登入Le mari que j’ai engagé Quand Alya Monteiro hérite du petit restaurant de sa grand-mère, elle découvre une condition absurde : pour garder l’entreprise, elle doit être mariée avant ses 26 ans. Sans petit ami et sans temps, elle engage un inconnu pour jouer son mari pendant six mois. Le contrat est simple : aucune émotion, aucune question. Jusqu’au jour où Alya découvre que son faux mari n’est pas un homme ordinaire… mais l’investisseur qui possède déjà la moitié des commerces de la ville. Et lui n’a jamais signé ce contrat pour l’argent.
查看更多Chapitre 1
Alya
Le papier est jauni sur les bords, plié en trois, usé aux pliures comme si quelqu'un l'avait manipulé mille fois avant moi. L'écriture de ma grand-mère est penchée, élégante, reconnaissable entre toutes. Cette écriture qui écrivait « je t'aime » sur des post-it collés au frigo, qui notait ses recettes dans des carnets à spirale, qui signait ses cartes d'anniversaire avec des cœurs maladroits. Aujourd'hui, cette même écriture est en train de détruire ma vie.
Je relis la clause pour la sixième fois, debout dans le bureau du notaire, les jambes flageolantes, la respiration courte. Les mots ne changent pas. Ils restent là, noirs sur blanc, implacables.
« Le restaurant Le Cœur de Bahia ainsi que l'ensemble des biens mobiliers et immobiliers associés seront transférés à la bénéficiaire désignée, Alya Monteiro, à la condition expresse que celle-ci soit mariée avant son vingt-sixième anniversaire. À défaut, lesdits biens seront vendus et les bénéfices reversés à des œuvres caritatives. »
Mariée. Avant vingt-six ans.
Je viens d'en avoir vingt-cinq il y a trois mois. Il me reste un peu moins de six mois pour trouver un mari. Six mois pour sauver le seul endroit au monde où je me suis sentie protégée, aimée, entière.
— Vous comprenez la situation, mademoiselle Monteiro.
Ce n'est pas une question. Maître Delambre me regarde par-dessus ses lunettes en demi-lune, ses doigts boudinés croisés sur le bureau d'acajou. C'est un homme gras et gris, engoncé dans un costume trop étroit, avec des pellicules sur les épaules et une cravate tachée. Il me regarde comme on regarde un dossier à expédier avant le déjeuner.
— Votre grand-mère était une femme remarquablement déterminée. Elle a insisté sur cette condition avec une véhémence que j'ai rarement rencontrée en quarante ans de carrière. Elle m'a fait reformuler le texte trois fois pour être certaine qu'il n'y ait aucune échappatoire.
Je ferme les yeux. Bien sûr qu'elle a fait reformuler le texte trois fois. Helena Monteiro ne laissait rien au hasard. Elle a survécu à un mari violent, à un fils indigne, à la faillite, au veuvage, et elle a bâti son restaurant brique par brique avec ses mains nues. Alors oui, elle a reformulé le texte trois fois. C'était dans sa nature.
Mais cette clause n'était pas dans sa nature. Pas envers moi.
— Elle n'était pas sénile, je dis, et ma voix sonne plus dure que prévu.
— Elle ne l'était absolument pas. Elle m'a parlé de vous longuement. Avec beaucoup d'affection. Et beaucoup d'inquiétude. Elle estimait que vous vous consacriez trop au restaurant. Que vous vous cachiez derrière votre travail. Ses mots exacts étaient : « Ma petite-fille va finir seule si personne ne la force à ouvrir les yeux. »
La phrase me frappe en pleine poitrine. Ma grand-mère a dit ça. Elle a dit ça à cet étranger bedonnant plutôt qu'à moi. Elle a organisé ce chantage sentimental, cette clause absurde, ce piège doré, sans jamais m'en parler directement.
Je prends le document qu'il me tend. Mes doigts tremblent. Je lis chaque ligne, chaque alinéa, chaque terme juridique. C'est blindé. Verrouillé. Inattaquable.
Je sors de l'étude notariale les tempes bourdonnantes, le testament dans mon sac à main, une bombe à retardement contre ma hanche. La rue est grise, le ciel de mars est bas, lourd de nuages qui ne crèvent pas. Les voitures passent dans un bruit mouillé, les passants se pressent sur les trottoirs. Le monde continue de tourner alors que le mien vient de s'arrêter.
Je marche sans savoir où je vais. Mes bottines claquent sur le pavé humide, mon trench-coat claque au vent, mes cheveux s'échappent de mon chignon. Je marche et je pense à ma grand-mère, à son sourire malicieux sur son lit d'hôpital, à ses dernières paroles avant que les machines ne prennent le relais.
