登入Nora rentra chez elle en début d’après-midi, l’esprit plus confus qu’en arrivant au centre Saint-Clair.
Elle posa son sac sur la table sans même retirer son manteau. Pourquoi le fondateur de la Fondation Roche s’était-il intéressé à elle ? Pourquoi lui avait-il posé autant de questions sur Paul ? Et surtout… Pourquoi avait-il eu cette étrange réaction en apprenant que son père adoptif restaurait des meubles ? Elle secoua la tête. Tu te fais des idées. Édouard Roche était un homme connu dans tout le pays. Il rencontrait des centaines de personnes chaque année. Il n’y avait aucune raison qu’il connaisse Paul. Son téléphone vibra. Encore la banque. Cette fois, elle décrocha. — Madame Morel ? — Oui. — Nous avons essayé de vous joindre à plusieurs reprises. Votre découvert dépasse désormais la limite autorisée. — Je le sais. — Si votre situation n’est pas régularisée avant vendredi, nous serons obligés de suspendre votre facilité de caisse. Nora ferma les yeux. — Donnez-moi encore quelques jours. — Je suis désolé, madame. Je ne peux rien promettre. L’appel prit fin. Elle resta immobile. Quelques jours. C’était tout ce qui lui restait. Son regard se posa sur la boîte en bois laissée par Paul. Elle était toujours sur le tapis, là où elle l’avait laissée la veille. La clé pendait encore à la serrure. Cette fois, personne ne l’interrompit. Nora prit une profonde inspiration et ouvrit enfin la boîte. Une légère odeur de bois ancien s’en échappa. À l’intérieur se trouvaient plusieurs objets soigneusement rangés. Une vieille montre. Un carnet usé. Quelques photographies. Et une enveloppe. Son nom était écrit dessus. À Nora. Ses mains tremblèrent. Elle ouvrit l’enveloppe avec précaution. Une seule feuille. L’écriture de Paul. Ma petite Nora, Si tu lis cette lettre, c’est que je ne suis plus là pour répondre à tes questions. Je t’ai souvent caché certaines choses, non par manque de confiance, mais parce que je voulais que tu grandisses libre de toute haine. Il existe des vérités qui détruisent ceux qui les découvrent trop tôt. Nora sentit sa gorge se nouer. Elle continua. Si un jour le nom Roche croise ton chemin, promets-moi une seule chose. Ne prends aucune décision avant d’avoir entendu toute l’histoire. Souviens-toi toujours de ce que je t’ai appris. Ne déteste jamais un homme sans connaître toute son histoire. Le souffle de Nora se coupa. Roche. Le même nom que celui de la fondation. Le même nom que Damien. Son cœur se mit à battre plus vite. Pourquoi Paul connaissait-il ce nom ? Pourquoi ne lui avait-il jamais rien expliqué ? Elle fouilla fébrilement dans la boîte. Le carnet attira son attention. La première page était presque vide. Une seule phrase y était inscrite. “La vérité n’appartient à personne. Elle attend simplement le bon moment.” Toutes les autres pages avaient été arrachées. Nora resta figée. Qui les avait retirées ? Paul ? Ou quelqu’un d’autre ? Une photographie glissa du carnet et tomba sur le tapis. Elle la ramassa. On y voyait Paul, beaucoup plus jeune, devant un atelier de menuiserie. À côté de lui se tenait un homme dont le visage avait été soigneusement découpé. Il ne restait qu’une moitié d’épaule. Comme si quelqu’un avait volontairement voulu faire disparaître cette personne de la photo. — Pourquoi… ? murmura-t-elle. La sonnette retentit. Elle sursauta. Personne ne venait jamais chez elle sans prévenir. Elle essuya rapidement ses yeux et alla ouvrir. Une femme d’une cinquantaine d’années se tenait devant la porte. Élégante. Souriante. Elle portait un tailleur bleu marine. — Madame Nora Morel ? — Oui. La femme lui tendit une enveloppe. — Je viens de la Fondation Roche. Le cœur de Nora accéléra. — Le conseil s’est déjà réuni ? — Oui. Nora hésita quelques secondes avant de prendre l’enveloppe. Ses doigts tremblaient tellement qu’elle eut du mal à l’ouvrir. Elle parcourut rapidement la première ligne. Puis la seconde. Ses yeux s’écarquillèrent. — Je… Elle relut encore une fois. La femme sourit. — Félicitations, madame Morel. — Le conseil a décidé de vous confier la restauration complète du centre Saint-Clair. Nora resta sans voix. Elle venait de sauver son cabinet. Mais la femme n’avait pas terminé. — Monsieur Damien Roche souhaiterait également vous rencontrer demain matin. — Pourquoi ? — Il souhaite travailler directement avec vous sur ce projet. Nora fronça légèrement les sourcils. — Avec moi ? — Oui. La représentante de la fondation lui adressa un dernier sourire avant de partir. Lorsque la porte se referma, Nora regarda une nouvelle fois la lettre de Paul. Puis celle de la Fondation Roche. Deux lettres. Deux noms identiques. Deux destins qui semblaient soudain se rejoindre. Sans le savoir… Elle venait d’ouvrir la première porte d’un passé que quelqu’un avait tout fait pour lui cacher.Le lendemain matin, Nora arriva au Théâtre des Lumières avec l’esprit plus léger.Refuser la proposition du groupe lui avait permis de retrouver une certitude qu’elle avait presque oubliée : elle voulait rester maîtresse de son travail.Pourtant, une autre question occupait désormais ses pensées.L’Académie Auguste-Valmont.Avant de prendre une décision, elle voulait voir le lieu choisi par Édouard.Mais elle ne comptait pas accepter simplement parce que la famille Roche lui faisait confiance.Elle devait savoir si elle croyait réellement au projet.Au Théâtre des Lumières, le renforcement du premier balcon avançait.Nora rejoignit immédiatement les ingénieurs.— Les travaux d’hier ont tenu ?Le responsable lui tendit les résultats des contrôles.— Parfaitement. Nous pouvons continuer sur le deuxième point de renforcement.Nora parcourut les chiffres avant de lever les yeux vers la structure.— Très bien. Mais les boiseries restent protégées jusqu’à la fin des travaux.— Bien sûr.Ell
