INICIAR SESIÓNLysandraLa musique, elle emplit la grande salle, des violons, des tambours, des flûtes, des sons qui se mêlent, qui tournent, qui enivrent, les corps, partout, des corps qui dansent, des corps qui boivent, des corps qui s'enlacent, la fête, la grande fête, pour célébrer, quoi, je ne sais plus, une victoire, une alliance, une naissance, peu importe, ce n'est qu'un prétexte, pour la décadence, pour l'excès, pour l'oubli, je suis là, au milieu, ma robe, de soie rouge, transparente, presque rien, mes cheveux, défaits, ma peau, couverte de bijoux, de perles, de diamants, de choses qui brillent, qui pèsent, qui cachent, qui révèlent, je bois, du vin, rouge, comme le sang, comme ma robe, comme mes lèvres, je ris, de quoi, je ne sais pas, de tout, de rien, de ce monde, de cette cour, de ces gens, de moi.Les mains, partout, sur moi, des mains d'hommes, des mains de femmes, des mains qui veulent, qui prennent, qui touchent, je les laisse, je ne sens rien, ou si p
LysandraLe collier, ce cercle de fer, autour de mon cou, depuis si longtemps, depuis toujours, je ne le sens plus, je ne le vois plus, il fait partie de moi, comme une cicatrice, comme une marque, comme une chaîne, ce soir, il est là, devant moi, Valdren, agenouillé, devant moi, ses mains, qui tiennent une clé, petite, dorée, elle brille, dans la lumière des bougies, il la regarde, puis il me regarde, ses yeux, ces yeux gris, pleins de quelque chose, de tendresse, de peur, d'espoir, d'amour, peut-être, si un roi peut aimer.— Je vais l'enlever.Sa voix, basse, solennelle, je ne bouge pas, je ne comprends pas, l'enlever, enlever quoi, le collier, le fer, la marque, la chaîne, la servitude, il veut me libérer, il veut me rendre ma liberté, cette chose que je n'ai jamais eue, cette chose que je ne connais pas, cette chose qui me fait peur, plus peur que la mort, plus peur que tout.— Je vais briser ton collier, te rendre libre, tu pourras
Lysandra Les tambours, je les entends avant de voir quoi que ce soit, ce roulement sourd, ce battement de guerre, ce son qui fait trembler les vitres, je suis dans ma chambre, je regarde par la fenêtre, la cour s'emplit, des chevaux, des soldats, des bannières, et lui, au centre, sur son cheval noir, je le vois de loin, sa silhouette, immense, inoubliable, mais quelque chose ne va pas, quelque chose cloche, il penche, légèrement, vers la gauche, sa main presse son flanc, du sang, je le vois, même d'ici, ce rouge sombre, cette tache qui s'étale, qui grandit, qui coule entre ses doigts. Je descends, les escaliers, quatre à quatre, mes pieds nus claquent sur la pierre, je ne sens rien, ni le froid, ni la douleur, rien, que cette urgence, cette peur, cette chose qui me serre la gorge, j'arrive dans la cour, la foule s'écarte, les soldats baissent les yeux, je marche, vers lui, il est descendu de cheval, il tient à peine debout, deux gardes l
Lysandra La lumière entre à flots par les hautes fenêtres, une lumière blanche, dure, qui découpe le sol en rectangles brûlants, je suis debout près de la table, mes doigts posés sur le bois ciré, et je sens la chaleur du soleil sur ma nuque, une chaleur qui devrait être agréable, qui ne l'est pas, parce que lui est là, l'émissaire, cet homme venu du Sud, avec ses yeux de miel et sa bouche trop rouge, ses manières trop douces, ses mains trop blanches, il est debout devant le trône, il parle, sa voix coule comme de l'huile, chaque mot est une caresse, chaque phrase est un piège. — Mon seigneur, mon maître, le prince Aldric de Varème, a entendu parler de la favorite, il a entendu parler de sa beauté, de son esprit, de sa grâce, il demande qu'elle lui soit envoyée, pour une saison, un échange, une courtoisie entre nos deux royaumes, il offre en retour trois cents chevaux, des épices, de l'or, et l'assurance d'une alliance éternelle.
Ce n'est pas une question. Je hoche la tête. Oui. Je suis en colère. Plus que ça. Je suis furieuse. Je suis une chose. Une chose qu'on teste. Une chose qu'on empoisonne pour voir si elle va survivre. — Je comprends. Mais écoute-moi. La reine ne fait rien sans raison. Si elle a fait ça, c'est qu'elle avait une raison. Une raison politique. Elle voulait savoir si tu étais une alliée ou une ennemie. Si tu étais loyale à moi ou à quelqu'un d'autre. Si tu pouvais être utilisée. Elle a testé ta loyauté. Et tu as réussi. Tu as prouvé que tu es digne. Digne de moi. Digne de cette place. Digne de ce royaume. — Digne. Le mot sort de ma bouche comme un crachat. Digne. Je suis digne. Comme un chien qui a rapporté la balle. Comme un faucon qui a tué la proie. Comme une chose qui a passé le test. Il me regarde. Je vois quelque chose dans ses yeux. De la fierté? De la satisfaction? Je ne sais pas. Je ne sais plus.
Lysandra La porte claque. Un bruit sec, violent, qui fait trembler les murs. Je sursaute. Mon corps est encore faible, encore douloureux, mais je me redresse sur mes coudes. Je sais ce qui se passe. Je le sens. Cette tension dans l'air, cette électricité qui précède les orages, cette odeur de sang qui monte déjà. Valdren est là. Et il n'est pas seul. Des voix. Des cris. Je les entends à travers les murs, à travers les portes, à travers cette épaisseur de pierre qui devrait étouffer les sons. La voix de Valdren, grave, hurlante, cette voix que je ne lui connaissais pas, cette voix de bête blessée. Et une autre voix. Plus aiguë. Plus froide. Une voix de femme. La reine. La reine est là. Dans mes appartements. La reine est venue. Je me lève. Mes jambes tremblent. Ma tête tourne. Mais je me lève. Je trouve une robe, une chose simple, une tunique de lin qui traîne sur un fauteuil. Je l'enfile. Je noue la ceinture. Je marche ver







