INICIAR SESIÓN— Ou quelque chose d’assez précieux pour qu’il veuille le cacher.Gabriel regarda Rebecca, les yeux écarquillés.— Tu crois que c’était une preuve ?— Peut-être. Peut-être que Vincent Delorme, dans un moment d’arrogance ou de culpabilité, a écrit à ton père pour se vanter de ce qu’il avait fait. Pour lui avouer la vérité, sachant que personne ne le croirait jamais.— Et mon père l’aurait brûlée ?— Parce qu’il ne pouvait pas la regarder. Parce que chaque mot de cette lettre était une confirmation de ce qu’il savait déjà : qu’il avait été manipulé, trahi, détruit par un homme qui voulait se venger de ta mère.— Et qu’il n’avait rien pu faire pour l’arrêter.— Oui.Gabriel se laissa tomber sur la chaise en métal, les coudes sur les genoux, le visage dans les mains. La pluie continuait de tomber dehors, régulière, monotone.— Tout ça pour rien, murmura-t-il. Trente ans de haine, de souffrance, de silence. Tout ça à cause d’une lettre que mon père a brûlée dans un barbecue.— Il ne savait
Gabriel se leva brusquement, fit quelques pas dans le garage, les poings serrés. La pluie redoublait dehors, tambourinant sur la tôle.— Pourquoi elle ne me l’a jamais dit ? demanda-t-il.— Par peur. Peur de ce que ton père ferait s’il apprenait que Vincent était venu chez vous. Peur de rouvrir des blessures qui n’étaient jamais vraiment refermées.— Alors elle s’est tue. Comme mon père. Trente ans de silence.— Oui. Mais aujourd’hui, elle a parlé. Et c’est pour ça que je suis là.Rebecca se leva, s’approcha de Gabriel, posa une main sur son bras.— J’ai besoin que tu te souviennes, dit-elle. As-tu déjà entendu le nom de Vincent ? Pas dans les conversations récentes, pas depuis que tout a éclaté. Avant. Dans ton enfance. Est-ce que ton père a déjà prononcé ce nom devant toi ?Gabriel ferma les yeux, fouilla sa mémoire. Il revit la petite maison, la cuisine au carrelage usé, les roses trémières dans le jardin. Il revit son père, le dos voûté, les mains calleuses, le visage fermé. Il re
Étienne se retourna, regarda sa femme. Il y avait dans ses yeux quelque chose qu’il n’avait pas vu depuis longtemps. De l’amour. De l’amour malgré tout, malgré les silences, malgré les colères, malgré les années perdues.— Tu crois que Gabriel me pardonnera ? demanda-t-il.— Il te pardonnera si tu fais le premier pas. Si tu lui montres que tu es prêt à changer.— Et si je n’y arrive pas ?— Alors tu essaieras encore. Et encore. Jusqu’à ce que tu y arrives. Je ne te laisserai pas tomber, Étienne. Je ne t’ai jamais laissé tomber.Étienne hocha la tête, lentement. Il prit la main de sa femme, la serra dans la sienne.— Demain, dit-il. Demain, j’irai voir Armand Fortier.— Demain, répéta Hélène. Je serai avec toi.Ils restèrent debout devant la porte du jardin, main dans la main, à regarder la nuit qui s’étendait sur les champs. La lune était pleine, haute dans le ciel, et sa lumière blanche éclairait les roses trémières couchées par le vent.Le mur se fissurait. Lentement. Mais il se fis
— Et aujourd’hui, tu n’as plus peur ?— Si. Mais j’ai encore plus peur de perdre Gabriel. De le voir s’éloigner de nous, jour après jour, à cause de cette guerre qui n’est même pas la sienne.— Ce n’est pas une guerre. C’est une question de justice.— La justice, Étienne ? Tu veux vraiment parler de justice ? Où est la justice dans ce que nous faisons subir à nos enfants ? En quoi est-ce juste de punir Gabriel pour ce que son père a souffert ? En quoi est-ce juste d’interdire à Élise d’aimer parce qu’elle porte le nom de Fortier ?— Elle n’est pas punie. Elle est protégée.— Protégée de quoi ? De l’homme qu’elle aime ? Du bonheur ? De l’avenir qu’elle s’est choisi ?Étienne frappa du poing sur la table, faisant trembler les assiettes et tinter les verres.— Elle est protégée de son père ! cria-t-il. De cet homme qui a détruit notre vie, qui nous a volé notre honneur, qui nous a laissés dans une caravane pendant trois ans ! Tu te souviens de la caravane, Hélène ? Tu te souviens du froi
La nuit était tombée sur la petite maison des Moreau. Le dîner avait été silencieux, comme tous les dîners depuis des semaines. Gabriel n’était pas rentré – il passait de plus en plus de temps au garage, ou dans la cabane, ou sur les routes de campagne, à tourner en rond sur sa moto comme un animal en cage. Hélène avait préparé une soupe de légumes, l’avait servie dans les assiettes en faïence ébréchée, et l’avait mangée sans rien dire, les yeux fixés sur la nappe en toile cirée. Étienne était assis en face d’elle, le dos voûté, les mains posées de chaque côté de son assiette. Il n’avait pas touché à sa soupe. Il n’avait pas prononcé un mot depuis le début du repas. Il était là, absent, ailleurs, enfermé dans ce silence qui était devenu sa prison et son refuge. Hélène le regardait. Elle le regardait comme elle ne l’avait jamais regardé auparavant. Pas avec la tendresse résignée de l’épouse qui a tout accepté, tout pardonné, tout enduré. Mais avec les yeux d’une femme qui venait de pa
Hélène se leva brusquement, fit quelques pas vers la fenêtre, le dos tourné à Rebecca. Ses mains tremblaient, et elle les serrait l’une contre l’autre pour les empêcher de s’agiter.— Étienne n’a jamais été le même après Vincent, dit-elle d’une voix sourde. Avant lui, c’était un homme joyeux, confiant, plein de rêves. Il riait, il chantait, il parlait de l’avenir comme d’un jardin qu’il allait cultiver. Et puis Vincent est arrivé, avec ses costumes et ses belles paroles. Et tout a changé.— Changé comment ?— Étienne est devenu méfiant, renfermé. Il ne riait plus. Il ne chantait plus. Il passait ses nuits à éplucher des comptes, à vérifier des factures, comme s’il sentait que quelque chose n’allait pas. Mais il ne pouvait rien prouver. Vincent était trop fort. Trop malin.— Vincent, répéta Rebecca. Vous l’avez connu ?Hélène se retourna lentement, le visage pâle, les yeux brillants de larmes contenues.— Oui, dit-elle. Je l’ai connu. C’était un homme charmant, séduisant, qui parlait c







