LOGINOphélia
La tour de la Haute Banque ne ressemble plus à une forteresse. Alistair a donné des ordres avant même que nous franchissions le seuil , pas de domestiques, pas de secrétaires, pas de gardes. L’étage supérieur, son sanctuaire privé, sera désert pour la nuit. Juste nous trois.L’ascenseur de verre noir nous avale dans un silence qui n’a rien de feutré. Il est électrique, cAlistair s’agenouille devant moi. Le geste est si inattendu, si dépourvu de l’arrogance habituelle du dragon, de cette superbe qu’il porte comme une armure depuis des siècles, que j’en ai le souffle coupé. Le maître de la Haute Banque, le dragon aux écailles d’or, l’homme qui a fait plier des empires économiques, est à genoux devant moi. Il lève les yeux vers moi, ses yeux d’or liquide, et je vois qu’ils brillent de larmes contenues, de cette humidité qui rend l’or encore plus profond, encore plus incandescent. — Je m’agenouille devant toi, dit-il, et sa voix de velours est plus grave que jamais, vibrante d’émotion, non pas comme un banquier devant une cliente, mais comme un fidèle devant une déesse. Pas pour me soumettre. Pour t’honorer. Pour te remercier d’exister. Tu as sauvé mon âme dans la Brèche. Tu m’as montré qui je pouvais être. Tu m’as montré que je n’étais pas qu’un coffre-fort à pattes. Il pose ses lèvres sur m
OpheliaAlistair penche la tête, et ses lèvres effleurent mon front. Un baiser si léger, si doux, que je pourrais le confondre avec le passage d’une flamme. Mais il reste là, ses lèvres contre ma peau, et je sens sa respiration s’accélérer, son cœur de dragon battre plus vite sous sa cage thoracique.— Nous avons fusionné nos âmes, dit-il, et sa voix de velours est plus grave que d’habitude, éraillée par l’émotion. Là-bas. Dans la Brèche. Nos énergies se sont mêlées, tissées ensemble par cette saleté de rituel. Et depuis, je sens quelque chose. Comme si vous étiez encore là. Tous les deux. Dans ma poitrine, sous mes côtes, dans mon sang. Comme si vous faisiez partie de moi.— Moi aussi, dit Damien, et son grondement profond se répercute dans mon dos
OphéliaLa tour de la Haute Banque ne ressemble plus à une forteresse. Alistair a donné des ordres avant même que nous franchissions le seuil , pas de domestiques, pas de secrétaires, pas de gardes. L’étage supérieur, son sanctuaire privé, sera désert pour la nuit. Juste nous trois.L’ascenseur de verre noir nous avale dans un silence qui n’a rien de feutré. Il est électrique, chargé de tout ce que nous n’avons pas pu faire, pas pu dire, pas pu toucher pendant ces heures de débats. Damien s’adosse à la paroi, ses bras croisés sur sa poitrine massive, sa fourrure encore hérissée par l’adrénaline du Conseil, et je sens son regard jaune peser sur ma nuque comme une caresse physique. Alistair se tient près du panneau de contrôle, ses doigts fins pianotant distraitement sur l’écran
DamienLe lendemain, le Conseil de Noxluris est convoqué en session extraordinaire. La grande salle du Palais de l'Ombre est pleine à craquer, toutes les factions représentées, toutes les espèces, toutes les puissances. Les mages de la Tour d'Ivoire dans leurs robes étoilées. Les vampires du Quartier Sanglant dans leurs costumes de velours. Les représentants des guildes, des banques, des maisons nobles. Et au centre, sur l'estrade, le Conseil lui-même : cinq vieillards de différentes espèces qui gouvernent la ville depuis des siècles.Je suis debout à gauche de l'estrade, mes mercenaires derrière moi, ma meute formant une haie de muscles et de griffes. Alistair est debout à droite, ses employés de la Haute Banque en costume sombre, des porte-documents et des chiffres plein les yeux. Et au centre, face au Conseil, Ophélia se tient seule. Se
OphéliaNous sortons de la caverne au matin. Le soleil se lève sur les collines qui entourent le manoir Ashford, et sa lumière est si normale, si banale, si incroyablement réelle après le chaos de la Brèche que j'en ai les larmes aux yeux. L'herbe est verte. Le ciel est bleu. Les oiseaux chantent. Le monde a continué de tourner pendant que nous étions dans l'abîme.Nous marchons côte à côte, Damien à ma gauche, Alistair à ma droite. Aucun de nous trois n'a lâché la main des autres. Le lien d'ombre que j'ai tissé dans la Brèche s'est distendu, mais il n'a pas disparu. Il est toujours là, fin comme un fil d'araignée, invisible mais solide, nous reliant tous les trois.Les grilles du manoir sont ouvertes. Les jardins sont déserts. Mais au-delà, sur la route qui mène à Noxluris, une foul
AlistairLe sol de la caverne est froid. Glacial, même. La pierre noire absorbe la chaleur, et l'humidité qui suinte des parois s'insinue dans nos vêtements déchirés, dans nos os épuisés. Nous sommes étendus là, tous les trois, incapables de bouger, nos poitrines se soulevant au même rythme comme si nous partagions un seul souffle.Damien est sur le dos, ses bras en croix, ses griffes encore à demi sorties, sa fourrure collée par la sueur et le sang. Ses yeux jaunes fixent le plafond de la caverne, mais ils ne voient rien. Ils revoient la Brèche. Les visions. La maison en bois. Sa famille.Ophélia est recroquevillée sur le côté, ses ailes d'ombre fripées, sa poussière d'étoiles presque éteinte. Elle tremble. Elle tremble de froid, d'épuisement, de chagrin pour l'œuf qu'elle a dû abando







