INICIAR SESIÓNLe lendemain, il tint sa promesse.Il sortit son ordinateur, son téléphone, ses tablettes. Il les posa sur la table de la cuisine.– Voilà, dit-il.– Quoi ?– Tout. Mes comptes, mes messages, mes photos. Mon passé, mon présent, mon futur.– Je ne veux pas fouiller.– Alors ne fouille pas. Mais sache que tu peux. Que tu as le droit. Que je n’ai rien à cacher.– Tu es sûr ?– Je n’ai jamais été aussi sûr.– Tu n’as pas peur ?– J’ai peur. Mais c’est une bonne peur.– La meilleure ?– La meilleure.Il alluma l’ordinateur. Il ouvrit ses comptes bancaires, ses réseaux sociaux, ses messageries.– Regarde, dit-il.Je regardai. Il n’y avait rien de suspect. Des virements, des achats, des messages anodins. Rien qui ne me concernait. Rien qui ne le concernait, nous, notre famille.– Tu vois, dit-il. Je n’ai rien à cacher.– Je vois.– Tu me crois ?– Je te crois.– Alors pourquoi tu pleures ?– Parce que ça fait du bien. Parce que tu me donnes tout. Parce que tu me fais confiance.– C’est norma
– Tant mieux.Je me levai. Je l’aidai à se relever. Je le pris dans mes bras.– Je t’aime, Julien.– Je t’aime, Léa.– Je ne te pardonne pas encore. Mais je vais essayer.– C’est tout ce qu’on demande.– C’est tout ce qu’on peut faire.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Il m’embrassa. Je me blottis contre lui.– On rentre ? demanda-t-il.– Pas tout de suite.– Quand ?– Quand on aura parlé.– D’accord.– Vraiment ?– Vraiment.– Tu restes ici ?– Si ta mère accepte.– Ma mère acceptera.– Tu es sûre ?– Je suis sûre.– Alors je reste.– On va se parler ?– Toute la nuit, s’il le faut.– Toute la vie, s’il le faut.– C’est long.– C’est court.– C’est bien.– C’est notre vie.Il m’embrassa. Je me blottis contre lui.***Les enfants étaient couchés. Ma mère s’était retirée dans sa chambre. Nous étions seuls, dans le salon, face à face, les mains entrelacées sur la table basse. La lampe éclairait nos visages fatigués. Le silence était pesant, mais pas hostile.– Parle, dis-je
– Si j’étais toi, je me demanderais si cet homme mérite qu’on se batte pour lui.– Et il le mérite ?– Je le connais. Je l’ai vu avec toi, avec les enfants. Je l’ai vu pleurer, douter, aimer. Je crois qu’il le mérite.– Moi aussi, je le crois.– Alors ?– Alors j’ai peur.– De quoi ?– De me tromper. De lui faire confiance et qu’il me trahisse encore. De revivre l’autel vide.– Il n’est pas Thomas.– Je sais.– Il ne te laissera pas tomber.– Tu ne peux pas le promettre.– Si. Je le promets.– Tes promesses…– Celle-ci, je la tiendrai.– Comment ?– Parce que je connais les hommes. Parce que j’ai connu ton père. Parce que j’ai vu des centaines de couples. Celui-ci, il est solide.– Même avec les fissures ?– Surtout avec les fissures. Parce qu’elles vous obligent à vous reparler, à vous reconstruire, à vous aimer autrement.– C’est fatiguant.– C’est nécessaire.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Elle me prit dans ses bras. Je me blottis contre elle.– Je t’aime, Maman.–
Gabrielle, elle, ne comprenait rien. Elle était trop petite. Elle gazouillait, réclamait son biberon, s’endormait dans mes bras. Elle ne savait pas que son père était absent. Elle ne savait pas que sa mère pleurait. Elle ne savait pas que le monde pouvait être douloureux.– Tu as de la chance, lui disais-je. Tu ne sais pas encore ce que c’est que d’avoir mal.Elle me regardait, ses yeux verts grands ouverts.– Papa, disait-elle.– Papa reviendra.– Papa.– Bientôt.– Papa.– Je t’aime, ma chérie.– Papa.Elle souriait. Je pleurais.Les nuits étaient les pires. Je ne dormais pas. Je regardais le plafond, je pensais à Julien, à ses mains, à ses yeux, à sa voix. Je pensais aux photos, à la femme blonde, à la chambre d’hôtel. Je pensais à ses aveux. « Oui, j’ai couché avec presque toutes mes clientes. » Les mots tournaient dans ma tête, s’entrechoquaient, refusaient de partir.– Pourquoi tu m’as menti ? murmurais-je dans le noir.– Je n’ai pas menti, répondait son fantôme. Je n’ai juste p
