LOGINJe m'endors. Je rêve de vengeance. Je rêve de justice. Je rêve de liberté.
Le matin, je me réveille. J'ai froid. J'ai faim. J'ai soif. Mais je suis vivante. Je sors de l'écurie. Je cherche de l'eau. Je trouve un puits. Je bois. Je me lave. Je trouve un vieux sac. Je le déchire. Je m'en fais une robe. C'est laid. C'est misérable. Mais c'est à moi. Je retourne aux écuries. Je reprends le balai. Je nettoie. Mira m'attend. Elle me regarde. Elle rit. Un rire sec. Un rire méchant. — Regardez-moi ça. La poubelle s'est habillée. Je ne réponds pas. Je nettoie. Je ne lui donne pas la satisfaction de me voir pleurer. Elle s'approche. Elle me pousse. Je tombe. Le balai se casse. Le bois s'enfonce dans ma main. Le sang coule. — Ramasse. Je ramasse. Je me relève. Je continue. Elle me pousse encore. Je tombe encore. Je me relève encore. — Tu ne pleures pas ? demande-t-elle. Je la regarde. Je souris. Un sourire lent. Un sourire dangereux. — Je ne pleure jamais. Elle me gifle. Ma joue saigne. Mon nez saigne. Ma lèvre saigne. Je ne pleure pas. — Tu es folle. — Non. Je suis forte. Elle part. Je reste seule. Je ramasse les morceaux du balai. Je les jette. Je prends un autre balai. Je continue. Je pense à ma mère. Elle me disait : "Luna, les larmes sont un luxe. Les faibles pleurent. Les forts serrent les dents." Je serre les dents. Je nettoie. Je survis. Le soir, je m'endors dans l'écurie. Les chevaux me réchauffent. Ils ne me jugent pas. Ils ne me frappent pas. Ils sont mes seuls amis. Je ferme les yeux. Je pense à demain. Demain sera peut-être pire. Mais demain, je serai encore vivante. Et tant que je suis vivante, j'ai une chance. Une chance de me venger. Une chance de les faire payer. Toutes. Luna La nuit est froide. Plus froide que les autres. Le vent siffle à travers les fissures de l'écurie. La pluie tombe. Le tonnerre gronde. Les éclairs illuminent le ciel. Je grelotte. Je n'ai pas de couverture. Je n'ai que la paille. Et la paille ne réchauffe pas. Je parle aux chevaux. Je leur raconte ma vie. Je leur raconte ma mère. Je leur raconte mes rêves. — Tu sais, je voudrais être libre. Vraiment libre. Pas libre comme les oiseaux. Libre comme le vent. Aller où je veux. Faire ce que je veux. Aimer qui je veux. Le cheval noir me regarde. Il hoche la tête. Il me comprend. Les chevaux comprennent toujours. Ils ne jugent pas. Ils ne trahissent pas. Ils ne mentent pas. — Tu parles aux chevaux ? Je sursaute. Je me retourne. Dorian. Il est là. Debout. Dans l'ombre. La pluie ruisselle sur ses cheveux. Sur sa peau. Sur ses vêtements. Il me regarde. Il sourit. Un sourire chaud. Un sourire vrai. — Je ne savais pas que les omégas parlaient aux chevaux. Je me lève. Je croise les bras. Je suis nue sous mon sac. Je n'ai pas honte. Je n'ai plus honte. La honte est morte. La honte est enterrée. La honte n'existe plus. — Je ne parlais pas aux chevaux. Je parlais à moi-même. Il rit. Un rire chaud. Un rire vrai. Un rire qui réchauffe. Un rire qui guérit. — Tu es drôle. — Je ne suis pas drôle. Je suis fatiguée. Il s'approche. Il me regarde. Ses yeux verts sont doux. Plus doux que ceux de Kael. Plus doux que ceux de Silas. Plus doux que ceux de Ronan. Plus doux que ceux de Théo. — Tu as froid ? — Non. — Tu mens. Il enlève sa cape. Une cape épaisse. Une cape chaude. Une cape qui sent le bois et la pluie. Une cape qui sent Dorian. Il me la tend. — Prends. Je regarde la cape. Elle est belle. Épaisse. Chaude. Je la veux. Mais je ne la prends pas. — Pourquoi ? — Parce que tu as froid. Et parce que je n'aime pas voir les gens souffrir. — Je ne suis pas "les gens". Je suis une oméga. Une poubelle. Une rien. Il fronce les sourcils. Il s'approche. Il pose la cape sur mes épaules. Elle est chaude. Elle sent le bois et la pluie. Elle sent Dorian. — Tu n'es pas une rien. Tu es Luna. Et Luna a froid. Je