Le jour où mon mariage est mort

Le jour où mon mariage est mort

last updateLast Updated : 2026-08-09
By:  Anne GBEHOUIN Updated just now
Language: French
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Le jour où mon mariage est mort Alors que le soleil se couchait sur cinq années de mariage, Solène rentrait le cœur léger, un dîner surprise en tête. Mais dans leur chambre, une scène déchirante l'attendait : Kévin, son mari, dans les bras de Laura, sa propre cousine. Le bouquet de roses s'écrasa au sol. Kévin, un sourire cynique aux lèvres, n'afficha aucun regret. — Je ne t'aime plus. Laura et moi, c'est du sérieux. Signe ça. Il lui tendit des papiers de divorce déjà préparés. Les mains tremblantes, Solène signa. Mais avant de partir, elle se retourna, le regard brûlant de rage : — Vous venez de déclencher une guerre que vous ne pourrez pas gagner. Profitez bien de votre bonheur volé... Il ne durera pas. La porte claqua. Quelques étages plus bas, Solène composait déjà le numéro du père de Laura, prête à révéler bien plus qu'une simple liaison. La vengeance ne faisait que commencer.

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Chapter 1

Le bouquet de roses

Chapitre 1 : Le bouquet de roses

Solène

Le cliquetis de la clé dans la serrure résonne dans le hall silencieux. Je pousse la porte avec mon épaule, les bras chargés de sacs. Le traiteur, les bougies parfumées, le vin à trente euros la bouteille que j'ai choisi avec soin parce que Kévin aime le rouge qui tache les lèvres. Cinq ans. Cinq ans aujourd'hui. J'ai posé mon après-midi pour préparer ce dîner. Il ne sait pas. La surprise est entière.

Je pose les sacs sur le plan de travail de la cuisine. Mes doigts sont engourdis par le poids des courses. Je souffle un bon coup et je regarde l'appartement. Tout est propre. Trop propre. Le salon est vide. La télévision est éteinte. Kévin n'est pas dans le canapé, affalé comme d'habitude devant un match de foot.

Un bruit. Un rire.

C'est un rire de femme. Il vient de la chambre. Mon cerveau ne fait pas le lien tout de suite. Je pense à la télévision, à une vidéo sur son téléphone, à n'importe quoi d'autre. Surtout pas à ça.

Je m'avance dans le couloir. Mes escarpins claquent sur le parquet. Je devrais ralentir. Je devrais m'arrêter, réfléchir, me préparer. Mais mon corps avance sans moi. Mes jambes sont en pilotage automatique. Ma main pousse la porte entrouverte de la chambre.

Le temps s'arrête. Non, le temps explose. Le temps se brise en mille morceaux de verre qui s'enfoncent dans ma poitrine.

Kévin est dans notre lit. Notre lit conjugal. Le lit où nous faisons l'amour depuis sept ans, où nous avons pleuré quand sa mère est morte, où nous avons ri jusqu'à deux heures du matin en refaisant le monde. Kévin est dans notre lit, nu, le drap enroulé autour des hanches, un sourire aux lèvres que je ne lui ai jamais vu.

Et à côté de lui, enroulée comme un serpent, les cheveux blonds éparpillés sur l'oreiller que j'ai acheté la semaine dernière chez Monoprix, il y a Laura. Ma cousine Laura. Ma petite cousine que j'ai tenue dans mes bras quand elle avait trois jours. Laura à qui j'ai appris à mettre du vernis à ongles. Laura qui pleurait sur mon épaule quand son premier copain l'a larguée au lycée. Laura qui est venue dîner ici même il y a quinze jours, qui m'a fait la bise en m'appelant ma chérie, qui a ri avec nous jusqu'à minuit.

Le bouquet de roses tombe. Il s'écrase sur le parquet avec un bruit mat. Les pétales se détachent. Rouge sang sur le bois clair. Je regarde les roses par terre et je me dis que j'aurais dû prendre des tulipes.

Kévin tourne la tête vers moi. Il ne sursaute pas. Ses épaules ne se crispent pas. Il ne cherche pas à se couvrir, à se justifier, à dire que ce n'est pas ce que je crois. Il me regarde comme si j'étais une colocataire qui rentre trop tôt, comme si je dérangeais une réunion, comme si j'étais l'intruse dans ma propre maison.

— Ah. Te voilà.

Trois mots. Juste trois mots. Pas je peux tout expliquer, pas pardonne-moi, pas même un mensonge pathétique. Juste ah, te voilà. Comme si je rentrais du travail un mardi soir ordinaire.

Laura, elle, a au moins la décence de baisser les yeux. Elle remonte le drap sur sa poitrine. Son vernis à ongles est rouge. Le même rouge que le mien. Le même rouge que je lui ai offert pour Noël.

