登入Le temps se dilata d'une manière presque irréelle sur le palier du deuxième étage. Le canon noir du pistolet automatique s’alignait sur la poitrine d’Harold, et Aria — que le majordome et le financier ne connaissaient que sous le nom de Rose — sentit ses propres jambes se dérober sous le poids d’une impuissance absolue. Le tueur n'avait pas prononcé un mot ; son geste était celui d'un autom
Les jours suivants s'écoulèrent dans la fébrilité feutrée des unités de soins intensifs. L'atmosphère de l'hôpital central de Veridia, rythmée par le ballet incessant des infirmières et le ronronnement régulier des moniteurs, semblait suspendre le cours du temps. Xavier reprenait des couleurs de manière encourageante, la pâleur cadavérique de son visage cédant lentement la place à un teint plus humain, mais il restait plongé dans une semi-conscience entrecoupée de brefs moments de lucidité. Les sédatifs lourds et le traumatisme de la blessure le maintenaient dans un brouillard épais, le laissant trop confus encore pour saisir l'ampleur de ce qui s'était réellement passé dans l'entrepôt de la crique.Harold veillait sur lui presque sans relâche. Le vieux majordome refusait obstinément de quitter le fauteuil inconfortable installé près du lit de réanimation. Les yeux cernés, le dos voûté par la fatigue mais l'allure toujo
La cafétéria de l'hôpital, à cette heure de l'aube, était presque déserte. Une lumière blafarde de néon tombait sur les tables en formica, et l'odeur de café trop infusé flottait dans l'air comme un rappel dérisoire de la normalité du monde extérieur. Aria s'était laissée tomber sur une chaise, les mains encore tremblantes autour d'un gobelet qu'elle ne buvait pas. Julian s'assit face à elle, silencieux, attendant qu'elle trouve la force de parler.— Tu veux savoir qui sont ces hommes, commença-t-elle enfin, la voix rauque. Tu veux savoir pourquoi j'ai disparu, pourquoi je suis revenue sous un faux nom. Tu as le droit de savoir, Julian. Après cette nuit, tu as gagné ce droit cent fois.
Le bruissement pneumatique de la porte blindée se referma derrière Aria, coupant instantanément les bruits du couloir hospitalier. Le monde extérieur, avec ses policiers en faction, ses brancards pressés et la silhouette exigeante de Julian, s'évanouit d'un coup. Dans ce box de réanimation géométrique et froid, l'atmosphère possédait une lourdeur clinique, presque sacrée, où chaque seconde semblait peser le poids d'une éternité. L'odeur entêtante d'antiseptique et d'éther flottait dans l'air immobile, gravant dans l'esprit d'Aria la réalité de ce qu'ils venaient de traverser. Seul le concert mécanique des moniteurs brisait ce silence de plomb : le bip régulier, monotone et entêtant du scope cardiaque qui dessinait des lignes vertes sur l'écran, et le sifflement discret, presque humain, du respirateur q
Le médecin retira son masque chirurgical d'un geste las, dévoilant un visage marqué par des heures de tension extrême. Ses yeux, cernés de fatigue, balayèrent les trois visages tournés vers lui avec une attente insoutenable. Dans ce couloir blanc et froid de l'hôpital central, le temps semblait s'être figé, suspendu au moindre mouvement des lèvres du praticien.— Monsieur Stone a perdu énormément de sang, commença-t-il d'une voix posée mais grave, choisissant ses mots avec la prudence de ceux qui ont trop souvent vu l'espoir se briser sur un pronostic mal formulé. La balle a traversé la partie haute de l'épaule droite, à quelques centimètres seulement de l'artère sous-clavière. S'il avait été touché deux centimètres plus bas, nous n'aurions pas
Le trajet en ambulance vers l'hôpital central de Veridia se déroula dans un flou d'adrénaline et de terreur pure. Aria n'avait pas lâché la main de Xavier, ses propres doigts tachés du sang du financier alors que l'équipe médicale s'affairait autour du colosse inconscient, lui posant un masque à oxygène et une perfusion de ligne de vie. À l’avant du véhicule, Harold, livide, gardait les yeux fixés sur la route, le corps rigide. Derrière eux, la voiture de police transportant Julian suivait le convoi, ses gyrophares déchirant la brume matinale. Dès leur arrivée aux urgences, le chaos s'intensifia. Xavier fut immédiatement engouffré vers le bloc opératoire sous les ordres hurlés des chirurgiens. Aria tenta de le suivre, mais une infirmière la retint fermement par les épaules. — Vous ne pouvez pas aller plus loin, mademoiselle. Asseyez-vous en salle d'attente. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir. Aria recu
Le tremblement qui secoua les fondations de l’entrepôt n’avait rien d’un séisme naturel ou d'une charge explosive. C’était le choc brutal et lourd des béliers des forces d'intervention qui venaient de pulvériser les doubles portes vermoulues de l'entrée principale, immédiatement suivi par le fracas assourdissant d’une fusillade nourrie. L'escouade de police tactique s'engouffra dans la nef obscure, ouvrant un feu précis et impitoyable sur les mercenaires de Veridia pris de court. Les vitres restantes de la haute toiture métallique volèrent en éclats sous l’impact des détonations qui se répercutaient contre les murs de béton. Ce n'étaient plus les tirs feutrés des silencieux des tueurs, mais un assaut policier d’une violence inouïe.Des cris de surprise, vite étouf







