à celle que Kane a détectée dans le jardin hier. »« Une meute qui conteste ma prétentio
Les mois suivants s'écoulèrent avec une douceur qu'Elena n'aurait jamais osé espérer, la vie à ses côtés de Kane s'installant dans un rythme confortable de matinées partagées, de projets pour le territoire du nord qui avançaient chaque semaine un peu plus, et de soirées tranquilles qui ne cessaient jamais de la remplir de gratitude.Ce matin-là, elle se réveilla la première, un rayon de soleil filtrant à travers les rideaux pour caresser le visage endormi de Kane, et elle prit un moment simplement pour l'observer, savourant cette intimité tranquille qu'elle chérissait plus que tout.« Tu me regardes dormir, » murmura-t-il sans ouvrir les yeux, un sourire naissant sur ses lèvres.« C'est mon droit de compagne, » répondit-elle en riant, se penchant pour déposer un baiser sur son épaule nue.Ils prirent leur petit-déjeuner sur la terrasse qu'ils avaient fait construire à l'arrière de la maison, surplombant le jardin qu'Elena cultivait avec un plaisir grandissant, les fleurs sauvages qu'e