— Solène, je...

Sa voix est tremblante. Faussement tremblante. Du théâtre. Du mauvais théâtre joué par une mauvaise actrice qui n'a même pas appris son texte.

Je ne réponds pas. Je ne peux pas. Ma gorge est un nœud serré. Ma cage thoracique est un étau qui m'empêche de respirer. Mes yeux brûlent, mes mains tremblent, mon cœur bat si fort que je l'entends dans mes tempes. Je reste plantée là, debout dans l'embrasure de la porte, comme une statue de sel.

Kévin se lève. Il enfile un caleçon. Calmement. Tranquillement. Comme s'il avait tout son temps, comme si ma présence n'était qu'un léger contretemps dans son planning de la journée. Il marche jusqu'à la commode. Il ouvre le tiroir du haut. Celui où je range les factures, les papiers importants, notre livret de famille.

Il en sort une enveloppe blanche. Une enveloppe qui porte le logo d'un cabinet d'avocats. Il me la tend.

— Puisque tu es là, autant régler ça maintenant.

Je ne bouge pas. Mes bras sont collés le long de mon corps. Mes doigts ne répondent plus.

Il soupire. Il soupire comme si j'étais pénible, comme si je lui faisais perdre son temps, comme si ma douleur était un caprice d'enfant gâtée. Il déchire l'enveloppe lui-même. Il en sort plusieurs feuilles agrafées ensemble. Je reconnais le format. J'ai déjà vu ce genre de documents dans les films, dans les séries, chez mon amie Céline quand elle a divorcé il y a deux ans.

Une requête en divorce.

— Tout est prêt. Tu n'as qu'à signer.

Ma voix sort enfin. C'est un filet. Un souffle. Un couinement de souris blessée.

— Depuis quand ?

Kévin hausse les épaules. Ce geste. Ce haussement d'épaules désinvolte que je lui ai toujours reproché, qu'il faisait quand je lui demandais de descendre les poubelles, de rappeler ma mère, de m'aider à choisir la couleur du canapé. Ce haussement d'épaules qui me rendait folle mais que j'avais appris à accepter, à aimer presque, parce que c'était Kévin, parce que c'était mon mari, parce que dans un couple on apprend à vivre avec les défauts de l'autre.

Aujourd'hui, ce haussement d'épaules me donne envie de vomir.

— Depuis quand quoi ? Depuis que je ne t'aime plus ? Depuis que je couche avec Laura ? Depuis que j'ai préparé les papiers ?

Il sourit. Un sourire cruel. Un sourire que je ne lui connaissais pas. Un sourire qui transforme son visage en quelque chose d'étranger, de monstrueux.

— Depuis tout. Depuis longtemps. Depuis toujours peut-être. Je ne sais plus.

Laura ne dit rien. Elle regarde le drap. Elle regarde ses ongles. Elle regarde le plafond. Elle ne me regarde pas. Elle ne dit pas c'est vrai, elle ne dit pas c'est faux, elle ne dit rien du tout. Elle est là, dans mon lit, avec mon mari, et elle se tait. Sa présence silencieuse est pire que tout. Pire que des excuses, pire que des justifications, pire que des insultes. Elle est juste là, et elle accepte.

Kévin me tend un stylo. Un stylo publicitaire. Un stylo de la banque où nous avons ouvert notre compte joint il y a quatre ans, main dans la main, tout excités à l'idée de construire notre avenir ensemble. Je reconnais le logo. Je reconnais la petite éraflure sur le capuchon.

— Signe, Solène. On ne va pas en faire un drame. Ces choses-là arrivent. On s'aimait, on ne s'aime plus. C'est la vie.

C'est la vie. Comme si c'était une panne de voiture. Un imprévu météo. Une contrariété sans importance. C'est la vie. Notre mariage, nos cinq ans de vie commune, nos projets d'enfant, la maison qu'on visitait le mois dernier, le prénom qu'on avait choisi si c'était une fille, tout ça balayé d'un revers de main. C'est la vie.

Je prends le stylo. Mes doigts sont glacés. Le plastique est froid. La bille appuie sur le papier. Je signe sans lire. À quoi bon lire. Les mots dansent devant mes yeux. Tout est flou. Ma signature est tremblante, méconnaissable, elle ressemble à celle d'une vieille femme, pas à la mienne, pas à la signature assurée que j'appose sur mes dossiers au travail.

Le papier glisse sur la commode. Kévin le récupère. Il vérifie la signature avec un petit hochement de tête satisfait.

— Voilà. Ce n'était pas si difficile.