le regarde. Je ne sais pas quoi dire. Personne ne m'a jamais dit ça. Personne ne m'a jamais traitée comme une personne. Personne ne m'a jamais traitée comme une femme. — Merci. Il sourit. Un sourire lent. Un sourire beau. Un sourire qui promet. Un sourire qui rassure. — De rien. Il s'assoit sur la paille. Il me regarde. Ses yeux verts me lisent. Ils me comprennent. Ils m'acceptent. — Tu sais, je t'ai observée. Depuis que tu es arrivée. Tu ne pleures pas. Tu ne supplies pas. Tu ne te plains pas. Tu es forte. — Je ne suis pas forte. Je suis survivante. — C'est la même chose. Il se lève. Il s'approche. Il me touche la joue. Sa main est chaude. Douce. Forte. Ses doigts caressent ma peau. Ma peau meurtrie. Ma peau blessée. Ma peau affamée. — Si tu as besoin de quoi que ce soit, viens me voir. Je ne suis pas comme Kael. Je ne suis pas comme les autres. Il part. Il disparaît dans la nuit. La pluie continue de tomber. Le tonnerre continue de gronder. Les éclairs continuent d'illuminer le ciel. Je reste seule. La cape sur les épaules. Le cœur qui bat. Le cœur qui bat trop vite. Le cœur qui bat trop fort. Je ne sais pas ce qui se passe. Je ne sais pas ce que je ressens. Je ne sais pas si c'est de l'amour. Je ne sais pas si c'est de la gratitude. Je ne sais pas si c'est de la faiblesse. Je sais juste que pour la première fois depuis longtemps, je me sens... vue. Vue. Pas jugée. Pas condamnée. Pas brisée. Vue. Je m'endors. La cape me réchauffe. Je rêve de Dorian. Il me sourit. Il me dit : "Tiens bon." Je me réveille. Le soleil se lève. La cape est encore là. Je la serre contre moi. Je la respire. Je la garde. Je souris. C'est mon premier sourire depuis longtemps.LunaLe lendemain, Kael me convoque.Je vais dans sa chambre. Je ne veux pas. Je ne devrais pas. Mais je vais. Parce que je suis une esclave. Parce que je suis une chose. Parce que je suis une poubelle.Il est là. Il m'attend. Assis dans son fauteuil. Le portrait d'Elara sur la table. Ses yeux gris sont froids. Plus froids que d'habitude. Plus froids que dans mes souvenirs. Plus froids que dans mes cauchemars.— Tu as parlé à Séraphine.Sa voix est calme. Trop calme. Dangereusement calme.— Elle m'a parlé.— Tu l'as menacée.— Non.— Tu mens.Il s'approche. Lentement. Chaque pas est une menace. Chaque pas est une promesse. Chaque pas est une douleur.— Je t'ai achetée. Tu es à moi. Tu m'obéis.— Je ne suis pas à toi.Il me gifle. Fort. Ma tête tourne. Ma joue saigne. Mon cou craque. Je ne pleure pas. Je ne tremble pas. Je le regarde. Je le défie. Je le hais.— Je t'ai achetée. Tu es à moi. Tu m'obéis.— Je ne suis pas à toi.Il me gifle encore. Encore. Encore. Chaque gifle est plus fo
Il s'approche. Lentement. Chaque pas est mesuré. Chaque pas est prudent. Chaque pas est doux. Ses pieds glissent sur la paille. Ses mains se balancent le long de son corps. Ses yeux ne quittent pas les miens. — Kael t'a protégée. — Oui. — Je suis jaloux. Je le regarde. Je ne comprends pas. Pourquoi serait-il jaloux ? Il est un alpha. Il est un guerrier. Il est un prince. Il peut avoir toutes les omégas qu'il veut. Toutes les femmes. Tous les plaisirs. Pourquoi serait-il jaloux d'une poubelle ? — Jaloux ? — Oui. Je voulais te protéger. Mais il l'a fait avant moi. Je voulais te sauver. Mais il l'a fait avant moi. Je voulais t'aimer. Mais il l'a fait avant moi. Il s'approche. Il s'approche trop. Son souffle est sur ma peau. Son odeur est dans mon nez. Le cuir. La sueur. Le sang. Son pouvoir est dans ma tête. Il m'enveloppe. Il m'étouffe. Il me protège. — Je suis jaloux parce que je t'aime. Je recule. Je croise les bras. Je le regarde. Je ne dis rien. Je ne sais pas quoi dire. Je
