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CHAPITRE 197 – Le nom interdit

Author: L'encre
last update publish date: 2026-08-12 19:42:26

— Ou quelque chose d’assez précieux pour qu’il veuille le cacher.

Gabriel regarda Rebecca, les yeux écarquillés.

— Tu crois que c’était une preuve ?

— Peut-être. Peut-être que Vincent Delorme, dans un moment d’arrogance ou de culpabilité, a écrit à ton père pour se vanter de ce qu’il avait fait. Pour lui avouer la vérité, sachant que personne ne le croirait jamais.

— Et mon père l’aurait brûlée ?

— Parce qu’il ne pouvait pas la regarder. Parce que chaque mot de cette lettre était une confirmati
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    Mais Armand n’était pas dupe. Il savait que sa fille n’était pas aussi isolée qu’il l’aurait voulu. Il voyait les visites de Rebecca, les plateaux que Catherine montait à des heures indues, les chuchotements dans les couloirs. Il avait engagé un homme, un ancien policier reconverti dans la sécurité privée, pour surveiller discrètement les allées et venues autour du manoir. Et cet homme, un soir, intercepta une lettre.Ce n’était pas une lettre d’Élise. C’était une lettre de Gabriel, que Rebecca avait glissée dans un livre qu’elle apportait à son amie. Le livre était un roman de Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, que Catherine avait demandé à Rebecca de lui procurer – « pour distraire Élise », avait-elle dit. La lettre était cachée entre les pages 142 et 143, pliée en huit, minuscule. L’homme de main d’Armand la trouva en feuilletant le livre, l’ouvrit, la lut, et la porta immédiatement à son employeur.Armand la lut dans son bureau, debout devant la fenêtre, à la lumière d

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    — Je l’ai gardée. Pendant trente ans. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être pour me souvenir. Peut-être pour ne pas oublier ce que le silence peut faire.Élise leva les yeux vers sa mère, et pour la première fois depuis des semaines, elle la vit vraiment. Pas la mère effacée, silencieuse, soumise. La femme qui avait souffert, qui avait douté, qui avait résisté à sa manière, dans l’ombre, sans que personne ne le sache.— Merci, maman, murmura-t-elle.— De quoi ?— De ne plus te taire.Catherine s’assit sur le lit, prit la main de sa fille, et elles restèrent là, dans la pénombre, la photo posée entre elles comme une preuve, comme une arme, comme une promesse. La promesse que le silence était brisé. Que la vérité finirait par éclater. Et que rien, jamais, ne serait plus comme avant.***Depuis que le téléphone d’Élise avait été confisqué, les mots étaient devenus leur seule monnaie d’échange. Des mots écrits à la main, sur du papier ordinaire, pliés en minuscules carrés que Rebecca transpo

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    Elle se souvenait de la façon dont Vincent regardait Armand. Pas comme un associé regarde un associé. Pas comme un consultant regarde un client. Il le regardait avec une sorte de fascination, de convoitise presque, comme s’il voulait posséder quelque chose qu’Armand avait. Sa force. Sa réussite. Sa femme, peut-être. Ou peut-être les trois à la fois.Elle n’avait jamais aimé cette façon de regarder. Elle en avait parlé à Armand, une fois, timidement, en choisissant ses mots.— Tu ne trouves pas que Vincent est un peu trop... présent ?— Trop présent ? Il travaille avec nous. C’est normal qu’il soit présent.— Je ne sais pas. Il y a quelque chose dans son regard. Une façon de te fixer qui me met mal à l’aise.Armand avait ri, de ce rire condescendant qu’il avait parfois quand il jugeait les inquiétudes de sa femme futiles ou exagérées.— Tu es jalouse, ma chérie. C’est touchant, mais c’est ridicule.— Je ne suis pas jalouse. Je suis inquiète.— Il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Vincent

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    — Ou quelque chose d’assez précieux pour qu’il veuille le cacher.Gabriel regarda Rebecca, les yeux écarquillés.— Tu crois que c’était une preuve ?— Peut-être. Peut-être que Vincent Delorme, dans un moment d’arrogance ou de culpabilité, a écrit à ton père pour se vanter de ce qu’il avait fait. Pour lui avouer la vérité, sachant que personne ne le croirait jamais.— Et mon père l’aurait brûlée ?— Parce qu’il ne pouvait pas la regarder. Parce que chaque mot de cette lettre était une confirmation de ce qu’il savait déjà : qu’il avait été manipulé, trahi, détruit par un homme qui voulait se venger de ta mère.— Et qu’il n’avait rien pu faire pour l’arrêter.— Oui.Gabriel se laissa tomber sur la chaise en métal, les coudes sur les genoux, le visage dans les mains. La pluie continuait de tomber dehors, régulière, monotone.— Tout ça pour rien, murmura-t-il. Trente ans de haine, de souffrance, de silence. Tout ça à cause d’une lettre que mon père a brûlée dans un barbecue.— Il ne savait

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