Je lève les yeux. Je les regarde tous les deux. Lui, debout, torse nu, le papier à la main, vainqueur. Elle, recroquevillée dans mes draps, honteuse peut-être, mais pas assez pour être partie, pas assez pour avoir refusé, pas assez pour avoir dit non à mon mari quand il l'a entraînée dans notre lit.

Quelque chose se brise en moi. Ou peut-être que tout était déjà brisé et que je m'en rends compte seulement maintenant. Ce n'est pas de la tristesse. Ce n'est pas du chagrin. C'est un truc plus froid, plus sec, plus dangereux. Un feu qui ne brûle pas mais qui calcine tout sur son passage.

Je ne pleure pas. Mes yeux sont secs. Mes mains ne tremblent plus. Mon cœur bat plus lentement, plus fort, chaque pulsation est un coup de bélier contre mes tempes. Je recule d'un pas. Puis d'un autre.

— Solène, tu oublies tes...

Je ne laisse pas Kévin finir sa phrase. Je tourne les talons. Je marche dans le couloir. Je dépasse la cuisine où les sacs du traiteur sont restés sur le plan de travail. Je dépasse le salon où ma veste est posée sur le canapé. Je dépasse l'entrée où nos photos de mariage sont accrochées au mur.

Je ne prends rien. Ni veste, ni sac, ni téléphone. Juste mes clés que je serre dans mon poing fermé, si fort que le métal s'enfonce dans ma paume et que je sens un filet de sang couler entre mes doigts. La douleur est bonne. Elle m'empêche de penser. Elle me rappelle que je suis vivante.

La porte d'entrée claque derrière moi. Le bruit résonne dans toute la cage d'escalier. Une porte de voisine s'entrouvre. Une tête curieuse apparaît. Je ne la vois pas. Je ne vois rien. Je marche jusqu'à l'ascenseur, j'appuie sur le bouton, les portes s'ouvrent, je rentre.

Je m'adosse à la paroi froide. Le miroir me renvoie mon reflet. Une femme de trente-quatre ans, les cheveux défaits, le mascara qui commence à couler, les lèvres pâles, les yeux vides. Une femme qui vient de perdre son mari, sa cousine, sa dignité, et cinq années de sa vie en l'espace de dix minutes.

L'ascenseur descend lentement. Chaque étage est une année. Cinquième étage, notre première nuit dans cet appartement. Quatrième étage, les fous rires du dimanche matin. Troisième étage, les disputes pour un rien. Deuxième étage, les réconciliations passionnées. Premier étage, les projets d'avenir.

Rez-de-chaussée. Plus rien. Le vide.

Les portes s'ouvrent sur le hall. Je sors dans la rue. Le soleil me frappe le visage. Il fait beau. Un temps magnifique. Un temps à être heureux, à se promener main dans la main, à boire un verre en terrasse, à s'embrasser sur un banc public. Le monde continue de tourner. Les voitures passent. Les gens marchent. Un enfant rit en courant après un pigeon. Un couple s'embrasse devant la boulangerie.

Je m'assois sur un banc. Le même banc où Kévin m'avait demandée en mariage il y a six ans, un genou à terre, une bague à la main, les yeux brillants d'émotion. Je veux passer le reste de ma vie avec toi. Le reste de sa vie a duré cinq ans. Cinq petites années. Une broutille. Un détail.

Je sors mon téléphone de la poche arrière de mon jean. Mes doigts composent un numéro. Celui de ma mère. J'ai besoin d'entendre une voix, une vraie, une voix qui ne me trahira pas, une voix qui m'aime.

— Allô, maman ?

Ma voix se brise sur le deuxième mot.

— Maman, Kévin... Laura... Je les ai trouvés... dans le lit... le jour de notre anniversaire...

Les sanglots arrivent. Enfin. Ils montent de ma poitrine comme une vague, ils déferlent sur moi, ils me noient, ils m'emportent. Je pleure sur ce banc, en pleine rue, le téléphone collé à l'oreille, et ma mère ne dit rien, elle écoute, elle attend, elle me laisse vider toute cette souffrance qui m'empoisonne depuis que j'ai poussé cette porte.

Et puis elle dit une phrase. Une phrase qui arrête net mes sanglots.

— Ma chérie, je dois te dire quelque chose. À propos de Laura. À propos de notre famille. Quelque chose que j'aurais dû te dire depuis longtemps.

Je renifle. J'essuie mes yeux avec ma manche. Mon mascara laisse des traces noires sur le tissu blanc.

— Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Silence à l'autre bout du fil. Un silence lourd, épais, chargé de secrets.

— Viens à la maison, Solène. Il faut que je te montre la boîte de ta grand-mère.

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