MasukLOUISELa lutte pour garder les paupières ouvertes était rude.Ces analgésiques sont efficaces, mais punaise, je me sens complètement crevée. Romain est assis dans le fauteuil au coin de la chambre ; il n’a pas quitté mon chevet. Et même si je lui répète d’aller chez lui, je dois avouer que je suis presque soulagée qu’il m’ignore. C’est agréable d’avoir quelqu’un près de moi, parce que je commence à réaliser à quel point je suis faible. J’ai les larmes aux yeux, je me sens vulnérable et fragile.— Les enfants ? je murmure. — Ils viendront cet après-midi, répond-il doucement. — Pauvres petits, ils doivent être terrifiés.Il se lève et vient s’asseoir à côté de moi sur le lit. — Tout va bien, Camille s’occupe bien d’eux. Toi, tu dois te reposer, dormir pour pouvoir guérir.Il pose sa main sur mon épaule et le contact chaud me détend instantanément. Mes paupières lourdes gagnent la bataille. — Tu aimes ça ? murmure-t-il.Je hoche la tête, à moitié endormie
ROMAIN— Qu’est-ce qui ne va pas avec ma main ? murmura une voix endormie.Je sursaute en me réveillant, la tête posée sur le lit, assis à côté d’elle. — Louise.Elle fronce les sourcils en me scrutant. — Tu es réveillée, bébé.Je souris et tends la main pour appeler les infirmières. — Oh mon dieu, tu es réveillée !Je repousse ses cheveux de son visage meurtri et la serre contre moi. — J’ai paniqué toute la nuit.Je recule pour la regarder et elle me foudroie du regard.— Qui es-tu ?Mon monde s’arrête… — Quoi ? Mes yeux s’écarquillent d’horreur. — Tu ne te souviens pas de moi ? — J’aimerais bien que non, murmure-t-elle sèchement. — Qu’est-ce que tu fais là, Romain… et pourquoi ma main me fait-elle aussi mal ?Je l’attire dans mes bras et souris en enfouissant mon visage dans ses cheveux. — Jamais été aussi heureux de t’entendre être aussi insolente, Lola.L’infirmière apparaît à la porte. — Bonjour, Louise. Comment vous
ROMAINBip… bip… bip… bip.Le moniteur cardiaque de Louise émet son son régulier dans la pénombre de la chambre, et je suis assis à son chevet, le cœur coincé dans la gorge. S’ils me branchait à cette machine, je ne suis pas sûr que mon rythme serait aussi stable.Des tubes et des perfusions sortent de son corps. Ses deux yeux sont cernés de noir, et la bosse sur son front est énorme, déjà violacée. Louise est tombée de vingt-deux marches en béton ce soir… en fuyant loin de moi. Elle a le poignet sévèrement fracturé, une opération sera nécessaire. Peut-être aussi la cheville, mais pour l’instant, c’est trop enflé pour être certain. Pourtant, ce n’est pas ça qui les inquiète le plus. C’est sa tête.Elle a été assommée net. L’œdème cérébral était si important qu’ils ont dû la plonger dans un coma artificiel.Et si elle avait une lésion cérébrale grave et ne se réveillait jamais ?Il est trois heures du matin. Les soins intensifs sont un endroit solitaire, un lieu où l’on
LOUISEJe jette un dernier regard dans le miroir : mes cheveux sont lâchés et bouclés, et je porte une jolie robe crème. Des sandales à talons brunes et un sac assorti. C’est la soirée dansante de l’école ce soir, et j’ai fait un effort, m’étais bien habillée pour me sentir un peu mieux. Je ne sais pas pourquoi je me sens si vide en ce moment, c’est comme si, à chaque fois que Romain appelle les enfants pour leur parler au téléphone, un petit morceau de moi mourait à l’intérieur. Peut-être que je suis juste égoïste, une vraie vache qui aimait avoir les enfants rien que pour elle… Non, pas peut-être, sûrement… Honnêtement, je me dégoûte un peu moi-même. Pff… faut que j’arrête de penser à lui. Peu importe ce qu’il fait : ça ne me regarde pas.– Vous êtes prêts ? je crie. – Je suis trop belle, je vais mourir ! s’exclame Léa.Je ris. Cette fille a du caractère, je lui accorde ça.– Je suis obligé de mettre cette chemise débile ? appelle Léo depuis sa chambre. – Oui. Elle e
ROMAINUne demi-heure plus tard, nous déambulons dans le grand magasin, rayon hommes.Adrien observe les vêtements autour de lui. — Pourquoi on est là ? — Il me faut de nouveaux habits. — Ici ? Il grimace. — Pourquoi ? — Je veux des vêtements moins “designer” et plus… Je pince les lèvres, cherchant le mot juste. — Bûcheron. — Quoi ? Il fronce le nez, dégoûté. — Léo n’aime pas mes costumes de créateur.Ses yeux s’écarquillent, surpris. — T’es sûr que c’est un Montclair, lui ? — Tu te rappelles pas quand tu avais six ans ? On voulait juste que papa rentre dans le moule, qu’il soit comme les autres pères. — Toi, t’as jamais été normal, marmonne-t-il. — Crois-moi, t’as aucune chance de t’intégrer même chez les bûcherons.Je souris en tenant une chemise à carreaux, l’examinant avec méfiance. — Putain, c’est affreux. — Exact. Je la repose sur le cintre et continue de fouiller.— Alors, cette ville, c’est comment
ROMAINJ’écoute les enfants bavarder à propos de leur journée et je souris dans le noir, les yeux levés vers le plafond.Leur toute première nuit chez moi.C’était une soirée parfaite. On a fait un feu de camp, cuisiné au barbecue, joué au Uno. Ils ont pris leur douche, mangé une glace, et maintenant, c’est l’heure de dormir.Qui aurait cru que des plaisirs aussi simples deviendraient le plus beau moment de ma vie ?Ils sont chacun dans leur lit une place, et moi, je suis étendu par terre, sur des coussins de canapé alignés en guise de lit de fortune. Je leur ai dit que je restais là pour qu’ils n’aient pas peur… mais en réalité, c’est pour moi.J’ai juste besoin d’être plus près d’eux. Comme si, maintenant que mon cœur s’était enfin ouvert au leur, je ne supportais plus d’en être séparé. Même la pièce d’à côté me paraît trop loin.J’ai raté tellement de temps avec eux que chaque seconde compte.— Maman faisait quoi ce soir ? demandai-je d’un ton faussement léger. — Elle est allée à







