Lumi ne s'attendait pas à recevoir de courrier. Les mois passés lui avaient appris à considérer le monde extérieur comme un mythe : des voix, des rumeurs et, de temps à autre, un colis qui soulevait plus de questions que de réponses.Pourtant, lorsque l'enveloppe apparut entre les fines barreaux de la porte de sa cellule, par une matinée grise et tardive, quelque chose la fit sursauter, comme si une vieille horloge avait sonné. Ses doigts, calleux et patients, déchirèrent le papier avec une économie née de l'habitude. L'écriture était soignée, comme si l'auteur avait fait de la politesse un art.Le nom d'Elena figurait sur la lettre. Lumi posa le papier sur ses genoux et s'assit sous la fenêtre grillagée, tandis que la cour reprenait son rythme habituel : des bottes sur le gravier, le rire d'un gardien étouffé par la distance, le petit aboiement triomphant d'un chien. Elle lut, les mots prenant forme pour former une voix qu'elle n'avait pas entendue depuis deux ans, mais dont elle se
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