Elle prit Gabrielle dans ses bras. Élodie et Louis entrèrent, courant vers le jardin. Je restai un instant sur le seuil, à regarder la route, la maison, le chemin parcouru.– Tu veux parler ? demanda ma mère.– Non.– Tu veux pleurer ?– Peut-être.– Alors pleure.Je pleurai. Elle me prit dans ses bras.– Ça va passer, dit-elle.– Tu crois ?– Je le sais.– Tu ne peux pas le savoir.– Si. Je le sais. Parce que je te connais. Parce que je connais Julien. Parce que je connais votre amour.– Il a couché avec des clientes.– C’était avant.– Je sais.– Alors ?– Alors ça fait mal.– La vérité fait parfois mal.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Elle me serra plus fort.– Repose-toi, dit-elle. Les enfants sont en sécurité. Tu es en sécurité. Ici, rien ne peut vous arriver.– Merci, Maman.– De rien.– Ce n’est pas rien.– Je sais.Elle sourit. Je souris.J’entrai. La maison sentait le pain, le café, l’enfance. Je posai mon sac. Je m’assis sur le canapé.Le silence était pesant.
Le silence tomba. Les journalistes échangèrent des regards.– Une dernière question, dit une femme. Que répondez-vous à ceux qui disent que vous êtes encore ce gigolo ?– Je leur dis de me regarder. De regarder ma femme. De regarder mes enfants. Je ne suis plus ce que j’étais. Je suis ce que j’ai choisi de devenir. Et ce que j’ai choisi, c’est l’amour.Il se leva. Il quitta l’estrade.Je pleurai. Gabrielle se réveilla, me regarda, sourit.– Papa est un héros, lui dis-je.– Papa, répéta-t-elle.– Papa t’aime.– Papa, dit-elle encore.Elle sourit. Je souris.Quand Julien rentra, je l’attendais sur le pas de la porte.– Tu as vu ? demanda-t-il.– J’ai vu.– Je suis fatigué.– Je sais.– Je t’aime.– Je t’aime aussi.– On va y arriver ?– On est arrivés.– Vraiment ?– Vraiment.– Pour de bon ?– Pour de bon.– Sans peur ?– Avec la peur. Mais c’est une bonne peur.– La meilleure ?– La meilleure.Il m’embrassa. Je me blottis contre lui.– Ce n’était que du travail, dit-il.– Je sais.– C
Le week-end suivant, Julien m’invita à une réception chez des amis.– Des relations d’affaires, précisa-t-il. Rien d’officiel. Juste un dîner.– Je dois jouer la comédie ?– Tu dois être toi-même. Ce sera suffisant.Je mis une robe simple, une petite veste, le collier. Lui était en costume clair, d
Ses doigts s’enfoncèrent un peu plus dans ma taille.– Tu sens ? dit-il à voix basse.– Quoi ?– Mon cœur. Il bat trop vite.– Le mien aussi.– Ce n’est pas la danse.– Je sais.Nous continuâmes à tourner. Les guirlandes scintillaient. Le jazz jouait. Édouard nous regardait depuis la fenêtre, un so
Dans la voiture, nous ne parlâmes pas. Mais nos mains, posées sur la banquette, se frôlèrent. Je ne retirai pas la mienne. Il ne retira pas la sienne.Chez Édouard, le vieil homme était installé dans un fauteuil roulant, près de la cheminée. Il avait maigri, ses joues étaient creuses, mais ses yeux
Je me levai. Je n’avais pas fini ma soupe. Je ne voulais plus manger.– Je vais me coucher, dis-je.– Léa…– Bonne nuit, Julien.Je montai dans ma chambre. Je fermai la porte. Je m’assis sur le lit, les mains sur les genoux.Mon cœur battait la chamade. Mes lèvres brûlaient encore, là où les sienne







