Mag-log inChapitre 53
Yséa
L'invitation est posée sur ma table de chevet, coincée entre un dossier et un verre d'eau. Un carton épais, doré, avec des lettres calligraphiées qui annoncent le mariage de ma cousine Léa. Je l'ai reçue il y a une semaine, et depuis, je la fixe chaque matin comme on fixe une menace. Je n'ai pas répondu. Je ne voulais pas y aller. Mais quelque chose en moi, plus fort que la peur, m'a poussée &
Chapitre 56DanteJe la regarde s'endormir, sa tête posée sur l'oreiller, ses cheveux noirs étalés sur la taie blanche. Elle a pleuré longtemps, après m'avoir tout raconté. Sa douleur, sa honte, sa colère, tout est remonté à la surface, et je l'ai écoutée, immobile, silencieux, les poings serrés. Maintenant, elle dort. Son souffle est lent, régulier, et son visage, débarrassé des larmes, semble presque paisible. Je pourrais rester là, à la contempler des heures. Mais quelque chose me ronge de l'intérieur.Je l'aime. Je l'aime profondément, viscéralement, irrémédiablement. Cette vérité, je la savais déjà, mais ce soir, elle m'a frappé avec une violence nouvelle. En l'écoutant raconter son humiliation, sa solitude, sa reconstruction, j'ai compris que cette femme &ea
Chapitre 55YséaLa nuit est avancée, et nous sommes assis sur mon canapé, les lumières éteintes, seuls les lampadaires de la rue jettent une lueur pâle sur nos visages. Dante ne dit rien. Il attend. Il attend depuis des heures, patiemment, sans insister, sans me presser. Et cette patience, plus que tout, me donne envie de parler.— Tu veux savoir ce qui s'est passé ce soir-là ? demandé-je, la voix basse.Il tourne la tête vers moi, et je vois dans ses yeux une douceur qui me désarme.— Seulement si tu veux me le raconter.Je ferme les yeux, et je laisse les souvenirs remonter. Ils sont là, intacts, brûlants, comme s'ils attendaient leur heure depuis des années.— Ce soir-là, tout avait été préparé. La table, les fleurs, les familles réunies. Je portais une robe ivoire, celle qu'il
Chapitre 54DanteJe la trouve dans le jardin, loin de la salle de réception, assise sur un banc de pierre, les épaules secouées par des sanglots silencieux. La lune jette une lumière pâle sur son visage ravagé, et je sens mon cœur se serrer à en mourir. Elle ne m'a pas entendu arriver. Elle ne sait pas que je suis là. Et pourtant, je ne bouge pas. Je reste en retrait, à quelques mètres, à la regarder pleurer. Les mains dans les poches, la mâchoire serrée, et une rage sourde qui monte en moi contre tous ceux qui l'ont blessée.Je pourrais m'approcher, lui demander ce qui s'est passé, exiger des explications, jouer au protecteur. Mais quelque chose me retient. Une voix intérieure, plus sage que mon instinct, me murmure de me taire. De ne pas envahir son espace. De ne pas ajouter ma présence à sa douleur. Alors j'attends. Immobile. Sile
Chapitre 53YséaL'invitation est posée sur ma table de chevet, coincée entre un dossier et un verre d'eau. Un carton épais, doré, avec des lettres calligraphiées qui annoncent le mariage de ma cousine Léa. Je l'ai reçue il y a une semaine, et depuis, je la fixe chaque matin comme on fixe une menace. Je n'ai pas répondu. Je ne voulais pas y aller. Mais quelque chose en moi, plus fort que la peur, m'a poussée à accepter. Peut-être pour prouver que je peux. Peut-être pour affronter mes fantômes. Peut-être, simplement, parce que je suis fatiguée de fuir.La salle de réception est immense, baignée d'une lumière dorée, et je m'arrête sur le seuil, le cœur battant. Les convives sont déjà installés, les rires fusent, les coupes s'entrechoquent, et moi, je reste là, immobile, à scruter la f
Chapitre 52DanteJe la regarde s'endormir, sa tête posée sur mon torse, son souffle lent et régulier. Elle a fini par céder à la fatigue, après des heures à parler, à se débattre avec ses peurs, à refuser de prononcer les mots que j'attendais. Et moi, je suis resté là, immobile, à écouter son silence, à sentir son corps se détendre contre le mien. Je n'ai pas insisté. Je n'ai pas supplié. Je n'ai pas exigé. Pour la première fois de ma vie, j'ai attendu.La nuit est avancée, la chambre baignée d'une pénombre douce, et je passe une main légère dans ses cheveux, sans la réveiller. Elle est si belle, si fragile, si forte à la fois. Et cette force, cette obstination à se protéger, à ne pas se livrer, me bouleverse plus que toutes les déclarations. Elle a
Chapitre 51YséaSes mots résonnent encore en moi, graves, profonds, comme un écho qui refuse de s'éteindre. Je ne supporte plus l'idée de vivre dans un monde où tu pourrais disparaître. Il les a prononcés avec une sincérité qui m'a transpercée, et pourtant, je n'ai pas pu répondre. Je n'ai pas pu lui dire ce qu'il attendait. Je n'ai pas pu prononcer ces trois mots qui semblaient pourtant si simples.Je suis assise sur le bord de son lit, les mains posées sur mes genoux, le regard fixé sur la fenêtre. Dante est derrière moi, je sens sa présence, chaude, rassurante, et je sais qu'il attend. Il attend un signe, un mot, une ouverture. Mais je reste muette, paralysée par une peur que je ne parviens pas à dominer.— Yséa, dit-il doucement en s'approchant. Tu es loin.Je ferme les yeux, le souffle court.&