Le vendredi matin, Nora arriva dans son cabinet avec une décision déjà prise.Pendant trois jours, elle avait réfléchi à la proposition du groupe qui souhaitait l’engager sur plusieurs projets prestigieux.Elle avait étudié les chiffres.Les avantages.La sécurité financière.La visibilité que ce contrat pouvait apporter à son cabinet.Mais chaque fois qu’elle essayait de s’imaginer pendant deux années à superviser des projets choisis par d’autres, la même sensation revenait.Ce n’était pas la carrière qu’elle voulait construire.Elle prit son téléphone et composa le numéro du directeur.— Bonjour, Madame Morel. J’attendais justement votre appel.— Bonjour. J’ai pris ma décision.Un court silence suivit.— Je vous écoute.Nora inspira profondément.— Votre proposition est exceptionnelle et je vous remercie sincèrement pour votre confiance. Mais je ne peux pas l’accepter.L’homme sembla surpris.— Puis-je vous demander pourquoi ?— Parce que j’ai créé mon cabinet pour rester libre de c
Nora dormit peu cette nuit-là.La proposition professionnelle était restée sur la table de son salon, enfermée dans son dossier.Deux années de contrats garantis.Des projets prestigieux.Une rémunération qui permettrait à son cabinet de changer complètement de dimension.Sur le papier, refuser semblait presque insensé.Pourtant, les paroles de Damien continuaient de résonner dans son esprit.Pense à ce que tu veux construire pour toi.Le lendemain matin, elle arriva au Théâtre des Lumières avec la même question en tête.Mais dès qu’elle franchit les portes du chantier, elle décida de laisser sa décision personnelle de côté.Les artisans avaient besoin d’elle.Et aujourd’hui, une étape importante les attendait.Les anciennes boiseries des balcons devaient être démontées.Nora rejoignit les restaurateurs.— Toutes les pièces ont été photographiées ?— Oui.— Numérotées ?— Également.Elle vérifia elle-même les documents avant de donner son accord.— Très bien. Vous pouvez commencer.Le
Deux jours plus tard, Nora reçut trois propositions professionnelles à quelques heures d’intervalle.La première concernait la restauration d’un ancien hôtel particulier.La deuxième venait d’une ville voisine qui souhaitait réhabiliter une bibliothèque historique.La troisième était beaucoup plus importante.Un groupe spécialisé dans la restauration de bâtiments prestigieux lui proposait de superviser plusieurs projets pendant les deux prochaines années.Assise seule dans son cabinet, Nora relut cette dernière proposition.Le montant proposé était considérable.Bien supérieur à tout ce qu’elle avait gagné jusque-là.Mais une condition attira immédiatement son attention.Elle devrait consacrer l’essentiel de son temps aux projets du groupe.Cela signifiait réduire considérablement son implication au Théâtre des Lumières.Et surtout, probablement renoncer à l’Académie Auguste-Valmont.Nora referma le dossier.Pour la première fois depuis longtemps, elle ne savait pas immédiatement quel
Le lendemain matin, Nora arriva au Théâtre des Lumières avant le début du tournage du reportage.Claire Dumas l’attendait déjà dans le hall avec une petite équipe de journalistes.Des caméras avaient été installées près de la scène principale, mais Nora avait posé une condition : le reportage ne devait pas seulement parler d’elle.Les artisans devaient également être mis en valeur.— Tout est prêt ? demanda Claire.— Presque. Je veux d’abord vérifier que le tournage ne gênera pas les travaux.Claire sourit.— Même devant les caméras, vous pensez encore au chantier.— Le théâtre passe avant le reportage.Quelques minutes plus tard, Nora rejoignit les artisans pour organiser leur journée.Les travaux de consolidation des balcons continuaient, tandis que les restaurateurs travaillaient sur les peintures anciennes du plafond.Nora vérifia chaque zone avant de donner son accord.Seulement ensuite, elle accepta de rejoindre les journalistes.L’interview commença au milieu de la grande salle
Le Théâtre des Lumières s’éveillait doucement sous les premiers rayons du soleil.Les ouvriers avaient déjà commencé leur journée lorsque Nora arriva sur le chantier.Elle traversa lentement le hall principal avant de rejoindre les ingénieurs qui l’attendaient au pied du grand escalier.— Bonjour à tous.— Bonjour, Madame Morel.Le chef de chantier déroula les nouveaux plans sur une grande table.— Aujourd’hui, nous devons commencer les travaux de consolidation des balcons.Nora examina attentivement les documents.— Les analyses sont toutes validées ?— Oui.Les ingénieurs ont confirmé que nous pouvions commencer.Elle prit encore quelques minutes pour vérifier chaque détail.Puis elle referma le dossier.— Très bien.Mais je veux qu’un contrôle soit effectué à la fin de chaque journée.Personne ne prendra de raccourci sur ce chantier.Toute l’équipe acquiesça.Depuis le Centre Saint-Clair, chacun connaissait son niveau d’exigence.Pendant ce temps, Damien retrouvait Édouard à la Fon







