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Chapitre 5— Le Bain du Tyran

Autor: Déesse
last update Fecha de publicación: 2026-06-22 02:56:59

Aelys

La journée commence par une épreuve que je n'avais pas anticipée. Une épreuve qui me force à repousser les limites de ma haine, à tester la solidité de mes résolutions, à me confronter à la réalité la plus brute de ma condition d'esclave.

Le bain du roi.

Cassian me convoque dans ses appartements privés, ceux du palais cette fois, car l'armée est rentrée à Kaelor au petit matin. La capitale est une ville immense, labyrinthique, construite sur les flancs d'une montagne noire qui domine la plaine. Le palais royal trône au sommet, une forteresse de pierre sombre hérissée de tours et de remparts. C'est là que je vivrai désormais, dans l'ombre du tyran, prisonnière de son bon vouloir.

La chambre du bain est une salle voûtée, chauffée par un système de canalisations souterraines qui alimentent une piscine de marbre noir. Des vapeurs parfumées montent de l'eau, des bougies sont disposées sur les rebords, et des serviteurs silencieux s'affairent autour de la baignoire. Mais quand j'entre, poussée par deux gardes, Cassian les congédie d'un geste.

— Laissez-nous. Mon Ombre s'occupera de moi.

Les serviteurs s'éclipsent sans un mot, sans un regard, et je reste seule avec lui. Il est debout près de la piscine, vêtu d'une simple robe de chambre en soie noire, les pieds nus sur le marbre. Il me tourne le dos, il regarde l'eau qui fume, et je vois les muscles de ses épaules qui se contractent, les cicatrices qui barrent sa colonne vertébrale.

— Approchez.

Je fais quelques pas, je m'arrête à un mètre de lui, et j'attends. Mon cœur bat trop vite, mes mains sont moites, ma gorge est serrée. Je sais ce qui va suivre, je le devine, je le redoute.

— Déshabillez-moi.

Il ne se retourne pas, il attend, immobile comme une statue. Je tends les mains, je défais la ceinture de sa robe de chambre, et le tissu glisse sur ses épaules, tombe à ses pieds dans un froissement de soie.

Il est nu.

Entièrement nu.

Je retiens mon souffle, je détourne les yeux, je fixe le sol de marbre comme si ma vie en dépendait. Mais il ne me laisse pas cette échappatoire.

— Regardez-moi, Aelys.

Sa voix est un commandement, un ordre qui ne souffre aucune discussion. Je relève lentement la tête, et je le regarde.

Son corps est un paysage de guerre. Chaque centimètre de peau porte la trace d'un combat, d'une blessure, d'une victoire. Ses épaules sont larges, ses bras sont puissants, son torse est sculpté par des années d'entraînement et de batailles. Ses hanches sont étroites, ses jambes longues et musclées, et son sexe repose contre sa cuisse, lourd et épais. Je n'avais jamais vu un homme nu, pas comme ça, pas de si près, pas avec cette obligation de regarder.

— Vous avez déjà vu un homme nu, Aelys ? demande-t-il, et sa voix est teintée d'une ironie amusée.

Je secoue la tête, incapable de parler, incapable de détourner les yeux.

— Alors considérez cela comme une leçon. La première de beaucoup. Être mon Ombre, c'est me voir dans tous mes états, dans toutes mes humeurs, dans toutes mes nudités. Vous ne pouvez pas vous cacher, vous ne pouvez pas vous dérober. Vous êtes mon témoin, ma mémoire vivante.

Il entre dans l'eau, il s'immerge jusqu'à la taille, et il se tourne vers moi. L'eau ruisselle sur sa peau, dessine des rivières sur ses cicatrices, et je ne peux pas m'empêcher de le regarder. Malgré ma haine, malgré ma répulsion, malgré tout ce que je sais de lui, je ne peux pas détacher mes yeux de ce corps qui est un monument à la violence et à la puissance.

— Prenez l'éponge, dit-il en désignant un plateau posé sur le rebord de la piscine. Et lavez-moi.

Mes mains tremblent en saisissant l'éponge, en la trempant dans l'eau chaude, en la passant sur ses épaules. Sa peau est douce sous mes doigts, malgré les cicatrices, et elle est chaude, si chaude, comme si un feu brûlait à l'intérieur de lui. Je lave ses bras, son dos, sa nuque, avec des gestes maladroits, tremblants, en essayant de ne pas penser à ce que je fais, de ne pas sentir ce que je sens.

— Vous tremblez, Aelys. Avez-vous peur de moi, ou de vous-même ?

Je ne réponds pas, je continue ma tâche, et l'éponge glisse sur sa peau, descend le long de sa colonne vertébrale, s'arrête au creux de ses reins. Il se retourne brusquement, il attrape mon poignet, et l'éponge tombe dans l'eau avec un bruit mat.

— Répondez-moi. Avez-vous peur de moi, ou de vous-même ?

Ses yeux plongent dans les miens, et je vois dans leurs profondeurs une lueur dangereuse, une lueur de défi, de désir, de provocation. Il veut que je brise mon silence, il veut que je parle, il veut que le sortilège me punisse. Il veut me voir souffrir pour avoir osé le défier.

Mais je ne parlerai pas. Je ne lui donnerai pas cette satisfaction.

Je soutiens son regard, je ne baisse pas les yeux, et je secoue la tête lentement, comme pour dire : "Ni l'un ni l'autre."

Il sourit, ce sourire qui ne monte pas jusqu'à ses yeux, et il lâche mon poignet.

— Très bien. Continuez.

Je reprends l'éponge, je continue de le laver, et cette fois mes mains ne tremblent plus. Parce que j'ai compris quelque chose, quelque chose d'essentiel. Il me teste, il me pousse dans mes retranchements, il cherche à me briser. Mais il ne peut pas me briser si je refuse de me laisser briser. Il ne peut pas m'atteindre si je refuse de lui donner accès à mes émotions.

Je suis son Ombre. Mais une ombre est insaisissable. Une ombre ne souffre pas, ne saigne pas, ne pleure pas.

Une ombre observe. Et attend.

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