Je m'approche. Elle recule. Je m'approche. Elle recule. Jusqu'au mur. Jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus reculer.— Tu as peur. Tu as peur de moi. Tu as peur de perdre Kael. Tu as peur de perdre ton pouvoir. Tu as peur de retourner dans la boue.Je touche sa joue. Ma main est froide. Ma main est sale. Ma main est dangereuse.— Mais tu retourneras dans la boue. Un jour. Bientôt. Parce que je le déciderai.Elle me gifle. Fort. Ma joue saigne. Mon cou craque. Je ne pleure pas. Je souris.— Tu vas payer.Sa voix est un murmure. Un sanglot. Une promesse.— Je paie déjà.Elle part. Elle court. Elle fuit. Je reste seule. Je souris.Séraphine a peur. Elle a peur de moi. Elle a peur de perdre Kael. Elle a peur de perdre son pouvoir. Elle a peur de retourner dans la boue.Je vais l'utiliser. Je vais la briser. Je vais la détruire.Parce que je suis Luna. Je suis une survivante. Je suis une combattante. Je suis une oméga sans loup. Mais je suis plus forte que tous les loups de cette meute.Je ret
Il se lève. Il va chercher une bassine. De l'eau. Des bandages. Il revient. Il s'agenouille encore. Il nettoie mes mains. Lentement. Délicatement. Ses doigts caressent ma peau. Ma peau meurtrie. Ma peau blessée. Ma peau qui tremble sous ses doigts.— Pourquoi ?Ma voix est un souffle. Un murmure. Une question que je n'aurais pas dû poser.— Pourquoi quoi ?— Pourquoi tu me protèges ?Il s'arrête. Il me regarde. Ses yeux gris me lisent. Ils me jugent. Ils me comprennent.— Parce que tu es à moi.— Je ne suis pas à toi.— Si. Tu es à moi. Je t'ai achetée. Tu es ma propriété. Ma chose. Mon oméga.— Je ne suis pas une chose.— Non. Tu n'es pas une chose. Tu es une femme. Une oméga. Une survivante. Une combattante.Il touche ma joue. Sa main est chaude. Douce. Tremblante.— Tu es à moi. Et je te protégerai. Toujours.Il me regarde. Ses yeux gris sont doux. Plus doux que d'habitude. Plus doux que dans mes souvenirs. Plus doux que dans mes cauchemars.— Dors. Je veille.Je m'endors. Je ne ve
J'avance. Lentement. Mes pieds nus glissent sur le tapis. Le tapis est doux. Le tapis est chaud. Le tapis est dangereux.Mes mains tremblent. Je les cache dans les plis de ma robe. Je ne veux pas qu'elle voie. Je ne veux pas qu'elle sache. Je ne veux pas qu'elle utilise ma peur contre moi.Je m'arrête devant elle. À trois pas. Assez près pour qu'elle me touche. Assez loin pour que je puisse fuir. Assez près pour qu'elle me sente. Assez loin pour que je respire.— À genoux.Je ne bouge pas. Je ne plie pas. Je ne m'agenouille pas. Je ne suis pas un chien. Je ne suis pas un esclave. Je ne suis pas une poubelle.— À genoux, poubelle.Je ne bouge pas. Mon cœur bat. Fort. Vite. Mes mains tremblent. Mes jambes tremblent. Mais je ne bouge pas.Séraphine fait signe à un garde. Un homme grand. Large. Armé. Une montagne de muscles. Un monstre de violence. Il s'approche. Ses pas font trembler le sol. Ses yeux sont vides. Ses mains sont énormes.Il me pousse. Fort. Je tombe. Mes genoux frappent le
LunaLe lendemain, Mira vient me chercher.Je suis dans les écuries. Agenouillée dans la paille. Mes mains plongées dans la litière sale. Mes ongles noirs de crasse. Mes cheveux collés à mon front par la sueur. Mon dos me fait mal. Mes genoux me font mal. Mon âme me fait mal.Cela fait trois jours. Trois jours que je nettoie. Trois jours que je survis. Trois jours que je compte chaque respiration comme une victoire. Je ne me suis pas lavée depuis trois jours. Je ne me suis pas reposée depuis trois jours. Je ne me suis pas plainte depuis trois jours.Je survis. C'est tout ce que je sais faire. C'est tout ce que j'ai toujours su faire.Les chevaux me connaissent maintenant. Ils ne ruent plus quand j'approche. Ils ne mordent plus quand je les touche. Ils me regardent avec leurs grands yeux sombres. Des yeux qui comprennent. Des yeux qui compatissent. Des yeux qui ne jugent pas.Je préfère les chevaux aux humains. Les chevaux ne mentent pas. Les chevaux ne trahissent pas. Les chevaux ne f







