FAZER LOGINHichamLa valise est défaite. Un cadavre de toile au pied du lit, la gueule ouverte, vomissant des vêtements froissés. Le réveil a sonné à sept heures. Un cri strident, électronique, une agression. La première sonnerie depuis trois semaines. Leïla a gémi, un petit son animal de protestation, et elle a enfoui sa tête sous l'oreiller, ses boucles noires éparpillées sur le blanc du drap. Je suis resté un instant immobile, le doigt au-dessus du bouton "snooze", à la regarder. Elle est magnifique dans le sommeil. Son visage est lisse, paisible, plus jeune. Les petites rides de tension entre ses sourcils ont disparu. La lune de miel les a effacées, comme par magie.J'éteins la sonnerie. Le silence retombe, mais il n'est plus le même. Il est déjà chargé d'attentes, de responsabilités, d'obligations. La vie réelle, tapie derrière la porte, attend son dû. La lune de miel est finie. Le paradis nous expulse, doucement mais fermement. Il est temps de redescendre sur terre.Je me lève. Mes pieds n
LeïlaLa maison est silencieuse. Mais quel silence. Un silence épais, vivant, chaud comme une couverture en hiver. Il n'a rien à voir avec le silence glacé de l'ancien appartement, celui qui suintait des murs de notre chambre conjugale quand Youssef s'enfermait dans sa nuit. Ce silence-là était un vide. Un gouffre. Celui-ci est une plénitude. Un trop-plein de paix qui déborde.Le soleil matinal traverse la fenêtre de velux, et le rectangle de lumière dorée qui se pose sur le plancher de bois brut est un tableau vivant. Les particules de poussière y dansent, légères, insouciantes. Ma tête repose au creux de l'épaule de Hicham, dans cette dépression parfaite entre le muscle et la clavicule, cet endroit qui semble avoir été sculpté exactement pour moi. Sa peau est chaude, salée sous mes lèvres. J'y goûte du bout de la langue, discrètement, comme une enfant qui vole un sucre.Sa main dort sur ma hanche. Une main lourde, rassurante, une ancre qui m'empêche de dériver. Je la regarde, cette
Leïla La fête s'est terminée tard dans la nuit. Nous avons dansé sous les guirlandes, mangé sur la grande table de bois, trinqué, ri, pleuré. Youssef est resté jusqu'au dessert, puis il est parti discrètement, avec un dernier signe de main et un sourire paisible. Karim est resté plus longtemps, il a même dansé avec Samira, maladroit et rieur. Farid a fait un discours improvisé, plein d'humour et d'émotion, où il a raconté comment il avait failli démissionner trois fois à cause de Hicham, et comment il était resté parce qu'au fond, il savait que son patron avait un cœur sous la carapace. Et puis, peu à peu, les invités se sont dispersés. Les calèches ont emmené les derniers convives. Le quatuor à cordes a rangé ses instruments. Les guirlandes se sont éteintes doucement. La clairière est redevenue un simple champ d'oliviers, baigné par la lune, peuplé de grillons et de souvenirs. Hicham et moi, nous rentro
Hicham Leïla. Mon amour. Ma lumière dans la nuit. Je n'ai pas préparé de discours. J'ai essayé, crois-moi. J'ai noirci des pages et des pages, j'ai déchiré, recommencé, raturé. Les mots me semblaient toujours trop petits, trop pauvres, trop usés. Comment enfermer dans des phrases ce que je ressens, ce que tu représentes, ce que nous avons traversé ? Alors j'ai renoncé aux discours. Je vais te parler simplement, avec mon cœur, même si ça tremble, même si c'est maladroit. La vérité n'a pas besoin d'éloquence. Je te regarde, là, devant moi, dans cette robe qui te va comme la lumière va au soleil, et je mesure l'homme que j'étais avant toi. Un homme de pouvoir, d'argent, d'apparences. Un homme qui confondait possession et amour, contrôle et protection. Un homme qui croyait que tout s'achetait, que tout se négociait, même les sentiments. Un homme perdu, Leïla. Profondément perdu, sans même le savoir. Et puis tu es entrée dans m
Leïla Le jour se lève sur la campagne. Un jour parfait, comme si le ciel lui-même avait décidé de se mettre sur son trente-et-un. Un bleu intense, profond, sans un nuage. Le soleil est encore doux à cette heure matinale, il caresse les collines, fait scintiller la rosée sur les herbes hautes, transforme chaque olivier en un arbre d'argent. Je me réveille lentement, et ma première pensée est : c'est aujourd'hui. Mon cœur s'emballe aussitôt. Pas d'angoisse. De l'excitation pure, un bonheur qui gonfle ma poitrine et menace de me faire éclater. Samira frappe à ma porte avec le petit déjeuner. Café fumant, tartines de confiture de figues, un bol de fruits frais cueillis dans le jardin de l'auberge. Elle me regarde, et ses yeux s'embuent déjà. — Ma chérie. Ma toute belle. Tu es prête ? — Je suis prête, ma tante. Plus prête que je ne l'ai jamais été pour quoi que ce soit dans ma vie. La matinée passe
La veille du départ pour la campagne, je reçois un appel. Le nom qui s'affiche me glace. Ma mère. Cela fait des mois que nous ne nous sommes pas parlé. Depuis ce coup de fil terrible où elle m'a traitée de fille de mauvaise vie. Je décroche, la main tremblante. — Maman ? Silence. Puis sa voix, fatiguée, vieillie. — Leïla. J'ai appris que tu te mariais. — Oui, maman. Samedi prochain. — Avec cet homme. Celui qui a brisé ton premier mariage. — Avec Hicham. L'homme que j'aime. Qui a divorcé pour moi, qui m'a choisie, qui m'a attendue. Un autre silence, plus long. Je l'entends respirer, je devine qu'elle lutte contre des années d'éducation, de principes, de peur du qu'en-dira-t-on. — Je ne viendrai pas, Leïla. Je ne peux pas. Je ne sais pas comment faire. Les larmes me montent aux yeux, mais je les ravale. Je m'y attendais. Je l'espérais un peu
Elle me regarde, incrédule.— Tu lui as dit ça ?— Oui. Et il a compris. Il m'a dit que... que si tu étais heureuse avec moi, il accepterait.— Il t'a dit ça ?— Oui.Elle secoue la tête.— J
LeïlaIl ajoute une pression, un deuxième doigt se joignant au premier, et mes hanches se soulèvent malgré moi, cherchant son contact, m’offrant à lui.– Pour toi, soufflé-je, le visage brûlant. Pour toi, Hicham.Le sourire qu’il m’adresse est triomphant, sombre, magnétique. C’est le sourire du vai
Hicham Al-MansouriLa nuit s'étire comme une plaie ouverte. Je reste figé à la fenêtre, les doigts crispés sur le verre froid, mais l'eau que Nadia m'a tendu est déjà tiède, oubliée. Les mots de ma femme résonnent encore dans le vide du salon : *Tu ne le mérites pas*. Ils me lacèrent, mais au lieu
Hicham Al-MansouriLa pièce est trop vaste, ce soir. Les hauts plafonds semblent absorber la lumière des lampes, laissant des pans d'ombre où dansent les reflets de la piscine intérieure. Je tourne les pages d'un rapport, mais les chiffres ne forment plus que des lignes abstraites, dépourvues de se