« Tu es forte, ma colombe. Plus forte que tu ne crois. Mais la force ne suffit pas. Il faut aussi un cœur qui bat pour quelqu'un d'autre. »
Je croyais qu'elle parlait de cuisine. De passion. De transmission. Je croyais qu'elle me léguait sa sagesse, pas une prison.
J'arrive devant le restaurant sans l'avoir décidé. Mes pieds m'ont portée là par habitude, par instinct, comme un animal blessé qui retourne à son terrier. Le Cœur de Bahia. La façade est modeste mais coquette, rose pâle avec des volets bleu marine, une glycine centenaire qui grimpe le long de la pierre. Aujourd'hui, c'est mon jour de fermeture. Les lumières sont éteintes, la salle est vide, les cuisines sont froides.
Je pousse la porte. Le carillon tinte au-dessus de ma tête, un son grêle et familier qui me serre la gorge. L'odeur du restaurant m'enveloppe immédiatement, un mélange de café torréfié, de cannelle, de pain d'hier, de bois ciré. L'odeur de mon enfance. L'odeur de ma grand-mère.
Je m'assois à la table du fond, celle que ma grand-mère appelait « la table des confidences ». C'est une petite table ronde, coincée sous la verrière, avec deux chaises en bois patiné. C'est là qu'elle s'installait après le service, un thé à la menthe fumant entre les mains, le visage tourné vers les étoiles. C'est là qu'elle m'a appris à éplucher les légumes, à désosser un poisson, à réduire une sauce. C'est là qu'elle me racontait ses histoires, ses voyages, ses amours, ses regrets.
Je pose le testament sur la table et je le fixe. La lumière grise du dehors tombe sur le papier.
— Qu'est-ce que je fais, grand-mère ? je murmure dans le vide.
Le silence me répond. La poussière danse dans les rais de lumière. Le réfrigérateur ronronne doucement.
Je n'ai pas de petit ami. Pas d'amant. Pas même un flirt en cours. Ma dernière relation sérieuse remonte à Gabriel, et Gabriel est la raison pour laquelle je ne veux plus jamais dépendre d'un homme. Gabriel est beau, grand, élégant, charismatique, et Gabriel est un poison lent. Il m'a rabaissée, isolée, humiliée pendant trois ans, puis il m'a quittée quand j'ai cessé d'être docile. Et aujourd'hui, il rode encore. Il apparaît sans prévenir, il envoie des fleurs que je jette, des messages que je supprime. Il attend que je m'effondre pour me récupérer.
Je pose mon front sur mes mains jointes. Les larmes montent, brûlantes, salées. Je les ravale. Pleurer ne sert à rien. Pleurer ne changera pas le testament. Pleurer ne fera pas revenir ma grand-mère.
Je n'ai personne à épouser. Mon téléphone contient des numéros de fournisseurs, de clients, de quelques amis. Camille, bien sûr. Mais à part elle, personne. Aucun homme. Aucun fiancé potentiel. Ma vie amoureuse est un désert aride depuis que j'ai quitté Gabriel, et je n'ai pas le temps de faire pousser quoi que ce soit en six mois.
Six mois. Cent quatre-vingts jours pour trouver un mari.
Je me lève lentement, les jambes engourdies, les épaules lourdes. Je remets les chaises en place, j'essuie le comptoir déjà propre, je vérifie les stocks déjà vérifiés. Des gestes mécaniques, inutiles, juste pour m'occuper les mains.
Je ferme la porte à clé derrière moi. La rue est déserte, le brouillard monte du fleuve tout proche, les réverbères diffusent une lumière orangée. Je remonte le col de mon trench-coat et je marche vers mon studio. La lune est un croissant pâle accroché aux toits. Je lève les yeux vers elle, comme je le faisais enfant quand ma grand-mère me disait que les étoiles étaient les âmes des gens qu'on aime.
— Pourquoi, grand-mère ? je murmure. Pourquoi cette clause ?
Le vent emporte mes mots. La nuit reste muette.
Je rentre chez moi, je me déshabille dans le noir, je me glisse sous les draps froids. Je ferme les yeux. Le sommeil ne vient pas. Je fixe le plafond, je fixe l'ombre des meubles, je fixe le vide.
Je ne sais pas encore que demain, tout va changer. Je ne sais pas encore que le prénom Rafael va bientôt entrer dans ma vie.
Tout ce que je sais, c'est que j'ai peur. Et que je n'ai personne.
Chapitre 5RafaelLa porte du restaurant se referme derrière moi, le carillon tinte une dernière fois, et je me retrouve sur le trottoir humide, les mains enfoncées dans les poches de ma veste élimée, le visage fouetté par le vent de mars. Je reste immobile quelques secondes, les yeux fixés sur la vitrine du Cœur de Bahia, sur la silhouette floue de cette femme derrière la vitre embuée. Elle n'a pas bougé. Elle est toujours assise à la table du fond, le contrat entre les doigts, probablement en train de se demander ce qu'elle vient de faire.Ce qu'elle vient de faire, c'est signer son arrêt de mort sans le savoir.Je remonte le col de ma veste et je commence à marcher. Le quartier est calme à cette heure, les boutiques sont fermées, les trottoirs sont déserts. Mes pas résonnent sur le pavé, réguliers, mécaniques. Je ne me presse pas. Je n'ai nulle part où aller. Ou plutôt, j'ai exactement là où je dois être, et je viens d'y poser la première pierre.Alya Monteiro.Je répète son nom da
Chapitre 4AlyaQuatorze heures précises. Le carillon tinte et la porte s'ouvre sur un homme que je ne connais pas encore, mais qui, dans quelques minutes, deviendra mon futur mari contractuel. L'idée est si absurde que j'ai envie de rire nerveusement, mais je me retiens, les mains crispées sur mes genoux sous la table.Il entre avec le vent de mars qui s'engouffre derrière lui, apportant une odeur de pluie froide et de pavé mouillé. La porte se referme doucement, le carillon retombe dans le silence, et nous sommes seuls face à face dans la pénombre du restaurant fermé.La première chose que je remarque, c'est sa veste. Une veste sombre, élimée aux coudes, avec des fils qui dépassent aux coutures. Le tissu a connu des jours meilleurs, c'est évident, mais il est propre, repassé avec soin, comme si cet homme avait fait l'effort de présenter son meilleur visage malgré des moyens limités. La deuxième chose, c'est sa barbe. Trois jours de négligence, une ombre sombre qui mange ses joues cr
Chapitre 3AlyaCamille débarque sans prévenir à vingt et une heures passées, trempée par l'averse de mars, une bouteille de vin blanc à la main. Elle a les cheveux plaqués sur le front, les joues rougies par le froid, et ce sourire indomptable qui ne la quitte jamais, même dans les pires moments.— Tu as une mine épouvantable, déclare-t-elle en poussant la porte de mon studio d'un coup de hanche. Je le savais. Je l'ai senti à des kilomètres.Elle dépose la bouteille sur la table basse et entreprend de retirer son manteau dégoulinant. Ses gestes sont amples, désordonnés, pleins de vie. Elle est grande, élancée, avec une crinière de boucles noires qu'elle ne coiffe jamais vraiment. Ses yeux sont vert émeraude, immenses, perçants, capables de lire en moi comme dans un livre ouvert.— Alors, raconte.Elle s'affale sur mon canapé, attrape la bouteille, la débouche avec les dents faute de tire-bouchon. Le geste est si parfaitement elle que je ne peux m'empêcher d'esquisser un sourire. Le p
Chapitre 2AlyaGabriel arrive le lendemain matin sans prévenir, comme il le fait toujours, comme si le restaurant lui appartenait encore, comme si ces deux années de séparation n'avaient été qu'une parenthèse qu'il peut refermer à sa guise.Je suis en train de préparer la salle pour le service du midi. Les nappes blanches sont fraîchement repassées, elles sentent l'amidon et la lavande. Les couverts brillent sous la lumière douce des suspensions. Je dispose les verres avec une précision maniaque, le pied tourné vers la droite, exactement comme grand-mère me l'a appris. Ces gestes simples et répétitifs calment mon anxiété. Ou du moins, ils essaient.La porte s'ouvre. Gabriel entre dans mon restaurant comme on entre chez soi, en propriétaire, en conquérant. Il est grand, les épaules larges moulées dans un costume anthracite qui a dû coûter trois mois de mon chiffre d'affaires. Sa chemise est blanche, immaculée, sa cravate en soie bleu nuit, ses chaussures cirées à la perfection. Ses ch
Chapitre 1AlyaLe papier est jauni sur les bords, plié en trois, usé aux pliures comme si quelqu'un l'avait manipulé mille fois avant moi. L'écriture de ma grand-mère est penchée, élégante, reconnaissable entre toutes. Cette écriture qui écrivait « je t'aime » sur des post-it collés au frigo, qui












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